‹ Le mistère du Siège d'Orléans (volume 2)Chapitre 137 sur 143 · AMBROISE DE LORÉ · texte numérisé non relu

AMBROISE DE LORÉ

Y ne les fault lesser aller Ne en ville ne en village,

Qu i sont vostres, se vous voilez, p ^96 r". Et y avez grant avantage.

Il n'y a ne bois ne bocaige Qui vous ifuyse pour les avoir.

Si vous faillez, ce sera dommage.

Et ne les pourrez recouvrer.

DUC D'ALANSON.

Çà, Jehanne, vous voyez assez Que toutes les oppinions Sont contans que vous parfacez A voz bonnes intencions;

90,Ol5

io,oao

'^o,oâo

Que ce que voudrez nous ferons Sans en plus de parlement faire, Et tous ensemble nous volons Du tout vostre plaisir parfaire.

LA PUCELLE

En non Dieu, c'est bien mon advis Que nous y devons tous aller; En plain champs et sus le pays Nous ne devons point reculler.

Nostre puissance, à vray parler, ao,o5o

F' 496 v«. Est plus grant qu'elle ne fut onques;

Pour tant riens craindre ne veillez Et ne vous esbayssez doncques.

Sa vous, lieutenant gênerai.

Les gens que vous avez à pris, jo,o55

Et vous trestous en gênerai, Lesquieux vous ont esté commis, Y n'en fault plus faire de pris Ne vous ordonner nullement;

Faictes comme avez apris : f)o,o6o

Plus ne vous fault d'ordenement.

Mes très bien prier vous voudroye, La Hire, que vous et voz gens Vous allissiez la droite voye

Vers nos anemis anciens, ao.oer.

Pour les arrester sur les champs Par manière de deffier, Qu'i ne s'avansissent pas tant En quelque lieu fortiffier;

Que s'une fois y sont logez «0.070

En quelque ville, en quelque bourc.

Nous ne les pourions dévoyer

LE MISTERE DU SIEGE D'ORLEANS. 7ft7

Sa vertu si est demeurée 30,100

. Et n'en est sa force certaine.

Lors icy y a pause. — Puis s'en va La Hire visiter les' Auglois, el regardent Tun Tautre, et y a pose de trompetes d'une part et d'autre. — Puis vient le inessagier de La Hire à la Pucelle, et luy dit

Madame, voici les Ang^ois Qui sont auprès d'ung gros village ; Sont lassez, ainsi que je crois,

Mes y sont trestant que c'est rage, ao,io5

En plain champs, sans bois ni bocaige,^ Guidans dedans le bourc entrer, F* A98 r'. Qui est très fort puissant et large

Et lequel se nomme Patay.

LA PUCELLE

Je les voy là tous espanduz qo.ho

Sus les champs, auprès du village,

Mal acostrez et mal vestuz,

Matez de corps et de corage.

Si leur fault garder le passage

Que dedans Patay nullement ao,ii5

Ne se boutent, que advantage

Seroit pour eulx aucunement.

Gonnestable, je vous supplie

Leur aller trancher le chemin,

Que de Patay n'apressent mye, *^o,iao

Mes les tenez qui soient en plain

Pour combatre à eux main à main,

Puisque fortune nous demonstre.

Et n'ayez le corage vain ,

Malleuseuse povre bergère Qui à telle folie s'aplique !

FACESTOT.

Mectez vous tous en ordonnance,

Que je voy que sur nous s'aprochent,

En bataille et en grant puissance, 30,160

Et que furieusement marchent.

Sy congnois que y nous prochassent

Et que y requièrent journée :

Fault que leur voloir et menassent

Soit par nous anuyt subjuguée. * 30,1 os

DUC DE SOMBRESSET.

Je voy qui sont très grosse armée

Et se sont mis en trois parties,

Si requièrent avoir mesiée

Et batailler à quelque pris.

Noz gens sont matez et pensis, ^0,170

Que de ce y ne se doubtoyent;

Si fault avoir frans ceur hardis,

Puisque on voit qu'i nous assaillent.

HONGRESFORT.

Lieutenant, faictes arrester

Voz gens en reprenant alaine; 30,175

Je doubte que seront hastez

Que je les voy enmy la plaine.

La folle y est, qui les amaine

Et qui tient toute 1 avangarde ,

Qui sera pour nous donner paine 30,180

C'en nostre cas ne prenons garde.

Et ung chascuD vous suyvra ;

EscaHes sera l'arriére garde

Et Facestot o luy sera.

Entre nous autres, on fera ao,aio

Par eilles ce qu'il appartient,

Si croy que victoire on aura

Comme à la journée des Harant.

DUC DE SOMBRESSET.

Dix estoient contre nous ung,

Et si guangnasmes la journée; 10,91 5

Si ne doit s'ebayr aucung

Pour vois des François leur armée.

Se n'est rien que vent et fumée

De toute leur force et leur dis;

Et, se par nous est consommée, 90,990

Maistres sommes des fleurs de lis.

P 5oi i'. THOMAS REMETON.

Mes se nous avons leur Pucelle

Que je voy venir là devant,

Jointe comme une creserelle

Et armée d'un harnois blanc, 20,995

Vous les verrez aller fuyant

Parmy le pays çà et là.

En elle chascun d'eux s'atant;

N'ont espoir que cestuy là.

Messeigneurs, sans plus de langage, ao,93o

Mectez vous trestous en bataille, Et ayez aussi tous corage A frapper d'estot et de taille.

Selon leur estât noblement,

Ainsi que bien faire savez, fio,a6o

Ne molester nullement.

Je croy que tenez Tallebot, Qui est lieutenant gênerai, D'Escalles et Facestot,

Qui ne sont pas à mectre aval. ao,a65

Vous pry leur soyez cordial Sans les traicter de faire effort, Aussi en especial Sire Gaultier de Hongresfort.

Tous prisonniers vous recommande «0,970

p Soi v*. Que leur soyez douz et traytis ;

Et est vertu très noble et grande Estre envers cil qui est soumis.

Quant il s'est rendu à mercis,

A la deliberacion, ^0,975

Traiter et mectre à juste pris Par bonne composicion.

AUNSON.

Dame Jehanne, que dictes vous?

Voici belle desconfiture :

Que mors, que pris, y luy sont tous; ao.980

Eschappé n'en est créature.

Si non, et est bien davanture,

On m'a dit que en grant travail

Que Facestot à grant aleure

S'en est fouy juqu'à Gorbeil; ao,985

Et croy ne le verrez du mois

Venir contre nous faire guerre ,

Que la puissance des Angloys

Aujourd'uy est rué par terre.

Qui vous a donné la victoire

De ceste besoigne parfaire

Ainsi comme vous la voyez,

Ne aultrement ne devez croire :

Conduit nous a et convoyez. 9o,3a5

Si nous fault aller à Orléans

Et les prisonniers y mener,

Puis à ces mors commettre gens

Qui les veillent tous enterrer.

Et qu'i soyent d'ici hostez <2o,33o

Qu'i ne soyent mengez des bestes,

Ne leurs corps aussi degastez :

Grestiens sont comme vous estes.

F" boh T\ VENDOSME.

Dame Jehanne, onny a proveu.

Que les bonnes gens du viliaige 90,335

Y sont desjà à nous venuz,

A qui on a baillé la charge.

Si ne reste plus du veage

Que de retourner à Orléans,

Et enmener nostre bagage, ao,34o

Noz prisonniers, nous et noz biens.

LA PUCELLE

Or partons donques de présent

En louant Dieu de paradis.

Qui nous a fait grâce si grant

D'avoir guaingné noz anemis; 2o,365

Que doresenavant, je vous dis,

Plus sus vous rien ne guaingneront.

Mes désormais de pys en pys

Piteusement defineront.

Que Ang^ois nont plus de puissance; 90,375

Tel rencontre n eussent jamais

Qui leur toumast à telle offiince.

Perdu ont leur espérance

Et la fleur de toute proesse;

Car icy estoit lexcellance «0,380

De toute leur force et noblesse.

LE RECEPVEUR.

Y nous convient tous préparer Aller au devant de noz gens, p 5o5 V-. Les regracier, honnorer

Et recepvoir joyeusement. so,385

Nous voyons le definement

Des Ang^ois et de leur puissance,

Dont la Pucelle vrayement

Est cause de la délivrance.

r BOURGEOIS.

Englois, vous devra souvenir «0,390

De Patay et de la journée

Qui vous tourne à grant déplaisir.

«VI. mille y ont la vie finée,

Ainsi comme il est renommée ,

Et des plus vaillans d'Engleterre. «0,395

Dieu si a la terre gardée;

Ceux là ne feront plus de guerre.

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