III' PRESIDENT
Retournez vous en , de par Dieu ,
Au Roy et menez la Pucelle.
Luy direz que avons conclu
Que bien se doit fyer en elle; «o,ûio
Tout son pariera ent et séquelle
Y avons trestous la main mise,
Et de docteurs la jouvencelle
D'arguer a esté requise.
P 965 r^. Lors partiront Puis ii y a pause. — Puis dit le premier conseillier :
LE PREMIER GONSEIUIER.
' Jehanne, voylà le Roy assis; 10,435
Y le fault aller saluer, Lequel sera, à mon advis, Joyeux de vous voir arriver.
LA PUCELLE
Allons à luy sans délayer;
J'é désir de parier à luy. 10,/iûo
n* CONSEILLIER.
Dame, puis que vous le voulez, Vostre vouloir sera acomply.
Lors arriveront devant le Roy; puis dit le premier conseillier :
PREMIER CONSEILLIER
Chier seigneur, sommes revenuz De Poictiers avec la Pucelle,
Où nous avons esté receuz io,6û5
Très grandement pour Tonneur d'elle, p 965 ir*. Ont parlé à la jouvencelle
Parlement, docteurs en le^ise;
L'ont trouvée ferme, vraye ancelle,
Saige, prudente, bien aprise. io,^i5o
Ne en elle riens n*ont trouvé
Que tout bien, vertii et honneur;
Et tout son fait bien esprouvé,
Tout est de Dieu le créateur.
Par quoy vous mandent de bon cueur io,A55
Que faciez tout le gré de luy
Que je ne m'en soussye en riens. io,&85
Je me sens puissante et de port.
LE ROY
Jfamye, j'en suis bien d'acort;
Faire vous en feray ung plaisant,
Et le plus bel, je m'en fais fort,
Qui onques fut et plus puissant. 10,^90
Oultre plus, y vous fault avoir
Une espée; devisez la.
Je la vous feray faire, pour voir,
Ytelle comme il vous plaisa.
F*966?'. LA PDCELLE..
D'espée point on n'en fera, 10,495
Que j'en ay une toute guise*;
Et, s'i vous plaist, querre on yra
En ung lieu où elle assise.
Dès long temps y a esté mise.
Du temps des grans princes et roys, >o,5oo
Derrière l'autel et église
Saincte Katherine Fierbois.
Entre autres en y a une
Qui a cinq croix en la croisée,
Et n'est pas de façon commune; *o»5o5
Je vueil que me soit apportée.
LE ROY
Mes qui la vous a enseignée?
L'avez vous donc autreffoy veue?
Se vous estes acertenée
Qu'elle y soit, comme l'avez sceue? io.5»o
' Oaquisef
P 267 v^ LE ROY.
Or çà, Jehanne, puis cependant
Vous fault un' estandart jolie;
Je vous prie, devisez la
De quel façon vous la voulez.
Incontinent faicte sera
A vostre plaisir et voloir.
LA PUGELLE.
Un estandart avoir je vueil ^
Tout blanc, sans nulle autre couleur,
Où dedans sera ung souleil
Reluisant ainsi qu'en chaleur.
Et ou millieu, en grant honneur.
En lectre d'or escript sera
Ces deux mots de digne valleur,
Qui sont cest : Ave Maria.
Et audessus notablement
Sera une majesté
Pourtraite bien et jolyment,
Faicte de grant auctorité.
Aux deux coustez seront assis
Deux anges, que chascun tiendra
En leur main une fleur de liz;
L'aultre le souleil sous tiendra.
io,55o
' En marge est écrit, d'une main plus moderne : Estandart de la Pucette. La description de cet étendard diffère en quelques points de celle que Ton trouve dans les procès de condamnation et de réhabilitation de la Pucelle. (Voy. Quicherat, I, 98^ 181; m, io3.) D'après les témoignages de Je-
hanne et de son chapelain, Dieu, tenant le monde, y était figuré assis sur larc-en-ciel, les pieds sur les nuées; devant lui deux anges agenouillés, Tun desquels présentait une fleur de lis, Tautre se tenait en prière : h côté, les mots Jbesus Maria.
Faictes qu'i soient deffermées,
Je vous pry, et qu on y regarde. io,58o
LE PRESTRE
Il me fault dont avoir les clefz Des seigneurs qui les ont en garde.
messâgier.
Faictes bien toust, que y me tarde,
Que le Roy a neccessité.
Aussi que mon temps je ne perde, io,585
Et pour cause de brefveté.
LE PRESTRE
Mon bon amy, de vérité
Ne pour certain, je ne congnois
Que de celle faculté
Y soit une qui ait cinq croix. 10,590
F* S69 r*. MESSAGIER.
Je vous pry qu'on y voise voir Et ne me faictes plus atendre.
LE PRESTRE
Il n'en y a point, je le crois, Ne je ne le puis pas entendre.
Lors ouvre le coffire et trouve l'en plusieurs, dont à la fin la vont trouver. Puis
dit
LE PRESTRE
Je ne puis pas cecy comprandre ; 10,595
Je trouve l'espée, mon beau filz.
Qui est dès le temps d'Alixandre Et des haulx preux du temps jadis.
Esse Tespée que demandez?
Elle a cinq croix; tout ainsi 10,695
Est celle que vous entendez.
Prenez la et la regardez,
Je la vous feray mectre à point
De tel façon que vous vouldrez,
Et la garnir de point en point. io,63o
U PUCEUE.
En nom Dieu, seigneur, c'est elle
L espée que je demandoye.
Elle est bonne et si est belle;
Que fust abillée je vouldroye.
Incontinant je partiroye io,635
Pour m'en aller droit à Orléans,
Se en point et preste j estoye
Et que vous m'eussiez baillé gens.
LE ROY
Fille, ne vous doubtez de riens, Que devant deux jours sera prest io,64o
Gens d'armes et or et argent p «70 V*. A faire tout ce qu'i vous plaist.
Et croyez que mon vouloir est Vous ayder en vostre entreprise, Sans deffaillir ne loing ne près, io,6â5
Pour du tout faire à vostre guise.
Lors icy y a pause. — Et puis dit
LE CONTE DE SUPPORT
Çà, messire Jehan Tallebot,
Vous aussi, monseigneur d'Escalles,
Où en faire ce que vouldrez; James ne les pinsa tel moche Que si toust que les assauldrez.
FACESTOT.
Y ne fault plus dissimuUer, 1^271 \\ Mais convient en faire une fin; 10,680
Et ne les fault point chatoiller, Mes les combatre main à main.
Avoir les nous fault en ung plain, Faire saillir de leur tanière,
Après, leur clore le chemin, io,685
Sans qu'i recouvrent leur barrière.
CONTE DE SUPPORT
Je vous diray que je vueil faire,
Si est ung présent es François.
Et pour congnoistre leur manière,
Savoir s'i sont doulx et courtois, 10,690
Au bastard d'Orléans je envoys
Ung plat plain de raisins et figues.
Et de tater afin de vois
Leur voulenté et leur répliques.
Et luy manderay qui m'envoye, 10,695
S'i luy plaist, de la panne noire.
Pour fourrer comme je vouldroye
Une robbe que je fais faire.
ESCALLES.
C'est bien dit, conte de Suffort; En cela n'est qu esbatement. 10,700
p 979 r*. Et vous, le sire Tallebot,
Il le doit faire voirement?
Viens de vers le bastard d'Orléans,
Auquel j'ay fait vostre rapport, 10,785
A luy, plusieurs seigneurs presens.
Si a receu vostre presant •
Gtmme gracieux et courtois,
Chier seigneur, en vous mercyant.
Ainsi que vous le povez vois; 10,790
Que de la panne vous envoyé
Noire, comme le demandez.
De la meilleur qui soit en voye,
Gomme il a voulu commander.
Et c'est volu. recommander 10,790
A vous, messeigneurs, cy presens,
Disant qui vouldroit que fussiez
A son plaisir dedans Orléans.
CONTE DE SUFFORT
Je len croy véritablement.
Et n'est en luy que bon coraige; 10,800
Mes nous y entrerons voirement, Qu'i ne l'aura pas d'avantaige.
Si a fait que prudent et saige F* «74 y\ De la panne avoir envoyée;
Elle sera pour mon usaige io,8o5
Et pour l'amour de luy portée.
TALLEBOT.
Messeigneui*s, y nous fault penser
De parfaire nostre entreprise.
De jour et de nuyt pourpenser
Gomment ceste cité sera prise. 10,810
G'est trop tardé, quant je m'avise,
Et y sommes trop longuement;
MESSIRE JEHAN DE LA POLLE
Mes gens sont pretz pareillement, Et ne demandent que besoigne. io,8&o
Faictes et advisez comment, p 975 %•. Et pour Dieu que nul ne se faigne !
Nous ferons icy longue esloigne, Veu la puissance que avons,
Qui est à nous honte et vergoigne io,845
Que une (in nous n en faisons.
TALLEBOT.
Vous yrez descouvrir l'embûche, Monseigneur de Grès, s'i vous plaist; Et afin que rien ne trébuche
D'Escalles sera au plus près. io,85o
Conte de Suffort, vous serez Gomme à ung trait d'arc de l'armée ; Vous et voz gens vous vous tiendrez Tous serrez en une vallée.
Puis, messire Jehan Facestot, io,855
Avec le prevost de Paris, Le frère au conte de Suffort, Vous estes puissans et hardis; Vous serez, comme je vous dis, D'aultre cousté vers la rivière, «0,860
Sans faire ne noise ne bruys.
Mes vous tenez tous en frontière. Puis menray la grant assemblée.
Gomme faisant l'arriére garde,
Trestous les nobles de l'armée, io,865
Qui de tout se donront de garde, p «76 r'. Vous estes, quant je vous regarde,
Lors y a pause de trompetes. — Puis dit
BASTARD D'ORLEANS
Regnault Guiiïaume et vous, Vernade, 10,895
Y vous fault aller au devant; Vous et voz gens ferez lavant garde, Et vous monstrez fors et puissans.
Vous, mareschal noble et vaillant, Avec le sire de Bueil, 10,900
Vous yrez vous deux quant et quant, Pour les Anglois faire requeil.
Puis, sire Jaques de Chambannes, Et vous, monseigneur de Ghaulmont, p «77 r'. Je vous pry que tenez vous termes^ 10,905
Allencontre de ces Gordons, Qui assailliz nous ainsi ont A tort, sans cause et sans raison; Nous devons bien du cueur parfont Deffendre la noble maison. 10,910
Vous, Theaulde de Vaillepaigne , Avecq le sire de Thouars, Je vous pry que nul ne se faigne :
Soyez hardiz comme liepars,
Deffendez vous de toutes pars, 10,915
Que nous ayons sur eulx victoire, Et pour Dieu ne soyons couars; Garder devons nostre repère. Poton, le sire de Graville,
Bien vous convient résister; 10,930
Pensons de garder nostre ville Dont on nous veult déshériter.
Vous aussi, vueillez vous bouter, * Sk, sans doute four fermes. 0
LE MISTERE DU SIEGE D'ORLEANS. â27
Voicy merveilleuse rencontre!
Les François ont eu froide joye 10,9^5
Qu'i est mort d'eulx un très grant nombre ;
Leur ville fauit tumber et fondre
Avant qu i soit six jours entiers.
Y sont venuz faire une monstre
Dont n'est pas reschappé le tiers. 10,960
CONTE DE SUFFORT
Bon mestier y leur a esté Avoir trouvé portes ouvertes ; P «78 \\ Je cuide que de cest esté
Ne les verrez faire penades.
Il ont eu deux grosses pertes, 10,955
Compris la journée des Harans;
Mieulx leur vaulsist jouer es cartes
Que d'eulx estre mis si avant.
D'ESCALLES.
Je croy que vous ne savez riens
Du sire de Grès, qui est mort, 10,960
Qui c'estoit mis jusques dedans
Leur ville par son grant effort,
Son estandart mis sur le bort
Des foussez, auprès de la porte;
Mes est venu par meschant sort 10,965
Ung canon qui sa teste emporte.
FACESTOT.
Vous nous dictes grant desconfort De la mort du sire de Grès, Le plus vaillant et le plus fort
Puis après nous retournerons Derechief, pour les assaillir.
• BASTARD D'ORLEANS
Nous avons eu ung grant domniaige,
Et de noz gens beaucoup perduz, 11,000
Des plus vaillans et bon coraige
Et qui plus avoient de vertuz.
Plusieurs princes et bien esleuz
Y sont demeurez des premiers ;
Nous en avons esté deçeuz ii,oo5
De saillir hors de noz terriers.
GRAVILLE
Nous avons eu du tout le pire En ceste dernière bataille.
De plus saillir nous doit suffire; Nous ne faisons chose qui vaille. n^oio
Tenir nous fault, comment qu'il aille, Nostre cité close et fermée , •Et entendre à nostre muraille F' 380 r*. Qu'elle soit tousjours bien gardée.
LE SIRE DE SAINTRAILLES
Je voy ceulx d'Orléans esbayz 11,01 5
Pour leurs amys qui y sont mors;
Femmes pleurent pour leurs mariz
Qui y ont lessé ame et corps.
De plus saillir delà dehors.
Plus n'en suis de consentement; n.oso
J'en voy plusieurs grans desconfors,
Femmes en ^ans gémissement.
Et sommes trop sailliz à fouUe,
Que nul n'a peu , comme je voy,
Revenir à son preemboUe. ii,o5o
Les mors sont mors. Dieu les absoille!
De leur obbiz nous fault penser.
Une foiz la mort tout engouUe;
Y nous convient tous la passer.
P 981 r". THEAULDE DE VALLEPAIGNE.
Il convient les faire enterrer ii,o55
Et faire prière pour eulx,
Sans les lamenter ne plourer;
Nul prouffit n'en est pour eulx.
Puis nous convient estre soigneux,
Résister au demourant, 11,060
Et estre fors et vertueux
Pour garder la cité d'Orléans.