‹ Le mistère du Siège d'OrléansChapitre 133 sur 154 · LE R · texte numérisé non relu

LE R

Amy, bien soye tu venu.

De tes nouvelles j'ay grant joye.

Et du. cas qui est advenu.

Plus plaisir avoir ne pourroye, Que je cognois en toute voye Ma belle fille prospère, Dont je pry Dieu qu'i luy octroyé Bien parvenir à son affaire.

De Jargueau je suis très joyeux Qu'i soit en nostre obéissance.

Que y nous estoit fort nuyseux Et nous povoit faire nuyssance.

Mès voy que divine puissance

Y a mis la main en ce cas.

Que tous les jours sans differance

Ma puissance croist hault et bas.

Et onques puis que ceste fille

Fut arrivée en ce païs,

De toutes pars gens à la fille

Sont venuz comme vrais amis.

Et mes anciens anemis ,

Sur eux a tousjours eu victoire,

Et du tout les a au bas mis

Que à tousjours en sera mémoire.

Je say que c'est chose divine

Et à moy de Dieu envoyée ,

Gomme à son servant moy indigne.

Si a ma terre recouvrée Qui estoit fort debiletée, Degastée et mise au néant, Dont Dieu et la Vierge honnorée, Je les remercye en tous sans.

Messager, je suis fort joyeux Des nouvelles que me rapporte; Loé en soit le roy des cieux Qui en tous sens me reconforte !

Vat en diligemment et porte Mes nouvelles à la Pucelle.

C'est que à son plaisir ne déporte Et acomplir le voloir d'elle.

Dy lui que je me recommande A elle tant comme je puis, A tous les seigneurs de sa bande, Qui sont noz parens et amis, Et que de bon cueur les mercis De leur hault' et bonne victoire Qu'il ont eu sus mes an émis :

A Dieu et à eulx soit la gloire !

Pareillement tu leur diras Que devers eulx je veil aller, De bref tu leur rapporteras Et que à eulx je veil parler, Pour noz besoignes conseiller D'aucuns faiz que j'é en propoux.

Et à Orléans leur reveller Comme à mes amis par sus tous.

Or, va et leur faiz ce messaige Diligemment, et je t'en prie, A la Pucelle noble et saige Et à toute la seigneurie :

Que de très bon cucur les niercie Et que à eux suis fort tenu , Dont leur rendrai la courtoisie, Et autant au grant que au menu.

MESSAGIER

Sire roy, en grant diligence Je leur vois Taire le message, A la Pucelle d'excellence Et à tout le noble bernage , Gomment leur mandez de corage Que à eux vous recommandez, Et que de bref prandrez voyage Vers eux, ainsi que l'entendez.

LE ROY

Messagier, tu es bon et saige.

Di leur bien que fort suis joyeux Du très hault et bel vacelage.

Que pour moy font si vertueux.

MESSAGIER

A l'ayde du vray roy des cieux Feray vostre commandement Vers la Pucelle, et à tous ceulx Qui ont tout le gouvernement.

Pose. — El puis dit

MESSAGIER

Or, me convient, sans séjourner Ne sans arresfcer pas ne heure , Devers la belle retourner

La excellant oultre mesure, 17,765 Qu'i n'est au monde créature Pour donner victoire aux François, Et est eureux qui sa faiture Une foiz le jour la peut vois.

Pose.

Or sui ge, Dieu mercy, venu 17,760

Bien à point quant je vois la belle;

Tout plaisir si m'est survenu

Ne riens ne en mon cueur rebelle,

Que au monde croy que c'est celle

Qui convincra noz ennemis, 17,755

Et les François metra en selle

En relevant les fleurs de lis.

Très noble et excellant princesse,

De devers le Roy suis venu,

Ainsi que par vostre autesse 17,760 Y m'estoit par vous convenu.

Et auquel tout le contenu De vostre hault et bon message F° à/10 r\ Dit luy ay, et l'a retenu.

Dont y vous mercie de corage, 17,766 Pareillement tous les seigneurs De son sang et ses vrais amis.

Et de leurs paines et labeurs Leur en rant grâces et mercis.

Et de Jargueau que avez pris n^ii^

Si en est son ceur fort joyeux,

Dont avez sur ces anemis

Ainsi esté victorieux.

Et si m'a dit que je vous die

Que dedans Orléans, en bref jours, Vous viendra vois à chiere lie, Ainsi comme il a de propous.

Et que grant désir a tousjours De complaire à voz volantez, Gomme à ses amis par sus tous, A voz desiz et libertez.

LA PUCELLE

Messagier, bien soye tu venu.

De tes nouvelles suis joyeuse

Et dont tu as le contenu

De ma nouvelle souteneuse

Dit au Roy, que fort bien eureuse

Est pour luy et doit avoir joye;

Que c'est chose miraculeuse

De Dieu, lequel en tient la voye.

Or sà, messeigneurs et amis.

Nous convient mectre en ordonnance.

En vous priant tant que je puis

Ordonner à vostre plaisance,

Que en vous est toute prudence

En faiz d'armes et autrement.

Pour conduire nostre puissance

Et l'ordonner entièrement.

ALANSON.

Dame Jehanne, totallement De ceste armée aurez la charge, Pour l'ordonner certainement.

Aultre que vous pour le voyage.

Vous y estes prudente et sage Et à vous tous nous somme tous.

Ne m'en parlez plus de langage, Que ainsi faire le voulons.

LA PUCELLE

Puis que sont voz oppinions Et qu'i vous plaist ainsi de faire, A voz dis m'acorderay dont Et pour vostre voloir complaire , V t". Combien que le pourez mieux faire

Que moy plus magnifiquement.

Mès pour la chose ainsi parfaire, Feray à mon entendement.

Jaymès je ne me suis trouvée En si bel nombre que nous sommes, N'en si très excellante armée Tant de gens de fait et nobles hommes; Et croy bien de vray que en sommes Estes quatre mille et mieux.

Si devons avoir ainsi commes Geurs de lions fiers, corageux.

Et sommes assez, ce me semble, Pour confondre noz anemis, Et, fussent il trestous ensemble.

Par nous devroient estre soumis.

Et en nestoyer le païs De France, la loyalle terre.

Et tous Anglois grans et petits Les renvoyer en Angleterre.

Et dont pour ordonner l'armée, Puis qu'il vous plaist, l'ordonneray, Prient Dieu qu'elle soit gardée, Et à voz dis obteraperay. Du tout ou mieux que je pouray

Feray la preparacion Et comme faire le sauray, Puis que c'est vostre intencioii.

Vous, monseigneur duc d'Alanson, Mènerez la première armée, En quelque lieu que nous aillon Voire ou en quelque contrée, Aveques gens de renommée Qui aveques vous se tiendront, Gens de fait, de chère asseurée Qui pour morir ne vous faudront.

Si est le seigneur de Laval , S'i luy plaist et je l'en supplie, Avec le seigneur de Locliat Son frère, à la chère hardie.

Qui ont très belle compaignie De quatre à cinq cens combatant, Qui sont pour faire une saillie Allencontre de tout venant.

Après, monseigneur de Vendosme, Oveques La Hire et Poton, Je croy que devant vous nul homme Sur vous ne levra le menton.

Que de puissance et de renon Avez sus tous chevallerie.

Informez et bien le savon , Et n'est nul qui vous en dedye.

Vous aussi, le Bastard d'Orléans, N'ayez point la chère esbaye; Vostre personne en vaudra cent, Et de ce en vous je me fye.

Aurez en vostre compaignie Le bon sire de Beaumanoir,

Qui a chère noble et hardie

Et pour y faire bon devoir.

Aussi, monseigneur de Graviile,

Avec le sire de Culant,

Que tous deux savez le setille

Vous entretenir en tous sans.

Vous estes nobles et vaillant

Autant que nulz qu'on peust finer,

Si ne soyez contredisant

De voloir ainsi ordonner.

Messire Ambroise de Loré

Et messire Fleurant d'Illiers,

Au plus près de vous je seray,

Aveques mes genz près à près,

Qui vous secourent par exprès,

S'aucun besoing avez de nous;

Si acomplirez, s'i vous plaist,

A fournir à faire nostre oust.

Puis, monseigneur de Ghammigny,

Avec le vidame de Chartres,

Vous fournirez tretout ainsi

Et y ferez à bonnes certes.

Si vous garderons avoir pertes

Et qu'en rien ne soyez surpris.

Bien say de vous, Thibault de Termes,

Que de guerre estes apris.

Le sire de la Tour d'Auvergne ,

Aveques Jaymet de Tillay

Et le sire de Vallepaigne,

Aveques raoy je meneray,

Et le remenant conduiray.

Nobles princes et chevaliers.

Ne point les abandonneray,

Quelque destourbier ou daiigiers.

Donques, s'i vous plaist, partirons

Pour allei' vois noz aneinis

Vers Baugenci, où croy que sont.

Pour en despecher le païs.

Soyons tous vaillant et hardis,

Sans avoir peurs ne nulle doubte,

Que j'espoir à mon advis

Des Anglois de rompre leur rotte.

Faictes les trompetes sonner.

Et allons, que Dieu nous conduye !

Qu'une si haute seigneurie

Ne doit jaymès craindre et doubter.

ALÂNSON.

Icy ne volons séjourner,

Que prest sommes, n'en doubtez mye.

LA PUCELLE

Faictes les trompetes sonner,

Et allons, que Dieu nous conduye!

VENDOSME

Gomme avez volu ordonner, Jehanne, vous serez obbaye, Et du tout nostre compaignie Se consent que la gouvernez.

LA PUCELLE

Faictes les trompetes sonner,

Et allons, que Dieu nous conduye !

G'une si haulte seigneurie

Ne doit jamès craindre et doubter.

im LE MISTERE DU SIEGE D'ORLEANS.

Lors icy se partent, et y a grant pause de instrumens et Irompetes. — Et font tant qu'ils viennent devant le port de Meung, ainsi par l'ordonnance de la Pucelle, chascun en son rant. Puis dit un Anglois compaignon qui voit ai'river de loing l'armée des François, dit

LA GUIETE, Anglois.

Messeigneurs , je voy gens venir Parmy les champs de toutes pars, F° MiS v°. Et sont François sans en mentir; Je le voy à leurs estandars.

Il ont lances, vouges, pavast, 17-930

Et sont une grosse puissance

Garniz d'arbalestes et ars.

Et vennent droit ci sans doubtance.

MESSIRE GAULTIER RONGEFORT, Anglois

Que dy tu ? voici grant offance.

Sont il guieres à ton advis?

De François as tu congnoissance , Y voi tu nulles fleurs de lis, Ou qu'i soient de noz amis Pour nous voloir donner secours?

Regarde bien, ce seroit le pis.

Que François savent de faulx tours.

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