LE PROCUREUR
Très chiers et honnorez seigneurs, Grans nouvelles sont survenus.
Qui fort esjoïssent nos cueurs,
VILLARS
Je suis bien contant y aller
Pour la conduire jusques cy. 11,600
Bien la vouldroye ouyr parler,
Et aller vers elle à Checy,
Si m'y offre à aller dessi
Avecques vous en compaignie,
Et dy qu'on le doit faire ainsi; iu6o5
Elle en sera plus resjouye.
P 295 v«. LE PROCUREUR.
Nous sommes plusieurs de la ville
Lesquelz yront avecques vous,
Pour recevoir la noble fille
Et la mener icy à nous, 11,610
Pour la conserver devant tous,
Et qu'elle ne soit rencontrée
Des Anglois; que il ont propoux
Que par eulx sera arse et brullée.
BASTARD D'ORLEANS
Messeigneurs, qui vouldra venir 11,61 5
Droit à Checy, nous y allons;
Mes aussi, pour vous advertir,
A Saint Loup^ les Anglois y sont,
Et ung grant bouloart y font.
Dangier y est, comme je croy; 11,620
Pour y passer, ne le ferons,
Mais yrons passer à Semoy.
* Ancien couvent situé à 3 kilomètres d'Orléans, où les Anglais avaient construit une forte bastille.
Lors le Bastard d'Orieans accompaigné de plusieurs seigneurs, avec- F* 396 r". ques des bourgeois de la ville, yront à Checy, et là trouveront la Pucelle, toute armée à blanc, et la salue le Bastard d'Orléans :
LE BÂSTARD D^ORLEANS.
Jehanne de excellant renom,
En qui est vertu et prudence,
Dieu vous dont faire à vostre bon ii,6«5
Et acomplir vostre plaisence!
Je viens devant vostre presance
Vous recevoir pour les François,
Qui ont en vous grant confiance
Et très joieulx sont de vous vois. ii,63o
Je voi cy aussi les bourgeois
De la ville et cité d'Orléans,
Qui sont gens humbles et courtois
Et nous ont fait beaucoup de biens.
Voy les cy, je les vous présente, ii,635
Et bien je les vous recommande :
Ayment leur roy sur toutes riens;
James amour ne fut si grande.
LA PUCELLE
De vostre salut humblement,
Monseigneur, je vous remercye; 11,660
F'' 296 \\ Et estre venu si avant
Devers moy y n'appartient mye.
Dieu vous rende la courtoisie,
Et à vous, mes amys d'Orléans.
En vostre ville la jolye i»,<>&5
Je vueil aller incontinant.
LE RECEVEUR
Dame, bien soyez vous venue
Et toute vostre compaignie.
Vous serez à joye receue
A Orléans, la cité garnie» ii,65o
Et toute Yostre baronnie,
En ce que faire nous pourrons,
Sans nous espargner, je vous prie,
Mais tous obbeyr vous voulons.
LA PUCELLE
Quant il vous plaisa partirons, ii,655
Messeigneurs, et je vous emprie, Et à Orléans nous en yrons Ensemble et nostre compaignie.
BASTARD D'ORLEANS
Dame, ne vous en hastez mie, p «97 r'. Que le plus tart si vault le mieulx, 11,660
De peur du bruit, je vous affîe.
Et du peuple qui sera joyeulx.
LA PUCEUE.
Ce qui vous plaisa je le vieulx.
Allons donques tout bellement ;
Que pour aujourduy, ce mes dieux S ii,665
Toust ou tart, ne me chault comment.
Lors y a pause. — Et se metteront tous en ordonnance, t^uis dit
LE BASTARD D'ORLEANS
Çà, dame Jehanne, y nous convient
Aller, se c'est vostre plaisir;
Que l'eure si est convenant
Pour mieulx sus le soir parvenir. 11,670
* Pom* se tn'mt, si m'aide Dieu.
Pour voz volentez acomplir.
Et les bourgeoises, sans faillir, 11,695
Sont prestes vous faire service,
Et vous festoyer à plaisir
Eu tout qui vous sera propice.
LA PUCELLE
Monseigneur, je vous remercye.
Bourgeois et bourgeoises d'Orléans, 1 1,700
De vostre noble compaignie Et dont vous me offrez tant de biens.
Le Dieu du ciel qui trestout rent.
Mes amys, le vous veuille rendre, Et des anemis anciens 11,706
Vous veuille garder et deffendre!
Je vueil de présent envoyer Deux herault devers les Anglois, Qui me renvoyent mon messagier, p 398 V-. Qu'ilz ont retenu par faulx drois. 11,710
Et ont fait comme mal courtois Des lectres que leur envoyé; A tout le moins les povoient vois.
Mais retenir n'est pas la voye.
BASTARD D'ORLEANS
Dame Jehanne, ainsi sera fait : 11,715
Vostre herault leur manderons.
Et comment il ont trop forfait
Dont ainsi retenu [vous] l'ont.
Si croy que y le vous rendront
Si toust que leur auray mandé, 11,7^0
Ou tous les prisonniers que avons
Morront, que je l'é commandé.
ij
P 3oo r*.
Et le messagier ramerrons
Par devers Jehanne, noble et saige,
Et tout leur voulloir rapporterons.
LA PUCELLE
Je vous pry que vous faciez dont Que mon messagier je recouvre.
BASTARD D'ORLEANS
Ne vous doublez que nous l'aurons, Et n'ayez jà peur qu'i demeure.
PREMIER MESSAGIER
Y nous fault aller gi'ant aleure Devers les princes des Ânglois, Qui sont de grant estature Et fort terribles gens à vois.
Très nobles et puissans barons,
Duc et contes de grant valleur,
Possidans terres, régions.
En qui est proesse et honneur.
Ainsi que par ambassadeur,
De par le Bastart d'Orléans
Et de par Jehanne, au noble cueur,
Noble, saige et advenant,
Vous mandent que leur envoyez
Le messagier de la Pucelle.
Incontinant, sans délayer.
Sans extorcion cruelle,
Renvoyez le par devers elle
Et ne le vueillez retenir;
LE MISTERE DU SIEGE D'ORLEANS. â61
Que Bastard d'Orléans si vous mande
Tous voz prisonniers qui là sont ii,8o5
A Orléans et de vostre bande,
En fera une grande escande.
Si est qu i les fera tous morir,
Si le messagier qu'i demande,
Ne le veullent lesser venir. 11,810
n* MESSAGIER.
Dit aussi voz ambassadeurs , Qui de présent sont à Orléans, Pour paier les rançons d'iceulx Qui sont prisonniers de présent, Ne lerra venir plus avant, 11,81 5
Se le dit herault ne rendez.
P3oir*. TALLEBOT.
Il est maleureux et meschant De celle putin contanterl
FACESTOT.
Lieutenant, pour Dieu ne vous chaille :
Luy baiileroie leur messagier. 11,890
D'elle ne luy n'est rien qui vaille;
Baillez leur pour tout abréger.
Y nous en peut venir dangier
Et traveil à noz bons amis;
Pour ung peu se vouloir vengier, ii,8a5
Cela n'est que faulte d'avis.
SUPPORT
De ceste oppinion je suis.
Et est bien raison voirement.
Puisqu'elle a en sa teste mis,
Ne s'en depportera autrement. it,83o
Vous savez que communément
Que quant une femme s'arreste
A peu de chose ou autrement,
James n en fera riens qu'à sa teste.
ESGALLES.
Cela ne vault pas le parler; ti,835
Envoyer vous le devez faire, F'3oi V'. Le Bastard veult obtempérer
Tant seullement pour luy complaire.
Vous savez, c'est une bergiere
Qui vient encore tout droit des champs; nMo
Y se moquent d'elle en derrière,
Et ne sera d'elle que tout vent.
TALLEBOT.
Sa, messagier, je suis contant ,. Luy complaire pour ceste foiz.
Au très noble Bastard d'Orléans, ii,845
Qui me requiert de cueur courtois;
Mes non pourtant, avant ung mois,
De la faulce putin, ribaulde,
Je feray par armes et droit
Que je la garderay estre baude. n.sso
Lors luy bailleront leur herault lyé et enferré. Puis le déferrent et deslyent, et dit
PREMIER MESSAGIER
Tu peux bien compter maintenant Et dire de ton adventure.