‹ Le mistère du Siège d'Orléans (volume 2)Chapitre 139 sur 143 · PAR ORDRE CHRONOLOGIQUE · texte numérisé non relu

PAR ORDRE CHRONOLOGIQUE

DES ŒUVRES DRAMATIQUES DONT LA PUCELLE A FOURNI LE SUJET DEPUIS LE MYSTÈRE DU SIEGE D'ORLÉANS'.

L'histoire tragique de la Pucelle de Dom-Remy, aultrement d'Orléans. Nouvellement départie par Actes et représentée par Personnages. A Nancy, Par la vefue lean lanson pour son filz Imprimeur de son Altesse. i58i.

(Bibi. imp. Y 6679, reserve.)

Édition aujourd'hui fort rare, k ce point que M. de Soleinne n'en avait qu'une copie manuscrite. (V. le catalogue de sa bibliothèque dramatique, par P. L.Jacob, bibliophile, Paris, iS&S, sous le n^ 811.) C'est peut-être cette même copie que signalait en 18/17 '^* l'abbë Rarthélemy de Reauregard comme faisant partie de la bibliothèque de M. le baron Taylor. (Histoire de Jeanne JFArc, suivie d'un catalogue des ouvrages de tout genre relatifs k la Pucelle. Paris, Aubry Dile-Roupe, 2 vol. in-8*.)

Cette pièce a été réimprimée, il y a trois ans, sous ce titre :

L'histoire TRAGIQUE de la Pucelle d'Oriéans, par le P. Fronton du Duc, repré-

' Nous sommes particulièrement redevables, pour la recherche ou la vérification des articles de œ catalogue, à la science bibliographique et à Tobligeance extrême de M. Paul Cheron, de la Bibliothèque impériale.

' La Pucelle d'Orléans avait déjà un rdle dans une pièce jouée à Ratisbonne en iA3o. (Test M. de Hormayr qui allègue ce fait d*une manière

tout à fait incidente dans son Tatchênbueh pour i83& (p. 396). Le sujet de la pièce allemande étant la guerre contre les Hussites, Jeanne n'y figurait sans doute qu'à raison de la lettre qu'elle adressa à ces hérétiques le 3 mars 1 &3o. (J. Quicherat , Prodâ de condamnation et de réhahûitatûm de Jeanne d'Arc, t. V, p. 89.)

supérieurs. Doué d'une grande facilité, il s*en acquitta dans un délai restreint, et, rendu à de sérieux travaux, il n'attacha pas d'importance à son œuvre, et n'en revendiqua pas la paternité. Sa Compagnie, contre son usage, ne la livra pas à rimpression.

(T Cette indifférence explique comment Jean Barnet^ s'en empara, et, feignant d'en ignorer l'auteur (ce qui est bien difficile à croire, puisque huit mois s'étaient à peine écoulés depuis la représentation), il annonce qu'il l'a revue. Il n'était pas fâché qu'on crût qu'il l'avait même remaniée, puisqu'il permit qu'un aiSi complaisant le félicitât de ce qu'il

L*a trop mieulx agencé que son premier auteur.

(Sonnelde G. Vallée.)

rr Si on lui doit d'avoir conservé L'histoire tragique, peu s'en est fallu

qu'il ne nous dérobât le nom de l'auteur. y>

Le nouvel éditeur de L'histoire tragique nous apprend encore qu'un descendant de la famille de Jeanne d'Arc, M. de Haldat, mort en iSSa» avait publié une analyse de cette composition en 18/17^, et qu'on en doit à M. Beaupré une notice plus étendue et de longs extraits^.

Enfin il ajoute que (d'historien le plus récent comme le plus exact de la Lorraine fait remarquer que cette pièce est supérieure, sous tous les rapports, aux mystires et aux moralités tels que la VetuUtion de Joseph, Y Immolation ilsaac, etc. que l'on jouait encore à cette époque, n

Voici le début de \ avant-jeu ou prologue :

Messieurs, c'est à rhonneur du Pays de Lorraine, Au fniict de la jeunesse , ailîn qu elle s'aprenne Aux artz et aux vertus , que ce peuple joyeux Est venu pour ouyr, non des comiques jeux ,

^ Jean Barnet fut le premier éditeur de Vhiêtoire tragique, il signa Téptlre dédicatoire qui précède la pièce et qui est adressée à Momeignewr 1$ comte de Saltn, . . . Seigneur de Dom-

Remy la PueeUe, etc Mareêchal de Lorraine,

Gouverneur de Nancy, etc. Il disait à la fin de cette épitre, datée de Nancy et du 96 mai i58i : Geste toetre eubjecte (la Puceile) qui voue vient faire hommage. Monseigneur, m'a tfoulu choisir comme tres-humble et tres-^ffectionné Serviteur de vostre maiêon, pour 2a vous présenter en eeste forme tragique qui m'est tombée en main, sans

que je congnoisse VAueteur, Pour le moingsj'ay pris la hardiesse et la peine de la reveoir, et tasché qu'elle soit mise en lumière, etc. M. Durand de Lançon noua apprend, dans une note de sonavei^ tissemenl, que ce Jean Bamet, tabeUion,Jut anobli par le duc Gharles III, le sa avril î56j, et devint son conseiller et secrétaire.

* Nancy, in-S**, 1 9 p. et dans les Mémoires de l'Académie de Nancy , 1867.

' Nouvelles recherches sur l'imprimerie en Lorraine, p. 99 à 59.

Mais eacore j ay veu et saincte Catherine Et saincte Marguerite à moy se présenter, (De ce digne ne suis dont il me fault vanter) , Et la Royne du ciel ma dit, tout assurée, Que son cher Fiiz m'avoit à ce fait consacrée, A venir des Anglois Tost mettre en desarroy. Et puis mener h Rheins à son sacre le Roy. Dieu le grand roy du ciel qui des princes a cure A veu, comme il voit tout, la trop cuisante injure. Sire, qu'il vous a fait ^ et feroit tous les jours, S'il ne iuy retranchoit de ses dessains le cours. Il a veu d'autre part les pleurs et les prières Qu'à Iuy vous espandez , déplorant les misères De voz peuples mangez , et que son chastiment En voz cœurs a faict naistre un juste amendement : Si qu'il vient désormais à l'injustice avide De voz fiers ennemis serrer la lasche bride , Car il a de voz maulx ja ordonné la fin. Il veult que des Françoys soit Roy le seul Daulphin , Et le chef des Valois, non qu'à un Roy estrange Du sang de ses vieux Roys la France face eschange. Comme quand les humains sont es vices plongés La juste main de Dieu les poursuit affligez , Aussi quand repentant du péché l'on se tire , Son fléau de dessus nous quant et quant il retire.

K1N6 Henry the sixth of William Shakespere.

On sait que cette tragédie se divise en trois parties. C'est dans la première que la Pucelle d'Orléans joue un râle odieux, aussi indigne de Théroïne que du génie de Fauteur.

Le titre de la première partie de Henri VI était d'abord, selon Malone : The kistorical fjfy of King Henry the sixth. On ne sait au juste à quelle époque elle fut représentée; on croit seulement que ce fut avant iSgs. C'est aussi une opinion accréditée que cette première partie n*est pas de Shakespeare et qu'il n'a fait qu'en retoucher quelques passages.

Tragédie de Jeanne d'Arqués dite la Pucelle d'Orléans, native du village d'Eniprenne, près Voucouleurs en Lorraine. A Rouen, de rimprimerie de

^ Qu'il vous a fait. Il, c est-à-dire sans doute VAnghûy quoiqu'on lise pins haut dti Amglmt.

D*im héros les vertus, les palmes et la gloire, Mais le poète saint, le nourrison des Gieux Par un chant Etemel Tavoisine des Dieux, Mignarde tellement aux fredons de sa lire Le los d'un généreux et florissant Empire Qu'il endort, et la Parque, et les tartares sœurs Le chien à trois gosiers, les juges punisseurs Le fleuve Lethean et tout ce qui s eflbrce De priver ses accords et de vie et de force.

Notre poète, qui courait bien le risque d'endormir, par surcroit, ses lecteurs, fait ainsi parler la Pucelle (acte II, scène i) :•

LA PUCELLE

C'est assez habité parmy les froids ombrages :

Assez , assez doripy dans les antres sauvages :

C'est assez enlacé les printanieres fleurs :

Couru dessus les prez esmaillec de couleurs .

Escouté les amours des troupes forestières :

Ou des mignards oyseaux les complaintes légères :

Senty le doux gasoiiil des argentines eaux :

Et dans les bois muets retiré mes troupeaux ,

Or sus il faut quitter les belles Oreades ,

Les Nimphes , le plaisir de ces ondes jasardes :

lie carquois de Diane et son arc , et ses dards

Et toute me sacrer à l'homicide Mars ,

Sauter dans les combats vestue de poussière .

Accabler l'ennemy de ma dextre guerrière :

Peindre le fer de sang , declorre les conduits :

Chasser la peste loin, pour guarir mon pays.

Hé quoy? que me servoit en ma tendre jeunesse

Pour tromper le repos, voler d'une vistesse

Ore dessus la plaine or' en haut m'accrocher

Pour attaindre en grimpant sur le haut d'un rocher?

Or esbransler en vain de mes bras les graps chesnes ?

Rompre un baston pointu ? si après tant de peines ,

Tant d'exercices vains , tant de mal combatu :

Je ne donnois en fin preuve de ma vertu?

Ce casque martial pressant ma chevelure

Ne convient il pas mieux qu'une riche coiflureV

Ce hamois endossé œuvre Vulcanien

N'est-il pas plus plaisant que du froid Serien

Les hommes pensent-ib qa'fls ayent seulemeot Le bras, ie cœur, le fer pour choquer vivement, Et que nous ne devons pour nos bdies despouilles Que manier ches-nous les foseaui et quenouffles? Garder nostre maison, et pour tous nos malheurs Lire les braves faits des gendarmes vainqueurs? Non , non , il faut dresser quelque heureuse conqueste , L*armeure nous convient aussi bien sur la teste Que la leur, et nos yeux , et nos pieds , et nos bras , Aussi bien que les leur cerchent les feux de Mars. Celles qui aiment mieux une joue vermeille, Un beau chef rayé d'or, un œil plein de merveille , Un front yvoirinë, un long col albastrin, Un sein chargé d'œiUels , de roses et de thin , Quelles vivent à part sans honneur et sans gloire. Et non pas comme nous rempUes de victoire. Puis donc que le renom à cent œles porté En faveur des guerriers fend Tair de tout costé. Et s'ouvrant à la fois cent bouches écumeuses Eclate les honneurs des femmes belliqueuses. Qu*attens-je plus long temps par un fait glorieux De pousser aussi bien ma teste dans les Cieux ? De cercher combatant parmy les morts la Parque, Et faire que Charon me traine en mesme barque , Et mon ame, et ma vie? hé, que songé-je tant? Empourprons, empourprons ce coutelas de sang! Si le destin le veut : si Theur revient en France Poursuyvons coup sur coup , ayons bonne espérance.

Le Bâtard d'Orléans lui répond :

Madame d'où renaist ceste divme ardeur Qui vous brusle à la fois, et la main et le cœur? Quel espoir vous nourrist qui vous fait entreprendre Quels songes vains menteurs de nous voidoir défendre Et chasser Tennemy par vos Scy tiques dards Plustost que par Tessay de vingt mille soldars? Les Pasteurs Mœneans et ceux de TArcardi^e Entre mflle troupeaux fillent leur longue vie : Or jouent sur la plaine , or pour tous leurs ébats Contre les animaux exercent leurs combats. Et contre Tennemy qui la forest enserre

Qui a pour son seul chef le Dieu puissant et fort : De sa voix inspirée , et de son ordonnance , Elle promet de mettre en repos vostre France , Vous en rendre Testât en dechassant tous ceux Qui pour le posséder combattent outrageux. C'est un miracle vray. Sire, auriez- vous envie D oûir cette pucelle , et ses faits , et sa vie?

CHARLES

Qu'une fille ait Thonneur de ce que tant d'héros Effectuer n'ont peu ? Cela n'est à propos.

BAUDRINCOURT.

Que Dieu ne puisse bien luy donner la puissance De parfaire ce fait ? Ce n'est hors de créance.

CHARLES

Pourquoy nous feroit-il un si étrange bien ?

BAUDRINCOURT.

Pour montrer qu'il peut tout, et les monarques rien.

CHARLES

Un fait contre nature est tousjours rejetable.

BAUDRINCOURT.

Un fait contre nature est plustost admirable.

CHARLES

Il porte en luy souvent le mensonge inventé.

BAUDRINCOURT.

Ce qui de Dieu provient est plein de vérité.

CHARLES

Pensez-vous que ce fait provienne de sa dextre?

BAUDRINCOURT.

Je le croy, pour divin en tous actes parestre.

CHARLES

Qui vous en fait juger?

CHARLES

Ce fait aussi n'estril à son sexe contraire?

BACDRmCOUBT.

En tout sexe , en tout Age , et en tout Dieu opère.

NicoLAi VbbnuÛi , publici eloquentiae professons in Academia Lovaniensi , Joanna Darcia , vulgo Puella Aurelianensis , tragœdia. Lovanii , typis Philippî Dormalii, 1699, in-8" de 62 f. (en cinq actes et en vers latins),

(Catal. de la BMot. dram, de M. de Soleinne, n* /i/i5.)

Édition très-rare, dédiée au cardinal de Richelieu, que Tauteur compare à Jeanne d'Arc.

Nous n'avons point vu cette édition , mais seulement les deux recueils ci-après indiqués dont fait partie Joanna Darcia :

NicoLAi VEBNULiBi, historiographi regii, publici eloquentiœ professons tragœdiœ decem nunc primum simul editae. Lovanii, ap. Joannem Oliverium, et Corn. Coenestenium , 1 6 3 1 , in- 8".

Ce volume contient dix tragédies, toutes en cinq actes et en vers : Conradinuê, Criipug , Theodoricus, Henrieus actavus^ seu schisma angUcanum; Joanna Darcia, vulgo Puella Aurelianensis; D. Stanislaiu; Ottocarus, BohenUœ rex; Thomas CantuarientU , Dwus Eustaekiusy GorconUenses.

Editio II*, priore aliquot tragœdiis, nunc primum in lucem editis auctior. Lovanii, i656. (a vol. in-ia.)

L'auteur se nommait de son vrai nom Nicolas de Vernulz; né à Robelmont, duché de Luxembourg, en i583, il mourut en 16/ig. C'était un écrivain d'une grande fécondité, qui a laissé nombre d'ouvrages politiques, littéraires, religieux, etc.

La Pugbllb d'Obleans, tragédie en prose. Selon la vérité de l'histoire et les rigueurs du théâtre. A Paris, chez François Targa, au premier pillier de la grand'salle du Palais. iGi^. Avec privilège du Roy. Pet. in-ia de 167 p.

(Bibl.imp. Y 5639, réserve.)

A la suite du privilège, on lit cette mention : Achevé d'imprimer le 11 mars 16 ùa.

Cette pièce est du précieux François Hedelin, abbé d'Aubignac, co.mme nous l'apprend l'avertissement. Il parait qu'il en courut des copies manuscrites bien avant la publication » et que» soit du consentement de l'auteur, soit à son insu, sa

conscience rend insensée. Puis pour jetter sur le théâtre la terreur qui doit clorre cette pièce, j*ay advancé le cbastiment de trois de ses juges, dontTun est chassé, Fautre meurt subitement et le troisiesme frappé de lèpre comme elle leur avoit prédit, w

Voici le début de la pièce :

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