‹ Le mistère du Siège d'Orléans (volume 2)Chapitre 95 sur 143 · III' PRESIDENT · texte numérisé non relu

III' PRESIDENT

Retournez vous en , de par Dieu ,

Au Roy et menez la Pucelle.

Luy direz que avons conclu

Que bien se doit fyer en elle; «o,ûio

Tout son pariera ent et séquelle

Y avons trestous la main mise,

Et de docteurs la jouvencelle

D'arguer a esté requise.

P 965 r^. Lors partiront Puis ii y a pause. — Puis dit le premier conseillier :

LE PREMIER GONSEIUIER.

' Jehanne, voylà le Roy assis; 10,435

Y le fault aller saluer, Lequel sera, à mon advis, Joyeux de vous voir arriver.

LA PUCELLE

Allons à luy sans délayer;

J'é désir de parier à luy. 10,/iûo

n* CONSEILLIER.

Dame, puis que vous le voulez, Vostre vouloir sera acomply.

Lors arriveront devant le Roy; puis dit le premier conseillier :

PREMIER CONSEILLIER

Chier seigneur, sommes revenuz De Poictiers avec la Pucelle,

Où nous avons esté receuz io,6û5

Très grandement pour Tonneur d'elle, p 965 ir*. Ont parlé à la jouvencelle

Parlement, docteurs en le^ise;

L'ont trouvée ferme, vraye ancelle,

Saige, prudente, bien aprise. io,^i5o

Ne en elle riens n*ont trouvé

Que tout bien, vertii et honneur;

Et tout son fait bien esprouvé,

Tout est de Dieu le créateur.

Par quoy vous mandent de bon cueur io,A55

Que faciez tout le gré de luy

Que je ne m'en soussye en riens. io,&85

Je me sens puissante et de port.

LE ROY

Jfamye, j'en suis bien d'acort;

Faire vous en feray ung plaisant,

Et le plus bel, je m'en fais fort,

Qui onques fut et plus puissant. 10,^90

Oultre plus, y vous fault avoir

Une espée; devisez la.

Je la vous feray faire, pour voir,

Ytelle comme il vous plaisa.

F*966?'. LA PDCELLE..

D'espée point on n'en fera, 10,495

Que j'en ay une toute guise*;

Et, s'i vous plaist, querre on yra

En ung lieu où elle assise.

Dès long temps y a esté mise.

Du temps des grans princes et roys, >o,5oo

Derrière l'autel et église

Saincte Katherine Fierbois.

Entre autres en y a une

Qui a cinq croix en la croisée,

Et n'est pas de façon commune; *o»5o5

Je vueil que me soit apportée.

LE ROY

Mes qui la vous a enseignée?

L'avez vous donc autreffoy veue?

Se vous estes acertenée

Qu'elle y soit, comme l'avez sceue? io.5»o

' Oaquisef

P 267 v^ LE ROY.

Or çà, Jehanne, puis cependant

Vous fault un' estandart jolie;

Je vous prie, devisez la

De quel façon vous la voulez.

Incontinent faicte sera

A vostre plaisir et voloir.

LA PUGELLE.

Un estandart avoir je vueil ^

Tout blanc, sans nulle autre couleur,

Où dedans sera ung souleil

Reluisant ainsi qu'en chaleur.

Et ou millieu, en grant honneur.

En lectre d'or escript sera

Ces deux mots de digne valleur,

Qui sont cest : Ave Maria.

Et audessus notablement

Sera une majesté

Pourtraite bien et jolyment,

Faicte de grant auctorité.

Aux deux coustez seront assis

Deux anges, que chascun tiendra

En leur main une fleur de liz;

L'aultre le souleil sous tiendra.

io,55o

' En marge est écrit, d'une main plus moderne : Estandart de la Pucette. La description de cet étendard diffère en quelques points de celle que Ton trouve dans les procès de condamnation et de réhabilitation de la Pucelle. (Voy. Quicherat, I, 98^ 181; m, io3.) D'après les témoignages de Je-

hanne et de son chapelain, Dieu, tenant le monde, y était figuré assis sur larc-en-ciel, les pieds sur les nuées; devant lui deux anges agenouillés, Tun desquels présentait une fleur de lis, Tautre se tenait en prière : h côté, les mots Jbesus Maria.

Faictes qu'i soient deffermées,

Je vous pry, et qu on y regarde. io,58o

LE PRESTRE

Il me fault dont avoir les clefz Des seigneurs qui les ont en garde.

messâgier.

Faictes bien toust, que y me tarde,

Que le Roy a neccessité.

Aussi que mon temps je ne perde, io,585

Et pour cause de brefveté.

LE PRESTRE

Mon bon amy, de vérité

Ne pour certain, je ne congnois

Que de celle faculté

Y soit une qui ait cinq croix. 10,590

F* S69 r*. MESSAGIER.

Je vous pry qu'on y voise voir Et ne me faictes plus atendre.

LE PRESTRE

Il n'en y a point, je le crois, Ne je ne le puis pas entendre.

Lors ouvre le coffire et trouve l'en plusieurs, dont à la fin la vont trouver. Puis

dit

LE PRESTRE

Je ne puis pas cecy comprandre ; 10,595

Je trouve l'espée, mon beau filz.

Qui est dès le temps d'Alixandre Et des haulx preux du temps jadis.

Esse Tespée que demandez?

Elle a cinq croix; tout ainsi 10,695

Est celle que vous entendez.

Prenez la et la regardez,

Je la vous feray mectre à point

De tel façon que vous vouldrez,

Et la garnir de point en point. io,63o

U PUCEUE.

En nom Dieu, seigneur, c'est elle

L espée que je demandoye.

Elle est bonne et si est belle;

Que fust abillée je vouldroye.

Incontinant je partiroye io,635

Pour m'en aller droit à Orléans,

Se en point et preste j estoye

Et que vous m'eussiez baillé gens.

LE ROY

Fille, ne vous doubtez de riens, Que devant deux jours sera prest io,64o

Gens d'armes et or et argent p «70 V*. A faire tout ce qu'i vous plaist.

Et croyez que mon vouloir est Vous ayder en vostre entreprise, Sans deffaillir ne loing ne près, io,6â5

Pour du tout faire à vostre guise.

Lors icy y a pause. — Et puis dit

LE CONTE DE SUPPORT

Çà, messire Jehan Tallebot,

Vous aussi, monseigneur d'Escalles,

Où en faire ce que vouldrez; James ne les pinsa tel moche Que si toust que les assauldrez.

FACESTOT.

Y ne fault plus dissimuUer, 1^271 \\ Mais convient en faire une fin; 10,680

Et ne les fault point chatoiller, Mes les combatre main à main.

Avoir les nous fault en ung plain, Faire saillir de leur tanière,

Après, leur clore le chemin, io,685

Sans qu'i recouvrent leur barrière.

CONTE DE SUPPORT

Je vous diray que je vueil faire,

Si est ung présent es François.

Et pour congnoistre leur manière,

Savoir s'i sont doulx et courtois, 10,690

Au bastard d'Orléans je envoys

Ung plat plain de raisins et figues.

Et de tater afin de vois

Leur voulenté et leur répliques.

Et luy manderay qui m'envoye, 10,695

S'i luy plaist, de la panne noire.

Pour fourrer comme je vouldroye

Une robbe que je fais faire.

ESCALLES.

C'est bien dit, conte de Suffort; En cela n'est qu esbatement. 10,700

p 979 r*. Et vous, le sire Tallebot,

Il le doit faire voirement?

Viens de vers le bastard d'Orléans,

Auquel j'ay fait vostre rapport, 10,785

A luy, plusieurs seigneurs presens.

Si a receu vostre presant •

Gtmme gracieux et courtois,

Chier seigneur, en vous mercyant.

Ainsi que vous le povez vois; 10,790

Que de la panne vous envoyé

Noire, comme le demandez.

De la meilleur qui soit en voye,

Gomme il a voulu commander.

Et c'est volu. recommander 10,790

A vous, messeigneurs, cy presens,

Disant qui vouldroit que fussiez

A son plaisir dedans Orléans.

CONTE DE SUFFORT

Je len croy véritablement.

Et n'est en luy que bon coraige; 10,800

Mes nous y entrerons voirement, Qu'i ne l'aura pas d'avantaige.

Si a fait que prudent et saige F* «74 y\ De la panne avoir envoyée;

Elle sera pour mon usaige io,8o5

Et pour l'amour de luy portée.

TALLEBOT.

Messeigneui*s, y nous fault penser

De parfaire nostre entreprise.

De jour et de nuyt pourpenser

Gomment ceste cité sera prise. 10,810

G'est trop tardé, quant je m'avise,

Et y sommes trop longuement;

MESSIRE JEHAN DE LA POLLE

Mes gens sont pretz pareillement, Et ne demandent que besoigne. io,8&o

Faictes et advisez comment, p 975 %•. Et pour Dieu que nul ne se faigne !

Nous ferons icy longue esloigne, Veu la puissance que avons,

Qui est à nous honte et vergoigne io,845

Que une (in nous n en faisons.

TALLEBOT.

Vous yrez descouvrir l'embûche, Monseigneur de Grès, s'i vous plaist; Et afin que rien ne trébuche

D'Escalles sera au plus près. io,85o

Conte de Suffort, vous serez Gomme à ung trait d'arc de l'armée ; Vous et voz gens vous vous tiendrez Tous serrez en une vallée.

Puis, messire Jehan Facestot, io,855

Avec le prevost de Paris, Le frère au conte de Suffort, Vous estes puissans et hardis; Vous serez, comme je vous dis, D'aultre cousté vers la rivière, «0,860

Sans faire ne noise ne bruys.

Mes vous tenez tous en frontière. Puis menray la grant assemblée.

Gomme faisant l'arriére garde,

Trestous les nobles de l'armée, io,865

Qui de tout se donront de garde, p «76 r'. Vous estes, quant je vous regarde,

Lors y a pause de trompetes. — Puis dit

BASTARD D'ORLEANS

Regnault Guiiïaume et vous, Vernade, 10,895

Y vous fault aller au devant; Vous et voz gens ferez lavant garde, Et vous monstrez fors et puissans.

Vous, mareschal noble et vaillant, Avec le sire de Bueil, 10,900

Vous yrez vous deux quant et quant, Pour les Anglois faire requeil.

Puis, sire Jaques de Chambannes, Et vous, monseigneur de Ghaulmont, p «77 r'. Je vous pry que tenez vous termes^ 10,905

Allencontre de ces Gordons, Qui assailliz nous ainsi ont A tort, sans cause et sans raison; Nous devons bien du cueur parfont Deffendre la noble maison. 10,910

Vous, Theaulde de Vaillepaigne , Avecq le sire de Thouars, Je vous pry que nul ne se faigne :

Soyez hardiz comme liepars,

Deffendez vous de toutes pars, 10,915

Que nous ayons sur eulx victoire, Et pour Dieu ne soyons couars; Garder devons nostre repère. Poton, le sire de Graville,

Bien vous convient résister; 10,930

Pensons de garder nostre ville Dont on nous veult déshériter.

Vous aussi, vueillez vous bouter, * Sk, sans doute four fermes. 0

LE MISTERE DU SIEGE D'ORLEANS. â27

Voicy merveilleuse rencontre!

Les François ont eu froide joye 10,9^5

Qu'i est mort d'eulx un très grant nombre ;

Leur ville fauit tumber et fondre

Avant qu i soit six jours entiers.

Y sont venuz faire une monstre

Dont n'est pas reschappé le tiers. 10,960

CONTE DE SUFFORT

Bon mestier y leur a esté Avoir trouvé portes ouvertes ; P «78 \\ Je cuide que de cest esté

Ne les verrez faire penades.

Il ont eu deux grosses pertes, 10,955

Compris la journée des Harans;

Mieulx leur vaulsist jouer es cartes

Que d'eulx estre mis si avant.

D'ESCALLES.

Je croy que vous ne savez riens

Du sire de Grès, qui est mort, 10,960

Qui c'estoit mis jusques dedans

Leur ville par son grant effort,

Son estandart mis sur le bort

Des foussez, auprès de la porte;

Mes est venu par meschant sort 10,965

Ung canon qui sa teste emporte.

FACESTOT.

Vous nous dictes grant desconfort De la mort du sire de Grès, Le plus vaillant et le plus fort

Puis après nous retournerons Derechief, pour les assaillir.

• BASTARD D'ORLEANS

Nous avons eu ung grant domniaige,

Et de noz gens beaucoup perduz, 11,000

Des plus vaillans et bon coraige

Et qui plus avoient de vertuz.

Plusieurs princes et bien esleuz

Y sont demeurez des premiers ;

Nous en avons esté deçeuz ii,oo5

De saillir hors de noz terriers.

GRAVILLE

Nous avons eu du tout le pire En ceste dernière bataille.

De plus saillir nous doit suffire; Nous ne faisons chose qui vaille. n^oio

Tenir nous fault, comment qu'il aille, Nostre cité close et fermée , •Et entendre à nostre muraille F' 380 r*. Qu'elle soit tousjours bien gardée.

LE SIRE DE SAINTRAILLES

Je voy ceulx d'Orléans esbayz 11,01 5

Pour leurs amys qui y sont mors;

Femmes pleurent pour leurs mariz

Qui y ont lessé ame et corps.

De plus saillir delà dehors.

Plus n'en suis de consentement; n.oso

J'en voy plusieurs grans desconfors,

Femmes en ^ans gémissement.

Et sommes trop sailliz à fouUe,

Que nul n'a peu , comme je voy,

Revenir à son preemboUe. ii,o5o

Les mors sont mors. Dieu les absoille!

De leur obbiz nous fault penser.

Une foiz la mort tout engouUe;

Y nous convient tous la passer.

P 981 r". THEAULDE DE VALLEPAIGNE.

Il convient les faire enterrer ii,o55

Et faire prière pour eulx,

Sans les lamenter ne plourer;

Nul prouffit n'en est pour eulx.

Puis nous convient estre soigneux,

Résister au demourant, 11,060

Et estre fors et vertueux

Pour garder la cité d'Orléans.

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