‹ Le mistère du Siège d'OrléansChapitre 134 sur 154 · LA GUETTE · texte numérisé non relu

LA GUETTE

Messeigneurs, je suis bien certin Que ce sont François voirement, Et viennent à nous pour hutin A nous donner aucunement, '^1,9''^ Que y chemynent rondement Droit ci et en grant ordonnance.

F° r°. Armez vous tous, que prestement Les verrez icy en presance.

Lors icy marclieront les François près de la bastille de leur pont de Meuug. Et alors les Anglois de dedans cryront tous ensemble à l'arme! Et y viendront ceuix de la ville tous armez aveques ceulx du bouloart du pont. Puis dit

Messeigneurs, je voy là devant 17,950 Au bout du pont la bastille, Et Anglois qui sont là dedans; Si fault aller vois leur setille.

Que chascun soit pront et abille

Pour ung assault leur présenter 17,955 De coraige et de ceur agille, Et ne veillez de rien doubter.

ALANSON.

Je vois l'assault exécuter Moy et mes gens, sans plus atandre.

Du premier je m'y veil bouter, 17,960 F' uiih v°. Et à ferir je veil entandre,

Que tous les feray pendre, ou rendre Le pont et la ville de Meung, Ou ainsi que je puis comprandre

D'Anglois il n'en n'eschappera ung. 17,965

Adont icy y a pause de trompetes. — Et tous les François assauldront ledit boulouart des Anglois, de lances, haches, canons et artillerie à grant force. Et ceulx de dedans se deffendront vaillamment et tiendront longuement, et y aura grant fait il'arraes les ungs contre les autres. Et enfin les François par eschelles monteront dedans la bastille et tueront les Anglois, re'servé que plusieurs se retrayront eu la ville du dit Meung et fermeront leurs portes sur eulx. Puis dit

LA PUCELLE

Çà, messeigneurs, la merci Dieu, Nous avons guangné ceste place,

Qui estoit pour ung petit lieu Fortiffiée par grant odasse.

Si veil que on la detarasse Sans y lesser riens que la terre, Afin que désormais plus trasse D'Anglois n'y puisse riens conquei're.

Plusieurs nous avons mis à mort Qui nous avoient donné paine Et deffenduz s'estoient fort, Ainsi que c'est chose certaine; Lesquieux pensoient leur demaine

Y faire à tousjours demourance, Mès a esté leur pencée vaine, Mis en ruyne et décadence.

Plus ne nous fauît arrester ci, Mès fault en especial

Faire que ayons Baugenci,

Qui est tout nostre principal,

Que pour ung bien peu de travail

Recouvrons Meung, quant nous voudrons

Et seront les Anglois bien mal

Ce Baugenci avoir povons.

Demain nous fault au point du jour

Y estre à leurs portes ouvrant.

Sans plus faire ci de cejour Ne arrester ne tant ne quant.

Nous les trouverrons tous dormant Quant viendra à bailler l'assault, Qu'i ne sauront quoy ne comment On les aura pris en sursault.

ALANSON.

Dame Jehanne, à vostre plaisir

La chose sera acomplie,

Et quant il vous plaisa partir

Tous vous suyvrons, n'en doubtez mie.

Vous compagnerons à chère lie,

Que tout vostre voloir volons,

Et par voz diz, ma belle amie,

Tout ceste armée nous conduirons.

VENDOSME

Fille, ne croyez autrement

Que vostre voloir sera fait.

Et acomply entièrement

De coraige et de cueur parfait.

Vous avez conduit cet expiait

Contre le pont de Meung sans doubte,

Que bien peu d'eulx en est retrait.

Au mains est demeuré leur rotte.

BASTARD D'ORLEANS

Y leur devra bien souvenir Du .xv^ jour de juing Désormais le temps advenir.

Qu'il ont perdu le pont de Meung, Et n'en est pas réchappé ung Que n'aye esté à l'espée.

Fors ung bien petit de commung Qui ont la ville recouvrée.

LE SIRE DE LAVAL

Y convient que leur bastille Soit ruée et mise par terre.

Qui ne demeure que la ville.

Laquelle nous reviendrons quei re,

Et de partir sans plus enquerre Geste nuyt sans atandre plus; Puis demain penserons aquerre Baugenci et le mectre jus.

LOHEAT.

J'en suis de ceste oppinion, Et n'en devons point différer.

Nostre oust si est en unyon En coraige et délibérez; Par quoy devons persévérer AHencontre toute personne, Et ne devons rien espargner Quant l'eur de fortune nous donne.

LE SIRE DE GRAVILLE

Pour ung bien peu se reposer Me semble que ce seroit le mieux, Sans vouloir le harnois poser Ne delesser jeunes ne vieux.

D'ici là deux petites lieux; Mès que soyons au point du jour Tous fraiz, puissans et vertueux, Heure sera de bailler l'estour.

LE SIRE DE CHAUMIGNY DE RERRY.

Je suis de ce consentement, Ne partir plus toust que mynuit; Nous y serons assez à tant Et y aller sans mener bruit.

Chascun se repose la nuyt Sans soy desarmer nullement,

Puis au point du jour le desduit A leur bailler l'esLastement.

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