‹ Le mistère du Siège d'Orléans (volume 2)Chapitre 16 sur 143 · XXVIII PREFACE · texte numérisé non relu

XXVIII PREFACE

dans le champ que lui ouvre notre mystère, en revanche, la littérature n'y pourra guère cueillir de fleurs pour sa couronne. Nous en avons déjà prévenu le lecteur. L'ouvrage est de la pire époque de la poésie française , et l'auteur n'était point un esprit supérieur à son temps. Mais son intention était bonne, ses sentiments excellents; et, si l'on réfléchit aux circonstances dans lesquelles il a composé son poème, il faut, pour être juste, lui tenir compte de ce qu'il a fait et ne lui pas demander ce qu'il ne pouvait faire, c'est-à-dire un beau drame en beaux vers, selon les règles de l'art le plus pur.

Son premier et son plus grand mérite, à nos yeux, est dans le choix du sujet. On sait qu'en général, au xv* siècle, les pièces représentées sous le nom de mystères étaient exclusivement religieuses et se bornaient à mettre en action les principaux chapitres des Saintes Ecritures. On ne sortait de la grande trilogie comprenant la création, la nativité, la passion de N. S. Jésus-Christ, que pour entrer dans la légende, dans la vie des saints, et si quelques pièces vont plus loin , c'est encore pour rouler sur des anecdotes édifiantes, sur des miracles. On trouve, il est vrai, dans le recueil des mystères de Notre-Dame^ certaines pièces dont le sujet se rapproche de l'histoire profane ; mais l'intérêt religieux y domine toujours, et c'est surtout cet intérêt que l'auteur semble avoir eu en vue. A ses yeux, le fait en lui-même n'était que secondaire, et ce qu'il a voulu célébrer, c'était le miracle qui l'avait produit. Telle est, par exemple, l'histoire par personnages du baptême de Clovis, dû à l'intercession de Clotilde, à laquelle Notre-Dame apparaît. Telle est encore la Vie de monseigneur saint LoySy sujet deux

' Bibi. imp. s vol. in-fol. Ms. du fonds ceux qu'a publies M. Achille Jubinal d'après

français 819, 8âo. Plusieurs de ces pièces un manuscrit de la Bibliothèque Sainte-Ge-

ont é\Â imprimées séparément. Il ne faut neviève. pas confondre ces mystères de N. D. avec

PRÉFACE. xm

fois traite au moins, la première fois par un auteur anonyme ^ vers liyo, et la seconde fois, au commencement du xvi* siècle, par Pierre Gringore^ Ces deux derniers mystères, encore inédits, quoiqu'ils nous paraissent offrir plus d'intërêt que les monuments du même genre dëjà publies, ne sont pas sans quelque analogie avec le Mystère du si^e d' Orléans ^ mais ils lui sont postérieurs; c'est du moins notre opinion quant au premier, et, pour le second, le fait est hors de doute.

Quoi qu'il en soit, et eût-on déjà mis le pied dans la voie nouvelle où s'engageait notre auteur, il est visible qu'il s'y est avancé plus loin que personne. Sans doute ^on poème n'est pas encore purement profane, et beaucoup s'en laut, puisqu'on y voit paraître Dieu, la Vierge, l'archange saint Michel et deux saints; mais choisir pour sujet un épisode de l'histoire de son temps, le mettre en scène, en respectant les faits et en les animant, sans pour cela rompre absolument avec les traditions de l'art tel qu'on l'avait compris jusqu'alors, c'était avoir la main heureuse, comme on dit, c'était témoigner une certaine hardiesse, une certaine liberté d'esprit, c'était contribuer beaucoup à faire sortir les jeux du théâtre du cercle où ils s'étaient renfermés, c'était enfin faire un grand pas dan» le cheimin du progrès. Il est vrai que, de même qu'elle était sans précédents, la tentative de notre poète demeura longtemps sans imitateurs. Les mystères de la Passion, des Actes des Apôtres, par Arnoul et Simon Greban, par Jean Michel et quelques autres auteurs dramatiques en vogue, continuèrent de jouir de la faveur du public et d'être représentés avec succès dans les principales villes de France. Il est si commode de suivre la routine! Il était, d'ailleurs, si difficile de faire choix d'un sujet aussi heureux que le Mys- Ûre du siège d^ Orléans! Notre auteur inconnu fut donc, dans de

' Mss. de la Bibl. imp. Navarre, qS, S. Germain, i53&.

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