AMBROISE DE LORÉ
Madame, à vostre bon plaisir p a86 1'. Nous sommes à Blois arrivez,
Pour vous et voz gens refraichir
Et tous voz bons amys privez.
Plusieurs sont, comme vous savez, 11,275
Qui viennent après vous à fille ,
Lesquelz nestoient pas abillez,
Mes viendront tous en ceste ville.
LA PUCELLE
Es Ang^ois je vueil envoyer
Ung herault tout présentement, ii,a8o
Que y vueillent deremparer
Leur siège tout entièrement.
Et une lectre aussi t^omment
De par moy je leur rescripray.
Si escrivez diligemment ii,a85
Ainsi que je vous nommeray.
Adont ung clerc escripra unes lectres, et y a pause. — Puis après dit
U PUCELLE
Mon amy, lisez moy les lectres Tout hault, que chascun les entende, p 986 y\ Et pour savoir s'i sont bien faictes
Ainsi comme je les demande. 1^990
Je vueil qu'on saiche que je mande
feront le plus beau fait qui oncques fut fait en la Xristieneté. Escript le mardi en la grant sepmaine. Entendez les nouvelles de Dieu et de la P 387 V*. Pucelle. — Au duc de Bethefort, qui se dit régent du royaulme de France pour le roy d'Angleterre ^
LA PUCELLE
Y sont faictes comme je vueil, 1^,295
Et vueil que présent on les porte
A Tallebot, à son conseil,
A tous les princes de la ilote.
Hérault, mon amy, vien et note:
En l'oust des Anglois porteras it,3oo
Ces lectres , et puis m'en rapporte
Responce , plus bref que pourras.
HERAULT
Madame, je ny fauldray pas
A bien faire vostre messaige,
Et de présent, tout de ce pas, ii,3o5
Je vois vers eulx de grant coraige.
LA PUCELLE
Que tu soyes prudent et saige
A rapporter ce qui diront;
Que s*i ne font à mon langaige.
Je les yray voir front à front. ii,3io
F* 988 i'. HERAULT.
Dame, ne vous doubtez de riens Que vostre messaige feray.
Et es Anglois, devant Orléans,
' Le texte de la lettre de la Pucelle aux rence avec celui que Ton trouve dans le chefs anglais n'offire presque aucune diffé- Journal du siège. (Cf. Quicherat, IV, 1 Ao.)
Voz lectres je leur porteray.
Et avecques ce leur diray ii,3i5
Gomment à Blois estes venue.
LA PUCELLE
Or va, puis après penseray, Mes que leur responce soit sceue.
Lors s'en part et trouve tous les princes d'Angleterre ensemble, et dit
LE HERAULT
A vous, très haulx puissans seigneurs, Ducs, contes de grant baronnie M,3ao
D'Angleterre, et tous les greigneurs Qui ont passé la mer saisie ^ , Pardevant vostre seigneurie.
Je vous viens dénoncer messaige.
F^ 388 v'. De par la Pucelle jolye, 11,325
Qui est garnie d'un gent coraige, Vous mande que vous deppartiés De devant Orléans, sans atendre, Et que le siège vous levyez, f
Sans y commectre aucune esclandre, n^asf
Comme pourrez voir et entendre f
Es lectres qu'elle vous envoyé, f
Si les vueillez voir et comprandre ,f
Ainsi comme c'est chose vraye. f
Elle est à Blois, où elle atant ii[
Vostre responce, s'il vous plaist. [
Que si voulez estre contant, f
De vous n'apressera loing ne près r
Pour vous faire aucun interest, f
' Sic. f
LE MISTERE DU SIEGE D'ORLEANS. 4â3
Mes que ces dis vueillez parfaire ; 1 1 ,3ûo
Ou autrement et vous promest Qu elle vous fera vitupère.
Tallebot prant les lectres et les lit, puis dit
TALLEBOT.
Messeigneurs, voicy grant merveille De ceste truande paillarde I
Qui la meult ne qui la conseille ii,3/i5
De nous mander telle baverde?
r «89 r". Mes n'est elle pas bien couarde
Faire telle abusion?
Et si fait, quant bien je regarde.
Es François grant confusion. it,35o
ESGALLES.
C'est leur fin, leur destruction,
Ghascun le voit evidamment;
Qu'i n'ont plus autre affection
Qu'en une fille seuUement.
Pensent il donques bonnement 11,355
Qu'en elle avoir recouvrance?
C'est bien faulte d'entendement,
Et es François n'est pas science.
CONTE DE SUFFORT
Je n'y congnois nul apparence
De se vouloir moquer de nous. ii,36o
Gomment cuide le roy de France
Estre par elle bien recoux ?
Pert bien que les François sont foulx
Et qu'i n'ont plus d'espérance ,
TALLEBOT.
J'en suis de ce consentement
Que nulle responce n'aura,
Et son herault finaWement
En mes prisons le comparra,
Ne jamès il n'en partira 11,395
En despit de la faulce garce;
Ne de mort jamès n'eschappera,
Se je la puis trouver en place.
Or sus, prenez le vistement
Et en noz prisons le boutez; 11,^00
Là y morra vilaynement
Par ses faulx dis et cruautez.
Nous viens tu icy apporter
Nouvelles en abusion?
Pence tu te venir froter hM^
Sans faire reparacion ?
LE HERAULT
Seigneurs, par ma redempcion.
Croyez que nul mal n'y pensoye, F' ago v". Et à sa suppHcatiou
Devers vous me suis mis en voye. ii,4io
Pour la Pucelle gente et coye J'é voulu faire ce voyage; Gomme heradt, mal ne devroye Avoir en faisant mon messaige.
ESCALLES.
Il est garny "de mal langaige ii,/u5.
Et est treffort obstiné; Pour lui abesser son coraige Qu'il soit tantoust emprisonné.
LE MISTERE DU SIEGE D*ORLEÂNS. ààl
Et présentement partirons.
Droit à Orléans nous vous menrons,
Dame Jehanne , sans plus atendre.
P «91 V. LA PUCELLE
Je vous empry, faictes le dont, ii,û65
Et vous pry y vueillez entendre.