LE SIRE DE LOCHAT
Messeigneurs , vous devez savoir Que nous sommes vers vous venuz nM^
Pour vous ayder et consoloir.
Et comme y sommes tenuz.
Nous et noz gens, grans et menuz, Vous volons faire obéissance.
Sans que de nous espargnez nuz 17,500
A acomplir vostre plaisance; Que nous sommes très désirant Servir le noble roy de France De nostre corps et de noz biens, Sans espargner or ne chevance, 17,505
Et faire par vostre ordonnance.
Soit en bataille ou autrement, p 434 v^ Que des Angloys nostre espérance
Est de les mectre à finement.
Et vous, Pucelle de renon, «7*5 10
Où en vous est tant de prudence.
Que par tous pays est le non De vostre proesse excellance, Avecques vous veil ma puissance Demonstrer, ma force et vertu, »7'5i5
Afin que ayez cognoissance Que avecques vous m'avez veu.
Je ne veil nului contredire
Ne la Pucelle de renon.
Ce que veult acomplir désire; tiM^
Que pour la besoigne conduire
N'est nul de nous qui puisse mieux :
Par quoy je dy, sans nul médire,
Servir la devons en tous lieux.
JAYMET DE TILLAY.
Je nea veil point faire de double i7t55o
F* 636 v'. Ne oppiner aucunement,
Que ma volante si est toute
A son plaisir entièrement;
Qu elle nous a si noblement
Gouvernez puis quelle est venue, »7'555
Que tousjours en accroissement
La chose est tousjours parvenue.
THUDUAL DE GARMOISON.
Messeigneurs, de ce cas icy
En dire n'est nécessité ;
La Pucelle du bien de lui i7»56'>
Nous a nostre fait tout noté,
Ne que je soye entallanté
Voloir dire allencontre d'elle
Il ne sera jà rapporté,
Qu'ensuivre je veil sa querelle. » 7^565
JAQUES DE DI6NAN, Seigneur de Beaumanoir.
James ne voudroye au contraire Aller de son oppinion.
Que en tous lieux, il est notoire, Ces dis sont de permission;
De soy armer se dispose;
Que, en nom Dieu, comme je pance,
Au plus matin nous partirons
Et tous yrons courir la lance, 17,600
Vois ci Anglois nous trouverons,
Que, se je puis, nous les arons.
Ou y delayront le pays
De France, que trop tenu l'ont,
Ou yl y seront mors ou pris. 17,605
Pose de trompetes, menestriers et autres instrumens. — Puis après arrive le messagier devant le Roy et dit
Or sui ge bien à point venu Et ay fait bonne diligence, Quant le bon roy Charles j'é veu Et que je le voy en présence.
A luy m'en voys sans demourance 17,610
F" 437 i^. Lui raconter mon vray message,
De par la dame d'excellance , C'est dame Jehanne, au gent corsage.
Très chier seigneur. Dieu vous dont joye ! Devers vous vien message faire 17,615
De par la Pucelle humble et coye , Laquelle est remply de bonn'aire , Qui de son cas et son affaire Vous en mande, roy excellant.
De par moy, comme il est notoire 17630
Et que vous diray en presant.
De ses nouvelles vous apporte.
Gomment Jargueau a esté pris Par «lie et des gens de sa rotte,
Et aussi que pour parvenir A sa très noble intencion
Y vous plust de ne luy faillir, 17,660 Que luy a grant affection.
LE ROY
Amy, bien soye tu venu.
De tes nouvelles j'ay grant joye , Et du cas qui est advenu.
Plus plaisir avoir ne pourroye, 17.665
F* 438 i'. Que je cognois en toute voye
Ma belle fille prospère, Dont je pry Dieu qui luy octroyé Bien parvenir à son affaire.
De Jargueau je suis très joyeux 17,670
Qu'i soit en nostre obéissance.
Que y nous estoit fort nuyseux Et nous povoit faire nuyssance.
Mes voy que divine puissance
Y a mis la main en ce cas, 17,675 Que tous les jours sans differance
Ma puissance croist hault et bas.
Et onques puis que ceste fille
Fut arrivée en ce païs,
De toutes pars gens à la fille 17,680
Sont venuz comm^ vrais amis.
Et mes anciens anemis,
Sur eux a tousjours eu victoire.
Et du tout les a au bas mis
Que à tousjours en sera mémoire. 17*685
Je say que c'est chose divine
Et à moy de Dieu envoyée ,
Gomme à son servant moy indigne.
Que de très bon cueur les mercie Et que à eux suis fort tenu , Dont leur rendrai la courtoisie, F* ASg i'. Et autant au grant que au menu. 1 7,7*5
MESSAGIEB.
Sire roy, en grant diligence
Je leur vois faire le message,
A la Pucelle d'excellence
Et à tout le noble bernage ,
Gomment leur mandez de corage 17,780
Que à eux vous recommandez,
Et que de bref prandrez voyage
Vers eux, ainsi que l'entendez.
Messagier, tu es bon et saige.
Di leur bien que fort suis joyeux 17,735
Du très hault et bel vacelage.
Que pour moy font si vertueux.
A l'ayde du vray roy des cieux
Feray vostre commandement
Vers la Pucelle, et à tous ceulx 17,7^0
Qui ont tout le gouvernement.
F* 439 ¥•. Pose. — El puis dit
Or, me convient, sans séjourner Ne sans arrester pas ne heure , Devers la belle retourner
Que dedans Orléans, en bref jours, 17,775
Vous viendra vois à chiere lie,
Ainsi comme il a de propous.
Et que grant désir a tousjours
De complaire à voz volantez,
Gomme à ses amis par sus tous, \i,iSo
A voz desiz et libertez.
U PUCELLE
Messagier, bien soye tu venu.
De tes nouvelles suis joyeuse Et dont tu as le contenu
De ma nouvelle Bouteneuse 17*7*^5
Dit au Roy^ que fort bien eureuse Est pour luy et doit avoir joye; p kho y\ Que c'est cbose miraculeuse
De Dieu, lequel en tient la voye.
Or sa, messeigneurs et amis, 1 7*790
Nous convient mectre en ordonnance,
En vous priant tant que je puis
Ordonner à vostre plaisance.
Que en vous est toute prudence
En faiz d'armes et autrement, 17*79^
Pour conduire nostre puissance
Et l'ordonner entièrement.
ALANSON.
Dame Jehanne, totalement
De cestc armée aurez la charge ,
Pour l'ordonner certainement. « 7*^00
Aultre que vous pour le voyage ,
Vous y estes prudente et sage
Et à vous tous nous somme tous.
Feray la preparacion 17,8.35
Et comme faire le sauray,
Puis que c'est vostre intencion.
p ithi y\ Vous, monseigneur duc d'Âianson,
Mènerez la première armée,
En quelque lieu que nous aillon 17,8/io
Voire ou en quelque contrée,
Aveques gens de renommée
Qui aveques vous se tiendront.
Gens de fait, de chère asseurée
Qui pour morir ne vous faudront. 17,866
Si est le seigneur de Laval,
S'i luy plaist et je l'en supplie,
Avec le seigneur de Lochat
Son frère, à la chère hardie.
Qui ont très belle compaignie 17,860
De quatre à cinq cens combatant,
Qui sont pour faire une saillie
Allencontre de tout venant.
Après, monseigneur de Vendosme,
Oveques La Hire et Poton, 17,855
Je croy que devant vous nul homme
Sur vous ne levra le menton.
Que de puissance et de renon
Avez sus tous chevallerie.
Informez et bien le savon, 17,860
Et n'est nul qui vous en dedye.
Vous aussi, le Bastard d'Orléans,
N'ayez point la chère esbaye;
Vostre personne en vaudra cent,
Et de ce en vous je me fye. 17,865
F* 44a p*. Aurez en vostre compaignie
Le bon sire de Beaumanoir,
Quelque destourbier ou dangiers.
Donques, s'i vous piaist, partirons
Pour aller vois noz anemis
Vers Baugenci, où croy que sont,
Pour en despecher le pais. »7-9o5
Soyons tous vaillant et hardis,
Sans avoir peurs ne nulle doubte,
Que j'espoir à mon advis
Des Anglois de rompre leur rotte.
Faictes les trompetes sonner, 17.910
Et allons, que Dieu nous conduye !
Qu'une si haute seigneurie
Ne doit jaymès craindre et doubter.
ALANSON.
Icy ne volons séjourner,
Que prest sommes, nen doubtez mye. 17,915
LA PUGELLE.
Faictes les trompetes sonner.
Et allons, que Dieu nous conduye!
VENDOSME
F* à A3 r'. Gomme avez volu ordonner,
Jehanne, vous serez obbaye,
Et du tout nostre compaignie 17,930
Se consent que la gouvernez.
LA PUCELLE
Faictes les trompetes sonner.
Et allons, que Dieu nous conduye !
G une si haulte seigneurie
Ne doit jamès craindre et doubter. 17,995
Lors icy marcheront les François près de la bastille de leur pont de Meung. Et alors les AngJois de dedans cryront tous ensemble à Tarmel Et y viendront ceulx de la ville tous armez aveques ceulx du bouloart du pont. Puis dit
LA PUCELLE
Messeigneurs,^ je voy là devant 17,960
Au bout du pont la bastille,
Et Ang^ois qui sont là dedans;
Si fauit aller vois leur setille.
Que cbascun soit pront et abille
Pour ung assault leur présenter 17,955
De coraige et de ceur agille,
Et ne veillez de rien doubler.
ALANSON.
Je vois Fassault exécuter Moy et mes gens, sans plus atandre.
Du premier je m'y veil bouter, 17,960
F* kkh M\ Et à ferir je veil entandre,
Que tous les feray pendre, ou rendre
Le pont et la ville de Meung,
Ou ainsi que je puis comprandre
D'Ang^ois il n'en n'eschappera ung. 17,965
Adont icy y a pause de trompetes. — Et tous les François assauldront ledit ^ boulouart des AngJois, de lances, haches, canons et artillerie à grant force. Et ceulx de dedans se deffendront vaillamment et tiendront longuement, et y aura grant fait d'armes les ungs contre les autres. Et enfin les François par eschelles monteront dedans la bastille et tueront les Anglois, réservé que plusieurs se iretrayront en la ville du dit Meung et fermeront leurs portes sur eulx. Puis dit
LA PUCELLE
Çà, messeigneurs, la merci Dieu, Nous avons guangné ceste place,
La chose sera acomplie,
Et quant il vous piaisa partir 18,000
Tous vous suyvrons, n'en doubtez mie.
Vous compagnerons à chère lie,
Que tout vostre voloir volons,
Et par voz diz, ma belle amie,
Tout ceste armée nous conduirons. i8,oo5
VENDOSME
Fille, ne croyez autrement
Que vostre voloir sera fait,
Et acomply entièrement
De coraige et de cueur parfait.
Vous avez conduit cet expiait 18,010
Contre le pont de Meung sans double,
Que bien peu d'eulx en est retrait,
Au mains est demeuré leur rotte.
BASTARD D'ORLEANS
p ÛÛ6 r*. Y leur devra bien souvenir
Du .XV*. jour de juîng 18,01 5
Désormais le temps advenir.
Qu'il ont perdu le pont de Meung,
Et n'en est pas réchappé ung
Que n'aye esté à l'espée,
Fors ung bien petit de commung 18,090
Qui ont la ville recouvrée.