LE BAILLY D'EVREUX
Monseigneur, je vous remercie 18,900
Dont ne me volez escondire.
Monseigneur, comme vous savez De l'introduction de guerre, Ung chascun appete à gaigner
Et à voloir son droit aquerre. i8i9o5
En la fortune de la guerre,
Que cil qui cuide avoir le fort 18,960
Bien souvent est rué par terre.
S'i vous plaist de ainsi le faire Et voyent que ce soit du mieux.
Pour la vie à plusieurs retraire
Et le dangier trefurieux «8,965
A nobles et à vertueux , Autant de nous comme des vostres, Nous nous en yrons aultres lieux Enmenant les biens qui sont nostres.
Et de ce nous donnez responce 18,960
p 468 V*. De vostre bonne volante
A ce que vous dy et prononce,
Et tout à la vraye équité,
Que en bonne Cdelité
Le tendrons ferme et estable 18,955
Ce que par nous sera apointé,
Et par edit irrévocable.
ALANSON.
Monseigneur le bailly d'Evreux,
Je vous ay volantiers ouy.
Et pour vous seray curieux, 18,960
Si ne le métré en oubly.
Nonnostant je suis celuy
Avecques plusieurs grans seigneurs
Qui par nous serez assailly
De gens de fait et vertueux. «8,965
Mes, pour Tonneur de gentillesse,
Vostre message je feray
A la fleur de toute noblesse,
C'est à la Pucelle, où yray
P469V*. Pour savoir leur oppinion,
Et leur declairer en présence >9iO<>o
Des Anglois leur affection.
RICHEMONT
Plus n'en fault de dilacion
Ne plus en faire de séjour;
Brève deliberacion
Requiert ce cas et sans demour. 19,005
Lors vont, et y a pose. — Puis dit
LA PUCELLE
Donques, monseigneur de Vendosme, Aveques le bastard d'Orléans, Vous deux ensemble serez comme Frères d'armes et très vaillans,
Avec de notables gens : 19.0*0
Vous aurez La Hire et Poton, Qui ont gens hardiz et puissans Et en fait de guerre renon.
Vous après, sire de Loyat
Et vostre frère, je vous prie, «9.01 5
Avec monseigneur l'amiral, Lequel vous tiendra compaignie P 670 r*. Aveques noble seigneurie,
Garderez le pays de Sauloigne
En noblesse et chevallerie, i9'0«o
Que nul Anglois ne s'en esloigne.
Lors Alanson et Richemont arrivent devers la Pucelle, et dit
ALANSON.
Dame Jehanne, veillez ouyr
Traicté de paix, fermes bien closes Et qu'ainsi faire vousions; Si estoit que nous y lairont La ville et tout le chasteau
Et la bastille du pont > 9^060
Fortiffiée auprès de l'eau, Moiennant aussi qu'i vous plaise Les lesser aller franchement, F* A71 r^. Sans leur donner aucun malaise,
Aveques aussi tous leurs biens, 19,065
Sans que vous en retenez riens
Soit or ou argent ou ménage.
Et s'en yront incontinant
En vous delessant l'eritage.
Et dont, s'i vous plaist, advisez i9«07<>
Que responce leur soit donnée,
Et de ce vous disposez,
S'elle leur sera accordée;
Que ma foy je leur ay jurée
Assavoir je le vous feroye * 9^075
Aujourd'uy, et de relevée
Vostre responce leur diroye.
LA PUCELLE
Vostre bon plaisir je voudroye
Vous accorder sus toute rien,
Et est raison con y provoye, «9»o8o
Que en ce n'y a que tout bien.
Et de trouver aucun moyen
De paix et bonne concordance
Au prouffit du Roy, je soustien
On y doit mectre provoyance. t9^oS^
Vous tous, vous avez bien ouy
DUC D'ALANSON.
Bien suis de ceste oppinion
Que pour leur vie seulement,
Puisqu i requièrent le pardon , « 9^ » « ©
On leur octroyé bonnement,
Voire et que diligemment
Vident anuyt ains que matin,
Sans enporter riens nullement
Fors ung bâton blanc en leur poing. 19^^^^
BÂSTARD D'ORLEANS.
Je say bien que se nous volons D'eux nului n en réchapper? ; Mes de la paine nous donront Et du temps perdu y sera.
Des nostres aucuns demorra 19*^^0
Peut estre, dont sera dommage; Sy leur fra on, qui me croyra, F* 47a V*. Ung bien petit plus d'avantage.
GRAVILLE
Sy est qu i s'en pourront aUer
A tout leurs chevaux et harnois, 19^135
Et sans autre chose emporter
De leurs biens qui vaille ung tournois,
Et dès anuyt les volons vois
Devant nous tous les deppartir,
Qu'i ny demorra nul Anglois »9»»^o
S'i ne veult la mort encourir.
POTON
Puisqu'i sont venuz à merci
D*Ang^ois n'en demourra aucun En main de deux heures ou trois.
JAMET DE TILLAY
Bien suis de ceste oppinion ¥• 473 v'. C'en ne leur doit point acorder. 19,175
Es Angloys n'est que trayson, Et nului ne s'i doit fier; Que s'i vous savoyent lapider Et que vous fussiez en leurs mains, Mercy n'ariez d'eux, l'entandez, 19 180
Mains que de Teurs et Sarrazins.
Et pour ce, selon mon advis, On les doit tous faire morir, Et n'espargnez grans ne petis,
Que trop nous font de desplaisir. 19,1 85
Y sont icy bien sans mentir De mille à .xu'^. et plus, Que tenez à vostre plaisir :
Les lesser aller, c'est abus.
THUDUAL DE GARMOISON.
Assez toust je m'acorderoye 19,190
G'on ne les deust lesser aller; Mes fault adviser aultre voye Et bien sur ce se conseiller.
Je say bien quH sont travaillez
Et bien pensent avoir le pire; 19,195
Pour tant il ont volu parler D'apointement, je l'ouy dire.
Et puisqu'il ont requis la chose p k^^ i'. Et qu'elle vient de leur motiz,
De parler à eulx je suppose 19,300
Mes, pour ceste diose abréger, ig^^So
Âpointement leur acorderoye.
Pour éviter tretout danger
Et pour les chacer de la yoye-
Leurs chevaux, harnois leur donroye
Et eux en aller vistement, i9»a35
Sans enporter or ni monnoye
Et riens, fors leur abillement.