‹ Le mistère du Siège d'Orléans (volume 2)Chapitre 93 sur 143 · II- CONSEILLER · texte numérisé non relu

II- CONSEILLER

Avecques elle deux gentilz hommes,

Sire, sont qui l'ont amenée;

Par iceulx deux vous saurez commes

De la besoigne est commancée. 979î>

Convient qu'elle soit declairée

Pour quoy et le savoir sans pause.

De faire une telle assemblée,'

H fault bien qu'il y ait grant cause.

LE ROY

C'est bien dit. Qu'on fasse venir 9800

F" 3^9 I^ Les deux que l'ont cy convoyée.

Et interrogez à loisir Pourquoy y l'ont cy amenée, Ne qui a la fille enortée

De voloir cy parler à moy. 9805

Y fault bien que soit esprouvée, Que j'en suis ung peu en esmoy.

PREMIER CONSEIL

Messagier, va droit au logis

De la fille qui est venue.

Et à ces deux princes gentilz 9810

Leur diras ta desconvenue :

Sy est que sans plus d'attendue

Viengnent au Roy présent parler.

Quant vostre voulenté j'ay sceue,

Tout de présent je y vueil aller. 98 »s

Alors y a pause. — Et dit

Messeigneurs, Dieu vous croisse honneur, p 3^9 v". Joye, santé et bonne vie!

Devers vous, princes de valleur,

Ung messaige fault que vous die :

Si est que le Roy si vous prie 9^»

Que vous veignez parler à luy.

Vous deux, en sa chambre jolye,

Présentement, je vous supply.

JEHAN DE MES

Son bon voloir sera acomply,

Messagier, et de bon coraige; 9835

Je ne vouMroye avoir failly

Au Roy, qui est si noble et saige.

BERTRAND DE PLONGY.

Messagier, sans plus de langaige

Sa voulenté acomplirons,

Et à tout son noble bernage 9880

A tousjours luy obeyrons.

Lors viegnent devant le Roy; et dit

JEHAN DE MES

Chier sire, à vostre mandement F*«5op^. Sommes venuz, puisqu'il vous plaist.

BERTRAND DE PLONGY.

Sire, vostre commandement

Volons obeyr par exprès. 9^35

LE ROY

Bien venuz soyez loing et près.

De parler à vous desiroie.

Que vous me diez pourquoy c'est

Vous entreprenez ceste voye.

On dit que amenée avez 98^0

Une pucelle fort bonnet,

Dont l'abit d'elle, vous savez,

A fille il est deshonneste;

Et est bien cbose magnifeste

Que à fille il n'appartient^ 9^45

Abit d'omme. Pour quelle requeste Elle fait, nous n'en savons riens, Ne pourquoy l'avez amenée De si loingtain de ce pays;

Et aussi qui l'a advisée 9*^0

De venir, je m'en esbays.

Vous estes deux princes gentilz Pour parvenir à grant puissance; F* 95o V*. Comment vous estes vous dont mis

A mener ceste fille en France? 9^55

JEHAN DE MES

Sire, sachez de vérité

Que nous avons pris le voyage

Tout contre nostre volenté

Et tout contre nostre coraige;

Mes est si prudent et si saige, 9^^o

Nous a convenu l'amener.

Par son beau parler et langaige;

Ne nous en sommes peu garder.

Elle est venue à Baudricourt,

Capitaine de Vaucouleur, 9^^^

Et plusieurs fois luy fist le sourt,

Cuidant luy oster son erreur;

Mes, à la fin, le bon seigneur

Luy a baillé consentement,

Nous en a chargé par honneur 9870

La vous amener doulcement.

Sire, et voicy unes lectres

Que le dit seigneur vous envoyé.

D'elle ce sont choses secrètes;

Fors que vous nuUuy ne le voye. 9^7^

Ne en ma vie je ne pensoie Arriver sans empeschemenl, p a5i i'. Et avons trouvé plaine voye.

Tousjours Ang^ois, incessamment;

Mais onques ne se sont offers 9880

De nous faire nul desplaisir.

Par passaiges, ports et travers

Du tout nous en sommes sailliz

De tout mal et de tous perilz,

Qui est une chose impossible, 9885

Pour voloir à vous cy venir,

Et qui est chose incompasible.

BERTRAND DE PLONGY.

Certes on ne croiroit jamès Les dangiers que sommes passez :

Englois, Bourguignons, à grans frais, 9890

Tous les jours passans destroussez; Nous ont veu passer, rapasser, Sans nous voloir dire au contraire.

Aussi nous promist elle assez

Que nous passerions sans nul affaire. 989^

Puis dit qu elle veult parler à vous De voz affaires par exprès; Et au seurplus, quant est de nous, Sire , nous ne savons que c'est.

Commis suis avec Jehan de Mes, , 9900

La vous amener et conduire; p 35 1 \\ Eu elle toute bonté est.

Autre chose n'en pourroie dire.

LE ROY

Mes amis, je suis très joieulx

Des nouvelles que vous me dictes. 9905

Vous avez des dangiers perileux

Beaucoup passé, dont estes quiètes;

Vous avez fait bonnes conduictes

Et estes sains et saulÊs venuz,

Dont par voz moyens et poursuites, 99*0

Vous serez de moy bien receuz.

Retournez vous en à la fille,

A elle me recommandez.

Et des biens qui sont en la ville

Je veulx que vous en demandez; 99 «^

Et à tous je vueil commander

Que de tout tant qu'il vous fauldra

On vous délivre sans tarder,

Du tout ainsi qu i vous plaisa.

JEHAN DE MES

Chier sire, nous vous mercyons 99^0

De lonneur et du grant plaisir; A la Pucelle luy dirons Vostre bon voloir sans faillir.

F^ a52 t\ LE ROY.

Je seray demain de loisir, Et puis je parleray à elle.

BERTRAND DE PLONGV.

La Pucellè yrons resjouyr De vostre très bonne nouvelle.

Puis le Roy parle à ses seigneurs et dit

LE RÔY.

Or çà, messeigneurs, que vous semble,*

Que ne vous peut sourdre ne nuyre.

Vous oyriez bien ung molin bruyre 9955

Ou ung bateieux par les champs ;

Vous ne ia devez escondire,

Quant pour une fiUe n'est riens.

P a53 r'. Ilir.

Je vous diray que on fera

Pour l'esprouver, comme je pense : 9960

Aucuns de vostre court fauldra

Et que ce soit vostre présence ,

Savoir s'elle aura congnoissance

Que ce ne soit pas vous, chier sire;

Derrière oirrez sa loquence 9965

Et tout ce qu'elle vouldra dire.

PREMIER CONSEIL

Je conseille qu'ainsi soit fait.

Ung autre sera en lieu de vous

Et derrière serez en retrait,

Que vous orrez tout comme nous : 9970

Assavoir s'elle muera propoux

De ce que luy demanderons.

Cecy ne vous donne ne toult * ;

S'i vous plaist, ainsi le ferons.

Quant à moy, j'en suis bien contant 9975

Que vous le faciez tout ainsf; Et prenez de mes vestemens, Puis la mandez pour venir cy.

F" s5d ¥•• La charge vous baille dessy

' Ni enlève.

LA PUCELLE

Y aller très bien me consens.

Mon amy, que Dieu vous provoye! 10,00;)

Pose. — Puis vient devers le Roy et princes. Dont le II* conseillier dit à l'entrée de la salle ce qui s^ensuit ;

II* CONSEILUER.

Jehanne, bien soyez vous venue Et toute vostre compaignie.

Du Roy humblement serez receue A grant joie et à chiere lye. 10,010

Voy le là en salle jollie, F*a56 y\ Belle fille, où il vous atant;

Saluez le, je vous emprie, C'est le roy de France excellant.

Lors la Pucelle le regarde, et tout à l'entour d'elle, puis dit

LA PUCELLE

A nom Dieu, qui ne vous desplaise, 10,01 5

Se n'est il pas, je le scay bien, Cestui qui est assis en chaise; • Il ne luy ressemble de rien.

Le vray Roy et bon crestien

Le coîienoistray mes que le voye; 10,030

Et nonpourtant vostre maintien Mon esperit ne se desvoye.

LE ROY

Plus dissimuler n'en pourroye.

Fille, comment vous portez vous?

Sans que autre y ait joïssance. to,o5o

Dieu vous a eu en souvenance

D'une prière d'un tel jour

Que luy fistes en reverance,

Dont il vous a pris en amour.

Si faictes donc diligemment io,o55

Que je soye en présent armée,

Et me baillez gens mesmement

Que à .Orléans soye menée.

Que par ma longue demourée

Les François n'ont pas eu du mieulx. * 10,060

Faictes que je soye abillée

De harnois et gens vertueux;

Que je vueil bouter les An^ois

Dehors du royaulme entièrement.

En le delessant es François io,o65

A qui il est totallement ;

Et se par mon commandement

Ne retournent en leur pays,

Pugniz par moy très grièvement,

Qu'ilz en seront tous esbays. 10,070

LE ROY

Fille, je suis très fort joyeux De voz paroUes, doulce amie, p 956 r'. Priant à Dieu, le roy des cieulx.

Qui vous dont joye et bonne vie , Et que bien la chose acomplie 10,075

Puisse estre par vostre moyen; Tenu à vous, je vous affie.

Je le seray sur toute rien, Messeigneurs et mes bons amis, Faictes qu elle soit convoyée • 10,080

PREMIER CONSEILLER

Sire, c'est une grant matière Que ceste fiUe cy propose,

Et une chose fort à faire lo.ios

De ce qu'elle dit et qu'elle ose; Onques de si estrange chose Je n'ouy parler en ma vie.

Tant plus y pense et mains ose

En parler, je vous certiffie. 10,110

Se je dy que la devez prandre, F* 257 1^. Et il adviengne le contraire,

Ce sera une grant esclandre Ou royaume et un grant vitupère; Par quoy je n'y congnois manière io,it5

Pour vous bonnement conseiller.

Et ainsi que le devez faire, Je ne scay comment en parler.

Qui vous conseillera du non

Que ne la devez recevoir, io,mo

Peut estre qui ne seroit pas bon.

Et seroit pour vous décevoir.

Par quoy, sire, pour dire voir

Et en estre ferme et entiers.

Je l'envoyeroie interroger 10, u5

A vostre conseil, à Poictiers.

nv CONSEILUER.

Me semble que ne povez mieulx :

Tout le conseil de toute France Sont assemblez, jaunes et vieulx

Et expers en toute science, io,i3o

Toute la fleur et excellence De pratique et théologie. Pour l'interroger à plaisance De mieux faire ne povez mie-

Par ce point ne povez faillir io,i35

De faire ce qu'i conseilleront.

Se cest bien, ce vous sera plaisir;

Se mal est, ce ne sera pas lont.

Vous ferez ce qui vous diront

Et par leur conseil besoignerez; io,i4o

Repris n'en povez estre dont,

Quant par leur fait ordonnerez.

LE ROY

Bien donques y la fault mener

A Poictiers, bien diligemment.

Et grandement la gouvernez, io,i&5

La conduire honnorablement;

Et dire à nostre parlement

Que à ceste fille entendent

Pour nous conseiller loyaument,

Et à la despescher y tendent. io,i5o

PREMIER CONSEHJLER.

Puis qu'il vous plaist, luy mènerons

A vostre conseil, à Poictiers,

Et la Pucelle conduisons

De bon cueur et bien volentiers.

P s58 f'. LE ROY.

Vous direz à mes conseiUiers * 10^^55

Que ceste fiUe leur envoyé Pour l'interroger de ses faiz, Adfin que ad ce je provoye.

Lors viendront deux à la Pucelle, et dit

PREMIER CONSEILLER

Jehanne, c'est le plaisir du Roy

Que nous vous menyons à Poitiers, 10,160

Pour appoincter de vostre arroy

Et pour pencer de voz deniers,

De voz gens d'armes et archiers,

Pour adviser à vostre estât.

LA PUCELLE

Son plaisir feray voulentiers 10,1 65

Et tout son voloir sans débat.

Lors vont à Poictiers.

Et allons dont, de par Dieu!

Puis qui luy plaist, j'en suis cpntante. Je scais bien que je vois en lieu Où auray ung peu de tormente 10,170

Et à faire ; mes l'excellente F* j58v*. Puissance de mon Dieu m'aydera,

En laquelle est. mon entente, Et envers tous me gardera.

Puis arriveront à Poictiers, et y a pose, — Puis dit

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