‹ Le mistère du Siège d'Orléans (volume 2)Chapitre 92 sur 143 · II- BOURGEOIS · texte numérisé non relu

II- BOURGEOIS

De cela le nous a promis,

Et y est venu sa trompette

Commander à grans et petiz 9^90

Que ceste chose sy soit faicte.

' Françm est la leçon primitive, que nous maintenons. Ce mot a éié rayé postérieurement et remplacé par Anghis.

FACETOT.

Nous avons batu les buissons,

Il en veut avoir les prunelles;

Je n'en donne pas deux botons 9660

Pour ses gens ne pour ses querelles.

Ces façons sont tousjours ytelles ;

Je le voy bien venir et dire :

Par iceulx façons et cautelles

Veult avoir le miel et la cire. 9655

MESSIRE JEHAN DE LA POLLE

Je ne l'en vouldroie supplier;

En face du pis qui pourra.

Ces gens nous font plus destourbier;

Ne me chault qui les enmenra.

Je vouldroie, et qui m'en croira 9660

Homme ne suivra ceste guerre

(Et mieulx nostre fait se portera).

Qui ne soit natif d'Engleterre.

Messeigneurs, puisqu'il ne vous plaist»

Je veul en vostre oust publier, 966^-

De par monseigneur, mon arrest

Et à tous le signifier.

TALLEBOT.

Publie fort et le fais cryer;

Je n'en donne pas une maille.

S'en voise qui vouldra aller, 9^70

Tu n'enmenras chose qui vaille.

Messagier sonne une trompeté et dit :

De par monseigneur de Bourgoigne,

Je fais cy à tous assavoir

Que chascun s'en voise et s'éloigne,

Et le siège desamparer; 9675

Plus aussi de n'y comparer

Tous ceulx de ses pays et terre,

Ne plus nullement eulx trouver

Désormais pour y mener guerre.

Lors le messagier retourne au duc de Bourgoigne, et y a pause. — Et dit P 3â6 r'. ' MESSAGIER.

Monseigneur, j'ay tout acomply 9680

Et fait vostre commandement,

Et es Anglois, je vous affy.

Leur ay dit vostre mandement :

Qu'i voulsissent totallement

Lever leur siège et en aller, 9685

Dont très mal gracieusement

M'ont respondu, comme savez.

M'ont dit qu'i n'en partiront point,

Et que Orieans ainçois auront.

Et que de vous ne leur chault point, g^go

Et pour vous riens y n'en feront,

Et que assez puissant y sont

Sans voz gens, et qu'i n'en ont cure,

Et qu'il auront à toutes fins

Orléans, où il ont mis leur cure. o^gs

DUC DE BOURGOIGNE

Gomment I ont il dont respondu

Contre moy inreveramment?

En ma vie je ne l'eusse creu.

Desobeyr mon mandement I

Mieulx leur vaulsist certainement 9700

Avoir ung cent mille perdu; Desplaisant en suis grandement, F* Qii6 V». Et leur rendray en place et lieu.

Pose. — Lors la Pucelle et ses gens arriveront à Ghinon; et dit

JEHAN DE MES

Dame Jehanne, la mercy Dieu,

Nous sommes à point arrivez 9705

A Ghinon, et ou propre lieu

Où le bon Roy devons trouver.

LA PUCELLE

Jehan de Mes, comme vous savez, Au Roy yrez premièrement

'Dire que nous volons parler 9710

A luy, s'il luy plaist bonnement.

JEHAN DE MES

Dame, très debonnairement

Au Roy je vois faire assavoir

De vostre venue, et commant

Y luy plaise vous recevoir. 971 5

Lors va devant le Roy, et dit

* JEHAN DE MES

Celuy qui a sur tous povoir Vous doint du tout sans contredire p 3^7 r*. Acomplir bon vostre voloir.

Ainsi que vostre cueùr désire.

Des nouvelles je vous viens dire, 97*0

Que une pucelle amenons,

Juste et bonne, très chier sire.

Et de certain nous lé créons,

Que en elle trouvé avons

Toute paroUe véritable , 97 «^

Dont en elle nous espérons

Qu'elle soit très digne et notable;

Laquelle veult parler à vous,

Sire, se c'est vostre plaisir,

Que dire vous veult son propoux 9780

Et aussi qui l'a fait venir.

Si vous plaise donques d'ele ouyr,

Devers vous viendra en présence.

Amy, tu me fais esbayr

Qu'i soit en elle tant science. 9735

Vous luy direz que bien me plaist Et voulentiers parleray à elle; Mes quelle attende, s'i luy plaist, Jusques à demain ma nouvelle.

Pour aujourd'uy, la chose est telle 97^0

Que je suis ung peu empesché; Mes vous direz à la Pucelle ^ aû7 v'. Son fait sera demain despeché.

JEHAN DE MES

Sire , voulentiers luy diray

Que demain à elle parlerez, 97'»^

Et vostre rapport lui feray.

Ainsi que dit vous me l'avez.

LE ROY

Qu'elle se vueille reposer

Pour aujourd'uy, et je lemprie;

De mes biens luy vueil envoyer, 9730

Et que ne les espargne mie.

Jehan de Mes vient à la Pucelle, et dit

JEHAN DE MES

Dame Jehanne, je viens vers vous,

Et au Roy j'ay fait le messaige.

Dit que prenez vostre repoux

Aujourd'uy, comme bonne et saige, 97»^

Que, pour ce jour, en son bernage

Il a ung bien peu à besoigner;

Si supportez vostre voyage

Jusque à demain, sans esloigner.

P aû8 r*. LA PUCELLE.

Puis qui luy plaist, c'est bien raison; 91^0

Mes le délayer riens n y vault,

Que y fust bien temps et saison

De parler à luy sans deiïault.

Je voy que le besoing nous fault

Et croist tousjours la maladie; gn^^

Par quoy, se au Roy ne luy chault,

Sa voulenté soit acomplie.

LE ROY

Or çà, messeigneurs et barons.

Je vous pry, entendez icy :

De ce. fait conseillez moy dont 9770

Que je doy faire tout ainsi.

Vous savez et avez aussi Sceu des nouvelles de la fille; A vous m'en rapporte dessi

Se la chose est bonne et utille. 9775

Tentant que veult parler à moy Et touchant le fait de ma guerre ; . Dictes moy se faire le doy, Vous en vueil prier et requerre.

Venue est de lointaine terre, 9780

Pa48 v*. De Barois, pays de Loraine;

Je ne scay que cy elle vient querre, Que de moy j'en suis en grant paine.

PREMIER CONSEILLER

Sire, je vous conseilleroie,

Pour savoir de la vérité, 9785

Que vous feissiez venir en voye

Ces deux qui ont icy esté.

Qui vous diront en loyaulté

Le cas de ceste fille cy,

Que c'est, ne qui a contracté 9790

De l'avoir amenée ainsi.

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