‹ Le mistère du Siège d'Orléans (volume 2)Chapitre 101 sur 143 · LE HERAULT DE U PUGELLE · texte numérisé non relu

LE HERAULT DE U PUGELLE

Ëng^ois sont pires que chiens; m, 855

Y n'ont pitié de créature.

PREMIER MESSAGIER

Tu peuz bien compter maintenant Et dire de ton adventure.

ir MESSAGIER.

Tu es sailiy de grant ordure,

D'estre hors des mains des Ang^ois. 1 1,860

PREMIER MESSAGIER

Mort tu fusses de pourriture Avant qu'il eust esté ung mois.

Il* MESSAGIER.

Y nous fault présent aller voir Madame Jehanne, la Pucelle.

LE HERAULT

C'est bien raison, je m'y en voys; ti,865

C'est une fiUe gente et belle.

F** 3oa v^ Lors s*agenoille devant la Pucelle et dit :

Las! Madame, vous estes celle Qui m'avez recouvert de mort.

LA PDCELLE.

De leur rébellion cruelle

Pugniz en seront de leur tort. 11,870

En nom Dieu, je vueil aller voir

Les Anglois qui sont es Torelles,

Afin que y vueillént prouvoir

Et qu'i sachent de mes nouvelles.

Je scay bien qu'i sont fort rebelles 11,875

Et qu i n'y vouldront obeyr.

LE RECEVEUR. '

Anglois usent de grans cautelles.

Et, s'i pevent, vous feront desplaisir.

Lors partira la Pucelie toute armée et plusieurs avec elle à tous instrumens. Et viendra sur le bouloart de la Belle Croix sur le pont, puis parlera hault es Anglois qui seront es Torrelles, et dit

P 3o3 r*. LA PUCELLE.

Glasidas, puissant cappitaine,

Et vous tous autres grans seigneurs, 11,880

Qui prenez et avez tant peine

En grans traveil et grans labeurs,

Delesser vous fault ces erreurs

Et en voz pays retourner.

Sans estre plus détracteurs, ii,885

Ne plus icy ne séjournez.

Saichez que je suis cy venue

De par Dieu, qui est tout puissant,

Vous dire que nulle tenue

Ne faciez plus ne tant ne quant. 11,890

Levez le siège încontinant Sans plus y commectre de guerre, Et vous en allez de présent En vostre pays d'Angleterre.

En France vous n'avez nul droit 11,895

Ne ne vous compete nullement; C'est au daulphin , qui a le droit A avoir le gouvernement.

Par droit et par vray jugement, Luy appartient la fleur de liz. 11,900

Si vous en allez vistement Et delessez tout son pays. Et se ainsi ne voulez faire, Je suis celle pour vous combatre, Et morez tous de mort amere. 11,905

Ne pensez point en riens rabatre, F* 3o3 V». Que je suis seuUe contre quatre,

Et ung seul en combatra dix.

Ne vous lessez donques point batre.

Et entendez bien à mes dis. 11,910

GLASIDAS.

Toy, faulce, truande, vachiere.

Gomment ose tu cy venir,

Orde, très villaine sorcière,

Nous dire nostre desplaisir?

Par le sang Dieu, te feray morir 1 1,915

Et en ung feu ardre et bruller;

Nul ne t'en pourra garantir.

Dont t'es volu ainsi parler.

FAUQUEMBEBGE.

Fille, tu es bien oultrageuse

Que trouver te peusse en ma voye, 11,945

En fait de guerre, à ma plaisance!

Tu pourras bien dire qu'en France

Y es venue en la maieure.

Folle garce , sans demorance

Va t'en garder ta nourriture. 11,960

P SoA v". LA PUCELLE.

Vous me dictes beaucoup d'injure,

Messeigneurs, et avez grant tort;

Mes par raison et par droiture

Vous en endurrez desconfort.

Vous vous boutez tous en effort 11,955

De moy voloir injuryer;

Mes vous le comparrez si fort

Que l'eure vous en maudirez.

GLÂSIDAS.

Tu es une putin prouvée,

Je le scay véritablement. 11,960

Telle tu es et réputée;

Ghascun le scet certainement.

LA PUCELLE

Vous avez menti faulsement,

Or[d], vilain paillart, Glasidas!

Infâme I maleureusement 11,965

Avant douze jours tu morras.

Adont se descend du dit bouloart et rivière comme dessus, à grans instrumens, h la ville. Puis dit

BASTARD D'ORLEANS

Dame Jebanne, que dictes vous?

Ne fyer ne vous y vueillez , Que il y aroit beaucoup lare.

LA PUCELLE

Je vueii aller présentement

Au bouloart, pour voir à plain ia,ooo

L'oust des Anglois entièrement,

Qui est près de la Croix Morin,

Que je les puisse voir afin,

Et que parler à eulx je peusse

Anuyt, sans atendre à demain , ia,oo5

Et que leur voulenté je sceusse.

Adont partira ia Pucelle et plusieurs seigneurs, tous en grand point, avecques elle. Et dit, après qu'elle sera montée,

LA PUCELLE

Çà, messire Jehan Tallebot, Et vous tous autres chefs de guerre, p 3o6i". Où est le duc de Bedesfort,

Qui se dit régent d'Angleterre? ia,oio

Je vous vueil prier et requerre

Que d'Orléans vous vous en aillez;

Car icy vous n'avez que querre

Et sans cause vous travaillez.

Je vous dénonce pour le mieulx 12,015

Que vous partez diligemment,

Et vous en allez en voz lieux,

Oultre la mer, tout doulcement.

Vos vyes saulvez tant seuUement,

D'acort suis vous lesser aller, j a»oao

Sans coups ferir aucunement,

Et que ce siège vous levez.

Ne n'y aurez nul avantaige.

Mes du tout à vostre dommaige

Je vous en feray deppartir,

Sans plus jamès avoir coraige

Ne puissance mes de finir. i«,iio

Adont 86 descend et retourne à Orléans, et va ouyr vespres à Saincte Croix. — Et y a pause.

LA PUCELLE

En nom Dieu, j'ai grant voulenté Après disner que nous aillons Voir le bien et honnesteté Des Ânglois , qui à Saint Loup sont.

En m'a dit que du mal y font, 19,1 15

p 808 y\ Que par là nul François ne passent

Qui ne soient pris, mis à ransons, Et que tout alentour tout gastent.

Bastard d'Orléans, je vous supplie Que nous les aillons visiter, is,i9o

Les assaillir, quel que nul die, Pour les vouloir dehors bouter.

Il est temps les persécuter, Que il ont leans trop esté;

Si vous vueillez tous aprester 19,195

Et armer pour la seureté.

BASTARD D'ORLEANS

Dame, à vostre voulenté

Ce qui vous plaisa nous ferons;

Mes y sont très grant quantité ,

Ainsi que rapporté nous ont, i9,i3o

Bien cinq cens, tous fors compaignons,

Par quoy y seront fors à prandre;

Et bien fortiffiez ce sont, Ainsi comme je puis entendre.

. ^ LA PUCEILE.

En nom Dieu, si yrons nous vois is,i35

Gomme nous les pourrons avoir; ^ • Y sont leans comme en ung bois.

Et ne font riens que larronner.

p 309 t\ Seigneurs, faictes vostre devoir :

Lahire, soyez des premiers ta,i4o

Et vous y vueillez esprouvoir;

Vous, messire Fieurant d'Illiers,

Alan Giron, vous et voz gens.

Et aussi Jamet du Tiilay,

Monstrez vous aujourduy vaillant ia,i45

En armes et bien esveillay.

Soyez prest et appareillé

De bien voz anemis combatre,

Que aujourd'huy les assauldray

Pour vouloir leur orgueil abatre. la.t^o

Vous, Monseigneur le mareschal.

Baron de Golonces, Graville,

Vous garderez en gênerai

Avecques les gens de la ville,

Et sauldrez près la bastille «ii55

De Saint Poair*, vous et voz gens tous,

Que Anglois ne saillent à la fille

Pour leur vouloir donner secours.

Or sus, messeigneurs et amys,

Faictes trestous, je vous emprie, »« «^^

Et allons voir noz anemis

' Bastille élevée au nord d'Orléans, et que les Anglois avaient nommée Paris.

LA PUCELLE

Il est bien temps de nous retraire,

Voicy la nuit qui est venue.

Noz gens ont eu fort à faire, i»,i85

Et des Anglois bien deffendue;

Mes, Dieu mercy, avons eue

Victoire allencontre d'iceulx.

Que reschappé , ne pié ne queue ,

Y nen est pas ung tout seul deulx. 19,190

Lors viendra à Orieans, et y a pause. — Et tous en belle ordonnance, clairons, trompetes, amènent grant foison prisonniers à tous les roiges croix lyez; et puis dit la Pucelle :

P3lOY^ LA PUCELLE.

Messeigneurs et mes bons amis,

Trouver fault expédient

De despecher noz anemis

Qui ont esté par cidevant,

Vous savez, il y a longtemps. i«,i95

Huit mois y sont bien acompliz

Qu'il ont tousjours, comme j'entent,

Volu faire grant desplaisir.

Si nous est chose neccessaire

De les ouster du bout du pont, 19,900

Que il ont toute la frontière

De la Sauloigne et environs,

t j Par quoy vous ne povez pas dont

Avoir vivres bien à vostre aise.

Pour les oustet* de là oii y sont, ii,io5

Je conseille que on y voise; Que se Vous avez les Torrelles .

Et leurs fortifficacions.

Pius ne vous seront si .rebelles

Ne plus tant ne vous grèveront; la^aio

Que de là gectent leurs canons Qui font des maulx parmy la ville, . , Et est de là où y vous font Plus de mal ad ce domicilie. i

Si en vueillez disposer 19,915

Par quel point nous les assauldrons, p 3ii i'. Et tous ensemble propposer

En disant voz oppinions.

Pour aujourd'uy riens n'en ferons Qu'il est jour de l'Ascension, 19,990

Mes nonobstant bien pourrons En faire la conclusion.

Et pour dire mon advis, En sauvant l'onneur de vous tous , Ainsi comme entendre je puis, 19,995

Dire je le vueil devant vous.

Si est que, selon mon propoux.

Entre la Tour Neufve et Saint Leu, Que nous passions demain nostre oust, Et ainsi comme au point du jour. i9,9do

Il ont aussi Saint Jehan le Blanc , Qu'il ont très fort fortiffié.

Et se sont logez là dedans Qui nous a prejudicié;

Si sera demain defyé 19,935

Pareillement leur bouloart; Mes que par vous notiffié Y soit présent de vostre part.

BASTARD D^ORLEANS

Dame Jehanne, pour vérité

Je ne vous say que conseiller; t^Mo

Faictes à vostre liberté, Je n'en Yueil autrement parler, p 3i I V. Vous savez que l'on peut aller

Mieulx que nous, et bien le savons;

Faictes et vous appareillez, 111,965

Nous tous autres nous vous suyvrons.

SAINTE SUAIRE

Vous avez bon commancement,

Dame Jehanne, il est bien certin,

Quant ainsi vigoureusement

Avez ouvré de vostre main. ia,«5o

Des Ânglois avez fait la fin

A Saint Loup, là où il estoient,

Dont enclos estoit le chemin,

Et tout ce pays là gastoyent.

GRAVU.LE.

Vous avez victoire et honneur i«,a55

Dont vous avez Saint Lou conquist;

N'est prince de si grant valeur

En France qui autant acquist.

C'est ung assault par vous exquis ,

Et dont y sera toujours mémoire; i«,a6o

N 'estoit nul de nous qui le fist,

A vous est louenge et la gloire.

MESSIRE FLEURANT D^ILUERS.

C'estoit une place imprenable F« 3ia r*. De leur taudis et bouloart,

Pour les François fort dommageable; ia,a65

Nul n'osoit aller celle part.

Or avez vous de part en part

Nestoyé ceste truandaiUe;

Ghaseun doit bien avoir regart

De bien suyvre vostre bataille. 19,270

BARON DE COULONCES.

Dame Jehanne, avez bien besoigné

En cest assault derrenierement.

Honneur et pris avez gaigné

Devant tous generallement;

Que, par vostre grant hardyment, 19,275

Vous avez la place gaingnée,

Et mis Anglois à finement

Par vostre puissance esprouvée.

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