‹ Le mistère du Siège d'Orléans (volume 2)Chapitre 77 sur 143 · MICHEL ANGE · texte numérisé non relu

MICHEL ANGE

Jehanne, ne vous en esmayez; Que Dieu Ta ainsi ordonné.

Et veut que lonneur vous ayez 7»»"

Du royaulme, présent fortuné, Qui a esté habandonné P 173 V. Par pechié commis des François;

Par vous sera roy couronné Et remis en ses nobles drois. 7>>^

PUCELLE. '

A Dieu je vouldroye obeyr 7160

Gomme je doy é est raison.

Et très humblement le servir,

A mon povoir, sans mesprison;

Et tousjours, en toute saison,

Vueil estre sa povre servante, 71 45

Actendant sa vraye maison

Lassus ou ciel, où est m'entente.

MICHEL

A Dieu, Jehanne, vraye pucelle, P 174 V. Qui est d'icelui bien aymée;

Ayez tousjours ferme pensée 7160

De Dieu estre sa paçtorelle.

PUCELLE

En nom Dieu , je vueil estre celle De le servir, s'i luy agrée.

MICHEL

A Dieu, Jehanne, vraye pucelle,

Qui est d'icelui bien aymée. 7» 55

PUCELLE

Mon bon seigneur, vostre nouvelle De par moy sera redamée Au seigneur de cesfce contrée.

Par la voye que dictes telle.

MICHEL

A Dieu, Jehanne, vraye pucelle^ i^^o

Qui est d*icelui bien aymée; Ayez toujours ferme pensée De Dieu estre sa pastorelle.

Puis s'en pari, et y a pause.

Pi75r'. MICHEL.

Père, j'ay du tout acomply

Le Yostre messaige humblement, 7165

Sans riens avoir mis en oubly,

A la pucelle, vrayement;

Laquelle, debonnairement,

De tout son cueur, vous veult servir,

Et tout vostre commandement 7170

Le vouldra faire et acomplir.

DIEU

Le royaulme je remetray sus,

Et les anemis confonduz.

Par la pucelle ruez jus

Et par elle tout convaincuz; 7^7^

Que, dès si quelle les aura veuz,

En elle sera telle vaillance

Que il en seront esperduz.

Ou royaulme n'auront plus puissance.

Pose. — Puis dit

LA PUCELLE

0 mon Dieu et mon créateur, t^^o

Plaise vous moy toujours conduire !

fr' 175 V*. Vous estes mon père et seigneur. Auquel je ne vueil contredire.

Aller je vueil tout droit, de tire.

Devers Robert de Baudricourt, 7185

Pour mon cas révéler et dire, Sans plus ici faire séjour.

La Pucelle vient à Baudricourt. Et y a pause.

PUCELLE

Capitaine, Dieu vous doint joye.

Devers vous je viens humblement;

Que parier à vous je vouldroye, 7190

S*i vous plaisoit aucunement.

BAUDRICOURT

Mamye, voluntairement

A vous certes je parleray :

Dictes moy vostre pensement ,

Et voulentiers vous respondray. 7» 9^

PUCELLE

En non Dieu, sire, y vous convient Que vous me menez devers le roy p 176 1^. De France, tout présentement;

Que il est en très grant esmoy.

Et convient aussi, sans delay 7300

Que mabillez en abit domme.

Bien en point, ainsi que je voy.

Pour guerroyer en ceste forme; Que y me convient, sans actendre, Y aller tout incontinant, 7 ««s

Ppur oster le royaulme d'esclandre Et lever le siège d'Orléans, Où sont les anemis devant, Pour vouloir la cité destruire,

Mes est de Dieu mon très chier père.

Qui le ma commandé, ce faire; 73/10

Et convient que vous m'y menez

Devers le Roy, c'est chose voire;

Et pensez de vous ordonner.

BAUDRIGOURT.

Or, mamye, je vous diray :

D'icy dedans deux jours ou trois, 73/15

F" 177 1'. De ce cas cy je penseray;

Et à vostre fait y provois, J'é des gens, ainsi que je crois, Cependant que vous festoisons;

Puis après, comme pourrez vois, 7900

De vostre fait nous penserons.

PUCELLE

Baudricourt, vous le faictes lonc

Et congnois vostre voulenté,

Voz voloirs et intencions;

Dont mal faictes, de vérité. 7955

Je m'en retouray à lousté *

De mon bon père et de ma mère;

Que TOUS avez cueur enhorté

C'est que ne me voloir pas croire.

BAUDRICOURT

Fille, se volez demorer 7^60

Je vous feray faire bonne chiere.

Et céans vous repouserez ; Puis penserons de vostre afaire,

' Je m'en retournerai à TbAtel (à la demeure).

Et dès longtemps l'avons esté, 7985

Portans haubergons et jusarmes

Tant en y ver comme en esté ;

Et maint assault, de vérité,

Avons soustenu et bataille,

Que nul ne nous a surmonté, 7^90

Mais ont lessé boyaulx, ventrailiea.

Or sommes nous cy combatant Dedans Orléans, noble cité, Encontre Anglois qui sonjt devant, Rempliz de toute iniquité. 73<i'>

Nostre prince est d'auctorité Et le plus preux dessus la terre.

Dont, par son voloir et bonté, F" 178 v^ Voluntiers froyes ung fait, de guerre,

Et sus An^ois félons et fiers 7^«o

Voudroye acquérir renommée.

Par force d'armes et d'estriers,

Où ma force fu[s]t esprouvée;

Et de me trouver en meslée,

Voloir ma puissance esprouv^r 7^05

A frapper de lance et d'espée,

Suis deliberay me trouver.

VERDILLE.

Bien suis de vostre oppinion, .#

Que je me sens de corpulance

A vouloir frapper de rendon i^^o

Encontre homme qui ait puissance;

Et de le combatre à ouitrance.

Seul à seul, bien et vaillamment,

Uà LE MISTERE DU SIEGE D'ORLEANS.

A nostre maistre cappitaine,

Que donner esbat nous volons

A la seigneurie souveraine;

Qui nous veille à la bonne estraine,

Veille du premier jour de Tan, t^ûs

Donner congié, en my la plaine,

Luytter à deux hommes de bien;

Et envoyer vers les Angiois

Ung plaisant gage de bataille,

Lequel soit fort plaisant à vois, i^oo

De bon or fin, comment quil aille.

Que s'il y a nul d'eux qui vaille.

Si le montre à ce coup icy,

Et que de son houst viengne et saille.

Pour avoir honneur ou ennuy. 735^

VERDILLE.

Je suis contant que tout ainsi Que vous dictes nous le facions, F" 180 ^^ Et que nous en allons dessy

Demander congié; nous Tarons.

Nous sommes tous deux gascons, i^^'^o

Du territoire nostre maistre.

Et très joyeux nous le ferons

De luy faire ce fait congnoistre.

GAQUET.

Nous le trouverons au logis

A ceste heure, je le scay bien; 73^5

Luy racontrons nostre entrepris.

Un fait d armes sur toute rien

Luy plaise quje, par son moyen.

Qui soit parfait et acomply.

Nous donne congié, et je tien 7370

Que il en sera rejouy.

VERDILLE.

Allons, vous ne sariés mieux dire.

Quant à de moy, je suis tout prest, p 180 v». Et qui ne nous veille escondire,

Congié nous donne, par exprest. 7875

Voilà le logis où il est,

C'est La Hire, noble seigneur,

Qui est toujours le premier prest

Acquérir loenge et honneur.

Lors vont devant La Hire, et y a pause de trompâtes. — Puis dit

GAQUET.

Dieu vous dont bon jour, monseigneur. 7^80

Nous venons ci par devers vous, Comme vous servanf par sus tous A vous obayr de bon ceur.

LA HIRE

Tousjours y a de la foleur.

Et tous temps vous faictes les foulz ! i^sb

F* t8i r\ VERDILLE.

Dieu vous dont bon jour, monseigneur.

Nous venons ci par devers vous.

u mRE.

Maintenez vous tous en doulceur, Et soyez tousjours humble et doux ;

286 LE MISTERE DU SIEGE D^OBLEANS.

Que, se vous me donnez couroux, ^^o

Croyez, vous monstray ma rigueur.

GAQDET.

Dieu vous dont bon jour, monseigneur.

Nous venons ci par devers vous,

Comme vous servant par sus tous

A vous obbayr de bon ceur. 7395

u mRE.

Or çà, qui est vostre clameur?

Que venez vous ci alléguer?

p 181 v\ Ne me faictes point déshonneur,

Pensez de vous bien gouverner.

J'é bien ouy de vous parler, 7&00

Que vous estes mauhais garsons.

Et ne vous en povez garder ; Mais je vous en chastiray dont.

Je vous congnois bien de tout temps

Que n'avez esté gueres bons, 7^05

Et si m'en desplaist, et pourtant

Donques estes gascons.

Or sus, dictes moy voz raisons :

Qu i a y, que voulez vous dire?

Et ne le me faictes pas Ions, 7^10

Que j'é aultre chose à conduire.

GAQUET.

Monseigneur, qu'i ne vous déplaise;

Que ce que dire vous volons,

NuUuy n en doit avoir malaise ,

Et pour vostre honneur le ferons, 7**5

LA HIRE

Y fault bien avoir attrempence

Et aussi ne se tant hastez ^; 7/165

Je voy que n'avez congnoissance

Que c'est de perdre ou conquester.

L'eur de guerre est bien à doubtèr :

Celuy qui cuide estre le maistre,

On le voit souvent débouter, 7450

Et demeure s'onneur en l'aistre ^.

Puis dictes que volez combatre

Deux autres compaignons vous deux,

Dont ceulx qui s'i voudront embatre.

Vous n'en congnoissez nul d'entr eux. 7A55

Et s'i vous baillayez ' deux preux

En fait d'armes et vaillantises ,

Vous demeurez là tous honteux

Et n'en pourez faire à vos guises.

Se vous vous santez fors, puissant, ^u6q

Guidez vous faire à vos devises ?

N'est il nul que vous en tous sens, En fait d'armes et vaillantises ?

Lessez ces folles entreprises

Et vous gouvernez saigement; 7^^^

Se l'avez en voz testes mises, F' i83 r*. Oustez le de l'entendement.

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