LE BARON DE COLONCES
En ce cas, ne fault faire atante.
J'emeroye autant morir i/i,aao
Que tel reproche recepvoir, Quant nous aurons temps et loisir Pour les bien combatre et avoir.
POTON
Aller y convient, c'est raison.
Puis qu'an si beau gibier y sont, tû,2a5
Chacer fault telle venoison
Comme ces desloyaulx Godons,
Qui à jamès ne furent bons,
Mes tant fait de doleur et paine.
Lesser aller pas ne devons iA,a3o
De nostre pays et demaine.
LE CAPPITAINE CAVEDE.
Dame Jehanne, qu'an dictes vous?
Les devons nous point assaillir?
Vous voyez ci la voir' de tous; P359V». Faictes en à vostre plaisir. iA,a35
Quant à moy, je suis de loisir; Moy et tous mes gens sommes prest A vostre voloir acomplir, Et à faire ce qui vous plaist.
LA PUCELLE
Mes bons seigneurs, or entendez : i4,aio
J'é ouy vos oppinions Et tout ce que vous prétendez, Avecques voz intencions; Dont vous dis voz affections
Si est les Anglois assaillir. iA,aA5
* Sic, sans doute pour la voix, Topinion.
LA PUCELLE
Y convient que nous nous armyons, Et y allez par bonne voye.
SAINTE SUAIRE
Ce qui vous plaisa nous ferons; F* 36o >". Que tout vostre plaisir octroyé. 16,375
LA PUCELLE
Ghascun de harnois se provoye; Je ne say s'i nous assaudront.
LE SIRE DE GOURAS
Dame Jehanne, je le vouldroye, Que désir de frapper avons.
Lors icy y a grant pause. — Et se doit armer la Pucelle de blans harnois, et tous les autres. Et puis dit
LA PUCELLE
Vous, Bastard d'Orléans, mon chier sire, 16,980
Vous semble temps que nous partions?
BASTARD D'ORLEANS
Tout est prest, n'y a que redire,
Et tous noz gens abillez sont.
Devisez ce que nous ferons, "
Et de par nous sera acomply. t6,a85
LA PUCELLE
F* 36 1 r". Devant les Anglois nous yrons
Pour les vois, et de cueur hardi; Et au seurplus, je vous supplie
James d*eulx vous n'oirez parler Pour venir devant vostre viJle, ^ Ne pour vous voloir exciJler, i4,3io
Ne pour faire autre chose vile.
Retrayons nous tous à Orléans, Que il est aujourd'uy dimenche, Mercyant Dieu sur toutes riens, p 36a r'. , A luy appartient la louenge iû,3i5.
Que de ceste gent ci estrange Vous a ainsi du tout chacée, Et vostre cité pure et franche Vous a préservée et gardée.
Neuf mois il y a tous entiers 1^1,390
Que y vindrent premièrement; Dont par eulx deul et destourbiers Avez souffert et griefvement, Grans peines et grant encombrement, Ainsi que c'est chose certaine. i/i,3«5
Souviengne vous d'où et comment Estes rachatez de la paine :
Que l'an nn*^xxix.
Le vm* ^ jour de may.
Fut rediffié tout de neuf i4,33o
Orléans estant en grant esmay.
Que ce propre jour, sans delay, Honteusement se deslogerent Les Anglois, en grant desarroy,
Et droit à Meung y s'en allèrent. iû,335
Mes amis, bien vous en souviengne.
Et ceulx qui viendront après vous :
Que ceste chose vous enseigne Que Dieu vous a esté bien doux, * Correction; le texte portait d'abord IX*.
Dont par voz puissans faiz et dis
Vous avez obtenu victoire. 1 4,365
Très haulte dame de hault pris,
A vous en est louenge et gloire.
LA PUCELLE
Mes amis, ce n'est pas à moy, C'est à Dieu, qui a cecy fait :
Pitié a eu de vostre esmoy, i'j,37o
De votre doloreux exploit.
Si ayez tous, tant que qui soit.
Dieu devant vous et en mémoire.
Puisque ainsi vous a parfait
Avoir eu ceste grant victoire. 1^,375
Et si ayez en souvenance De ce jour icy, mes amis.
Gomment Orléans eult délivrance De ces anciens anemis.
Comment il ont esté soumis «MSo
L'an mil mi^ xxix ; Faictes en mémoire tous dis; Des jours de may ce fut le neuf.
Et comme j'ay ci recité,
Qu'il en soit mémoire après vous, »i.385
Comment ceste noble cité De Dieu si a esté recoux Encontre Anglois, qui en propoux F* 363 v*. * Avoient de tout point la prandre,
Dont Dieu, qui est courtois et doux, «'1,390
L'a volu garder et deflendre.
Si me vueil d'icy deppartir, Et m'en aller devers le Roy, Et j'é voulante et désir
Honnestement m'avez receue
Et donné planté de vos biens;
Dont, mes amys, à mon yssue i^^Mo
Grâce et louenge je vous rens.