‹ Le mistère du Siège d'Orléans (volume 2)Chapitre 115 sur 143 · LE BARON DE COLONCES · texte numérisé non relu

LE BARON DE COLONCES

Je suis de ceste oppinion

Que à Orléans devez aller 1^,985

Avecques la fille de nom.

Cela je vueil bien conseiller

Et que vous devez regaller

Voz villes d'environ Orléans,

Et faire Anglois tant recuUer 1^,990

Qui n'y reviengnent de mil ans.

Après, pour la Pucelle entendre.

Pour vous mener à Rains sacrer,

Je croy que y devez entendre

Et n'en devez point différer. 1^,995

Elle est à priser et aymer;

Ghascun d'elle bien en proppose :

De toutes gens est à louer Et de Dieu est, je le suppose.

P 376 T\ DUC D'ALANSON.

Faictes la Pucelle venir, i5,ooo «

Que la voir ^ d'un chascun est telle , j

Si est que voloir acomplir

Le bon voloir qui est en elle, '/

Et que par vous on luy revelle ;

Vostre volante en ce cas; i5,oo5

Si la trouverrez bonne et belle ,

Qu'elle ne vous desdira pas.

LE ROY

Messeigneurs, par vostre ordonnance •

Faire vueil, et selon voz dis; ^

Si feray venir en présence 1 5,0 10 *

La Pucelle de très hault pris,

Qui n'a encore en riens mespris,

Mes chascun la craint et la doubte, i

Et n'est nul ne grans ne petis

Que de ses dis chascun l'escoute. i5,oi5 ^

Messagier, va diligemment

Devers la Pucelle, et luy dy

Qu'elle viengne à nous prestement,

Sans tarder, et que je l'empry.

* Pour voix, opinion ?

Chier seigneur, tantoust devers lui Vostre messaige à la Pucelle

Par moy sera fait et acompii, Que bref en orrez la nouvelle.

Pose.

Madame, Dieu vous doint honneur,

Joye, santé et bonne vie ! i5,oa5

Le Roy si vous pry de bon cueur

Qu'aillez vers luy sans tarder mie.

LA PUCELLE

Sa volante sera acomplie,

Mon chier amy, incontinant.

Vat en devant, et je t'emprie, i5,o3o

Sans arrester ne tant ne quant.

MESSAGIEB.

Plaise vous savoir que je viens,

Chier Sire, de vers la Pucelle,

Laquelle verrez en presant

Par devers vous, plaisant et belle. i5,o35

Lors y a pose. — Et dit

LA PUGELLE.

Noble roy. Dieu vous dont salut Et à tout'vostre seigneurie, I ' 377 t\ Du hault paradis le tribut,

Ouquel si est joye infinie!

LE ROY

Grant mercy, ma fille et amye. i5,o4o

Sachez que je vous ay mandée Pour nous tenir cy compaignie.

Et pour savoir vostre pencée.

Nous sommes icy assemblez

Touchant ce que nous avez dit, i5,o&5

Pour en faire et en deviser Tout selon vostre bon esdit; Et sommes tous sans contredit A en faire à vostre ordonnance, Et de nul ne sera escondit i5,o5o

Vostre bon voloir et plaisance.

Vous les voyez ci en présence, Lesquelz sont d'un commun accort A vostre grant sens et science,

De Tacomplir sans nul déport; i5,o55

Et ung chascun d eulx se fait fort De compaignie vous tenir Oii vouldrez aller à l'efort, Et avec vous vivre et morir.

Pour tant, Glle, si est concleu, i5,o6o

Sauve qui vous plaise le faire.

Tout bien considéré et veu Que c'est chose neccessaire; Que sus la rivière de Loire F* 377 v'. Au tour d'Orléans a plusieurs places i5,o65

Que tiennent Anglois pour frontières, Pour faire des maulx et falaces :

C'est Jargueau, Meung et Baugenci.

Vous savez, Anglois sont dedans, Et comme chascun sait aussi 1^070

Que il ne sont point loing d'Orléans j Et y pevent faire amast de gens Pour Orléans encore défier, Bon seroit les gecter de leans

Et aultre part les envoyer.' 15,075

Je ordonne duc d'Alanson

LE MISTERE DU SIEGE D'ORLEANS. 585 j

LA PUCELLE. '

Vostre voloir entièrement

Vueil acompHr de ma puissance :

C'est que voloir premièrement i5,iio

Mectre Anglois en obbeyssance,

Et les places à délivrance,

Baugenci, Meung et Jargueau.

Bien je suis de ceste acordance /

Qu on n'espargne bourc ne chasteau. i5,ii5 j

DUC D'ALANSON. \

Jehanne, je le conseilleroye, P378 \\ Et me semble que c'est le mieuh.

Vostre plaisir faire vouldroye Plus toust que nul dessoubz les cieulx. Anglois sont en deux ou trois lieux 1 5,120

Environnez autour d'Orléans; De les avoir soyons soigneux Et les desloiger de leans.

U PUCELLE

Puisque vous estes tous contans,

Desdire n'en vueil vostre entante, i5,ifl5

Et à ce faire me consens,

Si en suis aussi bien contante.

Dont ne ferons ci plus d'atante,

Et y allons diligemment,

Que bref me fault prandre la santé i5,i3o

D'acomplir mon veil bonnement.

LE ROY

Ma fille, sachez, je désir •

De faire ce qui vous plaira, Et vostré voloir acomplir;

Devers moy, y s'acomplira. i5,i35

Le duc d'Alanson s'en yra Avecques vous, fille très chère, Et lequel vous obbeyra En tout ce que aurez à faire, p 379 r\ Or çà, beau cousin, je vous prie i5,i4o

Que la Pucelle conduisez, Et pour Dieu ne luy faillez mie Que de dangier la préservez, En vous priant que la gardez

Aussi chiere que vostre enffant, i5,i/i5

Que j'aroye grand encombrier Se mal avoit aucunement.

DUC D'ALANSON.

Croyez que j'en seray engrant

Et de la garder bien soigneux;

Si seroye trop desplaisant i5,i5o

Qu'elle eust mal, et bien doloureux. *

LE ROY

Je prie à Dieu le roy des cieulx

Qui vous tieugne tous en sa garde,

Et vous dont que victorieux

Puissez retourner, que qui tarde. i5,i55

Adont les trompetes sonneront. Et puis dit

DUC D'ALANSON.

Dame Jehanne, estes vous preste?

F* 379 V*. Y nous convient d'ici partir.

. •s.'»iâ

A moy plus rien y ne me reste

De quoy y me peust souvenir.

Donques, se c'est vostre plaisir, i5,i6o

Je croy que de partir est heure :

Tous mes gens j'é fait ci venir;

Pour moy plus nului ne demeure.

LA PUCELLE

Sire roy, de vous prans congié,

Vous remercyant de l'onneur; i5,i65

Et de vostre noble valeur

Soyez de Dieu regracié.

Fille, jamès ne vous fauldray; Je le vous promès de bon cueur.

LA PUCELLE

Sire roy, de vous prans congié, 15,170

Vous remercyant de l'onneur.

LE ROY

En vous, belle, me suis fié

Où je trouve cause et couleur.

Tout bien en vous et tout honneur :

De ce je suis certiffié. 15,175

P 38o !••. LA PUCELLE.

Sire roy, de vous prans congié.

Vous remercyant de l'onneur; Et de vostre bonne valleur Soyez de Dieu regracié;

Vous pryant par grant amytié i5,i8o

Que veillez faire diligence De acomplir ce bel traictié, Estre couronné roy de France.

Fille, de ce n'ayez doubtance.

Vostre bon voloir je feray, j5,i85

Croyez, en toute diligence,

Et de bon cueur l'acompliray.

A Dieu, tant que vous reveray,

Aurai doubte de vostre absence.

LA PUCELLE

Tenez vous pour moy asseuré 15,190

Que Dieu me gardera d'offence.

Lors s'en part, et dit

LA PUCELLE

Or sus, monseigneur d'Alanson, Partons d'ici quant vous plaira; •

F'38ov'. Il est tant que nous en pansion,

Que je vouldroye estre desjà. 15,195

DUC D'ALANSON.

Trompetes, sonnez çà et là Pour assembler toutes noz gens, Et tenez le chemin qui va Tout le plus droit juques Orléans.

Adont icy y a une pause de trompetes et autres instrumens. — Et viendront vers Orléans, et au devant viennent les bourgeois de. la ville, et dit

LE MISTERE DU SIEGE D'ORLEANvS. 589 ;

LE RECEPVEUR. '/

Dame Jehanne, noble princesse, i5,aoo

Vous soyez la très bien venue ; |

De vous vois nous est grant liesse

Et très grant joye survenue.

Vous serez à Orléans receue ,

Aussi monseigneur d'Alanson, i5,ao5

Qu'i ne sera riens soubz la nue

Que n'ayez à vostre bandon. ;

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