PRÉFACE. XXXI
en surprises, de péripéties en péripéties, jusqu'au dénoûment. Cette partie si importante de l'art dramatique ne devait venir ou revenir que plus tard. Les spectateurs d'alors se contentaient k moins. La multiplicité, la vérité des tableaux suffisaient pour les charmer. Et c'est encore ce qui se passe de nos jours dans les théâtres qui se consacrent à la représentation des grandes pages de notre histoire militaire.
Il ne faut donc pas s'étonner que lauteur du Mystère du si^e d^ Orléans ait suivi la poétique qui de son temps régissait le théâtre; il est tout naturel quil se soit conformé aux goûts, aux idées, aux habitudes d'esprit du public, essentiellement populaire , auquel ii s'adressait. Que pouvait-on lui demander et que devait-il se proposer? De n'omettre aucun des événements principaux de la grande page d'histoire qu'il mettait en scène, de montrer, en usant du merveilleux suivant les usages consacrés, comment ces événements étaient amenés et dirigés par la volonté divine, de mettre en vue certains incidents secondaires, mais qui n'en concouraient pas moins à l'enseignement moral de l'ouvrage, de faire parier à ses héros un langage en rapport avec leur caractère et leur situation , enfin d'introduire quelques scènes épisodiques où, moins gêné par la gravité de l'histoire, il pût faire discourir ses personnages avec plus de liberté et de façon à divertir les spectateurs. Telles étaient les conditions qu'il avait à remplir. Ëst^il resté bien au-dessous de sa tâche?
Pour ce qui est de l'exactitude avec laquelle il déroule le tableau des événements, nous l'avons établie .d^^«^t on la lui conteste si peu, quon ne veut voir dans son œuvre autre chose que le JaumtU du siège en action. Nous n'ignorons pas que ce respect scrupuleux de l'histoire, cet arrangement des faits suivant l'ordre chronologique, fort louable dans un chroniqueur, l'est infiniment moins chez un poète dramatique. Mais le mérite de l'invention