‹ Le mistère du Siège d'Orléans (volume 2)Chapitre 29 sur 143 · EN LA MANIERE CY APRÈS DECLAIRÉE · texte numérisé non relu

EN LA MANIERE CY APRÈS DECLAIRÉE

Et premièrement Sallebry commance en Engfeterre, et dit ce qui egsuit :

Très haulx et très puissans seigneurs,

Vous remercy des grans honneurs

Dont vous a pieu ainsi me faire »

Quant vous autres, princes greigneurs,

Qui estes les conservateurs

De tout nostre territoire,

Me vouloir faire commissaire,

Estre lieutenant exemplaire, C'est de Henry, noble roy de renom.

Pour le jourd'uy n'est de si noble affaire, De France est roy, il en est tout notoire , Et d'Engleterre, qui e^ son propre nom. Or, suis je dont, par la vostre sentence, Son lieutenant, par la vostre ordonnance, F* i %•. Esleu par vous pour conduire sa guerre; Dont pluseurs sont de vostre appartenance Plus^ suffisant et de magnificence ,

Pour mieuix besoignes^ et à savoir conquerre; Mais, puis que ainsi Favez volu requerre, Obeyr veul à vous tous sans enquerre, 20

Et y vaquer de tout mon pensement.

Sur les François nous devons tous acquerre, Que de bon droit nous appartient leur terre, Et tout leur royaulme aussi entièrement/ Or, savez vous, seigneurs, la Dieu mercy, «^5

Gomment en France nous y aYOns dessy Le principal en nostre gouvernance :

Paris avons et Normendie aussi, Chartres, qui est en si noble party. Tout en fin cueur de grant labour de France; 3o

N'y reste plus nulle resistence, Sy non bien peu, dont j aye congnoissance, C'est à Orléans, qui à nous nest soubz mis; Mais de legier nous l'aurons, sans doubtance, Car leur roy Charies n'a gueres de puissance 35

Pour leur ayder, qui ne soient desunis; Et ne pourrons estre si peu devant Qu'i n'obéissent à nous incontinent.

Et veu aussi que avons leur seigneur.

Quant pour Orléans, je n'en diffère riens, ^o

C'est peu de chose, et tout le remenant, F* 9 r". Quant leur vouldrons monstrer nostre rigeur. Dont, messeigneurs, je vous pry d'umble cueur Que vous vouUiez avoir vous tous vigeur, Et bon coraige volloir atier en France. ^«5

Pour nostre roy vous pry, en sa faveur,

* 11 faut lire sans doute besaigner, au lieu qu'aùm. Pour les observations de ce genre ,

de besoignes, et prononcer h' soigner, pour qui ne sauraient se répéter chaque fob que

la mesui-e. Au vers suivant, il faut suppri- Toccasion s'en présente, nous prions le lec-

mer aussi Ve de ptùs que, et prononcer jmw tenr de recourir à rio^ mtroduetion.

Que il vous plaist de prandre ce labeur,

Pour luy conquerre sa noble appartenance :

Nous ne poirons jamès mieulx que présent.

Vous voyez, tous, les petis et les grans, 5o

Pour nostre roy ont si noble coraige,

Lesquelz si sont de cueur tous désirant . De le servir, et de corps et de biens,

Et d'employer leur avoir et mesnaige.

Nous luy devons sauver son bon barnaige, 35

Et recouvrer ung si noble heritaige

Gomme de France, la vraye fleur de iiz,

La quelle est nostre et de propre lignaige.

Sans que autruy y puisse faire oultraige,

Vous le savez assez, grans et petiz. 60

Si vous supply doncques en gênerai,

Respondez y tous, de bon cueur loyal.

Si nous devons descendre en Normendie,

Pour faire fin en especial

A nostre roy jeune et cordial, 65

Et recouvrer sa noble seigneurie;

Car de legier vous Tarez, quoy qu'on die.

Vous estes crains en toute leur partie,

Et ung chascun à vous obeyra.

F* 9 >^ Si en veuUiez dire, je vous en prie, 70

Que vous semble de France la jolie;

Par les haults faiz elle se recouvrera.

LE SEIGNEUR 6UU.UUME DE U POLLE, conte de Suffod.

Messeigneurs, nous avons ouye,

Cy présent, l'alegacion

Requérant en ceste partie 7^

Par nous consultacion.

S'i vous plaist, mon intencion

Je diray icy, devant tous, Et ma deliberacion ,

Selon mon advis et propos. 80

Voicy messire Sallebry Ëslea lieutenant gênerai, Parent du noble roy Henry,

Nostre souverain et féal , ^

Lequel en especial • 85

Nous a allégué, en présence.

Que, de bon cueur franc et leal, > 11 seroit bon à aller en France.

Quant à moi, mon opinion

Sy est y aller voirement, 90

P 3 r-. Sans en faire dilacion.

Et n arrester cy longuement.

Nous savons véritablement

Que France avons et Normendie ,

Et en noz mains entièrement 95

Le milleur et greigneur partie.

Vous avez allégué Orléans,

Qui est noble et bonne cité;

Mais ne doubtez aucunement

Que ne l'ayons, de vérité, ^ 100

Du tout à nostre volenté,

Aussi le remenant de France;

Car leur roy n'a auctorité,

Pour le présent, ne nulle puissance.

MESSIBE JEHAN DE U POLLE, frere dudii oonte.

Messeigneurs, à mon audience, io5

Dire veul selon mon advis.

Et ce que en mon cueur je pense,

Puis que ad ce faire suis soubmis,

Devant vous tous, princes de pris, Qui estes rempiiz de vaillance, no

p 3 >•. Savans de guerre et hardis.

Et sur tous autres preminances.

J'ay oy les intencions

Du noble prince Sallebry,

Les dictz et les oppinions nS

De mon frère Suffort aussi;

Sy est que aillons ou party

De France, où nous aurons port.

Elle est nostre, la Dieu mercy,

Ainsy que chascun fait rapport; lao

Si dy que, sans attendre plus,

Conseille qu'on* se avance;

Car le différer, c'est abuz

Et mauvaise négligence.

Je croy que nulle resistence, ia5

Pour le présent, n'y trou verrez,

Et, par ce, en grant diligence.

Vous devez ce fait aehever.

LE SIRE D^ESCALLES.

Il dit bien, par ma vérité, Que le délayer n'y vault rien. tSo

Puis que avons en volenté, Un chascun doit garder le sien; F* k t\ Oi*, en prenons tous le moyen.

Bien vois, et de l'eure présent,

Que, en France, je le soubsti^n, «35

N'y trouverez contredisant.

Vous avez le miel et la cyre

' Lisez que an, comme ailleurs ne en au lieu de mn.

De France tout entièrement, Neulz ne vous oseroit contredire Que vous n aillez droit et avant; lûo

Et, en tant que avez le vent En voz mains, la mercy à Dieu, Ne soyez point neg^gent; Chasser devez en place et lieu.

En vous est la fleur de vaillance, i^^^

De proesse et de hardiesse; Vous avez Engleterre et France En voz mains, qui est grant noblesse; Par quoy devez vostre haultesse Eslever parsus tout le monde, ^^o

En demonstrant vostre proesse.

Qui par tout le monde redonde; Et ne voy pas que sur la terre Soit si grant qui vous ose actendre.

Que se à aucuns menez guerre, i'^g

N'est nuUy qui se ose deffendre.

La proesse avez d'Alkandre, Quant tout le monde conquesta; Dont devez en France descendre, \ Nul ne vous y contredira.

ibo

P u >^ LE SEIGNEUR DE FOUQUAMBERGE.

Messeigneurs, chascun en dira

Son plaisir et sa voulenté;

Mais, quant jà moy, qui m'en croira,

Nul n'en fera difficulté.

Que par vous il soit appoincté, 165

Incontinent et sans actendre.

En triumphe et auctorité.

Vous aillez en France descendre;

Que jamès ne poirons avoir

Le remenant de vostre France, 170

Que de présent, croyez pour voir,

Sans aucune resistence.

De proesse avez l'excellence,

Et Teur qui est entre voz mains,

Qui est divine providence; nb

Et, pour parvenir à vos fins,

Si est donc mon opinion

Que briefment le devez faire.

En bonne paix et union.

Pour mieulx venir à vostre affaire. ^ tSo

Vous n'avez, Dieu mercy, contraire

Que vous ne veignez au dessus;

Car en vous est toute victoire,

Et sont voz anemis confuz.

F* 5 r*. GLASIDES cappitaine.

Messeigneurs, vous avez mis sus i85

Vos diz et vos opinions,

Ausquelles toutes je concluz

A suyvre vos intencions.

Bien est -vray qu'entre nous avons

L'auctorité de toute guerre, «9^

Et à noz fins nous parvenrons.

Tant en France qu'en Engleterré,

Qui est, croyez, chose divine.

Et que Dieu l'a voulu ainsi.

Que riens n'est qu'il ne détermine, »95

Et qu'il ne le permecte aus^.

Si n en devez avoir soussy.

Ne en faire dilacion,

Et devant tous je le dys cy,

Que telle est mon oppinion. aoo

LE SIRE DE GREZ, nepvea de Sallebry, cappitaine d'Yenville.

Pour brefve expedicion, Messeigneurs, puis que il vous plaist, Dire vueil mon intencion, F' 5 v". Et ce qu'il me semble qu'il est :

C'est que vous devez, sans arrest, «o5

Partir dehors de ceste terre,

En grant couraige, par exprès,

A vouloir fournir ceste guerre.

Tant que setez en ce pays,

Vous ne serez crains ae doubtez, «to

Et ne pourrez vos anemis

James plus avant surmonter;

Et diront que vous n'oserez

Les assaillir d'ores en avant;

Par quoy, de ce leur donnerez si5

Hardiesse et coraige grant.

Et icy en diz devant tous.

Si me semble la vérité.

Que de vous tenir à repos,

N'est pas la chose en seureté. . »«o

En vous est toute auctorité

De proesse et de vaillantise,

Et France avez jà surmonté

Par vostre très haulte entreprise.

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