LE SIRE DE VERDUNG
Je voy là Orléans proprement
Et l'oust des Anglois au plus près;
Entendre à nous fault saigement
Et nous gouverner par exprès. 6726
F« i65r*. VILLARS.
Quant à des Anglois, lessons les; Tirons vers la porte Bourgoingne, Et n'apressons point d'eulx trop près, Qui nous pourroient faire vergoigne.
Lors vont autour de la ville, et y a pause. — Puis dit
LE SIRE DE VILLARS
Messeigneurs, Dieu vous doiat h grâce i 6780
Acomplir tous voz bons désirs,
Et en tous lieux et toute place
A voz voulentez parvenir;
Aussi voz anemis pugnir,
A vostre voloir et plaisance, . . 673.5 ^
Ainsi comme j'é le de3ir '
Et que Dieu vous en dont puissance. ' /
Vous savez, par vostre prdonajanpe.
Devers le Roy avons esté, , -u !
Lequel, pour la âenae j)rudQncei, ( i \ 6760
Nous a très grandemeDit traiioté ; i r ; . ;
Et de sa bonn^ voule^té , ; - . 1 /
Vous a envoyé du secours,
Vivres et argent quantité.
Et prest vous ayder à tousjoyrs. . > < ^7^5
262 LE MISTBRE DU SIEOË D^ORLBANS.
BASTARD D'ORLBANS.
Seigneurs, bien soyez vous venuz, F' i65 v^ Joyeuix sommes de la venue ;
Nous vous avons fort attendus. ^
Recouvrez vostre survenue;
Que nous estions en une mue, 6760
Pas les portes n'osions saillir,
Ne n avons entrée ne yssue
Que sur nous ne viengnent courir.
LE SIRE EStOART.
Ne soyez de riens esbays,
Que nous sommes assez puissans 6755
Pour noz anemis assaillir.
Et contre tous noz mal vueillans,
Si sommes très fort desirans
De les- reticofttrer en bataille ,
Et aussi pour donner dedans 6760
A frapper d'estoq tt de taille.
GAUCOURT
Messeigneurs, Mms soaimes venuz
Pour vous vouloir doim^ secours;
A vous servir sommes tenue,
Et le voulons estre à tousjours. «7^^
Pour vous soulager des doulours
Que font ainsi vot alîemis,
Pour vous garder de leurs faulx tours,
Voulons à vous est!^ cMiiifiis. ^
F'ieer'. VE1U)UNG.
Saichez qu^ -noM^e intêMion 6770
LE MISTËRE DU &1E0E D'ORLBAIfS. 2AS
Sy est loyaulment vous servir,
Et mectre à p^rsecucion
Les anemis sans deffaillir;
Lesqueiz si sont vouluz venir
Encontre vostre bonne ville, 6775
Et vous ont volu a^spiliir
Pour y faire leur domicilie.
Mes ne vous doubtez nuflement
Que en bref imhis les chasserons
Par puissance, ^ si apurement 6780
Que jamès n'y retourneront.
BASTARD D'ORÏ-EANS.
Messeigneurs, nous vous mercyons.
Et soyez tous les biens venuz.
De très bon cueur nous vous, ferons 4 Que nous y sommes bien tenuz. 6785
N'espargnez ne grans ne menuz De vostre povoir et puissance.
Et de noujs tous bieoi ^toustenuz Vous serez à vostre plaisance.
Repousez vous tous à loisir 6790
Et tous voz gens refroichissez , Ainçois qu i puisse surveair Par noz anemis encombrier.
p 166 y\ Puis, demain, se bon vous voyez,
De saillir sur nés a^emis^ 6795
Pour ung peu les desavoyer^ Et qu'i puisseot estre rai^ris.
ÏSTDABT.
C'est la chose que plM désire :
Ang^ois grever de n» puissance,
Et employer or et ehevance 6800
De tout mon povoir les destruire*
VILLARS
Dont y viennent en ceste empire En euh n'y a nulle apparence.
GAUCOURT
C'est la chose que plus désire :
Ang^ois grever de ma puissance. 68o5
POTON
On les doit du tout desconfire De venir ou royaulme de France, Ouquel n ont nulle appartenance Ne nul droit, cbaseun le peut dire.
P 167 r*. VERDUNG.
C'est la chose que plus désire : 6810
Anglois grever de ma puissance,
Et employer or et ehevance
De tout mon povoir les destruire.
Lors icy y a pause longue. — Puis le roy de Prauce se mettraà genoux devers paradis; et dit
LE ROY
0 Dieu très digne et ^orieux,
Puissant, éternel roy des cieulx ! 681 5
Je vous pry, ayez souvenance
De moy desplaisant, soucieux,
Quant je regarde de mes yeulx
Mon royaume qui est en doubtance.
A 1 Dieu du ciel, Dieu de puissance, 6890
Plaise vous avoir remembrance De me secourir, il fust tant ; En moy n est plus nulle espérance Ne avoir de nui recouvrance,
De homme qui soit, tant soit il grant. 68a5
Jhesus ! se je vous ay meffait Et que envers vous ay forfait, p 167 V*. Vous requiers pardon humblement,
Et que je ne soye deffait.
Ne le royaulme ainsi contrefait 683o
Par anemis villainement.
Y vous a pieu certainement Me bailler le gouvernement Du royaulme, par permission;
Se j'é fait faulte aucunement, 6835
Je m'en reprens très grandement.
Vous requérant remission.
0 créateur de tout le monde.
En qui tout pouvoir si habonde ,
Et dont vient consolacion, 6860
Là où vostre vertu rédonde,
Y n'est riens sur la terre ronde Où n'ayez dominacion.
Or voy ge la destruction
Du royaulme et la perdicion, 6845
Se vous ne mectez à garant.
Helas! ayez compassion Par la vostre rédemption.
Plus.n'ay d'espoir que à Orieans; Or n'y scay plus que confort querre 685o
Je voy, par fortune de guerre , F- 168 r*. Et suffisant de la tenir.
Je vueil delesser le pays
Et me consent estre desmis,
Vray Dieu, se c'est vostre plaisir. 6855
NOSTRE DAME
0 chier filz 1 très dévotement Et très affectueusement, Je vous requiers tant que je puis Que ne souffrez aucunement
Au monde tel encombrement 686.
Gomme je voy qu'il est empris :
C'est que le roy des fleurs de liz, , Que en dignité avez mis Conduire le royaulme de France, Qu'i soit par estranges soubmis, 6865
Et que celuy roy soit desmis, Chier filz, ce seroit vioUence.
Ces Ang^ois, venuz d'Engleterre, N'ont nul droit en icelle terre
De France, n'a eulx n'appartient. 6870
Or voy par fortune de guerre Le veuUent avoir et acquerre , Et mectre le Boy au néant.
Qui est vray roy des crestiens
Et sur tous les roys parmanant^ 6875
Esleu par la vôstre clémence.
F« 168 >". Si les anemis ont Orléans,
Y conquestront le remanant A leur voulenté et plaisance.
0 mon filz ! doulcement vous prie 688(
Que ce fait vous ne souffrez mie.
De nostre bon roy crestien.
Que perde ainsi la seigneurie De France et noble monarchie
i}u\ est si noble terrien. 6885
C'est ie royaume qui tout sou8tien[t]
Crestienneté et la niaintien[t],
Par la vostre divine essence.
Ne autre n'y doit avoir rien :
Au roy Charles luy appartien[t], 6890
Qu'il est droit héritier de France.
SAINT EUVERTRE.
Père tout puissant I humblement Vous voulons prier et requerre Que y vous plaise aucunement
Garder vostre bon roy de guerre, 6895
Lequel vous a voulu recpierre, Humblement, en miséricorde, Contre par qui il est en serre.
Sans avoir pitié ne concorde.
Chier Sire, vous savez aussi 6900
Quant vint à mon eslection, p 169 r\ Que evesque je fus par ainsi :
Fistes ma procréation Par vostre salutation,
Moy indigne de vostre grâce; 6905
De ma constitution Fut à Orléans là mon espace.
Dont pour lesquelz je vous supplie Qu'i vous plaise les préserver;
De celle grève villennye ^9^0
De guerre qu'i soient conservez.
Leur patron fuz, vous le savez, Et par la vostre providence , Sire, vueillez obtempérer
A les garder de ceste offence. 6915
SAINT AIGNAN
Chier père, ayez en ramenbrance Pitié des habitans d'Orléans I Y vous pleut par vostre ordonnance Que evesque fuz, moy inocent.
Je vous pry, soyez souvenant 6930
De la glorieuse prémisse, Quant vous fîstes parler Tenffant Pour m*octroyer ce bénéfice ^ Pour iceulx je vous vueil prier,
En leur grande nécessité, 6905
Que vous leur vueillez octroyer La paix et la transquilité; Fri69 v'. Qui sont en grant adversité
A tort, sans cause et sans raison,
Par genz rempliz d'iniquité, 6980
A qui n^appartient la maison.
DIEU
Mère, j'é très bien entendu
Que m'avez fait une requeste
Pour mon peuple, qui est perdu
Par leur vie faulse et deshonneste. 6935
Je congnois que chascun s'apreste
A moy du tout desobeyr;
NuUuy ne fait riens qu'à sa teste ,
Sans me voloir de riens servir.
Prestres, bourgeois et laboureux, 69^^
Gens de pratique et autrement.
De présent sont tous decepveurs
^ Allusion à la manière dont saint Aignan fut élu évèque d'Orléans. Voyez la vie de ce saint.
D eulx gouverner injustement.
Tout se maintient meschantement, Sans nulluy de moy tenir compte; 69/15
Dont les delesse povrement Gheoir en deshonneur et honte.
Puis les plus grant d'auctorité, Les haulz princes, ducs et barons, Rempliz d'orgueil et vanité, 6960
Maugreeurs, jureurs et félons, Que de moi nulle mémoire n'ont F* 170 i'. Ne ne vous ont en révérence,
Mais tout à opposite sont,
Vivent du tout à leur plaisance; 6955
Je ne puis ce fait consentir Vostre requeste, chère mère.
Que l'air si est empuanty Pour leur vie orde et deputaire\ Ne n'ont en aucune manière 6960
De vous ne de moy ramembrance.
S'ilz endurent de la misère, Vous savez, c'est droite sentence.
NOSTRE DAME
Ahl mon filz, ayez congnoissance
De la bonne et humble prière 6965
Du roy Charles, qui en présence
Vous a requis de son affaire.
Y recongnoist son vitupère.
En vous en requérant pardon,
Dont il se humUe à mémoire; ^970
Ghier filz, ne le lessez pas don^.
' Depuie akre, ignoble, le contraire de débonnaire (de binme aire). ' Donc.
SAINT EUVERTRE.
Père puissant 1 nous vous prions Vous plaise le Roy secourir, Et ceux d'Orléans, tout tant qu'i sont, p 170 Y**. En paix et union tenir. 6975
Je les ay aymez et cheriz, Et pour ce que leur patron suis, Par vostre saint nom, sans faillir, Leur evesque je fus jadis.
SAINT AIGNAN
Chier Sire! vous ne lerez pas 6980
Le royaulme ainsi estre soubmis.
Par gens estranges mis au bas.
Le bon roy crestien desmis;
Pareillement noz bons amis
D'Orieans, dont evesque je fus, 6985
Qui en leur devoir se sont mis
Et bien loyaulment deffendus.
DIEU
Mère et vous, mez bons amis, Vueil entendre à vostre requeste, Combien les avoye permis 6990
A malédiction céleste.
Pour leur vie faulse et deshonneste, Et François principalement; Et vueil que on les admonneste Que pugniz seront grandement. ^ 699^
Le royaulme je recouvreray F" t7« r^ Au roy Charles par sa prière.
LE MISTfiRE DU SIEGE D'ORLEANS. 271
Et en honneur l'exauceray,
Que tout temps en sera mémoire,
Sans que François ayent la gloire 7000
De avoir par eulx recouvert,
Ne leur en donray la victoire;
On les verra à descouvert.
Michel ange, entend à moy :
Je veuil par toy faire messaige, 7^05
Pour subvenir au desarroy De France, le noble heritaige, En Barois y ras en voyaige, Et feras ce que je te dy.
Au plus près d'un petit village • 70»^»
Lequel est nommé Dompremy, Qui est situé en la terre Et seigneurie de Vaucoleur,
Là trouverras, sans plus enquerre, \
Une pucelle par honneur. 70» 5
En elle est toute doulceur, Bonne, juste et innocente, Qui m'ayme du parfont du cueur, Honneste, sage et bien prudente.
Tu luy diras que je luy mande 7020
Qu'en elle sera ma vertu , Et que par elle on entende L'orgueil des François abatu; *'" 171 >'. Et que je me suis consentu
Recouvrer le royaulme de France, 7<>a5
Et par elle sera debatu
Contre les Anglois par oultrance.
Premièrement, tu luy diras
Que par elle vueil qui soit fait.
Et de par moy luy commanderas lo'io
Qu'i soit acomply et parfait.
Sy est qu elle voise de fait
Pour lever le siège d'Orléans,
Chasser les Anglois à destroit,
sy ne s'en vont incontinant. 7035
Puis après, elle le menra,
Le roy Charles, sacrer à Rains.
De par moy elle acomplira
Et en parviendra à ces fins ;
Que de ce ne se doubte point : 70^0
Ma vertu sera avec elle,
Pour acomplir de point en point
Par icelle jeune piicelle.
Dy luy aussi pareillement
Qu elle se veste en abit d'omme ; 7045
Je luy donray le hardiment.
Pour mieulx que le cas se consomme.
Puis elle s'en yra en somme
Devers Robert de Baudricourt,
Pour l'amener en ceste forme 7050
Devers le Roy et en sa court.
P 17a ^^ MICHEL ANGE.
Mon chier seigneur, en grant coraige
Acompliray vostre ordonnance
Vers la pucelle bonne et saige;
Le cas luy diray en présence, 7055
Je y vois, sans nulle différence,
Faire vostre commandement.
DIEU
Que elle aye bonne fiance.
Sans soy ésbayr nullement.
LE MISTERE DU SIEGE DORLEANS. 273
Pose d^orgues. — Et vient devers la Pucelle gardant les brebii de son père et queusant ^ en linge.
MICHEL
Jeune pucelle bien eureusé, 70^0
Le Dieu du ciel vers vous m envoyé ,
Et ne soyez de rien peureuse,
Prenez en vous parfaicte joye.
Dieu vous mande, c'est chose vraye, F* 17a V*. Que y vieult estre avec [que] vous, 70^5
Où vous soyez en quelque voye; f Si n'ayez point doncques de poux*.
Sa voulenté et son plaisir
Est que vous aillez à Orléans,
Pour en faire Ang^ois saillir 7070
Et lever le siège devant.
Se de vous sont contredisant,
En armes vous les convaincrez.
Ne contre vous ne seront puissans;
Mes de-tout point les subjugrez. 7075
Puis après, y vous conviendra
A Bains mener sacrer le Roy,
Que ainsi Dieu vous conduisa.
Et Charles oster hors d'esmoy.
Combien qu'il ait beaucoup desroy* 7080
£t pour le présent fort à faire.
Dieu le fera paisible en soy.
Que il a ouy sa prière.
Et au seigneur de Baudricourt ,
Vous luy direz que y vous mayne 7085
Incontinent, le chemin court,
' Cousant.
• Pwtx, peur.
' Le même que désarroi»
Que il est vostre cappitaine,
Ainsi que c est chose certaine.
Devers le Roy vous mènera,
En abit domme, toute seine, 7090
Que Dieu toujours vous conduira.
P 173 i'. LA PDCELLE.
Mon bon seigneur, que dictes vous ?
Vous me faictes trop esbaye :
Cecy ne vient point à propoux,
En ce je ne scay que je die. lo^^,
Moy, povre pucelle, ravye
Des nouvelles que vous me dictes,
Sachez, je ne les entend mie,
Que y me sont trop auctentiques.
Je ne vous pourroye respondre 7*00
Ainsi, moy, povre bergerete.
Vous qui cy me venez semondre.
Gomme une simple pucdete.
Gardant es champs dessus Terbete
Les povres bestes de mon père, i^ob
Une jeune simple fillete ,
Vous dis sont à mon bien contraire.