‹ Le mistère du Siège d'Orléans (volume 2)Chapitre 132 sur 143 · LE BAILLY D'EVREUX · texte numérisé non relu

LE BAILLY D'EVREUX

Monseigneur, je vous remercie 18,900

Dont ne me volez escondire.

Monseigneur, comme vous savez De l'introduction de guerre, Ung chascun appete à gaigner

Et à voloir son droit aquerre. i8i9o5

En la fortune de la guerre,

Que cil qui cuide avoir le fort 18,960

Bien souvent est rué par terre.

S'i vous plaist de ainsi le faire Et voyent que ce soit du mieux.

Pour la vie à plusieurs retraire

Et le dangier trefurieux «8,965

A nobles et à vertueux , Autant de nous comme des vostres, Nous nous en yrons aultres lieux Enmenant les biens qui sont nostres.

Et de ce nous donnez responce 18,960

p 468 V*. De vostre bonne volante

A ce que vous dy et prononce,

Et tout à la vraye équité,

Que en bonne Cdelité

Le tendrons ferme et estable 18,955

Ce que par nous sera apointé,

Et par edit irrévocable.

ALANSON.

Monseigneur le bailly d'Evreux,

Je vous ay volantiers ouy.

Et pour vous seray curieux, 18,960

Si ne le métré en oubly.

Nonnostant je suis celuy

Avecques plusieurs grans seigneurs

Qui par nous serez assailly

De gens de fait et vertueux. «8,965

Mes, pour Tonneur de gentillesse,

Vostre message je feray

A la fleur de toute noblesse,

C'est à la Pucelle, où yray

P469V*. Pour savoir leur oppinion,

Et leur declairer en présence >9iO<>o

Des Anglois leur affection.

RICHEMONT

Plus n'en fault de dilacion

Ne plus en faire de séjour;

Brève deliberacion

Requiert ce cas et sans demour. 19,005

Lors vont, et y a pose. — Puis dit

LA PUCELLE

Donques, monseigneur de Vendosme, Aveques le bastard d'Orléans, Vous deux ensemble serez comme Frères d'armes et très vaillans,

Avec de notables gens : 19.0*0

Vous aurez La Hire et Poton, Qui ont gens hardiz et puissans Et en fait de guerre renon.

Vous après, sire de Loyat

Et vostre frère, je vous prie, «9.01 5

Avec monseigneur l'amiral, Lequel vous tiendra compaignie P 670 r*. Aveques noble seigneurie,

Garderez le pays de Sauloigne

En noblesse et chevallerie, i9'0«o

Que nul Anglois ne s'en esloigne.

Lors Alanson et Richemont arrivent devers la Pucelle, et dit

ALANSON.

Dame Jehanne, veillez ouyr

Traicté de paix, fermes bien closes Et qu'ainsi faire vousions; Si estoit que nous y lairont La ville et tout le chasteau

Et la bastille du pont > 9^060

Fortiffiée auprès de l'eau, Moiennant aussi qu'i vous plaise Les lesser aller franchement, F* A71 r^. Sans leur donner aucun malaise,

Aveques aussi tous leurs biens, 19,065

Sans que vous en retenez riens

Soit or ou argent ou ménage.

Et s'en yront incontinant

En vous delessant l'eritage.

Et dont, s'i vous plaist, advisez i9«07<>

Que responce leur soit donnée,

Et de ce vous disposez,

S'elle leur sera accordée;

Que ma foy je leur ay jurée

Assavoir je le vous feroye * 9^075

Aujourd'uy, et de relevée

Vostre responce leur diroye.

LA PUCELLE

Vostre bon plaisir je voudroye

Vous accorder sus toute rien,

Et est raison con y provoye, «9»o8o

Que en ce n'y a que tout bien.

Et de trouver aucun moyen

De paix et bonne concordance

Au prouffit du Roy, je soustien

On y doit mectre provoyance. t9^oS^

Vous tous, vous avez bien ouy

DUC D'ALANSON.

Bien suis de ceste oppinion

Que pour leur vie seulement,

Puisqu i requièrent le pardon , « 9^ » « ©

On leur octroyé bonnement,

Voire et que diligemment

Vident anuyt ains que matin,

Sans enporter riens nullement

Fors ung bâton blanc en leur poing. 19^^^^

BÂSTARD D'ORLEANS.

Je say bien que se nous volons D'eux nului n en réchapper? ; Mes de la paine nous donront Et du temps perdu y sera.

Des nostres aucuns demorra 19*^^0

Peut estre, dont sera dommage; Sy leur fra on, qui me croyra, F* 47a V*. Ung bien petit plus d'avantage.

GRAVILLE

Sy est qu i s'en pourront aUer

A tout leurs chevaux et harnois, 19^135

Et sans autre chose emporter

De leurs biens qui vaille ung tournois,

Et dès anuyt les volons vois

Devant nous tous les deppartir,

Qu'i ny demorra nul Anglois »9»»^o

S'i ne veult la mort encourir.

POTON

Puisqu'i sont venuz à merci

D*Ang^ois n'en demourra aucun En main de deux heures ou trois.

JAMET DE TILLAY

Bien suis de ceste oppinion ¥• 473 v'. C'en ne leur doit point acorder. 19,175

Es Angloys n'est que trayson, Et nului ne s'i doit fier; Que s'i vous savoyent lapider Et que vous fussiez en leurs mains, Mercy n'ariez d'eux, l'entandez, 19 180

Mains que de Teurs et Sarrazins.

Et pour ce, selon mon advis, On les doit tous faire morir, Et n'espargnez grans ne petis,

Que trop nous font de desplaisir. 19,1 85

Y sont icy bien sans mentir De mille à .xu'^. et plus, Que tenez à vostre plaisir :

Les lesser aller, c'est abus.

THUDUAL DE GARMOISON.

Assez toust je m'acorderoye 19,190

G'on ne les deust lesser aller; Mes fault adviser aultre voye Et bien sur ce se conseiller.

Je say bien quH sont travaillez

Et bien pensent avoir le pire; 19,195

Pour tant il ont volu parler D'apointement, je l'ouy dire.

Et puisqu'il ont requis la chose p k^^ i'. Et qu'elle vient de leur motiz,

De parler à eulx je suppose 19,300

Mes, pour ceste diose abréger, ig^^So

Âpointement leur acorderoye.

Pour éviter tretout danger

Et pour les chacer de la yoye-

Leurs chevaux, harnois leur donroye

Et eux en aller vistement, i9»a35

Sans enporter or ni monnoye

Et riens, fors leur abillement.

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