PRÉFACE. XXI
ont puisé à une source commune, la vérité? Sur ce point, M. Quicherat, aussi bien que nous pour le moins, sait à quoi s'en tenir.
Le point de droit étant hors de doute , on reconnaîtra , en fait , sans difficulté, que la versification du mystère ne rappelle en rien le style du journal du siège ; et du moment que l'auteur du premier de ces ouvrages choisissait la méthode exégétique, c'est-àdire se bornait à suivre les faits et à les mettre en action dans l'ordre où ils s'étaient passés, il devait nécessairement se rencontrer avec le journal, dont le grand mérite est de raconter jour par jour tous les incidents du siège soutenu par les Orléanais.
Voyons maintenant si cette similitude est aussi complète que l'a jugée M. Quicherat, et si l'on ne trouve pas entre les deux ouvrages des diff'érences assez notables, pour permettre de croire que l'un n'est pas la source unique de l'autre.
Le journal du siège ne commence qu'à partir du jeudi i 2 octobre i4a8, jour de l'arrivée des Anglais devant Orléans. Le poëme remonte beaucoup plus haut, et ne consacre pas moins de quatre-vingt-cinq pages aux faits antérieurs.
Il s'ouvre en Angleterre par une réunion des principaux chefs anglais, que le duc d'Orléans vient supplier d'épargner son domaine. On assiste ensuite au départ des Anglais, qui arrivent à Rouen, puis à Chartres, où ils tiennent conseil. De là, l'auteur conduit Salisbury et Glacidas ou Glasdale devant maître Jean des Boitions, célèbre astrologue, qu'ils veulent consulter sur leur future destinée. Enfin, il nous fait voir les préparatifs de défense des Orléanais, pendant que l'ennemi, après avoir passé la Loire à Meung, arrive devant Orléans, non sans avoir pillé, en passant, l'église de Notre-Dame de Cléry.
De tout cela, rien ne se trouve dans le journal du siège, si ce n'est une mention très-courte de la visite de Salisbury à Jean des