PREMIER BOURGEOIS
De ce n'en faictes nul esloigne, p aAo t\ Poton; y vous appartient, sire.
POTON
Très hauit puissant prince de nom, 9660
Dieu vous doint acomplissement De vostre voloir et selon Vostre désir entièrement.
Vers vous, sire, présentement
Nous sommes à vous cy venuz 9hkb
Pour aucuns cas certainement Qui sont à Orléans survenuz.
Voicy les bourgeois de la ville Envoyez par les habitans,
Pour ung fait desloyal et vile g^^o
Des Anglois qui sont là devant.
Six mois a qu'i sont là estant Pour voloir la cité destruire , Oii il n'ont ^roit ne tant ne quant, Chascun le peut savoir et dire. 9^^^
A tort, sans cause et sans raison.
Sont venuz desordonnement, Volant destruire la maison Du duc d'Orléans entièrement.
Monseigneur, vous savez comment 9^60
11 ont son corps en Engleterre ; p a4o v^ Puis veuUent destruire ses biens,
Degaster et avoir sa terre.
S'i vous plaist y remédier
Et nous donner provision 9^^^
Des Englois et du destourbier
Recongnoistront que j'é congnue, Que je leur vueil faire des biens. 9495
Et pour honneur de mon parent Lequel tiennent en Engleterre, Je leur feray lesser Orléans; Les en vueil prier et requerre,
Et que nullement en la terre 9500
D'Orléans n y aillent ne ne viengnent, S'i veuUent mon amour acquerre Et qu'en mon plaisir se maintiennent.
J'ay mon herault que j'envoyeray Avecques vous pour leur noncer, 9606
Et es Ang^ois commanderay Qu'i vueillent leur guerre cesser, F* aûi \\ Et tout le pays delesser
Contenant la duché d'Orléans,
Et de dix lieux [n']en appresser 9510
De toute la terre en tous sens.
POTON
Monseigneur, nous vous mercyons
De l'onneur et du grant plaisir
Que il vous plaist de nous offrir,
Sans que desservy nous l'ayons. 95»5
DUC D£ BOURGOIGNE
Je feray que y s'en yront.
Ou je leur feray desplaisir.
r BOURGEOIS.
Monseigneur, nous vous mercyons De l'onneur et du grant plaisir.
LE DUC DE BOURGOIGNE
Et se les Anglois ne le font, gSao
Je feray tous mes gens venir, Sans ung seul homme retenir.
De mes pays ez environs.
P :î/i9 r'. POTON.
Monseigneur, nous vous mercyons De lonneur et du grant plaisir 9695
Que il vous plaist de nous offrir, •Sans que desservy nous layons.
LE DUC DE BOURGOIGNE
Trompeté, entens mes raisons:
Avecques ses gens tu yras;
Jusques à Orléans te menront, 9530
Auprès des Englois tu seras.
A Tallebot feras messaige :
C'est que , de par toy, je luy mande Luy, princes et tout^leur barnaige Ne facent OHeans nulle escande, 9535
Mes vueillent partir de la lande Sans plus leur mener de malerre.
Et que je leur prie et commande Qui vueillent cesser ceste guerre.
Et se de ce sont reffusant, 95&0
Tu publiras à haulte vois Que, sans delay, incontinant, yide[nt] hors de loust des Englois Tous mes subgectz et mes convois ¥* 96a ^\ Qui sont de mon obéissance, 9^45
Sans plus guerroyer les François Ne faire aucune violence.
LE HERAULT
Monseigneur, à vostre plaisance
Je Tacompliray de bon cueur,
Et es Anglois feray deffence 9^^^
De ne mener plus de rigueur
En la terre de monseigneur
Le duc d'Orléans, vostre parent.
LE DUC DE BOURGOIGNE
Or va, et te pry deffens leur
Et que je n'en suis pas content. 9555
Lors y a pause. — Et partent pour eulx retourner avec le herault. Puis dit
POTON
Messeigneurs, je voy là Orléans Et Toust des Englois au plus près; Si vous volez venir dedans, Et puis en l'oust yrez après.
Premier je m'en voys par exprès 956«
Acomplir tout vostre messaige , Et, sans en plus faire d'arrest, Je m'y en voys de bon coraige.
Lors arriveront les François à Orléans, el y a une petite pose. — Puis dit
POTON
Messeigneurs, par vostre congié
Et par vostre bonne entreprise, 9^65
Gomme nous avez envoyé
Pour une besoigne exquise,
Ainsi que par vostre devise,
C'est devers le duc de Bourgoigne
Que nostre ambassade promise 9670
Pour le cas de nostre besoigne.
Lequel a esté fort joyeux ,
Et nous a très bien recueilliz,
Nous voulant faire tout le mieulx
De nostre voloir acomplir; 9^75
Que, s'i peut, fera deppartir
Le siège de devant Orléans,
Et s'i ne veuUent consentir.
Si fera il en aller les siens.
P a43 V*. PREMIER BOURGEOIS.
11 est venu ung messagier f^oSo
De par luy en l'oust des Englois
Pour les faire de là bouger
Et les séparer des François \
De Flandres, de Bourgoigne, Artois.
Tous ceulx qui sont de ce pays 95S5
Deslogier fera, comme je crois,
Sans plus estre noz anemis.