‹ Le mistère du Siège d'OrléansChapitre 123 sur 154 · I.e bon voloir qui est en elle · texte numérisé non relu

I.e bon voloir qui est en elle

Et que par vous on luy revelle

Vostre volante en ce cas;

Si la trouverrez bonne et belle,

Qu'elle ne vous desdira pas.

LE ROY

Messeigneurs, par vostre ordonnance Faire vueil, et selon voz dis; Si feray venir en présence La Pucelle de très hault pris.

Qui n'a encore en riens mespris, Mès chascun la craint et la doubte, Et n'est nul ne grans ne petis Que de ses dis chascun l'escoute.

Messagier, va diligemment Devers la Pucelle, et luy dy Qu'elle viengne à nous prestement, Sans tarder, et que je l'empry.

MESSAGIER

Ghier seigneur, tantoust devers lui Vostre messaige à la Pucelle

opinion ?

Par moy sera fait et acompli, Que bref en ori ez la nouvelle.

Madaine, Dieu vous doint honneur, Joye, santé et bonne vie !

Le Roy si vous pry de bon cueur Qu'aillez vers luy sans tarder mie.

LA PUCELLE

Sa volanté sera acomplie, Mon chier amy, incontinant.

Vat en devant, et je t'emprie, Sans arrester ne tant ne quant.

MESSAGIER

Plaise vous savoir que je viens, Chier Sire, de vers la Pucelle, Laquelle verrez en presant Par devers vous, plaisant et belle.

pose. — Et dit

LA PUCELLE

Noble roy. Dieu vous dont salut Et à tout vostre seigneurie, Du hault paradis le tribut, Ouquel si est joye infinie!

LE ROY

Grant mercy, ma fille et amye.

Sachez que je vous ay mandée Pour nous tenir cy compaignie, Et pour savoir vostre pencée.

Nous sommes icy assemblez

Toucliant oe que nous avez dit,

Pour en faire et en deviser

Tout selon vostre bon esdit;

Et sommes tous sans contredit

A en faire à vostre ordonnance,

Et de nul ne sera escondit

Vostre bon voloir et plaisance.

\ ous les voyez ci en présence,

Lesquelz sont d'un commun accort

A vostre grant sens et science,

De l'acomplir sans nul déport;

Et ung chascun d'eulx se fait fort

De compaignie vous tenir

Où vouldrez aller à l'efort,

Et avec vous vivre et morir.

Pour tant, fille, si est concleu,

Sauve qu'i vous plaise le faire,

Tout bien considéré et veu

Que c'est chose neccessaire;

Que sus la rivière de Loire

Au tour d'Orléans a plusieurs places

Que tiennent Anglois pour frontières,

Pour faire des maulx et falaces :

C'est Jargueau, Meung et Baugenci.

Vous savez, Anglois sont dedans,

Et comme chascun sait aussi

Que il ne sont point loing d'Orléans,

Et y pevent faire amast de gens

Pour Orléans encore défier,

Bon seroit les gecter de leans

Et aultre part les envoyer.

Je ordonne duc d'Alanson

Pour mon lieutenant gênerai, Avccques gens de grant façon, Et tant à pié comme à cheval.

Vous servir à mont et à val A tout vostre bon plaisir faire, Enjoinct, en especial, Du tout vosti'e plaisir parfaire.

Puis après, tout incontinant, Je suis bien content de me rendre Avecques vous dedans Orléans, Et que vous m'y voulez atendre.

De là yrons couronne prandre A Rains, ainsi que avez dit, Et se ad ce voulez entendre, Nous ferons à vostre appétit.

DUC D'ALANSON.

Dame Jehanne, je suis joyeux Vous faire service et plaisir Et aller à vous en tous lieux; Croyez que j'en ay grant désir.

Se plus toust j'eusse peu venir D'Angleterre, là où j'estoye, Voulu vous eusse secourir; Mès acomplir ne le povoye.

Sachez que le renom de vous Traverse de là Angleterre; A tous anemis faictes poux.

Que nul n'y sait quel confort querre.

Anglois si ont tenu en serre Le royaulme trente ans plainenient:

Mais par vous sera leur desserre, Leur fin et leur defînement.

LA PUCELLE

Vostrc voloir entièrement Vueil acomplir de ma puissance :

C'est que voloir premièrement Mectre An^lois en obbevssance, Et les places à délivrance, Baugenci, Meung et Jargueau.

Bien je suis de ceste acordance Qu'on n'espargne bourc ne cbasteau.

DUC D'ALANSON.

Jehanne, je le conseilleroye,

Et me semble que c'est le mieulx.

Vostre plaisir faire vouldroye

Plus toust que nul dessoubz les cieulx.

Anglois sont en deux ou trois lieux

Environnez autour d'Orléans;

De les avoir soyons soigneux

Et les desloiger de leans.

LA PUCELLE

Puisque vous estes tous contans,

Desdire n'en vueil vostre entante,

Et à ce faire me consens.

Si en suis aussi bien contante.

Dont ne ferons ci plus d'atante,

Et y allons diligemment,

Que bref me fault prandre la santé

D'acomplir mon veil bonnement.

LE ROY

Ma fdle, sachez, je désir

De faire ce qui vous plaira; Et vostre voloir acomplir;

Devers moy, y s'acomplira. i5,i35 Le duc d'AiansoR s'en yra Avecques vous, fille très chère, Et lequel vous obbeyra En tout ce que aurez à faire.

F° 379 r°. Or çà, beau cousin, je vous prie i5,i'io Que la Pucelle conduisez, Et pour Dieu ne luy failiez mie Que de dangier la préservez, En vous priant que la gardez

Aussi chiere que vostre enfîant, i5,ii5 Que j'aroye grand encombrier Se mal avoit aucunement.

DUC D'ALANSON.

Croyez que j'en seray engrant Et de la garder bien soigneux;

Si seroye trop desplaisant i5,i5o Qu'elle eust mal, et bien doîoiireux.

LE ROY

Je prie à Dieu le roy des cieulx Qu'i vous tiengne tous en sa garde, Et vous dont que victorieux

Puissez retourner, que qui tarde. i5,t55

Adonl les trompetes sonneront. Et puis dit

DUC D'ALANSON.

Dame Jehanne, estes vous preste?

Y nous convient d'ici partir.

A moy plus rien y ne me reste De quoy y me peust souvenir.

Donqiies, se c'est vostre plaisir, Je croy que de partir est heure :

Tous mes gens j'é fait ci venir; Pour moy plus nului ne demeure.

LA PUCELLE

Sire roy, de vous prans congié, Vous remercyant de l'onneur; Et de vostre noble valeur Soyez de Dieu regracié.

LE ROY

Fille, jamès ne vous fauldray; Je le vous promès de bon cueur.

LA PUCELLE

Sire roy, de vous prans congié, Vous remercyant de l'onneur.

LE ROY

En vous, belle, me suis fié Où je trouve cause et couleur, Tout bien en vous et tout honneur :

De ce je suis certiffié.

LA PUCELLE

Sire roy, de vous prans congié, Vous remercyant de l'onneur; Et de vostre bonne valleur Soyez de Dieu regracié;

Vous pryant par grant amytié i5,i8o Que veillez faire diligence De acomplir ce bel traictié, Estre couronné roy de France.

LE ROY

Fille, de ce n'ayez doubtance.

Vostre bon voloir je feray, 1 5,1 85

Croyez, en toute diligence, Et de bon cueur l'acompliray.

A Dieu, tant que vous reveray, Aurai doubte de vostre absence.

LA PUCELLE

Tenez vous pour moy asseuré 15,190 Que Dieu me gardera d'ofFence.

Lors s'en part, et dit

LA PUCELLE

Or SUS, monseigneur d'Alanson, Partons d'ici quant vous plaira; F°38ov°. Il est tant que nous en pansion,

Que je vouldroye estre desjà. i-^njô

DUC D'ALANSON.

Trompetes, sonnez çà et là Pour assembler toutes noz gens, Et tenez le cbemin qui va Tout le plus droit juques Orléans.

Adont icy y a une pause de trompetes et autres instrumens. — Et viendront vers Orléans, et au devant viennent les bourgeois de la ville, et dit

LE RECEPVEUR.

Dame Jehanne, noble princesse, Vous soyez la très bien venue; De vous vois nous est grant liesse Et très grant joye survenue.

Vous serez à Orléans receue, Aussi monseigneur d'Alanson, Qu'i ne sera riens soubz la nue Que n'ayez à vostre bandon.

I" BOURGEOIS

PJus de joye avoir ne penson , Noble dame, que de vous vois, N'aultre chose ne desiron, Vous, le reconfort des François!

Quant par voz armes les Anglois Avez dechacez du pays.

Il y a desjà plus d'un mois, Ne en ne les a veuz depuis.

Il' BOURGEOIS.

Gryer Noël, grans et petis, Devons pour vous tous, noble dame; Et sommes tous à vous soumis De voz servir de corps et d'ame.

Que vous estes celle qu'on clame La réduction de la ville, Et ung chascun de nous l'afferme :

Le vray est comme l'evangille.

LA PUCELLE

Mes amis, je vous remercie

De vostre honneur et plaisir, 15,225 Et vostre suis, ne doubtez mie, En ce que vous pourray servir; Que j'é bon voloir et désir De vous rendre la courtoisie

Que vous m'avez volu offrir : 15,280 Je ne l'obliray de ma vie.

F° 38 1 \". Lors icy entreront dedans Orléans, tous cryant Noël. Et puis dit

LE BASTARD D'ORLEANS

Noble dame, comment vous va?

De vous vois je suis fort joyeux.

Depuis que ne fustes deçà,

Avons esté tousjours oyseux, 15,9.35

Que il n'est Anglois soubz les cieulx

Qui ose plus sus nous venir,

Et sont de repoux en leurs lieux,

Qu'i ne savent que devenir.

Et vous, monseigneur d'Alanson, 15,2/10 Vous avez fait longue demeure, Dont, croyez, pas joyeux n'estion De vostre mal, je vous asseure.

Bien soyez venu! je procure

Des Anglois, qui vous ont tenu, i5,2i5 Tel en paiera la forfaiture Qui n'en sera en riens tenu.

MONSEIGNEUR D'ALANSON.

Soyez bien certain en ce cas

Que, ainçois qu'il soit peu de temps.

Je metray Anglois si au bas 1 5,950

Que quelcun n'en sera pas contant.

Et sachez de vray, je prêtant Que de ma ranson et dommaige Aucun qui se fait fort du grant En paiera partie du voyage ; Que, par tous les sains, j'emeroye Mieulx morir que n'estre vengé , Et que je ne me trouve en voye Pour en estre desdommaigé. Jà Dieu ne plaise que songé J'eusse aultrement de ce faire, Et mon coraige fust changé De delesser ce vitupère.

BASTARD D'ORLEANS

Nous vous ayderons à ce faire, Ne vous douhtez, et de bon cUeiir; Voire et avant qu'i soit guaire.

Quelqu'un en paiera le maleui-.

Mès pour estre le conducteur Parler convient à la Pucelle, Que de vaillantise et honneur Le vray avons trouvé en elle.

DUC D'ALANSON.

J'en ay ouy dire merveille De son sens et de son savoir, Si veil estre dessoubz son elle Et la servir à mon povoir, Que le Roy m'a prié pour voir Qu'en nulle façon ne la lesse.

Si y feray tout mon devoir De la tirer hors de la presse.

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