‹ Le mistère du Siège d'OrléansChapitre 140 sur 154 · BEAUMANOIR · texte numérisé non relu

BEAUMANOIR

Mou chier seigneur, croyez pour voir Honneur aurez et renommée, Que voz gens y feront devoir, La chose en est bien asseurée.

Plus que nulz qui soit en l'armée, 18,690 De cela j'en suis bien certin Que leur désir et leur pencée N'est que se trouver en utin,

F°662v°. Lors y a pose. — Et trompetes sonneront, et viendra le conte de Richemont devant la Pucelle, et la saluera haultement, tous armez et en point; puis dit

RICHEMONT

Jehanne, Dieu vous dont bonne vie Bien acomplir vostre désir, Et à toute la seigneurie Luy dont parfaire son plaisir !

De vous vois avoie désir Et estre en vostre compaignie, Prest à y vivre ou à morir Et vous suyvre toute ma vie.

Je suis à vous et tous mes gens A faire vostre volanté, En bataille et tenir le rant Gomme par vous sera apointé, Vous obbayr de vérité Et faire par vostre ordonnance.

LA PUCELLE

De vostre salut et bonté

Vous remercie de ma puissance.

J'é en mon cœur rejouyssance De vostre visitacion, Que je say que vostre presance Nous donra consolacion.

Aujourd'uy, par permission De Dieu, sommes céans entrez, En très grant variacion.

Anglois nous cuidoient deroquer, Et, par une cautelle voye, Aucuns s'estoient embuchez En cavernes, c'est chose vraye.

Pour nous abatre et subjuguer Et pour nous voloir enfermer, Saillir sur nous pour nous enclose; Mès nous les avons dechacez.

Ne nul d'eux plus montrer ne s'ose.

Et ce sont tous leans retraiz En ce chasteau et abbaye, Que par artillerie et traiz Le fault avoir, quel que nul die.

Si volons faire une saillie Encontre eulx et un gref assault.

Et sortir nostre artillerie, Que ainsi faire le nous fault Si comment les faire saillir Pour savoir quel puissance il ont Et aprement les poursuyvir, Aussi bien ceulx du bout du pont.

Plusieurs là retrayez ce sont En ung petit méchant taudis, Où de bref il en partiront Sans retourner en leur païs.

RICHEMONT

Dame Jehanne, vous dictes bien, La chose est bonne ainsi le fere.

Si ne m'espargnez dont en rien, Que du tout je vous veil complaire.

Et tous mes gens tenii' frontière En quelque lieu qui vous plaira; Sans que nul en die au contraire, Ung chascun vous obbayra.

Mès d'une chose je voudroye Vous requérir à toutes fins :

Sy est, si vous trouvez en voye, Et que vous y trouvez à point, Devers le Roy, ung peu le crains, C'est que par vous ma paix ce face Et que mon cas peust estre estains.

Que peusse retourner en grâce.

Vous me ferez ung grant plaisir Et à vous tout temps seray tenu, S'i vous plaisoit vous souvenir De mon fait et du contenu.

Et pensez cjue j'en suis esmeu, Dont devers luy je n'ose aller; Mès par vous je seray receu A pardon et à grâce avoir.

Si vous prie tant que je puis Que vous plaise luy en parler, Et que son serviteur je suis; Partout oii y voudra aller Le suivray sans varier.

Tout à son voloir et plaisance,

Ne envers luy pour nul denier Jamès je ne feray offance.

LA PUCELLE

Monseigneur, n'en ayez doubtance, Que de bon ceur je le feray, Voire et de tout ma puissance Très volontiers l'en requerray Et humblement l'en suppliray, Qu i le fera à mon povoir; Et devers luy vous meneray De bon ceur et de bon voloir.

RICHEMONT

Dame, je vous en remercie; Tenu suis à vous grandement Et le seray toute ma vie, Vous remercyant humblement.

Je scay bien véritablement Que, si toust lui en parlerez.

Vous accordera entièrement; Rien ne vous voudroit refuser.

DUC D'ALANSON.

Dame Jehanne, nous prions

Que en veillez parler au Roy.

Artus, conte de Richement,

Si est noble et de grant arroy,

Et pour ayder, je le croy,

Au Roy à recouvrer son royaulme.

N'est plus puissant ne mieux de quoy

Que luy qui soit portant heaulme.

VENDOSME

Dame Jehanne, vous le ferez;

Nous vous en prions tous ensemble.

Ce que demandrez vous Tarez

Et plus grand chose, ce me samble,

Que vous estes son oriflambe

Et celle en qui mieux y se fie;

Son affection est plus ample

En vous que nul, quoy qu'on en die.

LA PUCELLE

Messeigneurs, saichez de bon ceur Que volantiers le requerray.

Et au Roy mon loyal seigneur Très volantiers l'en suppliray, Et tout au mieux que je pouray Pour aquerir sa délivrance, De bon ceur je m'y emploiray, Croyez, de toute ma puissance.

Oultre plus, y nous fault pencer De voloir ce siège parfaire, Et ces Anglois ci desloger En aquerant sur eulx victoire, Lesquelz se sont voluz retraire Ou chasteau et ou bout du pont, Les assiger devant, derrière, Et les avoir tout tant qu i sont.

Y convient que devers la Beausse Nous y ayons un siège assis, Que de leur art et façon faulce Se fault garder d'estre surpris.

Secours de Chartres ou Paris

Leur pourroit venir plainement, Qui pourroit donner des ennuys A nostre armée certainement.

Vous, monseigneur duc d'Alanson, Voz gens et vostre artillerie, Y serez là pour tenir bon, S'i vous plaist, et je vous en prie; Et pour vous tenir compaignie, Le bon conte de Richemont Et ses gens à chère hardie, Qui de bon ceur vous serviront.

Après, pour le siège du pont Oii ils ont une bastille, Tantoust nous en ordonnerons Et mectre gardes pour la ville, Que nul ne sera si abille D'Anglois, si osé ne hardi De saillir hors son domicile Qu i ne soit tantoust reverdi.

ALANSON.

De monseigneur le connestable Vieu ge bien avec moy avoir.

Que il est ung prince notable De corps, de biens et de savoir.

Et sachez que y ferons devoir Encontre ceste forteresse.

On s'en pourra appercevoir D'ici à lonc temps, et grant presse.

RICHEMONT

Monseigneur, je vous remercie De vostre honneur et plaisir.

Quant y vous plaist ma compaignie,

Je le vous voudray desservir,

Et à vous je veil obbayr

Et mes gens durant ceste guerre,

Pour vous à vivre et à raorir.

En quel part les voudrez requerre.

ALANSON.

Monseigneur, ne doubtez en riens

Que je vous ayme de bon ceur;

Pour frère d'armes je vous tiens

A faire plaisir et honneur,

Et vous tenez hardiment seur

Pour nulle rien ne vous fauldray.

Pour quelque cause ne couleur,

A tousjours tant que je vivray.

Mès dont, puis que sommes commis

Assiger ceste forteresse,

Noz allez et nos amys

Et toute nostre grant noblesse

Fault que vers nous viengne et appresse

Aveques nostre artillerie,

Et que par très grant hardiesse

Elle soit par nous assaillie.

RICHEMONT

Mon cher seigneur, vous dictes bien ; Assemblez voz gens, il est temps, Que le délayer n'y vault rien :

Y fault tirer droit et avant.

ALANSON.

Or sus dont, chascun en son rant.

Trompetes, faicles assembler Tous mes gens icy en presant

Pour faire ces Anglois trambler. 1 8,885

F" /i67 r°. Lors icy les trompetes sonneront. Et gens d'armes de tout coustez viendront devant Alanson, Richemont en grant puissance, la Pucelle estant d'autre cousté aveques une autre gi'osse armée. Puis dit ie bailli d'Evreux qui vient es fenestres du chasteau :

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