‹ Le mistère du Siège d'Orléans (volume 2)Chapitre 74 sur 143 · MONSEIGNEUR LOYS DE GULAN · texte numérisé non relu

MONSEIGNEUR LOYS DE GULAN

Vous congnoissez assez Anglois, 6910

Y ne vous en fault jà riens dire.

Nous vous prions, allez les voir;

Y n'est point de nacion pire

Et sont tousjours prest de mesdire;

En eulx nul ne se doit fyer. 69 1 s

LA HIRE

J'en feray qui devra suffire; A Dieu jusques au retourner.

Lor8 icy y a pause. — Et doit avoir ung messagier qui portera son guidon devant luy. Puis dit

TALLEBOT.

Çà, messeigneurs, y fault pencer Qui yra devers les François,

Diligemment s*en advencer. 6a«o

P'eures navez que deux ou trois, F' i53 V. Et, pour abréger, je congnois

Messire Lancelot de Lisle.

Quant à moy, lui donne ma vois; Il est suffisant et habille. 6sa5

FASTOT.

Le cas requiert selerité;

Puisque promis vous leur avez

De par vostre auctorité.

Pour donques faire le devez.

Leur fut aceordé, vous savez, 6930

Trêve par vous leur fut promise;

Si la fault dont parachever.

Puisque ainsi lavez premise.

D'ESGALLES.

G est raison : y fiault ainsi faire,

Et envoyer diligemment 6935

Ung prince de très noble affaire.

Uk LE MISTERE DU SIEGE D^ORLEÂNS.

MESSIRE JEHAN DE LA POLLE

Tout selon leurs diz respondez, Nous vous en baillons tout la charge, p i54 >•. Faictes comme vous l'entendez;

Que de ce estes bon et saige.

Pensez de faire ce voyaige; 6970

Que je voy l'eure qui est brefve ; Et croy que ce nous est dommaige Avoir donné sy courte trêve.

LANGELOT DE LISLE.

Messeigneurs, puisque y vous plaist

De m'avoir la charge baillée, 6975

A vous obeyr je suis prest,

Puisque la chose vous agrée;

Mes ce fust très bien ma pensée

Que prissiez ung autre que moy

Pour mieulx la besoigne menée, 6980

Et qui mieulx feroit, je le croy.

TALLEBOT.

Mareschal, vous le devez faire Et Tacomplir de bon coraige, Sans voloir aller au contraire.

Vous y estes prudent et saige; 6985

Des François oyez leur langaige, Quant premier trêves ont requises, p i55 T\ Qu i doivent avoir lavantage

De declairer leurs entreprises.

LANGELOT.

Puisque c'est dont vostre plaisir, 6990

Je ny vueil en riens contredire;

Mais vueil le voyage acomplir

Sans vous voloir en riens desdire.

Vers les François, tout droit, de tire,

Vois à eulx pour parlementer; 6995

Puisqu'i vous a pieu moy eslire,

Vueil acomplir voz voientez.

Lors y a pause. — Et les heraulx d'une part et d'autre yront devant Tun l'autre; ce pendant les mors seront recueillis. Puis dit

LA HIRE

Messeigneurs nobles et vaillant, Pour Tonneur de vostre noblesse.

Salut à vous tous je vous rends, - 63oo

Et à toute vostre gentillesse, Devers vous cy présent maistresse.

Pour vous voloir dire et noncer p i55 v*. Par les François plains de proesse.

En deux motz vous vueil prononcer : 63o5

Premièrement, dire vous vueil

Que vous avez en Ëngleterre

Le duc d'Orléans en grant traveil.

Prisonnier dedans vostre terre;

Lequel vous a volu requerre 63 10

Que en son pays n en ses lieux

Ne luy feissiez aucun mal erre.

Et que luy fussiez gracieux.

Et pour certain luy accordastes

Que à Orléans mal ne fériés , 63 1 5

Et sur les sains vous luy jurastes

Et luy promistes voulentiers.

Or est il que cinq mois entiers

Vous estes devant ceste ville,

Pour y faire des destourbiers 6390

Ghascun jour à cent et à mille.

Puis après, comme vous savez, Trêves vous avons demandées; Dont voulentiers les nous avez

Libéralement accordées, 6395

Bien brèves, qui seront finées Sans avoir loisir et espasse De bien declairer ses pensées; Pourtant fault que chascun s en passe.

Mais, pour abréger, s'i vous plaist, 633o

F* i56 r". Départirez devant Orieans,

Sans y faire mal loing ne près

Et sans autre inconvénient.

Nostre duc très noble et puissant ^

Est en voz mains, si le savez; 6335

Vous ne devez du remenant,

Se me semble, point le grever.

Mais que i soit venu, j'espère

Que vous serez de luy contant,

Sans luy faire aucun vitupère ezko

A sa personne n'en ses biens,

A sa terre, ne tant ne quant;

Et n'y acquerrez jà honneur.

Voloir le corps, voloir les biens

C'est fait à prince grant rigueur. 63&5

Pour donques vous deppartirez

Des environs de ceste terre.

Et de bref vous vous en yrez

En vostre pays d'Engleterre.

Vous n'avez avoir ne acquerre 635o

A Orléans, c'est la vérité, Et y venez à tort le querre, Contre bon droit et équité.

UNCELOT DE LISLE.

Je vous ay escouté parler

Et avez dit ce qui vous plaist : 6355

F" i56 V'. Trêves vous avons accordez.

Ainsi comme de raison est; Puis dictes que par exprès A monseigneur le duc d'Orléans Promis luy avons que jamès 636o

Nous ne viendrons ycy devant.

Je vous responds^, tout pour certain, Que jamais ne luy fut promis.

Puis dictes que en nostre main

Le tenons et y est soubmis; 6365

Gela est vray, à nous conquis En force d'armes et proesse; Et que, par ce, en son pays Ne devons faire nulle oppresse.

Je vous dy que, en cest endroit, 6370

Que ce pays nous appartient Par querelle et juste droit, Et toute la terre d'Orieans.

Si vous dis encore plus avant :

A nous est la terre de France, 6375

Et le pays tant qu'il eat grant.

Par vraye et droicte sei^ence.

Roy de France et roy d'Engleterre, C'est le tiltre de nostre roy; N'aultruy n'y doit avoir ne querre; 638o

A luy appartient, c'est autroy.

P 167 r'. Si ne vous devez dont pour quoy

Esmayer d'estre cy venuz; Que Orléans aurons, je le croy,

Et en demourrez povres et nuz; 6385

Ne jamès nous n en partirons Sans parvenir à nostre entente, Que vostre ville nous n'ayons, Pour quelque delay ne atente.

Et vaulsist mieulx, selon m'entente, 6890

N'estre pas si résistant.

Que à la fin piteuse santé ^ Sera de vous comme j entant.

LK HIRE

Vous parlez de haultain coraige, Sans savoir de la vérité 6895

Du duc d'Orléans. Pour bref langaige, De par vous luy fut contracté, Par foy et par serment preste.

Que nul desplaisir en sa terre

Ne luy fériés, et protesté 64oo

Luy fut par vous en Engleterre.

Puis dictes que vous avez droit A Orléans, ou royaulme de France; Jamès cela ne s'entendroit.

C'est parlé à voétre plaisance* 6&o5

F* 167 V*. Ne fault que ayez telle loquence;

On congnoist bien vostre pays Et aussi vostre appartenance; Onques n'en saillit fleur de lyz.

* Piteuse santé, mauvaise voie? à moins qae ce ne soit le mot santé, altéré pour le besoin de la rime.

Vostre roy Henry d'Engleterre ^'^^^

Ne fait pas souvent grant miracles,

On ne le va gueres requerre

Pour faire éprouver ses synacles^;

Mes pour porter boetes, triades*,

Et bailler bourdes en paiement, 64 1 5

En voz tentes et tabernacles,

Vous y estes très bien savant

LANGELOT DE USLE.

Vous farcez voluntairement

Entre vous François, en injurant';

Mes ne demoura pas gramment ^/lao

Que congnoissiez voz forfaitures.

En nostre oust, sous des miches dures,

Que nous vous donrons voulentiers.

Nul ne scet de ses adventures;

Il n est que fouyr des premiers. 6ûa5

LA HIRE

Vous avez fait les trêves courtes; Pour ce se fault chascun retraire, p i58 1'. De voz fri voiles, de voz bourdes,

Anglois en savent très bien faire; Mais se il vous vient en mémoire 66 3o

De cuider estre roys de France, Fauldroit que le feissiez acroire Aux foulz de vostre appartenance.

* Sgnaek, êignoeulum, signe de croix. Peatrètre ici marjueê d^éerouettesf

* Triaek, thériaque, d'où triaçkw, chariatan qui débite ia thëriaque. ' Sic, Sapprimez en, ou prononcez enfwms, François,

LANGELOT DE USLE.

Vous usez de grosses pairoUes,

Et autre chose n y povoir. 6635

Face chascun bien son devoir;

Le musir^ font les poires molles.

LA HIRE

Se voz intencions sont folles, De vous oyr on fait devoir,

LANGELOT^

Vous usez de grosses paroUes, c/jAo

Et autre chose n y povoir.

u HIRE.

De tous voz diz ce sont frivoHes,

Et ne les puis acomparoir;

Mieulx vaulsist en vostre manoir,

Engleterre, frire voz solles. 66^5

P i58 V*. LANGELOT DE USLE.

Vous usez de grosses parolies, Et autre chose n'y povoir.

Face chascun bien son devoir; Le musir font lesi poires molles.

Lors se deppartiront Tun de Tautre. Et tout incontinent vient ung canon d'Orléans qui enliere la teste de Lancelot de Lisle, et y a grant bruit; et emporte on le corps devant Tallebot et les seigneurs. Et dit

TALLEBOT.

Hé Dieu! qui a fait cest oultrage 6&^o

^ l^ mmir, le muser ou le moisir.

LE CONTE DE SUPPORT

Je croy bien, ainsi que j'entent, Que de la trêve estoit cessée, F* l59v^ Et a esté en revenant

Qu'il a eu la vie finée; 6485

Mais est trayson esprouvée.

On doit avoir temps et espace De retourner en sa contrée Chascun soy retraire en sa place.

MESSIRE JEHAN DE U POLLE

Voicy grant deul et grant dommaige 6A90

Du sire Lancelot de Lisle,

Tant prudent, tant plaisant et saige,

Qui n'en fut onc de plus habille.

Par luy nous eussions eu la ville

Avant trois jours, par son moyen, 6/195

Et luy estoit très bien facille;

Que tous ses faiz venoient à bien.

LE SIRE D'ESGALLES.

Quant à moy je n'y entant riens;

Voicy très mauvaise besoigne

De trayson, je le soustiens, 65oo

Et est es François grant vergoigne.

Mes, que qui tarde ou qui esloigne,

Je me vengeray de sa mort;

Que n'est si grant que,, qui en groigne,

Que j'espargne, foible ne fort. 65ori

F'i6or\ TALLEBOT.

U convient faire ses obsecres

Y le fault aller saluer,

Et luy compta tout par exprès

Comme nostre fait peut aller.

Sire de Villars, pour parler

Nous vous en baillerons la charge, 6535

Pour nostre cas bien propposer

Et le fait de nostre messaige.

VILLARS

Très hault et excellent seigneur, Roy de France, souverain sire.

Vers vous icy en tout honneur 654o

Volons vous denonfcer et dire Que on nous a voulu eslire Dé venir en vostre présence F" i6i r\ Des nouvelles pour vous redire,

Adfin y mectre pourvoyance. os'jS

Vray est que sommes cy d'Orléans

Envoyez des princes qu i sont.

Pareillement des habitans

Qui bien leur devoir, sire, font.

Des Anglois y sont ung grant mont 655o

Qui ont assigé vostre ville;

Sont es faubours et environs.

Et renfort leur vient à la fille.

Monseigneur le Bastart y est

Et plusieurs autres grans seigneurs, 6555

Lesquelz vous mandent, par exprès.

Que vous pensez de leurs labeurs ;

Qu'il endurent de divers heurs.

Et plusieurs et divers assaulx;

Qui sont de mille à douze cent.

Vous les enmenrez sans séjour, Lesquelz sont hardiz et vaillant.

Oultre plus, des vivres aussi

Avecques vous je vous en baille, 65

Que vous n'aurez de riens soucy, Que de maintenir la bataille.

Et de ce que pourray, sans faille, Je vous aideray, ne doybtez, F' 169 r". De corps, de biens, comment qu'il aille, 66

Du tout vous vouldré conforter.

Et du plaisir que vous me faictes.

Mes bons amis, je vous mercye, En peine et en travëil vous estes Pour moy, et je n'en doubte mie; 61

Mes jamès, je vous certiffie.

Ne vous Cauldray, ne près ne loing.

Ou soyez en quelque partie, Se vous avez de moy besoing.

VILURS.

Chier seigneur, nous vous mercyons De l'onneur et du grant plaisir; Pour vous vivre et morir voulons, A vous loyaulment vous servir.

De noz corps et biens secourir.

Vous ayder de nostre puissance.

Sans en riens vers vous defiaillir, Bien et loyaulment, sans différence.

SAINTRAILLES

Chier seigneur, nous avons esté Du premier et commancement,

Pour recouvrer ma seigneurie.

Messeigneurs, quant il vous plaisa 665o

Vous partirez trestous ensemble.

Et chascun de nous on fera

A son povoir^ eomme il me semble.

Faictes tant que les autres exemple

Preignent garde à voz puissans faiz, 6655

Et que vous ayez l'oriflambe,

Qu'il en soit parié à jamès.

MESSIRE GUXES ESTUART, frère du oonnestAbie d'Escosse.

Sire, ne vous doublez de nous;

Que nous y ferons td devoir

Que parlé en sera tousjours « 6660

De nostre puissance et povoir.

Si ne désire que mouvoir

Pour voir les Anglois d'Engleterre,

Et pour encontre eulx me prouvoir

En butin et force de guerre. 6665

LE SIRE DE 6AUG0URT

Sire, je vouldroye jà estr* Devant Orléans, pour assaillir F*" i63 V*. Les Anglois; je les vueil congaoistre

Et les visiter à plaisir.

Ma voulenté et mon désir 6670

Si est de les persécuter.

Et sur ei^lx fièrement ferir A mon vouloir, de tous coustez.

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