‹ Le mistère du Siège d'Orléans (volume 2)Chapitre 70 sur 143 · MESSIRE LOYS DE GULAN · texte numérisé non relu

MESSIRE LOYS DE GULAN

Or sus dont, prens mon estandart F* 199 v'. Et partons très diliigamment

Devers Orléans, que Dieu nous gart,

Pour entrer honnorablement.

Le commun dit certainement 5ai5

Que des Anglois sont assailliz

De jour, de nliyt, incessamment;

Mais j'espoire les secourir.

Lors partiront, et à Tentrée viennent les Anglois au devant; et dit

TALLEBOT.

Messeigneurs, voilà venir gens,

Si cuide que ce sont François; oaao

^ Y sont de trois ou quatre cens,

Et sont en point, comme je vois.

Gardez les passaiges destrois, Et que à force on les reboute; Que, ainsi comme je congnois, . 5aa5

Y sont en une belle rocte.

LOYS DE CULAN,radmiral.

Messeigneurs, je voy là Orléans, Qui est moult fort plaisant à voir.

Et là, à cousté, droictement

Y est logé loust des Anglois. 5a3o p i3o i^. Si voy que y nous viennent voir.

J'en voy là pluseurs aprocher

Voulant aquerir le domaine 5a55

D'Orléans , et la noble cité Qui est une clef souveraine De France et de l'auctorité.

LE RECEVEUR

Monseigneur, bien venu soyez,

De vostre ayde vous mercions, Saeo

Et, se de riens à faire ayez

De la ville, le vous baillerons.

Voyez comme les choses sont :

Il y a plus de quatre mois

Que nul repoux certes n'avons 5a65

Pour ces faulx desloyaux Anglois.

F" t3t r'. L'ADMIRAL CULAN.

Mes bons bourgeois, je vous mercye

De l'onneur et du grant plaisir

Et de la très.grant courtoisie;

Je désire le desservir. 6370

Et saichez que j'é grant désir

De vous ayder de ma puissance,

Et tous mes gens, sans deffaillir,

De corps, d'armes et de chevance.

Et vous, monseigneur de Dunois, 5J75

Penser nous fault de ceste affaire

Contre ces desloyaulx Anglois

Qui vous font cy grant vitupère.

Advisez en ceste matière *^

Pour ces Anglois bouter dehors, SaSo

Faire morir de mort amere

Tous leurs aliez et consors.

LE MISTERE DU SIEGE 1>'0RLEANS. 207

LE SIRE DE DUN0IS,ka8tardd^0rl6an$.

Y me semble que nous devons Raser, abatre les Tourelles

Situées tout au bout du pont, * 5a85

Qui nous sont de présent rebelles Et contre la ville cruelles.

C'est dont vient leur artillerie.

Bombardes, canons par icelles, F"i3iv*. Qui nous font très grant villaunye, 5290

POTON

Messeigneurs, ainsi que me semble,

Y sont legierement à abatre, Et je vous en diray l'exemple Icy présent, sans riens rabatre.

. Vous avez céans trois ou quatre 5395

Bonnes pièces d'artillerie , Assortir les fault sans debatre Au bouloart, je vous en prie.

Vous avez aussi la Bergiere;

Que sus le bouloart du pont 53oo

Elle soit là mise pour traire.

Les Tourelles sont front à front; D'un coup ou de deux vous respont Que les Tourelles mectrez jus,

Et tous les Anglois qui y sont 53o5

Cherront les jambes contre sus.

UADMIRAL CUiAN.

Poton, c'est bien dit vrayement.

Je vous prie qu'ainsi soit fait Bien toust et très diligamment.

Que,ice8te heure, si soit parfait. 53io

Seigneurs d'Orléans, comment que soit, La charge prandrez de ce faire, F* i3a r-. Et pouF la charger bien adroit

Pour contre les Tourelles traire.

SAINTE SUAIRE

C'est au droit de la Belle Croix . 53 «5

Où est le bouloart assis; •

Quelle^ y soit mise, et je crois Ung coup en vauldra mieulx que six.

LE RECEVEUR

Messeigneurs, par voz bons ad vis Voulons faire à vostre ordonnance, 53«o

Et acomplir voz bons devis, Et faire toute diligence.

La Bergère sera menée, Ainsi que lavez propposé, ^ Se Dieu plaist, et bien gouvernée 53a5

Par ung ouvrier bien asseuré.

CHARANNES.

A vous c'est très bien advisé

Et fort nous grève les Torrelles;

Leur artillerie ont tiré

Qui nous ont esté fort cruelles. 533o

• Adont icy y a pause et doit on tirer la grosse bombarde la Bergère, et du trait doit cheoir tout le feste des Tourelles, et un grant quartier de la tour, et doit cheoir six Anglois, les piez contre le mont à terre, mors du coup tiré de la Bergère du

' Lisez que elle.

Pour bien loyaument vous servir,

Lesquelz si ont tous grant désir

De persécuter les François, 536o

Et de vouloir sur eulx courir

Par force d armes et de drois.

FACETOT.

Donques, prenez nostre bannière Et allons droit devant Orléans, p i33 v^ Pour nous tenir là en frontière, 5365

Gomme à nous désobéissant.

Il ont esté trop deffaillant.

D'avoir contre nous tant tenu; Mes se ycy suis, incontinant Leur meffait sera recongnu. 5H70

Adont partiront, et y a pause. — Puis dit

FACETOT.

Je voy là Orléans, là devant,

Qui est une gente cité.

Laquelle, ainsi comme j'entend,

Se met en grant adversité,

Que tous princes d auctorité 537-.

De tout le pays d'Angleterre

Sont devant en triumpheté,

Pour ruer Orléans tout par terre.

Je voy de là l'oust des Anglois

Logez de logiz sousteneux , 53Sc

Assez pour vaincre les François

Et en estre victorieux.

Je ni'ebays forment d'iceulx

Comment il ont ung tel coraige;

TALLEBOT.

Très excellent prince de nom,

Le très bien venu vous soyez.

Grant besoing de vous nous dvon

Et de voz gens, bien le croyez.

Nous sommes cy, comme voyez, o'nô

Quatre mois y a tout entiers,

Dont nous avons fort dévoyez

François, et fait des destourbiers.

Mais puisque vous estes venu,

Nous convient assaillir leur ville, 5^120

Et tous noz gens, grant et menu,

Ghascun se trouverra abille.

François plains de mauvais stille

Les fault avoir, comment qu'i soit,

Ou y mourra plus de vingt mille 54 «r»

Avant que n'en n'ayons le droit.

FACETOT.

Messeigneurs, y me semble advis Que la ville est aisée à prandre, F- 135 1'. Et qu'i devroient estre soubzmis

Legierement et sans atendre. 5430

Ainsi comme je puis entendre,

Ne fut si très notable armée ,

Depuis le grant roy Alixandre ,

Que vous avez, ne composée.

Et croyez, je ne doubte riens 5435

Que, se l'assault nous leur donnons,

Ne les ayez incontinant,

Ou que les clefe vous apporteront.

Si vous pry que nous y pensions

A les assaillir sans demeure, sAâo

Que ainsi riens nous ne ferons, Et ne perdons que temps et heure.

LE CONTE DE SUPPORT

Mon chier seigneur, vous dictez bien ,

Que nous avons assez puissance

Pour les avoir sur toute riens, 5445

Mes que nous facions diligence.

Faictes tout mectre en ordonnance,

Ëschelles, cordes, et crochez,

Et gens de tret grant habondance ,

Pour mieulx les François despecher.

LE SIRE D'ESCÂLLES.

Y n en fault plus dissimuler,

p i35 v'. Assaillir les fault en présence *

Pour leur grant orgueil ravaller, Abatre leur oultre cuidance.

Nous sommes icy l'excellance, s'jSS

De toute Engleterre la fleur;

Y estre tant cest desplaisance, Et à nous tous grant deshonneur.

MESSIRE JEHAN DE LA POLLE

Sire, pour vostre bien venue,

Que ung assault leur soit donné. ^ 546o

Y sont longuement trop en mue, Ung esbat leur soit ordonné.

Nostre oust c'est très bien gouverné Jusques cy sans peu de domage.

Et si avons fort domagé, ^^^^

Que François n'ont pas l'avantage.

LANCELOT DE LISLE

Messeigneurs, quant est de l'armée, Toute preste est pour assaillir, ♦ Bien en point et bien ordonnée

Pour voz voulentez acomplirr ^'^7©

Lesquelz si n ont autre désir Orléans leur soit habandonné, Que y veuUent vivre ou morir F" i36 r'. Faisant ce que aurez ordonné.

FACETOT.

Quant Orléans leur habandonneroye 5675

Pour le mectre à feu et à sang,

Et du tout je le destruiroye ,

Hommes, femmes et les enffans,

Qu i n'y OTroit petit ne grant

De leur ville que j'espargnasse , 548o

Que nul ne fust plus si engrant

De vouloir faire telle fallasse.

LE CONTE DE SUPFORT

Vous ne devez riens espargner.

Que il ont contre vous failly

D'avoir volu résister 56S5

Et de nous avoir assailly.

D'oppinion je suis celuy

Que on doit mectre tout à mort,

Sans avoir mercy de nulluy

Ne espargner foible ne fort. 5490

TALLEBOT.

J'en suis de vostre oppinion;

Nous povons aller, ce me semble,

Jusques au rees de leur muraille, 5590

Et y faire ung assault si ample

Comme verrez que faire faille.

FACESTOT.

Vous, messire Jehan Tallebot,

Esleu estes à ceste charge;

Vous y savez vostre trippot 55a5

Et y estes prudent et saige. •

Ordonnez, en vostre corage,

Ainsi comme vous l'entendez ;

Nous autres et tout le bernage

Vous voulons sauver et garder. 5530

TALLEBOT.

Puis qu'i vous plaist, ordonneray Que vous et voz gens, s'i vous plaist. Vous yrez, et puis vous suivray Et de vous je me tiendray près.

A la porte Renart yrayz 5535

F* 187 V*. Avecques le conte de Suffort,

Et de bon cueur les assaudrayz.

Sans espargner foible ne fort.

Puis devers la porte Banier

Jusque à la porte Parisie, 55'io

Monseigneur d'Escalles, serez

Avecques vostre compaignie.

Mareschal, à chère hardie

Assaillez les, à une foulle.

Pour vous secourir je supplie 5545

Messire Jehan de la Polie.

Fouquamberge, aussi Glasidas,

Pensez de tout perdre ou avoir, 557.5

En si très notable puissance,

Au monde en pourroit on trouver

Armée de si haulte exceliance?

MESSIBE JEHAN DE LA POLLE.

Quant à moy, je ne fais nulle double Que ne soyons victorieux, 558o

Et que n'ayons en somme toute Tous les François, jeunes et vieulx.

Ne jamès parlé ne sera d'eulx, F* i38 v". Se chascun vieult faire devoir.

Soyons donc hardiz, vertueux, 5585

Orléans «era en vostre manoir.

LANGELOT DE LISLE.

Sa, messeigneurs, quant vous vouldrez

Voicy voz gens en ordonnance.

Quant il vous plaisa, assaudrez

Orléans, et à vostre plaisance. y^9^

Voy les cy en vostre présence,

Et les voyez tous en grant point

De haches, d*espées et dejance,

Arcqs, arbalestres et engins.

TALLEBOT.

Or sus, trompetes et clairons, 55-

Sonnez pour assembler Tarmée, Adfin que ensemble nous partions Et y sdlons d'une assemblée.

Faisans grant hue, de rendonnée\

* Grant hue, grande huée , grand brait; d'où hueker, synonyme de huer. — De vivement, rapidement.

De saillir hors en grant fureurs 56i5

Pour résister à leur voye.

GHABANNES.

Pour voir, entre nous gens de guerre

Nous convient saillir au devant,

Pour les garder de prendre terre.

Et qu i ne viengnent plus avant. 563c^

Que s'i vous estoient surprenant.

Nous pourrions bien estre en dangier,

Et de ne venir pas à tant

Pour nous donner grant destourbier.

V POTON

Messeigneurs, pour tout abréger, 363s

Y nous convient tous saillir hors.

Se voyent que vous ne vous bougez,

Contre vous se tiendront plus forts.

Cependant, ferez vous effors

De bien garder vostre muraille; 56^

Se nous ne sommes assez fors.

Retrayons nous de la bataille.

THEAULDE DE VALLEPAIGNE.

Je ne scay comment on Tentend, p tûor». Ne m'en saroye conseiller;

C'est ung conseil doubteux et pesant -^^

Et dangereux, à mon cuider.

Se d avanture vous saillez

Et contre eulx ne soyez puissant,

Vous ne vous pourrez recuUer

De ]a presse bien aisément.

N'en faire difficulté ;

Que, se y voyent que les doublez,

Plus vous feront de cruaulté,

Et plus leur maise volenté

Ce croistra de plus vous mal faire, 0680

Disans que hors de vostre hosté

Vous n'oseriez saillir ne traire.

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