‹ Le mistère du Siège d'Orléans (volume 2)Chapitre 96 sur 143 · CHAULMONT · texte numérisé non relu

CHAULMONT

11 fault aller choisir noz gens

Qui ne demeurent là dehors;

Ils les lerroient es chyens 11.065

Dévorer sans misericors.

Et nous fauldra avoir rappors

De ceulx qui auront cognoissance

Des plus excellans et plus fors,

Et pour en faire ramembrance. 11,070

LE RECEVEUR

Messeigneurs, nous avons perdu Plusieurs habitans de la ville, Dont il nous est mal advenu,

oy; puis dit

ii,io5

.ise,

len faict, )ntre(lire; M complaît, cye, chier sire.

LE ROY

[)laist, me doit suffire, Ile, bien joyeux, ^ je ne vous vueil desdire, V ous complaire en tous lieux.

, regardez icy :

►stre espée abillée.

>l elle bien faicte ainsi, vos Ire gré ordonnée?

i;;iir'z la, ma fille et aymée, Et, s'i vous plaist, ainsi garnie, De par moy vous sera livrée

1 i,ti5

GHABANNES.

Encore ne savez vous rien

De la perte cpie avons eue

Des bourgeois , manans , habitans , > iioaS

Lesquelz avoient fait yssue.

Quant à la retraicte venue,

Qu'il a convenu se retraire,

Les Ànglois Tout tant poursuiveue

Qui nous ont fait grant vitupère. ii,o3o

SAINTE SUAIRE

Je croy cecy n'est gueres moins Que de la journée des Harans , p aSo V*. Que y tiennent entre leurs mains

De noz princes des plus vaillans :* Regnault Guillaume, le puissant, it^oss

Et Vemade sont mors ou pris; Furent enclos incontinant Et ne les vit on onques puis.

Je cuide bien qu'i soient pris,

Que ung Ang^ois, que pris avoye, it.o6o

Es enseignes que y me dis,

Des nouvelles luy demandoye :

Si me dist qu i vit par la voye

Des François emmener plusieurs.

Si congneu, c'est bien chose vraye, ".o45

A ses dis que c'estoient iceulx.

VnJLARS.

Il y a eu grand desarroy.

p a8i \\ Par une façon orde et ville.

Y sont tous sailliz à la fille, 11,075 Gomme sans ordre et sans mesure,

Par voye et par mauvais stille, Qui nous est tourné à laidure.

BASTARD D'ORLEANS

11 est vray, c est chose mal faicte

Et mauvais conseil en ce cas; UioSo

Mes, quant la chose est ainsi faicte,

Plus nen fault parler hault ne bas,

Quant, de fait, vous ne povez pas

Y remédier autrement.

Ung autre fois, mieulx par compas ii,o85

On y ouvra plus sagement.

Lors icy y a pause. «— Et puis dit

LE ROY

Or çà, Jehanne, gente Pucelle, J'é fait penser de vostre estât.

Que je voy que vous estes celle F* 982 1\ Qui nous donra jôye et esbat. 11,090

Mon royaulme si est ou clymat Et en dangier des anemis; Mes vous osterez le débat Par vos puissans fais et hardis.

Fille, voicy vostre harnois, 11,095

Et vos chevaulx pour vous monter; Vous le povez vestir, et voir S'il y fault mectre ou ouster.

Essayez le de tous coustez Et le vestez, je vous emprie, 11,100

Que s'il y fault riens appoincter, Fait sera, ma fille et m'amye.

Pose. — Lors sera vestue d'un hamoiz tout blanc devant le Roy; puis dit

LE ROY

Dame Jehanne, que dictes vous,

Le harnoiz est il à vostre aise?

S'il y a riens, dictes le nous, ii,io5

Et n'endurez point de malaise.

Prenez harnoiz que il vous plaise

A vostre disposicion,

fit n'en prenez qui vous desplaise.

Mes selon vostre intencion.

P s89 V. U PUCELLE.

Sire, le harnoiz m'est bien faict, Ne le vueil en riens contredire; Il est honneste et bien complait.

Dont. je vous remercye, chier sire.

LE ROY

Puisqu'il vous plaist, me doit suffire, ii,ii5

El en suis, fille, bien joyeux.

Qu'en riens je ne vous vueil desdire.

Mes bien vous complaire en tous lieux.

Puis, fille, regardez icy:

Voicy vostre espée abillée. ii,iao

Vous est elle bien faicte ainsi.

Et à vostre gré ordonnée?

Seignez la, ma fille et aymée, Et, s'i vous plaist, ainsi garnie,

De par moy vous sera livrée 11,195

LA PUCELLE

En non Dieu, sire, doulcement

Vous me faictes et voul entiers, it,t6o

Et bien en point certainement

Je suis à mes désirs entiers.

De voz nobles et chevaliers, p* a83 v^ Que me baillez pour moy conduire,

Et de vos gentilz escuiers 11,1 65

Vous remercye, mon très chier sire,

Et de tous les autres biens faiz

Je vous remercye humblement.

Pour vous je vois porter le fais

De vostre guerre entièrement, 11,170

Et lever tout premièrement

Le siège d'Orléans, par exprès, ^ Et en rebouter laydement

Tous voz anemis , se Dieu plaist.

Puis après je vous conduiray 11,175

A Rains^ pour vous mener sacrer;

Moy en personne vous menray

Sans trouver aucun encombrier.

Soyez tousjours bon et entier,

Aymez Dieu; vous donra victoire, 11,180

Que vostre royaulme recouverrez.

Qu'il en sera tousjours mémoire.

Sire, il est temps de partir,

Et congié de vous je vueil prandre. 1

Vueillez vous tousjours souvenir ii,i85

De Dieu et y vueilliez entendre;

De vostre grâce vous vueille rendre

Salut, comme il vous appartient,

LE ROY

Fille, je nay autre propoux ii,ai5

Que faire ce qu'il vous plaisa, Et se Dieu plaist, vous gardera De mal, de dangier contre tous.

LA PUCELLE

Roy, soyez tousjours humble et doulx

Envers Dieu; il vous aydera, ii,àao

Et de ses biens il vous donra.

A Dieu, je prans congié de vous.

Lors icy partiront tous en ordonnance. Et le Roy se mectera à genoulx devant paradis, et dit

LE ROY

0 Dieu du ciel, par la vostre puissance Conduisez dont la très noble Pucelle , Qui pour moy va porter hafnois et lance 1 1,225

F* 985 1'. En soustenant du royaulme la querelle.

Or n'ai ge plus fiance qu'en icelle.

Ne en autruy plus secours je n^atant; Mon très doulx Dieu, gardez la jouvencelle De péril, de mort et d'inconvénient. n.aSo

Se offencé vous ay aucunement, Je vous requiers pardon, mon vray seigneur; N'en pugnissez mon peuple nullement, Supporté soit par la vostre doulcenr :

Celuy je suis pour porter la douleur ii,a35

Et reparer vostre vraye sentence.

Si vous supply. Sire, du bon du cueur Que de mon fait vous ayez souvenance; Servir je yueil, doulcement obeyr

S*en voisent, ou combatuz seront,

En nom Dieu, de moy et mes gens. 11,370

Lors vont à Blois. Puis dit

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