‹ Le mistère du Siège d'Orléans (volume 2)Chapitre 42 sur 143 · LE SIRE GUILLAUME DE LA POLLE · texte numérisé non relu

LE SIRE GUILLAUME DE LA POLLE

Vous dictez bien, allons y tous, 885

Sans faire cy plus de demeure ,

Que il ne tiengne à nul de nous,

Et y allons tous de ceste heure.

Il est temps que Dieu nous secojirre

De penser du fait de la guerre , 890

Et que chascun bien y labeure;

Car c'est ce que devons requerre.

LE SEIGNEUR D'ESGALLES.

Vous dictes toute vérité,

Le séjour ne prouflBte mye.

Durant la prospérité, 895

N'ayons point la chiere endormye;

Allons devers la seigneurie.

Qu'elle nous attend dès pieça.

P s3 v^ LE SIKE D£ FAUQUEMBERGË.

Messeigneurs , mais je vous emprie,

Ne nous tenons plus par deçà. 900

Pose. — Et partiront tous, et les seigneurs tant d'un coustë que d'autre s'assembleront tous en ung lieu; et se lieve et dit

SALLEBRY.

A VOUS, très haulx et très puissans seigneurs, En qui proesse, vaillantise et honneurs, Auctorité et vertu si abonde, Je ^uis icy ung de vos serviteurs,

Pour vous servir, vous tous grans et mineurs, 905

Ou vous plaira aller en tout le monde. Vous savez tous que la grant mer parfonde Ay passée et la périlleuse unde.

Pour venir cy à vous faire service.

Que s'auGuns est qui en malleur se fonde, 9^^

Encontre vous je vueil qu'on le confonde. Et suis aussi pour en faire justice.

Or, savez vous, messeigneurs et amis.

Gomment le Roy si a esté remis p %h r'. Par feu son père. Dieu ait l'ame de luy! 9» 5

Oncq plus vaillant ne fut en ce pays, Preux et puissant en armes et en dîz.

Sans perdre riens jamès, la Dieu mercy. Oncques ne fut plus vaillant ne hardi

Homme vivant, je le afferme et le dy, gao

Qui peust sur luy avoir jamès victoire. Ses*anemis luy ont tous obey, Ne nul qui soit ne luy a deffailly, Par quoy tousjours de luy sera mémoire. Aussi, savez, nostre roy est enffant * 9^^

Et en jeune aage, deliquat et plaisant. Pour parvenir en très haulte puissance.

Nous sommes ceulx qui devons, en tous sens, Garder le sien contre tous malveillant[s]. Son heritaige et son appartenance. 9^0

Dont, Dieu mercy, par voslre providence, Monstre avez, par faiz et par science, £t en faiz d'armes aussi entièrement.

Que partout est le bruit et excellence Des très haulx faiz que avez fait en France, 9^^

Dont sera renom perpetuelment ^ Or, suis icy venu deçà la mer.

Pour vous servir de bon cueur, sans amer, En loyaulté et faiz de vaillantise.

Pour nostre roy que nous devons aymer, 9'»o

p %k v^ En luy gardant son droit, et affermer

Encontre tous, par armes, sans faintise; Vous requérant [qu'on] regarde et advise Se besoing est de faire une entreprise, % Ou se en layra tout ainsi comme il est. 9'j5

Par vos beaulx faiz avez France conquise. Si en povez, du tout à vostre guise, Du résidu en faire desoresmais, Et de ce faire à vous je m*en attend. Esleu je suis de par vous lieutenant o^o

* Lisez perpetueUement,

Du bien de vous, non pas par ma prudence,

D'autres que moy fussent plus suffisant,

Pour ung tel faiz et charge si pesant,

Qui en tel cas eussent plus congnoissance;

Mais, puisquen moy avez telle fiance, 9^5

A mon povoir et petite science.

M'y empltieray du tout entièrement.

Si advisez, et à vostre ordonnance

Acompliray, de corps et de chevance,

Et en vous^ diz du tout certainement. 960

LE SIRE GDILUDME DE LA POLLE.

Messeigneurs, vous voyez comment Gy devant, en nostre présence, Il a allégué plainement p a5 r*. Son cas et mis en ordonnance; 9^5

Et croy que bonne pourvoyance Est bonne pour mectre en ce cas, Avecques toute diligence.

Et en adviser hault et bas.

Nous savons aussi clerement

Que nous avons encores affaire, 97^

Et n'avons pas l'achèvement De nostre entreprise parfaire.

Nous avons encoires, au contraire, Plusieurs villes et belles places

Qui convient à nous les retraire, 97^

Par force d'armes ou menaces.

Si seroie d'oppinion De assembler nostre puissance, Puis savoir la rébellion

* Vous, pour voê.

De tout le remanant de France , * 980

Et les sommer sans differance, Pour savoir qui contredira; Puis après, d'escu et de lance Promptement on les desfyra.

LE DUC DE SOMBRESET

Ainsi faire le conviendra, 9^^

Et est bien dit, comme il me semble' Que par ce point on congnoistra F* a5 v^ Les contrediz; par ceste exemple, N'y aura celuy qui ne tramble

A vouloir dire le contraire; 990

Et, puis que sommes cy ensemble.

Dire vueil à mon auditoire :

Nous avons encor grant pays A subjuguer, comme savez;

Mais, quant nous Taurons entrepris, 99^

Nous le recouvrerons de legier.

Berry avons à recouvrer, Et sur la rivière de Loire, Qui est peu, selon mon cuider.

Non pourtant siP fault il faire, 1000

Et, comme il dit, il seroit bon Sommer les placée et les lieux, Et tous les pays d'environ , Que verrez faire^pour le mieulx.

De présent sommes vertueulx, ioo5

Et puissans d'armes et de port, S'aucuns nous sont contrarieulx.

De les assaillir sans depport.

* Sic, pour « le.

TALLEBOT.

Messeigneurs, vous dictes très bien, Est bien advisé en ce cas. loio

r 96 r'. Il fault faire ou ne faire rien, Et y advisez hault et bas.

Vous savez que vous n avez pas L achèvement de ceste guerre ;

Assembler devez voz estas, 101 5

Sans plus en parler ne enquerre.

Nous sommes, Dieu mercy, pui^sans, Et en armes crains et doubtez.

Que il n'est celuy tant soit grant De qui ne soyons redoubtez. toao

Nul ne vous ose débouter Ne aucunement riens desdire; Si devez doncques surmonter Tous ceulx qui vouldront contredire; Et, comme a esté dit icy, «o«5

Sommer devez voz adversaires Pour y besoigner, trestout ainsi Gomme verrez à voz affaires.

Si aucuns vous trouvez contraires, Assaillir les fault rondement, io3o

Adfin que autres exemplaires Hz y preignent publicquement.

LE SIRE DE HONGRESFORT

Vous dictes bien certainement, Messeigneurs, et ayez bien dit p s6 A Qu i fault poursuivre chauldement *o35

Voz anemis, sans contredit.

Que s'il est qui vous intredit,

Ou qui vous face le reffuz,

Assailly soit par vostre edit,

Et que tantost il soit mis jus. ^oho

Mais, avant, je conseilleroye

Que feissiez assembler voz gens

En armes, puis prandre la voye

A s'en aller droit et avant.

Vous avez Chartres, qui est grant io65

Et forte ville de deffence; ^

Allez vous en bouter dedans, "^

Vous estes ou millieu de France.

Vous saurez là toutes nouvelles,

Qui vous viendront de toutes parts, »o5o

Et ceulx qui tiendront vos querelles,

Ou ceulx qui ne les tiendront pas.

Alors, vous verrez, en ce cas.

Par conseil, que vous devrez faire,

Et assemblerez voz estas, ^oss

Ainsi comme c'est la manière.

LANCELOT DE LISLE, mareschal d'Angleterre.

Il dit voir : quant serez à Chartres, Plus voz anemis vous craindront, p 37 t\ Quant ilz verront à bonnes certes,

Vostre puissance doubteront, »o6o

Et pourrez aller où seront

Ceulx qui ne veulent obeyr;

Puis, à Teure, congnoistront

Comment ilz veullent deffaillir.

Et adont vous pourrez çommer >o65

Ceulx que verrez estre besoing,

Comme on vous pourra informer

De voz anemis près et loing.

LE MISTERE DU SIEGE D'ORLEANS. à\

Si vous en dy icy à plain ^

Mon advis, ainsi que j entend, . * 107a

Que devez prendre ce chemin,

Et qu'il est expédient.

GLASIDES.

Messeigneurs, pour vous abréger, J'ay oy voz oppinions,

Que vous avez cy alléguez, 1075

Et Voz consultacions, Lesquelles, par vives raisons, Oncles doict fournir, Ct parfaire Voz dictz et voz conclusions,

Sans vouUoir aller au contraire. 1080

Et suis bien de l'oppinion F* «7 V. Que à Chartres on doit aller,

Sans en faire dilacion, Qu i sont voz amis très privez.

Là, vous pourrez consulter to86

Des choses que avez affaires, Et beaucoup mieulx disposer •

De vos besoignes neccessaires.

LE SIRE DE MOUNS

J'en suis bien de loppinion^

Que à Chartres nous en aillions, «090

Pour faire la conclusion

De ce que faire nous devons.

Vous saurez les rebellions,

De ceulx qui voulcU'ont^obeyr

' C'est la leçon primitive, qa*iine main plus moderne a rayée et remplacée par celle^i : C'est votre expedidon.

Et aussi les jptencions, logs

Quel party ilz Vouldront tenir.

M£SSIR£ JEHAN DE LA POLLE.

Messeigneurs, cest bien advisé; Que tel est qui dit mal de nous, Bien loing d'icy, à son privé,

Quant il vous verra, sera pour vous. «loo

h^ a8 1^. Vostre présence fera paours

A voz anemis, ne doubtez, *

Et leur ferez muer propoux, Quant il vous verront appresser^

LE SIRE DE PONT

Il dit bien et suffist assez, < io5

Et en suis de l'oppinion.

Si conseille par eschever De faire vostre intencion.

Aussi avez fait mencion

De Chartres, il y fault aller. mo

• Si devez, sans dilacion,

Y entendre, sans plus parler.

SALLEBRY.

Messeigneurs, par vostre conseil Vueil besoigner, et non autrement; Chascun face son appareil ms

•Pour y aller présentement.

Quant je voy que totallement Ung chascun de vous 8*i accorde, Il nous fault partir briefvement

Approcher'.

LE MISTERE DU SIgGE D'ORLEANS. 43

. r 98 \\ En union, sans discorde. Hao

Pour ce, trompetes, sans actendre, Sonnez, pour aseembler noz gens.

Et que chascun se vueiHe rendre Pour partir tout incontinant,

Garny de harnoîz bel et gent; 1195

Et que tantost on s'apareiHe, Car je y vueil aller de présent, Se aultre chose ne me resveille.

Lors les trompetes soniieront, et tous les princes arriveront avec leurs estandars. Puis dit

Or çà, seigneurs, comme je voy.

Nous sommes cy grant assemblée; n3o

Partons donques en bel arroy.

Que Dieu nous conduise nostre armée.

Et que brief bonne retournée

Nous puissions tous faire au pays,

Adfin que Eng^eterre louée ti35

Soit de noz parens ^ amis.

Lors partiront, et y a pose longue. — Et puis dit

SALL6BRY.

Voylà Chartres très renommée.

Excellente ville et plaisant.

Où la Vierge très honnorée

Y fait des»ipiracles moult grans; n^^o

L église qui est triumphant,

De^beaulté la plus eslevée,

Si luy supply en requérant

Qu elle préserve nostre armée.

àà LE MISTERE 1)U« SIEGE D^ORLEANS.

Adont y a pose longue. — Et puis se serrons^ tous, et Sallebry se iieye et dit :.

Çà, messeigneurs, pour parvenir u45'

A nostre très bonne entreprise, Voz oppinions fault ouyr.

Et que ung chascun en devise.

En ce cas icy, et advise p 29 V*. Tout selon son entendement; uSo

Que la chose du tout est mise En vous^ diz tout entièrement. , * A Chartres sommes arrivez.

En nostre ville cappitalle.

Qui nous ayme, comme savez, ii55

D'une amçur franche et^cordialle.

C'est ville Tespecialle, Après Paris que nous avons, ^ Qui nous est aussi plud lealie,

Et QÙ plus nnus espérons. 1160

Donques, s'il vous plaist, messeigneurs, Vous direz ici voz ad\^s De rioz besoignes et labeurs.

Ad ce que avons entrepris.

Vous estes tous gens de hault pris, it65

Et à qui la besoigne touche; En tous voz faiz et en voz diz N'y eult onques jamès reproche.

Si vous prye que en devisez *

De nostre affaire desoremais, . • 1170

Et que vous en délibérez Que vous en semble que bon est.

^ Sic. Lises semnu, sewraïu.

* Vous pour voê, comme déjà ci-dessus.

mmmmm^i/tf

Vous estes icy par exprès Tous les principaulx d'Angleterre, ^ Qui avez la charge et le faiz 1175

F* 3o rv ' A soustenir toute la guerre.

MESSIRE JEHAN FACESTOT.

Messeigneurs, puis que il vous plaist, J'en diray icy m<jn advis, Et ce qui me semble qu'il est,

Aussi dont adverty je suis. uSo

Nous avons ung très grant pays Conquesté du royaulme de France, Normandie avons et Paris, Et autre grant appartenance.

Nous tenons du royaulme la fleur, nss

Qui est une chose certaine, Que nous avons tout le meilleur Du tout mis en nostre demaine.

Ndls avons le Perche et le Mayne, Anjou, La Rochelle etBourdeaulx, 1190

Et, sus la rivière de Saine, ' Pluseurs villes, bourgs et chasteaulx; Puis la terre dei^eausse avons, Frappant jusques es forsbourgs d'Orléans, Où tous les blez du pays sont, 1195

Et habondance de tous biens; Ny ne reste conune plus riens Sinon Orléans, pour le ravoir, F* 3o y\ Lequel aurez incontinant

Qui vouldra faire le devoir. ««oo

Mais conseille que nous aillons Premier à Bourges en Berry, Et que Orieans nous environnons

/i6 Le mistere do siège d'orleans.

De Giem, Jargueau et Sully.

Après, il n'y aura celuy iao5

Qui leur puisse faire aydance, ^

Ne vivres n'auront de nuUy;

Puis l'aurez sans résistance.

LE DUC DE SOMBRESET

Je suis bien de ceste aco^dance

Que Orléans il nous fault avoir, laio

Qui vouldra avoir toute France,

Que Orléans en est ung manoir,

Et est une ville, pour voir,

Qui nous pourra bien contredire ;

Car tousjours ont eu bon vouloir 1215

A leur roy, comme ay oy dire;

Et croy qui vault mieulx les enclorre

Des villes qui sont en l'entour.

Y aller n'est pas peu de chose,

S'i nous veuUent faire le sourt, • laio

Y pourroi[ent] avoir, du secours, F' 3i r*. Qui nous donneroit resistence.

Pour ce, vault mieulx aller autour;

Eschaudé est qui trop s'a4|ptnce.

Avoir fault Chasteaudun et Blois, laaS

Baugenci avec Meung, Jargueau,

Et autres villes (jui sont près,

Ainsi comme le long de l'eau,

Cloux ^ serons comme en ung preau ,

Et ainsi comme soubz la saine^; laSo

Puis vous seront doulx comme ung aignau ,

Longent le coul comme la gène*,

* Clotia:, clos, enfermés. ' Peyl-élre alhngeafit le cou comme à la

' Saine, seine, filet, engin de pèche. gi^^

LE MISTERE DU SIEGE D'ORLEANS. Al

Et en ferez ce que.vouldrez.

Quant ilz se verront ainsi pris,

A vostre vouloir les aurez, 1335

Tous les plus grans et les petiz.

Quant ilz se trouveront surpris,

De vivre aauront nul secour;

Vous voyez cy ce que j'en diz,

Ne n'y scay point de meilleur tour. mUo

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