‹ Le mistère du Siège d'Orléans (volume 2)Chapitre 76 sur 143 · LE SIRE DE VERDUNG · texte numérisé non relu

LE SIRE DE VERDUNG

Je voy là Orléans proprement

Et l'oust des Anglois au plus près;

Entendre à nous fault saigement

Et nous gouverner par exprès. 6726

F« i65r*. VILLARS.

Quant à des Anglois, lessons les; Tirons vers la porte Bourgoingne, Et n'apressons point d'eulx trop près, Qui nous pourroient faire vergoigne.

Lors vont autour de la ville, et y a pause. — Puis dit

LE SIRE DE VILLARS

Messeigneurs, Dieu vous doiat h grâce i 6780

Acomplir tous voz bons désirs,

Et en tous lieux et toute place

A voz voulentez parvenir;

Aussi voz anemis pugnir,

A vostre voloir et plaisance, . . 673.5 ^

Ainsi comme j'é le de3ir '

Et que Dieu vous en dont puissance. ' /

Vous savez, par vostre prdonajanpe.

Devers le Roy avons esté, , -u !

Lequel, pour la âenae j)rudQncei, ( i \ 6760

Nous a très grandemeDit traiioté ; i r ; . ;

Et de sa bonn^ voule^té , ; - . 1 /

Vous a envoyé du secours,

Vivres et argent quantité.

Et prest vous ayder à tousjoyrs. . > < ^7^5

262 LE MISTBRE DU SIEOË D^ORLBANS.

BASTARD D'ORLBANS.

Seigneurs, bien soyez vous venuz, F' i65 v^ Joyeuix sommes de la venue ;

Nous vous avons fort attendus. ^

Recouvrez vostre survenue;

Que nous estions en une mue, 6760

Pas les portes n'osions saillir,

Ne n avons entrée ne yssue

Que sur nous ne viengnent courir.

LE SIRE EStOART.

Ne soyez de riens esbays,

Que nous sommes assez puissans 6755

Pour noz anemis assaillir.

Et contre tous noz mal vueillans,

Si sommes très fort desirans

De les- reticofttrer en bataille ,

Et aussi pour donner dedans 6760

A frapper d'estoq tt de taille.

GAUCOURT

Messeigneurs, Mms soaimes venuz

Pour vous vouloir doim^ secours;

A vous servir sommes tenue,

Et le voulons estre à tousjours. «7^^

Pour vous soulager des doulours

Que font ainsi vot alîemis,

Pour vous garder de leurs faulx tours,

Voulons à vous est!^ cMiiifiis. ^

F'ieer'. VE1U)UNG.

Saichez qu^ -noM^e intêMion 6770

LE MISTËRE DU &1E0E D'ORLBAIfS. 2AS

Sy est loyaulment vous servir,

Et mectre à p^rsecucion

Les anemis sans deffaillir;

Lesqueiz si sont vouluz venir

Encontre vostre bonne ville, 6775

Et vous ont volu a^spiliir

Pour y faire leur domicilie.

Mes ne vous doubtez nuflement

Que en bref imhis les chasserons

Par puissance, ^ si apurement 6780

Que jamès n'y retourneront.

BASTARD D'ORÏ-EANS.

Messeigneurs, nous vous mercyons.

Et soyez tous les biens venuz.

De très bon cueur nous vous, ferons 4 Que nous y sommes bien tenuz. 6785

N'espargnez ne grans ne menuz De vostre povoir et puissance.

Et de noujs tous bieoi ^toustenuz Vous serez à vostre plaisance.

Repousez vous tous à loisir 6790

Et tous voz gens refroichissez , Ainçois qu i puisse surveair Par noz anemis encombrier.

p 166 y\ Puis, demain, se bon vous voyez,

De saillir sur nés a^emis^ 6795

Pour ung peu les desavoyer^ Et qu'i puisseot estre rai^ris.

ÏSTDABT.

C'est la chose que plM désire :

Ang^ois grever de n» puissance,

Et employer or et ehevance 6800

De tout mon povoir les destruire*

VILLARS

Dont y viennent en ceste empire En euh n'y a nulle apparence.

GAUCOURT

C'est la chose que plus désire :

Ang^ois grever de ma puissance. 68o5

POTON

On les doit du tout desconfire De venir ou royaulme de France, Ouquel n ont nulle appartenance Ne nul droit, cbaseun le peut dire.

P 167 r*. VERDUNG.

C'est la chose que plus désire : 6810

Anglois grever de ma puissance,

Et employer or et ehevance

De tout mon povoir les destruire.

Lors icy y a pause longue. — Puis le roy de Prauce se mettraà genoux devers paradis; et dit

LE ROY

0 Dieu très digne et ^orieux,

Puissant, éternel roy des cieulx ! 681 5

Je vous pry, ayez souvenance

De moy desplaisant, soucieux,

Quant je regarde de mes yeulx

Mon royaume qui est en doubtance.

A 1 Dieu du ciel, Dieu de puissance, 6890

Plaise vous avoir remembrance De me secourir, il fust tant ; En moy n est plus nulle espérance Ne avoir de nui recouvrance,

De homme qui soit, tant soit il grant. 68a5

Jhesus ! se je vous ay meffait Et que envers vous ay forfait, p 167 V*. Vous requiers pardon humblement,

Et que je ne soye deffait.

Ne le royaulme ainsi contrefait 683o

Par anemis villainement.

Y vous a pieu certainement Me bailler le gouvernement Du royaulme, par permission;

Se j'é fait faulte aucunement, 6835

Je m'en reprens très grandement.

Vous requérant remission.

0 créateur de tout le monde.

En qui tout pouvoir si habonde ,

Et dont vient consolacion, 6860

Là où vostre vertu rédonde,

Y n'est riens sur la terre ronde Où n'ayez dominacion.

Or voy ge la destruction

Du royaulme et la perdicion, 6845

Se vous ne mectez à garant.

Helas! ayez compassion Par la vostre rédemption.

Plus.n'ay d'espoir que à Orieans; Or n'y scay plus que confort querre 685o

Je voy, par fortune de guerre , F- 168 r*. Et suffisant de la tenir.

Je vueil delesser le pays

Et me consent estre desmis,

Vray Dieu, se c'est vostre plaisir. 6855

NOSTRE DAME

0 chier filz 1 très dévotement Et très affectueusement, Je vous requiers tant que je puis Que ne souffrez aucunement

Au monde tel encombrement 686.

Gomme je voy qu'il est empris :

C'est que le roy des fleurs de liz, , Que en dignité avez mis Conduire le royaulme de France, Qu'i soit par estranges soubmis, 6865

Et que celuy roy soit desmis, Chier filz, ce seroit vioUence.

Ces Ang^ois, venuz d'Engleterre, N'ont nul droit en icelle terre

De France, n'a eulx n'appartient. 6870

Or voy par fortune de guerre Le veuUent avoir et acquerre , Et mectre le Boy au néant.

Qui est vray roy des crestiens

Et sur tous les roys parmanant^ 6875

Esleu par la vôstre clémence.

F« 168 >". Si les anemis ont Orléans,

Y conquestront le remanant A leur voulenté et plaisance.

0 mon filz ! doulcement vous prie 688(

Que ce fait vous ne souffrez mie.

De nostre bon roy crestien.

Que perde ainsi la seigneurie De France et noble monarchie

i}u\ est si noble terrien. 6885

C'est ie royaume qui tout sou8tien[t]

Crestienneté et la niaintien[t],

Par la vostre divine essence.

Ne autre n'y doit avoir rien :

Au roy Charles luy appartien[t], 6890

Qu'il est droit héritier de France.

SAINT EUVERTRE.

Père tout puissant I humblement Vous voulons prier et requerre Que y vous plaise aucunement

Garder vostre bon roy de guerre, 6895

Lequel vous a voulu recpierre, Humblement, en miséricorde, Contre par qui il est en serre.

Sans avoir pitié ne concorde.

Chier Sire, vous savez aussi 6900

Quant vint à mon eslection, p 169 r\ Que evesque je fus par ainsi :

Fistes ma procréation Par vostre salutation,

Moy indigne de vostre grâce; 6905

De ma constitution Fut à Orléans là mon espace.

Dont pour lesquelz je vous supplie Qu'i vous plaise les préserver;

De celle grève villennye ^9^0

De guerre qu'i soient conservez.

Leur patron fuz, vous le savez, Et par la vostre providence , Sire, vueillez obtempérer

A les garder de ceste offence. 6915

SAINT AIGNAN

Chier père, ayez en ramenbrance Pitié des habitans d'Orléans I Y vous pleut par vostre ordonnance Que evesque fuz, moy inocent.

Je vous pry, soyez souvenant 6930

De la glorieuse prémisse, Quant vous fîstes parler Tenffant Pour m*octroyer ce bénéfice ^ Pour iceulx je vous vueil prier,

En leur grande nécessité, 6905

Que vous leur vueillez octroyer La paix et la transquilité; Fri69 v'. Qui sont en grant adversité

A tort, sans cause et sans raison,

Par genz rempliz d'iniquité, 6980

A qui n^appartient la maison.

DIEU

Mère, j'é très bien entendu

Que m'avez fait une requeste

Pour mon peuple, qui est perdu

Par leur vie faulse et deshonneste. 6935

Je congnois que chascun s'apreste

A moy du tout desobeyr;

NuUuy ne fait riens qu'à sa teste ,

Sans me voloir de riens servir.

Prestres, bourgeois et laboureux, 69^^

Gens de pratique et autrement.

De présent sont tous decepveurs

^ Allusion à la manière dont saint Aignan fut élu évèque d'Orléans. Voyez la vie de ce saint.

D eulx gouverner injustement.

Tout se maintient meschantement, Sans nulluy de moy tenir compte; 69/15

Dont les delesse povrement Gheoir en deshonneur et honte.

Puis les plus grant d'auctorité, Les haulz princes, ducs et barons, Rempliz d'orgueil et vanité, 6960

Maugreeurs, jureurs et félons, Que de moi nulle mémoire n'ont F* 170 i'. Ne ne vous ont en révérence,

Mais tout à opposite sont,

Vivent du tout à leur plaisance; 6955

Je ne puis ce fait consentir Vostre requeste, chère mère.

Que l'air si est empuanty Pour leur vie orde et deputaire\ Ne n'ont en aucune manière 6960

De vous ne de moy ramembrance.

S'ilz endurent de la misère, Vous savez, c'est droite sentence.

NOSTRE DAME

Ahl mon filz, ayez congnoissance

De la bonne et humble prière 6965

Du roy Charles, qui en présence

Vous a requis de son affaire.

Y recongnoist son vitupère.

En vous en requérant pardon,

Dont il se humUe à mémoire; ^970

Ghier filz, ne le lessez pas don^.

' Depuie akre, ignoble, le contraire de débonnaire (de binme aire). ' Donc.

SAINT EUVERTRE.

Père puissant 1 nous vous prions Vous plaise le Roy secourir, Et ceux d'Orléans, tout tant qu'i sont, p 170 Y**. En paix et union tenir. 6975

Je les ay aymez et cheriz, Et pour ce que leur patron suis, Par vostre saint nom, sans faillir, Leur evesque je fus jadis.

SAINT AIGNAN

Chier Sire! vous ne lerez pas 6980

Le royaulme ainsi estre soubmis.

Par gens estranges mis au bas.

Le bon roy crestien desmis;

Pareillement noz bons amis

D'Orieans, dont evesque je fus, 6985

Qui en leur devoir se sont mis

Et bien loyaulment deffendus.

DIEU

Mère et vous, mez bons amis, Vueil entendre à vostre requeste, Combien les avoye permis 6990

A malédiction céleste.

Pour leur vie faulse et deshonneste, Et François principalement; Et vueil que on les admonneste Que pugniz seront grandement. ^ 699^

Le royaulme je recouvreray F" t7« r^ Au roy Charles par sa prière.

LE MISTfiRE DU SIEGE D'ORLEANS. 271

Et en honneur l'exauceray,

Que tout temps en sera mémoire,

Sans que François ayent la gloire 7000

De avoir par eulx recouvert,

Ne leur en donray la victoire;

On les verra à descouvert.

Michel ange, entend à moy :

Je veuil par toy faire messaige, 7^05

Pour subvenir au desarroy De France, le noble heritaige, En Barois y ras en voyaige, Et feras ce que je te dy.

Au plus près d'un petit village • 70»^»

Lequel est nommé Dompremy, Qui est situé en la terre Et seigneurie de Vaucoleur,

Là trouverras, sans plus enquerre, \

Une pucelle par honneur. 70» 5

En elle est toute doulceur, Bonne, juste et innocente, Qui m'ayme du parfont du cueur, Honneste, sage et bien prudente.

Tu luy diras que je luy mande 7020

Qu'en elle sera ma vertu , Et que par elle on entende L'orgueil des François abatu; *'" 171 >'. Et que je me suis consentu

Recouvrer le royaulme de France, 7<>a5

Et par elle sera debatu

Contre les Anglois par oultrance.

Premièrement, tu luy diras

Que par elle vueil qui soit fait.

Et de par moy luy commanderas lo'io

Qu'i soit acomply et parfait.

Sy est qu elle voise de fait

Pour lever le siège d'Orléans,

Chasser les Anglois à destroit,

sy ne s'en vont incontinant. 7035

Puis après, elle le menra,

Le roy Charles, sacrer à Rains.

De par moy elle acomplira

Et en parviendra à ces fins ;

Que de ce ne se doubte point : 70^0

Ma vertu sera avec elle,

Pour acomplir de point en point

Par icelle jeune piicelle.

Dy luy aussi pareillement

Qu elle se veste en abit d'omme ; 7045

Je luy donray le hardiment.

Pour mieulx que le cas se consomme.

Puis elle s'en yra en somme

Devers Robert de Baudricourt,

Pour l'amener en ceste forme 7050

Devers le Roy et en sa court.

P 17a ^^ MICHEL ANGE.

Mon chier seigneur, en grant coraige

Acompliray vostre ordonnance

Vers la pucelle bonne et saige;

Le cas luy diray en présence, 7055

Je y vois, sans nulle différence,

Faire vostre commandement.

DIEU

Que elle aye bonne fiance.

Sans soy ésbayr nullement.

LE MISTERE DU SIEGE DORLEANS. 273

Pose d^orgues. — Et vient devers la Pucelle gardant les brebii de son père et queusant ^ en linge.

MICHEL

Jeune pucelle bien eureusé, 70^0

Le Dieu du ciel vers vous m envoyé ,

Et ne soyez de rien peureuse,

Prenez en vous parfaicte joye.

Dieu vous mande, c'est chose vraye, F* 17a V*. Que y vieult estre avec [que] vous, 70^5

Où vous soyez en quelque voye; f Si n'ayez point doncques de poux*.

Sa voulenté et son plaisir

Est que vous aillez à Orléans,

Pour en faire Ang^ois saillir 7070

Et lever le siège devant.

Se de vous sont contredisant,

En armes vous les convaincrez.

Ne contre vous ne seront puissans;

Mes de-tout point les subjugrez. 7075

Puis après, y vous conviendra

A Bains mener sacrer le Roy,

Que ainsi Dieu vous conduisa.

Et Charles oster hors d'esmoy.

Combien qu'il ait beaucoup desroy* 7080

£t pour le présent fort à faire.

Dieu le fera paisible en soy.

Que il a ouy sa prière.

Et au seigneur de Baudricourt ,

Vous luy direz que y vous mayne 7085

Incontinent, le chemin court,

' Cousant.

• Pwtx, peur.

' Le même que désarroi»

Que il est vostre cappitaine,

Ainsi que c est chose certaine.

Devers le Roy vous mènera,

En abit domme, toute seine, 7090

Que Dieu toujours vous conduira.

P 173 i'. LA PDCELLE.

Mon bon seigneur, que dictes vous ?

Vous me faictes trop esbaye :

Cecy ne vient point à propoux,

En ce je ne scay que je die. lo^^,

Moy, povre pucelle, ravye

Des nouvelles que vous me dictes,

Sachez, je ne les entend mie,

Que y me sont trop auctentiques.

Je ne vous pourroye respondre 7*00

Ainsi, moy, povre bergerete.

Vous qui cy me venez semondre.

Gomme une simple pucdete.

Gardant es champs dessus Terbete

Les povres bestes de mon père, i^ob

Une jeune simple fillete ,

Vous dis sont à mon bien contraire.

Page 1