‹ Le mistère du Siège d'Orléans (volume 2)Chapitre 110 sur 143 · ROBIN HERON · texte numérisé non relu

ROBIN HERON

N a pas [joye] ?

Messeigneurs, Dieu vous dont santé l

Tallebot devers vous m envoyé-

Que chascun soit entalanté

Venir vers iuy la droicte voye, 1 3,845

Et que chascun de vous se voye,

Monté de harnois et en point.

LE SIRE FASTOT.

Messagier, nous savons assez Des nouvelles de delà Loire.

Noz gens ont esté fort pressez i3,85o

Et y ont eu beaucoup à faire, Dont à nous tous doit bien desplaire D'un y tel oust estre deffait; ^

Que nul homme ne sauroit croire F* 35o V*. La vaillance qu'en eulx estoit. 1 3,855

Va t en, nous allons après toy Pour reconforter Tallebot, Qui endure, comme je croy, En son cueur un divers sanglot; Que c'estoit tout nostre complot t3,86o

Et toute nostre espérance, Que y tenoient pour leur lot Le passaige et la clef de France.

Je m'en revoys sans demourance . Devers les seigneurs qui là sont, 1 3.865

Qui vous prient que chascun s'avance.

Ainsi que enchargé le m'ont. '

Pose. — Lors vient.

Dieu vous sault, messeigneurs barons I

LE MISTERE DU SIEGE D'ORLEANS. o^il

Et avons esté longuement.

H y a neuf mois proprement Que fut la première arrivée, En la quelle grant assemblée

Y arriva, et noble entrée, «3,895

Des plus haultz princes d'Angleterre, Lesquelz si ont conduit l'armée Si à point et bien ordonnée Que on peust faire en fait de guerre.

Dieu ayt l'ame de Sallebry, 1.3,900

Lieutenant du bon roy Henry, Qui son parent prochain estoit!

Et de la vaillance de luy N'est à comparoir à nulluy

Ne du sens qui en luy gisoit; «3,905

Que de ce qu'il entreprenoit Tousjours à bonne fin venoit, Et au dessus de son affaire.

James bataille ne perdoit,

Et chascun luy obeissoit : 13,910

F' 352 r'. Riens ne trouvoit à luy contraire.

Vray est que de plaine arrivée Quant y vint, luy et son armée.

Les Tourelles du pont gaingna.

Dont la ville fut effrayée «3,915

Et griefment molestée, Si que chascun d'eulx le doubta.

Et du premier qu'il arriva Aux Orlenqis notiffia

Qu'il les auroit dedans six jours; «3,930

Mes la mort vint qui le tua D'ung tret qui sa teste emporta, Dont ne peut fournir son propoux.

Lesquelz sont tous morts et estains , Noyez, tués et mis à fins, Par art ou par enchanterye.

Je en ay en moy tel douleur 13,960

Je n'en puis avoir joie au cueur, Quant de ce fait cy me souvient.

Helas ! quant j'eusse esté bien sceur, Pas y n'eussent eu ce malheur.

Je y fusse bien allé à tant; 13,965

Mes jamès ne pensoie à riens, Qu'il estoient si suffisans r 353 1'. Pour atendre toute puissance !

Il estoient artillez feans,

Fortifiiez hors et dedans, 1:1970

Et de vivres grant abondance.

Messeigneurs, je vous ay mandez Pour tenir conseil en ce cas.

Et à vous tous pour demander

Que nous devons faire en ce pas. 13,975

Dictes en icy hault et bas Ce nous devons plus cy tenir; Que autrement je ne vueil pas Sinon voz voloir acomplir.

DUC DE BETEFORT.

En ce fait cy ne say que dire : ^ 13,981

Je voy devant nous le maleur,

Et voy que nous avons le pire.

Pour le présent, j'en suis bien seur,

Que nous avons perdu la fleur

De nostre armée ou autant vault. 13,985

Si croy que ce seroit le milleur

De ne leur donner plus d'assault.

Que peut estre nous assauldrons. i/i,oi5

A tout le moins nous deffendrons; Et ayons trestout bon coraige, Que nous perdrons ou gaignerons Et ne l'aront pas davantaige.

LE SIRE DE HONGREFORT

Demain, savez, il est dimenche; iû,oao

Y ne se doubteront point de nous.

S'i viennent, chascun se revenche, Et ne doubtez à donner coups; Mes s'i nous lessent en repoux

Sans aucunnement guerroyer, 16,025

Allons nous en en nostre oust Et pensons du siège lever.

MESSIRE JEHAN DE LA POLLE

Puis qu'ainsi fortune a volu Geste journée cy avenir.

Et que je voy qu'il est conclu, 1^,080

Simplesse est nous y plus tenir.

En pièce pourrions parvenir Recouvrer ce qui est perdu, p 35A \". Et nous vault mieulx abstenir

Que estre tout point confondu. i'^o35

AUXANDRE DE LA POLLE.

Y me fait grant mal de cecy; Mais quoy! il n'y a nul remède.

Il le fault prandre tout ainsi.

Priant Dieu autreffois nous ayde.

Et que puissions, par sa conduite, »^»o^«o

Sur François acquérir vengence.

LE MISTERE DU SIEGE D'ORLEANS. 5â7

MESSIRE THOMAS RAMETON.

Messeigneurs, je congnois en vous Que vouliez le siège lever,

Et je suis bien de ce propoux 1^,070

Que ainsi faire le devez.

Mes aussi fault voye trouver Avoir Glasidas et les princes, Et en noz pays les mener, p*355 y\ En priant pour eulx saint et saintes. 1^,075

ROBIN HERON, cappitainc.

Bien suis de ce consentement

Que levyons le siège demain,

Et que soyons totalement

Tous armez et au plus matin;

Que se François nous font hutin, 1^,080

 tout le moins serons nous prest

Pour nous deffendre main à main ,

L'espée et la lance en arrest.

TALLEBOT.

Ça, messeigneurs, puisqu'il vous plaist,

Avez dit vos oppinions, 1 4,085

Les acompliray sans arrest

Et aussi vos intencions.

Demain donques nous partirons

Au plus matin , trestous ensemble

En bataille, et nous en yrons 1^,090

A Meung; il est bon, ce me semble.

Les mors, je les feray mener

A Chartres, en la grande église,

Bien souvent de grans convoitises iû,tao

On ne vient pas où on prêtent:

Vient souvent aucuns qui le brisent, Que tout si devient à néant.

BASTARD D'ORLEANS

Dame Jehanne, Dieu vous salue

Et vous doint aujourd'uy bon jour! 1 4,125

M'estoit tart que vous eusse veue ,

Que vous estes notre recour.

Si avoye de vous grant pour

Dont vous fustes hyer blessée

D'un tret, que je voy à Tentour iA,i3o

De vous, dont fastes trespercée.

LA PUCELLE

Bastard d'Orléans, mon chier amy, De cela, se Dieu pJaist, n'est riens.

Dieu ne m'a pas mis en oubJy :

Resconforte tousjours les siens. i/i,i35

F* 357 ^^ Si vous plaist , que incontinant

Faciez les trompetes sonner, Pour faire venir tous noz gens Et pour icy les assembler.

BASTARD D'ORLEANS

Dame Jehanne, y sera fait 1 4,1 60

Incontinant, puisqu'i vous plaist.

Trompetes, sus, sans plus de pJait,

Avancez vous, soyez tous prest;

Faictes que noz gens loin g et près

Viengnent cy en nostre presance. i'j,i55

Mlll II Mil' ' ^i

LE SIRE DE GUITRY

Messeigneurs, ainsi que j'entant, Le siège y veuUent lever,

Que il ont sarré tous leurs biens 16,170

Et en fardeaulx enveloppez.

Ceulx qui les ont veu cordeler Et qui ont fait le guet la nuyt.

L'ont rapporté et dit tout cler, p 358 r\ Et en est partout ung grant bruit.

" LE SIRE DE GRAVILLE

Plusieurs l'ont ainsi rapporté :

Geste nuyt ont fait leurs aprestes

Et ont tout pris et emporté,

Leurs harnois, ars et arbalestes;

Et sont ylà où y s'arrestent i'mSo

Pour vider tousjours leur bagaige.

Si seroit bon, sans plus d'enquestes,

Leur aller close le passaige.

LE SIRE DE RAYS

C'est bien dit et bien advisé;

Et tant qu'i sont en desarroy, 16,1 85

Que leur oust si est divisé.

Allez au devant du charroy.

Vous les mectrez en tel arroy

Et en telle subjection

Que nui n'eschappera, je le croy, 1^,190

Qu'i ne soit à perdicion.

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