LE BARON DE COLONCES
Je suis de ceste oppinion
Que à Orléans devez aller 1^,985
Avecques la fille de nom.
Cela je vueil bien conseiller
Et que vous devez regaller
Voz villes d'environ Orléans,
Et faire Anglois tant recuUer 1^,990
Qui n'y reviengnent de mil ans.
Après, pour la Pucelle entendre.
Pour vous mener à Rains sacrer,
Je croy que y devez entendre
Et n'en devez point différer. 1^,995
Elle est à priser et aymer;
Ghascun d'elle bien en proppose :
De toutes gens est à louer Et de Dieu est, je le suppose.
P 376 T\ DUC D'ALANSON.
Faictes la Pucelle venir, i5,ooo «
Que la voir ^ d'un chascun est telle , j
Si est que voloir acomplir
Le bon voloir qui est en elle, '/
Et que par vous on luy revelle ;
Vostre volante en ce cas; i5,oo5
Si la trouverrez bonne et belle ,
Qu'elle ne vous desdira pas.
LE ROY
Messeigneurs, par vostre ordonnance •
Faire vueil, et selon voz dis; ^
Si feray venir en présence 1 5,0 10 *
La Pucelle de très hault pris,
Qui n'a encore en riens mespris,
Mes chascun la craint et la doubte, i
Et n'est nul ne grans ne petis
Que de ses dis chascun l'escoute. i5,oi5 ^
Messagier, va diligemment
Devers la Pucelle, et luy dy
Qu'elle viengne à nous prestement,
Sans tarder, et que je l'empry.
* Pour voix, opinion ?
Chier seigneur, tantoust devers lui Vostre messaige à la Pucelle
Par moy sera fait et acompii, Que bref en orrez la nouvelle.
Pose.
Madame, Dieu vous doint honneur,
Joye, santé et bonne vie ! i5,oa5
Le Roy si vous pry de bon cueur
Qu'aillez vers luy sans tarder mie.
LA PUCELLE
Sa volante sera acomplie,
Mon chier amy, incontinant.
Vat en devant, et je t'emprie, i5,o3o
Sans arrester ne tant ne quant.
MESSAGIEB.
Plaise vous savoir que je viens,
Chier Sire, de vers la Pucelle,
Laquelle verrez en presant
Par devers vous, plaisant et belle. i5,o35
Lors y a pose. — Et dit
LA PUGELLE.
Noble roy. Dieu vous dont salut Et à tout'vostre seigneurie, I ' 377 t\ Du hault paradis le tribut,
Ouquel si est joye infinie!
LE ROY
Grant mercy, ma fille et amye. i5,o4o
Sachez que je vous ay mandée Pour nous tenir cy compaignie.
Et pour savoir vostre pencée.
Nous sommes icy assemblez
Touchant ce que nous avez dit, i5,o&5
Pour en faire et en deviser Tout selon vostre bon esdit; Et sommes tous sans contredit A en faire à vostre ordonnance, Et de nul ne sera escondit i5,o5o
Vostre bon voloir et plaisance.
Vous les voyez ci en présence, Lesquelz sont d'un commun accort A vostre grant sens et science,
De Tacomplir sans nul déport; i5,o55
Et ung chascun d eulx se fait fort De compaignie vous tenir Oii vouldrez aller à l'efort, Et avec vous vivre et morir.
Pour tant, Glle, si est concleu, i5,o6o
Sauve qui vous plaise le faire.
Tout bien considéré et veu Que c'est chose neccessaire; Que sus la rivière de Loire F* 377 v'. Au tour d'Orléans a plusieurs places i5,o65
Que tiennent Anglois pour frontières, Pour faire des maulx et falaces :
C'est Jargueau, Meung et Baugenci.
Vous savez, Anglois sont dedans, Et comme chascun sait aussi 1^070
Que il ne sont point loing d'Orléans j Et y pevent faire amast de gens Pour Orléans encore défier, Bon seroit les gecter de leans
Et aultre part les envoyer.' 15,075
Je ordonne duc d'Alanson
LE MISTERE DU SIEGE D'ORLEANS. 585 j
LA PUCELLE. '
Vostre voloir entièrement
Vueil acompHr de ma puissance :
C'est que voloir premièrement i5,iio
Mectre Anglois en obbeyssance,
Et les places à délivrance,
Baugenci, Meung et Jargueau.
Bien je suis de ceste acordance /
Qu on n'espargne bourc ne chasteau. i5,ii5 j
DUC D'ALANSON. \
Jehanne, je le conseilleroye, P378 \\ Et me semble que c'est le mieuh.
Vostre plaisir faire vouldroye Plus toust que nul dessoubz les cieulx. Anglois sont en deux ou trois lieux 1 5,120
Environnez autour d'Orléans; De les avoir soyons soigneux Et les desloiger de leans.
U PUCELLE
Puisque vous estes tous contans,
Desdire n'en vueil vostre entante, i5,ifl5
Et à ce faire me consens,
Si en suis aussi bien contante.
Dont ne ferons ci plus d'atante,
Et y allons diligemment,
Que bref me fault prandre la santé i5,i3o
D'acomplir mon veil bonnement.
LE ROY
Ma fille, sachez, je désir •
De faire ce qui vous plaira, Et vostré voloir acomplir;
Devers moy, y s'acomplira. i5,i35
Le duc d'Alanson s'en yra Avecques vous, fille très chère, Et lequel vous obbeyra En tout ce que aurez à faire, p 379 r\ Or çà, beau cousin, je vous prie i5,i4o
Que la Pucelle conduisez, Et pour Dieu ne luy faillez mie Que de dangier la préservez, En vous priant que la gardez
Aussi chiere que vostre enffant, i5,i/i5
Que j'aroye grand encombrier Se mal avoit aucunement.
DUC D'ALANSON.
Croyez que j'en seray engrant
Et de la garder bien soigneux;
Si seroye trop desplaisant i5,i5o
Qu'elle eust mal, et bien doloureux. *
LE ROY
Je prie à Dieu le roy des cieulx
Qui vous tieugne tous en sa garde,
Et vous dont que victorieux
Puissez retourner, que qui tarde. i5,i55
Adont les trompetes sonneront. Et puis dit
DUC D'ALANSON.
Dame Jehanne, estes vous preste?
F* 379 V*. Y nous convient d'ici partir.
. •s.'»iâ
A moy plus rien y ne me reste
De quoy y me peust souvenir.
Donques, se c'est vostre plaisir, i5,i6o
Je croy que de partir est heure :
Tous mes gens j'é fait ci venir;
Pour moy plus nului ne demeure.
LA PUCELLE
Sire roy, de vous prans congié,
Vous remercyant de l'onneur; i5,i65
Et de vostre noble valeur
Soyez de Dieu regracié.
Fille, jamès ne vous fauldray; Je le vous promès de bon cueur.
LA PUCELLE
Sire roy, de vous prans congié, 15,170
Vous remercyant de l'onneur.
LE ROY
En vous, belle, me suis fié
Où je trouve cause et couleur.
Tout bien en vous et tout honneur :
De ce je suis certiffié. 15,175
P 38o !••. LA PUCELLE.
Sire roy, de vous prans congié.
Vous remercyant de l'onneur; Et de vostre bonne valleur Soyez de Dieu regracié;
Vous pryant par grant amytié i5,i8o
Que veillez faire diligence De acomplir ce bel traictié, Estre couronné roy de France.
Fille, de ce n'ayez doubtance.
Vostre bon voloir je feray, j5,i85
Croyez, en toute diligence,
Et de bon cueur l'acompliray.
A Dieu, tant que vous reveray,
Aurai doubte de vostre absence.
LA PUCELLE
Tenez vous pour moy asseuré 15,190
Que Dieu me gardera d'offence.
Lors s'en part, et dit
LA PUCELLE
Or sus, monseigneur d'Alanson, Partons d'ici quant vous plaira; •
F'38ov'. Il est tant que nous en pansion,
Que je vouldroye estre desjà. 15,195
DUC D'ALANSON.
Trompetes, sonnez çà et là Pour assembler toutes noz gens, Et tenez le chemin qui va Tout le plus droit juques Orléans.
Adont icy y a une pause de trompetes et autres instrumens. — Et viendront vers Orléans, et au devant viennent les bourgeois de. la ville, et dit
LE MISTERE DU SIEGE D'ORLEANvS. 589 ;
LE RECEPVEUR. '/
Dame Jehanne, noble princesse, i5,aoo
Vous soyez la très bien venue ; |
De vous vois nous est grant liesse
Et très grant joye survenue.
Vous serez à Orléans receue ,
Aussi monseigneur d'Alanson, i5,ao5
Qu'i ne sera riens soubz la nue
Que n'ayez à vostre bandon. ;