‹ Le mistère du Siège d'Orléans (volume 2)Chapitre 19 sur 143 · XXXII PRÉFACE · texte numérisé non relu

XXXII PRÉFACE

ëtait-il permis à aotre auteur? Et quand il aurait pu se le donner, qu aurait-il imaginé? Voyez les belles choses qu'ont ajoutées k l'histoire de Jeanne d'Arc le génie de Shakespeare et celui de Schiller, sans parler des auteurs de second rang qui ont osé toucher au même sujet !

Lorsqu'un auteur entreprend de mettre sur le théâtre un événement contemporain, ou même un épisode de date moins récente où domine une figure héroïque dont les traits sont connus de tous, il nous paraît fort possible que la méthode historique soit encore la meilleure. Et ne serait-ce pas vrai en particulier pour Jeanne d'Arc, dont le passage sur la scène du monde fut si rapide et si brillant qu'on en connaît jusqu'aux moindres incidents?

Encore une fois, que peut-on donc inventer ici de plus beau, de plus grand, de plus saisissant que la vérité? Faudra-t-il supposer que Jeanne prouve sa mission à Gharies VU, les armes à la main, et que, vaincu par elle, le roi lui offre d'être son amant? Faudra-t-il faire de la sainte fille une sorcière qui évoque les esprits infernaux et se promet à eux corps et âme? Faudra-t-il lui faire renier son père, et mettre dans la bouche de ce père indigné cet exécrable cri : «Brûlez-la! brûlez-la!?) Faudra-t-il enfin, en la faisant marcher au supplice, lui prêter les aveux les plus honteux? Voilà les inventions du génie ! Voilà Shakespeare !

Il était Anglais, nous dira-t-on, et c'est dans un accès de haine qu'il a écrit ces monstruosités ^ Et l'Allemand Schiller, cet autre génie, a-t-il la même excuse, si c'en est une? Et trouve-t-on qu'il ait été si bien inspiré le jour où il imagina d'ouvrir à l'amour le cœur de Jeanne d'Arc, en pleine mêlée, et de nous montrer Dunois et La Hire se disputant ses bonnes grâces en concurrence avec un paysan de Domremy?

* Nous aimons mieux croire encore, comme quelques-uns le soutiennent, que la première partie de Henri VI n'est pas de lui.

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