II- BOURGEOIS
De cela le nous a promis,
Et y est venu sa trompette
Commander à grans et petiz 9^90
Que ceste chose sy soit faicte.
' Françm est la leçon primitive, que nous maintenons. Ce mot a éié rayé postérieurement et remplacé par Anghis.
FACETOT.
Nous avons batu les buissons,
Il en veut avoir les prunelles;
Je n'en donne pas deux botons 9660
Pour ses gens ne pour ses querelles.
Ces façons sont tousjours ytelles ;
Je le voy bien venir et dire :
Par iceulx façons et cautelles
Veult avoir le miel et la cire. 9655
MESSIRE JEHAN DE LA POLLE
Je ne l'en vouldroie supplier;
En face du pis qui pourra.
Ces gens nous font plus destourbier;
Ne me chault qui les enmenra.
Je vouldroie, et qui m'en croira 9660
Homme ne suivra ceste guerre
(Et mieulx nostre fait se portera).
Qui ne soit natif d'Engleterre.
Messeigneurs, puisqu'il ne vous plaist»
Je veul en vostre oust publier, 966^-
De par monseigneur, mon arrest
Et à tous le signifier.
TALLEBOT.
Publie fort et le fais cryer;
Je n'en donne pas une maille.
S'en voise qui vouldra aller, 9^70
Tu n'enmenras chose qui vaille.
Messagier sonne une trompeté et dit :
De par monseigneur de Bourgoigne,
Je fais cy à tous assavoir
Que chascun s'en voise et s'éloigne,
Et le siège desamparer; 9675
Plus aussi de n'y comparer
Tous ceulx de ses pays et terre,
Ne plus nullement eulx trouver
Désormais pour y mener guerre.
Lors le messagier retourne au duc de Bourgoigne, et y a pause. — Et dit P 3â6 r'. ' MESSAGIER.
Monseigneur, j'ay tout acomply 9680
Et fait vostre commandement,
Et es Anglois, je vous affy.
Leur ay dit vostre mandement :
Qu'i voulsissent totallement
Lever leur siège et en aller, 9685
Dont très mal gracieusement
M'ont respondu, comme savez.
M'ont dit qu'i n'en partiront point,
Et que Orieans ainçois auront.
Et que de vous ne leur chault point, g^go
Et pour vous riens y n'en feront,
Et que assez puissant y sont
Sans voz gens, et qu'i n'en ont cure,
Et qu'il auront à toutes fins
Orléans, où il ont mis leur cure. o^gs
DUC DE BOURGOIGNE
Gomment I ont il dont respondu
Contre moy inreveramment?
En ma vie je ne l'eusse creu.
Desobeyr mon mandement I
Mieulx leur vaulsist certainement 9700
Avoir ung cent mille perdu; Desplaisant en suis grandement, F* Qii6 V». Et leur rendray en place et lieu.
Pose. — Lors la Pucelle et ses gens arriveront à Ghinon; et dit
JEHAN DE MES
Dame Jehanne, la mercy Dieu,
Nous sommes à point arrivez 9705
A Ghinon, et ou propre lieu
Où le bon Roy devons trouver.
LA PUCELLE
Jehan de Mes, comme vous savez, Au Roy yrez premièrement
'Dire que nous volons parler 9710
A luy, s'il luy plaist bonnement.
JEHAN DE MES
Dame, très debonnairement
Au Roy je vois faire assavoir
De vostre venue, et commant
Y luy plaise vous recevoir. 971 5
Lors va devant le Roy, et dit
* JEHAN DE MES
Celuy qui a sur tous povoir Vous doint du tout sans contredire p 3^7 r*. Acomplir bon vostre voloir.
Ainsi que vostre cueùr désire.
Des nouvelles je vous viens dire, 97*0
Que une pucelle amenons,
Juste et bonne, très chier sire.
Et de certain nous lé créons,
Que en elle trouvé avons
Toute paroUe véritable , 97 «^
Dont en elle nous espérons
Qu'elle soit très digne et notable;
Laquelle veult parler à vous,
Sire, se c'est vostre plaisir,
Que dire vous veult son propoux 9780
Et aussi qui l'a fait venir.
Si vous plaise donques d'ele ouyr,
Devers vous viendra en présence.
Amy, tu me fais esbayr
Qu'i soit en elle tant science. 9735
Vous luy direz que bien me plaist Et voulentiers parleray à elle; Mes quelle attende, s'i luy plaist, Jusques à demain ma nouvelle.
Pour aujourd'uy, la chose est telle 97^0
Que je suis ung peu empesché; Mes vous direz à la Pucelle ^ aû7 v'. Son fait sera demain despeché.
JEHAN DE MES
Sire , voulentiers luy diray
Que demain à elle parlerez, 97'»^
Et vostre rapport lui feray.
Ainsi que dit vous me l'avez.
LE ROY
Qu'elle se vueille reposer
Pour aujourd'uy, et je lemprie;
De mes biens luy vueil envoyer, 9730
Et que ne les espargne mie.
Jehan de Mes vient à la Pucelle, et dit
JEHAN DE MES
Dame Jehanne, je viens vers vous,
Et au Roy j'ay fait le messaige.
Dit que prenez vostre repoux
Aujourd'uy, comme bonne et saige, 97»^
Que, pour ce jour, en son bernage
Il a ung bien peu à besoigner;
Si supportez vostre voyage
Jusque à demain, sans esloigner.
P aû8 r*. LA PUCELLE.
Puis qui luy plaist, c'est bien raison; 91^0
Mes le délayer riens n y vault,
Que y fust bien temps et saison
De parler à luy sans deiïault.
Je voy que le besoing nous fault
Et croist tousjours la maladie; gn^^
Par quoy, se au Roy ne luy chault,
Sa voulenté soit acomplie.
LE ROY
Or çà, messeigneurs et barons.
Je vous pry, entendez icy :
De ce. fait conseillez moy dont 9770
Que je doy faire tout ainsi.
Vous savez et avez aussi Sceu des nouvelles de la fille; A vous m'en rapporte dessi
Se la chose est bonne et utille. 9775
Tentant que veult parler à moy Et touchant le fait de ma guerre ; . Dictes moy se faire le doy, Vous en vueil prier et requerre.
Venue est de lointaine terre, 9780
Pa48 v*. De Barois, pays de Loraine;
Je ne scay que cy elle vient querre, Que de moy j'en suis en grant paine.
PREMIER CONSEILLER
Sire, je vous conseilleroie,
Pour savoir de la vérité, 9785
Que vous feissiez venir en voye
Ces deux qui ont icy esté.
Qui vous diront en loyaulté
Le cas de ceste fille cy,
Que c'est, ne qui a contracté 9790
De l'avoir amenée ainsi.