‹ Le mistère du Siège d'Orléans (volume 2)Chapitre 100 sur 143 · LE PROCUREUR · texte numérisé non relu

LE PROCUREUR

Très chiers et honnorez seigneurs, Grans nouvelles sont survenus.

Qui fort esjoïssent nos cueurs,

VILLARS

Je suis bien contant y aller

Pour la conduire jusques cy. 11,600

Bien la vouldroye ouyr parler,

Et aller vers elle à Checy,

Si m'y offre à aller dessi

Avecques vous en compaignie,

Et dy qu'on le doit faire ainsi; iu6o5

Elle en sera plus resjouye.

P 295 v«. LE PROCUREUR.

Nous sommes plusieurs de la ville

Lesquelz yront avecques vous,

Pour recevoir la noble fille

Et la mener icy à nous, 11,610

Pour la conserver devant tous,

Et qu'elle ne soit rencontrée

Des Anglois; que il ont propoux

Que par eulx sera arse et brullée.

BASTARD D'ORLEANS

Messeigneurs, qui vouldra venir 11,61 5

Droit à Checy, nous y allons;

Mes aussi, pour vous advertir,

A Saint Loup^ les Anglois y sont,

Et ung grant bouloart y font.

Dangier y est, comme je croy; 11,620

Pour y passer, ne le ferons,

Mais yrons passer à Semoy.

* Ancien couvent situé à 3 kilomètres d'Orléans, où les Anglais avaient construit une forte bastille.

Lors le Bastard d'Orieans accompaigné de plusieurs seigneurs, avec- F* 396 r". ques des bourgeois de la ville, yront à Checy, et là trouveront la Pucelle, toute armée à blanc, et la salue le Bastard d'Orléans :

LE BÂSTARD D^ORLEANS.

Jehanne de excellant renom,

En qui est vertu et prudence,

Dieu vous dont faire à vostre bon ii,6«5

Et acomplir vostre plaisence!

Je viens devant vostre presance

Vous recevoir pour les François,

Qui ont en vous grant confiance

Et très joieulx sont de vous vois. ii,63o

Je voi cy aussi les bourgeois

De la ville et cité d'Orléans,

Qui sont gens humbles et courtois

Et nous ont fait beaucoup de biens.

Voy les cy, je les vous présente, ii,635

Et bien je les vous recommande :

Ayment leur roy sur toutes riens;

James amour ne fut si grande.

LA PUCELLE

De vostre salut humblement,

Monseigneur, je vous remercye; 11,660

F'' 296 \\ Et estre venu si avant

Devers moy y n'appartient mye.

Dieu vous rende la courtoisie,

Et à vous, mes amys d'Orléans.

En vostre ville la jolye i»,<>&5

Je vueil aller incontinant.

LE RECEVEUR

Dame, bien soyez vous venue

Et toute vostre compaignie.

Vous serez à joye receue

A Orléans, la cité garnie» ii,65o

Et toute Yostre baronnie,

En ce que faire nous pourrons,

Sans nous espargner, je vous prie,

Mais tous obbeyr vous voulons.

LA PUCELLE

Quant il vous plaisa partirons, ii,655

Messeigneurs, et je vous emprie, Et à Orléans nous en yrons Ensemble et nostre compaignie.

BASTARD D'ORLEANS

Dame, ne vous en hastez mie, p «97 r'. Que le plus tart si vault le mieulx, 11,660

De peur du bruit, je vous affîe.

Et du peuple qui sera joyeulx.

LA PUCEUE.

Ce qui vous plaisa je le vieulx.

Allons donques tout bellement ;

Que pour aujourduy, ce mes dieux S ii,665

Toust ou tart, ne me chault comment.

Lors y a pause. — Et se metteront tous en ordonnance, t^uis dit

LE BASTARD D'ORLEANS

Çà, dame Jehanne, y nous convient

Aller, se c'est vostre plaisir;

Que l'eure si est convenant

Pour mieulx sus le soir parvenir. 11,670

* Pom* se tn'mt, si m'aide Dieu.

Pour voz volentez acomplir.

Et les bourgeoises, sans faillir, 11,695

Sont prestes vous faire service,

Et vous festoyer à plaisir

Eu tout qui vous sera propice.

LA PUCELLE

Monseigneur, je vous remercye.

Bourgeois et bourgeoises d'Orléans, 1 1,700

De vostre noble compaignie Et dont vous me offrez tant de biens.

Le Dieu du ciel qui trestout rent.

Mes amys, le vous veuille rendre, Et des anemis anciens 11,706

Vous veuille garder et deffendre!

Je vueil de présent envoyer Deux herault devers les Anglois, Qui me renvoyent mon messagier, p 398 V-. Qu'ilz ont retenu par faulx drois. 11,710

Et ont fait comme mal courtois Des lectres que leur envoyé; A tout le moins les povoient vois.

Mais retenir n'est pas la voye.

BASTARD D'ORLEANS

Dame Jehanne, ainsi sera fait : 11,715

Vostre herault leur manderons.

Et comment il ont trop forfait

Dont ainsi retenu [vous] l'ont.

Si croy que y le vous rendront

Si toust que leur auray mandé, 11,7^0

Ou tous les prisonniers que avons

Morront, que je l'é commandé.

ij

P 3oo r*.

Et le messagier ramerrons

Par devers Jehanne, noble et saige,

Et tout leur voulloir rapporterons.

LA PUCELLE

Je vous pry que vous faciez dont Que mon messagier je recouvre.

BASTARD D'ORLEANS

Ne vous doublez que nous l'aurons, Et n'ayez jà peur qu'i demeure.

PREMIER MESSAGIER

Y nous fault aller gi'ant aleure Devers les princes des Ânglois, Qui sont de grant estature Et fort terribles gens à vois.

Très nobles et puissans barons,

Duc et contes de grant valleur,

Possidans terres, régions.

En qui est proesse et honneur.

Ainsi que par ambassadeur,

De par le Bastart d'Orléans

Et de par Jehanne, au noble cueur,

Noble, saige et advenant,

Vous mandent que leur envoyez

Le messagier de la Pucelle.

Incontinant, sans délayer.

Sans extorcion cruelle,

Renvoyez le par devers elle

Et ne le vueillez retenir;

LE MISTERE DU SIEGE D'ORLEANS. â61

Que Bastard d'Orléans si vous mande

Tous voz prisonniers qui là sont ii,8o5

A Orléans et de vostre bande,

En fera une grande escande.

Si est qu i les fera tous morir,

Si le messagier qu'i demande,

Ne le veullent lesser venir. 11,810

n* MESSAGIER.

Dit aussi voz ambassadeurs , Qui de présent sont à Orléans, Pour paier les rançons d'iceulx Qui sont prisonniers de présent, Ne lerra venir plus avant, 11,81 5

Se le dit herault ne rendez.

P3oir*. TALLEBOT.

Il est maleureux et meschant De celle putin contanterl

FACESTOT.

Lieutenant, pour Dieu ne vous chaille :

Luy baiileroie leur messagier. 11,890

D'elle ne luy n'est rien qui vaille;

Baillez leur pour tout abréger.

Y nous en peut venir dangier

Et traveil à noz bons amis;

Pour ung peu se vouloir vengier, ii,8a5

Cela n'est que faulte d'avis.

SUPPORT

De ceste oppinion je suis.

Et est bien raison voirement.

Puisqu'elle a en sa teste mis,

Ne s'en depportera autrement. it,83o

Vous savez que communément

Que quant une femme s'arreste

A peu de chose ou autrement,

James n en fera riens qu'à sa teste.

ESGALLES.

Cela ne vault pas le parler; ti,835

Envoyer vous le devez faire, F'3oi V'. Le Bastard veult obtempérer

Tant seullement pour luy complaire.

Vous savez, c'est une bergiere

Qui vient encore tout droit des champs; nMo

Y se moquent d'elle en derrière,

Et ne sera d'elle que tout vent.

TALLEBOT.

Sa, messagier, je suis contant ,. Luy complaire pour ceste foiz.

Au très noble Bastard d'Orléans, ii,845

Qui me requiert de cueur courtois;

Mes non pourtant, avant ung mois,

De la faulce putin, ribaulde,

Je feray par armes et droit

Que je la garderay estre baude. n.sso

Lors luy bailleront leur herault lyé et enferré. Puis le déferrent et deslyent, et dit

PREMIER MESSAGIER

Tu peux bien compter maintenant Et dire de ton adventure.

Page 1