PRÉFACE. XIII
de vices honteux où il se perdit. Mais, comme quelques-uns de ces monstres qu entraine au mal une imagination ardente et dërëglëe, comme Nëron, par exemple, avec lequel il semble avoir eu plus d'un point de ressemblance, il ëtait artiste ou du moins il aimait les arts , notamment la musique ; il entretenait près de lui une chapelle nombreuse; il se passionna aussi pour les jeux du théâtre, dont les premiers essais avaient alors Tattrait de la nouveauté.
On lit dans un mémoire présenté par ses héritiers pour démontrer ses folles prodigalités :
Item faisoit faire jeux, farces , mortequesy jouer mystères à la Pentecaste et à F Ascension sur de hauts chaffauXy sous lesquels esloit kypocras et autres forts vins comme en une cave.
Quil se tenait es villes comme Angiers, Orléans et autres, auquel lieu £ Orléans il dem^eur a un an sans cause et y despendit quatre vingts à cent mille escus, empruntant de qui lui voulait prester, engageant les bagues et joyaux pour moiitë quils ne valaient, puis les rachetant bien cher, etc. etc. ^
Après ce témoignage, n esi-il pas permis de croire que le Mystère du siège £ Orléans était du nombre de ceux que Gilles de Rais faisait jouer à si grands frais, et n'y est-on pas d'autant plus porté que cette œuvre dramatique rappelait un fait d armes oii il avait acquis quelque gloire , et qu'il y jouait son rôle parmi les personnages mis en scène par l'auteur? Une partie des sommes énormes qu'il dépensa à Orléans n'avait-elle pas cette destination? Que dire aussi de cette bannière qui lui avait appartenu et qui fut achetée pour le compte de la commune? Etait-ce sa propre bannière de combat qu'il avait mise en gage et qui était restée entre les mains d'un Orléanais ? Il est difficile de le penser. N'était-ce pas plutôt un souvenir du siège, quelque étendard historique qu'il
* D. Morice , Preaves de lliistoire de Bretagne, t II , p. 1 336.
m PRÉFACE.
s'était procuré, entre autres accessoires, pour le faire figurer dans le tableau de la prise des Tourelles sur les Anglais, et que Ton jugea à propos de racheter après son dëpart pour le faire servir au même usage?
Ce sont là des conjectures sans doute; mais ne sont-elles pas presque commandées par les textes que nous venons de rappeler. Elles se présentent si naturellement k Tesprit, et sont au moins si spécieuses , que le regrettable et estimable auteur d'une notice sur Gilles de Rais, opuscule publié il y a sept ans\ s'est k ce propos laissé entraîner sur la pente glissante qui conduit de rhypothèse à laflirmation. En énumérant les prodigalités de Gilles de Rais, son biographe n oublie pas le séjour prolongé et ruineux qu'il fit à Orléans. « H y fait représenter, difr-il , sur la place publique avec plus de magnificence qu'on n'en a déployé à l'entrée de Charles VII à Paris, les grands mystères représentant le siège d'Orléans , avec personnages sans nombre. ?) Puis il ajoute : w Une curieuse recherche à faire serait de vérifier si le texte du mystère qui se trouve au Vatican ne contiendrait pas d'allusion au maréchal, et ne serait pas, en conséquence, la reproduction de celui qu'il fit jouer, v
Gomme on pourra le voir, le Mystère du siège d'Orléans contient plus que des allusions au maréchal de Rais; il le met en scène, et si fort en vue, qu'il eût été impossible, selon nous, de représenter la pièce avec un tel personnage après le 27 octobre i4/io, jour où fut brûlé, dans une prairie au-dessus des ponts de Nantes, « cet effroyable vampire ^ tj dont quelques-uns ont voulu faire le type de Rarbe-bleue.
' NoUee swr GiOu ée Bais, par Armand graphie hr€tmu,fvk\i6e par M. Levot, de
Guéraud, correspondant du ministère de Brest.
linstruction publique, etc. Nantes, i855, " M. MiAelet, HUtom de France , t, V.
broch. in-8% de 76 pages , extraite de la £ib-