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LE BAILLY D'EVREUX

Monseigneur, je vous remercie Dont ne me volez escondire.

Monseigneur, comme vous savez De l'introduction de guerre, Un g chascun appete à gaigner Et à voloir son droit aquerre.

Pour Henry, le roy d'Engleterre , Qui est pour le présent enflant, Droit est que lui gardons sa terre.

Ainsi que le droit appartient.

Voloir sostenir nostre roy, Cela est de droit et raison Que le facions de bonne foy En tout temps et toute saison.

Garder, deffendre sa maison, Comme à son souverain seigneur.

Et le garder de trayson De tout mal et de tout doleur.

Pareillement pour nulle riens Nous ne luy devons défaillir, Mès le garder luy et les siens.

En ce cas et vivre et morir.

Et s'i vous plaist à me ouyr Tant pour la fortune ovier Qui à chascan peut encourir.

Où nullui ne se peut fier, Messeigneurs, s'i vous plaist, ferons Pour différer le sang espandre, Qui de fortune ne savons A qui sera le fort ou mendre :

Ceste place vous volons rendre Moyennant noz vies et noz corps.

Tous noz biens emporter et prendre Et saillir anuyt trestous hors De la bastille du pont.

Pour iceulx je me tien bien fort Que pareillement vous lerront En paix et sans nul discort.

Nului ne se doit tenir fort

En la fortune de la guerre,

Que cil qui cuide avoir le fort

Bien souvent est rué par terre.

S'i vous plaist de ainsi le faire

Et voyent que ce soit du mieux,

Pour la vie à plusieurs retraire

Et le dangier Irefurieux

A nobles et à vertueux,

Autant de nous comme des vostres,

Nous nous en yrons aultres lieux

Enmenant les biens qui sont nostres.

Et de ce nous donnez responce

De vostre bonne volante

A ce que vous dy et prononce,

Et tout à la vraye équité,

Que en bonne fidélité

Le tendrons ferme et estable

Ce que par nous sera apointé,

Et par edit irrévocable.

ALANSON.

Monseigneur le bailly d'Evreux, Je vous ay volantiers ouy, Et pour vous seray curieux.

Si ne le métré en oubly.

Nonnostant je suis celuy Avecques plusieurs grans seigneurs Qui par nous serez assailly De gens de fait et vertueux, Mès, pour l'onneur de gentillesse, Vostre message je feray A la fleur de toute noblesse, C'est à la Pucelle, où yray

Et vostre cas je luy diray En la présence des seigneurs, Et tantoust vous rapporteray Tout la volanté de leurs ceurs.

Gà, monseigneur de Richemont, Vous avez ouy comme moy L'esdit que les Angloys nous font; Se tenir en leur doit l'autroy, Qu'en dictes-vous? Gomme je croy, Nul de nous n'en sera contant, Que noslres sont, comme je voy.

Et ne sont envers nous puissant.

RICHEMONT

Puisque vous leur avez promis,

Ne leur fault faillir de promesse,

Mès fault aller vers noz amys

Et devant toute la noblesse;

Que à eulx la chose s'adresse,

Pour en dire et déterminer

Par leur sens et [par] leur sagesse

Gomme on s'i devra gouverner.

Et bien appartient ceste chose

Leur dire et magnifester,

Que de guerre, homme en proppose

Mès fortune en veult discuter.

Sy les povons nous surmonter

Et les avoir sans nul deffault;

De cela y n'en fault doubter

A les avoir de plain assault.

ALANSON.

Allons, et ferons diligence

'169 v°. Pour savoir leur oppiiiion,

Et leur declairer en présence Des Anglois leur aflection,

RICHEMONT

Plus n'en fault de dilacion Ne plus en faire de séjour; Brève deliberacion Requiert ce cas et sans demour.

Lors vont, et y a pose. — Puis dit

LA PUCELLE

Donques, monseigneur de Vendosme, Aveques le bastard d'Orléans, Vous deux ensemble serez comme Frères d'armes et très vaillans, Avec de notables gens :

Vous aurez La Hire et Poton, Qui ont gens hardiz et puissans Et en fait de guerre renon.

Vous après, sire de Loyat Et vostre frère, je vous prie, Avec monseigneur l'amiral, Lequel vous tiendra compaignie '170 r°. Aveques noble seigneurie,

Garderez le pays de Sauloigne

En noblesse et chevallerie,

Que nul Anglois ne s'en esloigne.

Lors Alanson et Richement arrivent devers la Pucelle , et dit

ALANSON.

Dame Jehanne, veillez ouyr

Les nouvelles que vous veil dire De par les Anglois sans faillir, Lesquelles m'ont volu produire Et dont je n'é volu dédire Que rapport je ne vous en fisse, Considéré qu'i ne peut nuyre Et que riens ne nous préjudice.

Vray est ainsi que nous estions A regarder nostre entreprise Et assiger noz pavillons Comme chascun doit et devise, Et aussi ung chascun advise A bien sortir l'artillerie , Pour bien l'employer à sa guise Et qu'elle soit bien assortie, Et comme nous parlions ensemble Estant le connestable et moy, Le bailly d'Evreux, ce me semble, Et est luy, ainsi que je croy, Lequel en très notable arroy C'est monstré par une fenestre.

Me prient que lui fisse octroy Parlementer là enmy l'aistre, Disant des fortunes diverses Qui peuent à plusieurs advenir Et que souventes foiz renverses Ceulx qui cuident à bien venir, Et que nul ne se doit tenir Seur de fortune, tant ne quant, Et qu'elle peut tout survertir Qui n'est si petit ne si grant.

Et en toutes autres choses M'a prié que luy acordions

Traicté de paix, fermes bien closes Et qu'ainsi faire vousions; Si estoit que nous y iairont La ville et tout le chasteau Et la bastille du pont FortiflTiée auprès de l'eau, Moiennant aussi qu'i vous plaise Les lesser aller franchement, Sans leur donner aucun malaise, Aveques aussi tous leurs biens, Sans que vous en retenez riens Soit or ou argent ou ménage.

Et s'en yront incontinant En vous delessant l'eritage.

Et dont, s'i vous plaist, advisez Que responce leur soit donnée, Et de ce vous disposez, S'elle leur sera accordée; Que ma foy je leur ay jurée Assavoir je le vous feroye Aujourd'uy, et de relevée Vostre responce leur diroye.

LA PUCELLE

Vostre bon plaisir je voudroye Vous accorder sus toute rien.

Et est raison c'on y provoye, Que en ce n'y a que tout bien.

Et de trouver aucun moyen De paix et bonne concordance Au prouffit du Roy, je soustien On y doit mectre provoyance. Vous tous, vous avez bien ouy

Que ie lieutenant gênerai

Vous a recité de par lui,

Aussi comme bon et loyal :

Si nous a dit en principal

Que tous les Anglois de céans

Partiront amont et aval,

Enmenant eux et tous leurs biens.

S'i vous plaist en disposer.

Ce qui vous en semble de faire ,

Leur acorder ou delesier

Et en dire aucune manière,

Ung chascun de vous s'en declaire

Présentement, sans plus atandre.

Et que nul de vous n'en difîaire :

Brève responce leur fault rendre.

VENDOSME

En ce cas y n'est que deux moz :

De le tenir ou delesser.

Et ne vient en riens à propoux Que on leur doyve ceci passer.

Y voient bien et savent assez Qu'i sont nostres, si nous volons, Et se trouvent si fort pressez Que plus ne savent qu'i feront; Mès, pour l'onneur duc d'Alanson Qui a rapporté ce message, Aucune chose leur feron, Voire et ung grant avantaige.

Si est qu'i lessent ce passaige.

Leurs vies sauves tant seulement, Sans enporter de leur bagage, Arnois, chevaux, n'or ne argent.

DUC D'ALANSON.

Bien suis de ceste oppinion Que pour leur vie seulement, Puisqu i requièrent le pardon , On leur octroyé bonnement, Voire et que diligemment Vident anuyt ains que malin, Sans enporter riens nullement Fors ung batou blanc en leur poing.

BASTARD D'ORLEANS

Je say bien que se nous volons D'eux nului n'en réchappera ; Mès de la paine nous donront Et du temps perdu y sera.

Des nostres aucuns demorra Peut estre, dont sera dommage; Sy leur fra on, qui me croyra, Ung bien petit plus d'avantage.

GRAVILLE

Sy est qu'i s'en pourront aller

A tout leurs chevaux et harnois,

Et sans autre chose emporter

De leurs biens qui vaille ung tournois,

Et dès anuyt les volons vois

Devant nous tous les deppartir,

Qu'i ny demorra nul Anglois

S i ne veult la mort encourir.

POTON

Puisqu'i sont venuz à merci

Semble c'on les doit recepvoir.

Sont gens de guerre et nous aussi;

Ne sait où on ce peut trouvoir. 19,1^5

Bien say, se les voloir avoir,

Vous les aurez sans nulle faulte,

Et n'arrestront ne main ne soir

Devant vostre armée noble et haulte.

LA HIRE

Mès comme on m'a yci dit, 19,100 Pour leurs harnois et leurs chevaux F''/i73r". Ne leur doit point estre escondit;

N'est pas chose qui guiere vault.

Dès aujourd'uy par mons et vault

S'en yront à leur adventure, i9,ir)5

Et leur octroyez, ne vous chault :

Les recouvrez, se ce temps dure.

FLEURANT D'ILLIERS

En ce cas je ne say que dire De ce que cy vous proposez,

Que des Anglois y n'est rien pire 19,160 Et de faulceté asseurez.

Y diront que vous n'oserez Les assaillir pour nulle rien, Et corage vous leur donrez.

Que jamès ne vous firent bien. 19,165

Vous les avez, se vous voulez;

Jamès y n'en eschappera ung,

Que 011 y fera tel devoir

Plus que n'avez au pont de Meung.

Et comme disoit ung cliascun 19.170

Que le pont vous n'auriez du moys,

D'Anglois n'en demourra aucun En main de deux heures ou trois.

JAIVIET DE TILLAY.

Bien suis de ceste oppinion G'on ne leur doit point acorder.

Es Angloys n'est que trayson, Et nului ne s'i doit fier; Que s'i vous savoyent lapider Et que vous fussiez en leurs mains, Mercy n'ariez d'eux, l'entandez, Mains que de Teurs et Sarrazins.

Et pour ce, selon mon advis, On les doit tous faire morir, Et n'espargnez grans ne petis, Que trop nous font de desplaisir.

Y sont icy bien sans mentir De mille à .xn^, et plus, Que tenez à vostre plaisir :

Les lesser aller, c'est abus.

THUDUAL DE CARMOISON.

Assez toust je m'acorderoye G'on ne les deust lesser aller; Mès fault adviser aultre voye Et bien sur ce se consedler.

Je say bien qu i sont travaillez Et bien pensent avoir le pire; Pour tant il ont volu parler D'apointement, je l'ouy dire.

Et puisqu'il ont requis la chose Et qu'elle vient de leur motiz, De pai'ler à eulx je suppose

N'y avoir que bien sans mentir, Moyennant à bon port venir Et à nostre honneur et proffit, Leur volant quelque chose offrir Sans que leur ost soit escondit.

SAINCTE SUAIRE

C'est de leurs chevaux et harnois,

Ainsi comme on a recité;

Ce sera honneur es François

Leur avoir donné sauveté,

Et cognoistront l'onnesteté

De France pour une aultre fois,

La grant vertu, la liberté

Du grant dangier où il estoys.

JAQUES DE DIGNAN , seigneur de Beaumanoir.

Messeigneurs, y fault adviser

Que guerre n'est pas peu de chose;

C'est la fin où y fault viser

Et se conseiller sus la glose,

Que ainsi comme je suppose,

Que cil qui est re([uis de paix,

A son proffit, bien dire l'ose,

Refuser ne le doit jamès;

Que bien souvente fois j'é veu

Cil qui cuidoit estre le maistre

A la fin se trouvoit deceu.

Et se trouvoit souvent en l'aistre.

Non pourtant que je veille estre

Contraire à voz oppinions;

Chascun de vous peut bien congnoistre

Ce que à faire nous avons.

Mès, pour ceste chose abréger, 19,280

Apointement leur acorderoye,

Pour éviter tretout danger

Et pour les chacer de la voye.

Leurs chevaux, harnois leur donroye

Et eux en aller vistement, 19,235

Sans enporter or ni monnoye

Et riens, fors leur abillement.

LE SIRE DE LAVAL

De ceste oppinion je suis Qu'i vident hors diligemment,

Que de Chartres ou de Paris 19,260 Peult avoir secours bonnement.

Et si dit on certainement Que messire Jehan Tallebot FVi75r°. Vient, et Anglois largement,

Et messire Jehan Facestot. 19,265 Pour ce dont, sans plus différer, Et veu que de ce vous requièrent.

On ne leur doit point refuser.

Et puisqu'i viennent par prières,

En ce cas ne perderez vous gueres ig^^So Et sera l'onneur des François; Puis en quelque lieu de frontières Aultrefoiz les pourrez revois.

LE SIRE DE LOYAT

Je suis de ce consentement

Et qu'y videz ^ sans différence, 19,255 Dès aujourd'uy présentement Partent, et en nostre présence,

' Lisez : qu'ils vident, c'est-à-dire partent.

Sans plus en faire demorance, Ne sans atandre pas ne heure, Sur peine de désobéissance Et estre réputé parjure.

De ce que leur voudrez donner Je m'en rapporte bien à vous; Faictes en et en ordonnez, Je le vous dy ci devant tous, Ce qui vous viendra à prepoux.

Je croy bien que seront contant, Qu'i ce voyent de nous enclos Et en ung dangier très fort grant.

LA PUCELLE

Donques, monseigneur d'Alanson, Vous oyez les oppinions :

Si est temps que nous parfacion Sans en plus de dilacions; Responce fault que leur donnons Gomme leur avez acordé, Et, s'i vous plaist, adviserons Touchant ce qu'il ont demandé.

Vous voyez la vois des seigneurs Et lesquelles sont différantes.

Bien dictes et de grans faveurs, Et aussi sont très excellantes.

Très haultes et magnificentes; Nonpourtant fault faire devoir Que de noz personnes présentes Anglois puissent response avoir.

Sy me semble que sera bon.

Sauve l'onneur de vous tretous.

Que responce nous leur donnon

Et que soit de gré d'entre vous.

Leur sera octroyé par non Que le traicté leur acordons, Moiennant que ferme et bien clos Sans deffaillir le garderons :

Si est que pour le sang humain Eviter et garder d'espandre, Et que nostre roy est begnain, Prest à tous de à mercy prandre, Dès aujourd'uy, sans plus atandre, Partiront et n'arestront plus ; Le chasteau et le pont nous rendent En bonne paix et sans abus, Et par ce s'en pourront aller, Leur vie sauve et en seureté.

Leurs harnois, leurs chevaux sellez, Sans nulle difficulté, En promectant de vérité Que de dix jours ne s'armeront, Pour guerre en quelque cousté Ne en quelque lieu que facions.

Oultre plus leur sera defl'andu Que de leur ménage et biens, Et à paine d'estre pandu A celui qui en portera riens Qui vaille plus d'un marc d'argent En bagues ne or ne monnoye.

Et se de ce ne sont contens.

Du traicté plus on ne les oye.

Dont, monseigneur le lieutenant Du roy, vous ferez le rapport.

Et que chascun en soit contant Vous tous, messeigneurs, de l'acort.

Y fait bon éviter ieur mort, Et sans estre trop furieux, Que y recongnoissent ieur tort,

y convient leur estre piteux. .19,32:^

ALANSON.

Nuluy ne sauroit dire mieux, Et est la chose fort honneste.

Si veil aller par devers eux.

Afin que je leur magnifeste.

Et puis qu'il m'ont fait la requeste, 19,330 Moy mesmes y vois de présent. Sans plus tarder ne faire enqueste, De vous, messeigneurs, congié prant.

Lors y a pose de trompetes longuement. — Puis vient le bailly d'Esvreux à la feuestre , et puis dit monseigneur d'Alanson :

ALANSON.

FVt77 r". Monseigneur le bailly d'Evreux,

J'ay acompli vostre message, 19,335

Et si ay assemblé plusieurs

Des plus grans de nostre barnage.

Donques, vous orrez mon langage

Et le rapport que je vous fais.

BAILLY D'ESVREUX.

Monseigneur, du tout mon corage 19,3^0 Vous remectré, puis qu'il vous plaist.

ALANSON.

Je vous diray comme il en est

Et du propoux délibéré

Ordonné comme par arrest.

Tout le cas je le vous diray :

Qu'i vous a esté octroyé,

Grâce de pitié et concorde

Envers vous, ce présent traicté

Dont en vous fait miséricorde.

Que qui eust volu aucuns croire

Et selon leur intencion,

Pour vérité c'est chose voire.

Point n'eussiez de remission;

Mès Jehanne, qui de devocion

Et qui est toujours piteable,

Vous donne composicion

Gomme très bonne et charitable.

Si est qu'au jourd'uy pour le joui'

Vous partirez de ceste place,

Tant du pont, du chasleau et tour;

D'Anglois n'y en demorra trace.

Et de voz vies vous en fait grâce ,

Que vous partirez seuremenl

Sans aucune fraude ou lalace

Ne sans aucun enq)escliement.

Ovequcs pourrez enniener

Tous voz harnois et voz chevaux

Enarnochez et abillez

Des abillement qu i leur faull,

Sans vous en faire nul deiïniilt

Ne nul empeschement quicunques,

Qui vous est ung don qui vous vault :

Refuser ne devez pas donques.

Oultre ne pourrez enporter

De voz biens meubles seullemenl

Qui vaille oultre nombre et compter

Que la valleur d'un marc d'argent.

Se aucuns le font autrement,

Sommis à juridicion

De mort souffrir amèrement

Sans null-e autre informacion.

Oultre plus, on deffant à tous

Que nul d'entre vous, quel qui soit,

Vous ne vous armez de dix jours

Que le terme passé ne soit.

Et le prometrez orandroit

De l'avoir et tenir estable,

Sans contredire en riens qui soit,

Que vous l'ayez tous agréable,

Ou, si non, je n'é aultre charge

Que de savoir vostre responce ,

Sans en plus faire de langage

A faire ce que vous dénonce.

Ou s'aucuns de vous le renonce.

Le me die sans plus atandre.

Que nous n'en rabatrons une once.

Si veillez à ce fait entandre.

LE BAILLY D'ESVREUX.

Monseigneur, je vous remercie De la paine que avez eue; Mès le traicté, je vous affie, Nous seroit de petite vallue, Qui avons nostre revenue Atirée en ce pays ci, Et qu'elle nous fust retenue, Souffrir ne le devez ainsi.

Pour nostre harnois et chevaux

Et ne nous armer de dix jours, Puisque ainsi faire le fault, Nous consentons bien ce propoux; Mès que nul qui soit d'entre nous N'enporte que ung marc d'argent, S'i vous plaist et advisez tous Et que ne soyons tant perdans.

ALANSON.

Se vous volez, n'en faictes riens, Que vous n'en aurez autre chose; Et plusieurs en sont mal contant Que la chose ainsi se compose.

Et encor bien dire vous ose Que se présent le refusez Et que ne soit promise et close, Jamès vous n'y recouverez.

BAILLY D'ESVREUX.

Monseigneur, puisque le voloir,

De vous le consent et l'acorde.

Vous estes volu travailler

Pour moy, par amour et concorde;

Si ne veil avoir discorde

A vous ne à tous les François.

Puisqu'i leur plaist, je m'y acorde

Faire leur volenté ainçois,

Nonostant que nous soit grief.

Mès, puisqu'il vous plest, le ferons,

Et dont que le voloir si brief,

Dès aujourd'uy nous partirons,

Et ainsi le vous prometons

Et sans aucune chose enfraindre.

Et nous tous nous l'acomplirons Autant bien le grant que le maindre.

ALANSON.

Je vois dont faire le rapport Que de ce faire estes contant,

Et partirez incontinant, ■ 19,660

F°/i79v°. Ensemble, d'un commun accort.

ESVREUX.

De moy et mes gens me fais fort, Que nul n'en sera contredisant.

ALANSON.

Je vois donc faire le rapport

Que de ce faire estes contant. 19,645

ESVREUX.

Je m'en voys aussi sans depport Faire appareiller tous mes gens, Qu'i soient tretous diligens De partir sans nul discort.

ALANSON.

Je vois dont faire le rapport i9,ùr)o Que de ce faire estes contant, Et partirez incontinant, F" /180 r". Ensemble, d'un commun acort.

Lors y a pause. — Puis Alanson vient devant la Pucelle et seigneurs, et dit

ALANSON.

Dieu vous sault, Jehanne! je revient

De devers le bailly d'Esvreux,

Auquel j'é esté dénonçant

Le voloir de vous et plusieurs,

Et tous les poins j'é, ce mes Dieux,

Leur recitez en brief langaige,

Dont, s'i sont dolant ou joyeux,

Présent vous lessent ce passage.

Ont promis qu'i n'enporteront

Aveq leurs chevaux et harnois

G'ung marc d'argent, et ne s'armeront

De dix jours que passez ne sois.

Et s'i vous plaist les venir vois

A faire leur deppartement;

Que à leur fait y fault provois

Pour acomplir leur tenement.

Accordé tout entièrement

Promis et juré sus la foy

Qu'i ne l'enfraindront nullement,

Mais l'acompliront sans delay.

Vous remercyant et le Roy

En vous delessant ceste terre,

Ainsi que contient vostre octroy

De leurs biens et de leur déferre.

LA PUCELLE

C'est bien dit, il v fault aller Pour les vois devant nous partir, Car prestement, sans reculer, Je les veuls vois tretous saillir.

Plaise vous vous tous y venir, Et vous tenez en ordonnance.

Pour les vois à nostre plaisir Départir de nostre présence.

VENDOSME

Très volantiers leur contenance Verray et leur façon de faire, Que à tousjours mès sans doubtance F»/!i8i r°. Leur doit souvenir du repère,

Et en avoir toutemps mémoire «9,490 Du mois de juing le .xvm., De la redempcion planiere De Baugenci sans contredit.

RICHEMONT

De ces Anglois en estoit fait Que ung seul n'en fust réchappé, Qui n'eust esté mort et deffait, Ne nul d'eux n'en fust eschappé.

Leur pertuys estoit estouppé Et n'en savoyent plus saillir; Cil qui a ci développé Leur a fait ung très grant plaisir,

BASTARD D'ORLEANS

Je say bien de vray, sans mentir, Incontinant, en peu d'espasse.

On les eust fait tretous morir, Qui ne leur eust fait ceste grâce. 19,505 Pris estoient comme en une nasse, F° ZiSi v°. Si n'eussent trouvé cest accort;

Mès ils ont eu temps et espasse Qu i se sont garantiz de mort.

GRAVILLE

Messeigneurs, ils ont fait que sages ig.S'o

Avoir trouvé l'abilleté, Qu'i n'estoyent pas pour noz pages; Et l'ont bien seu de vérité, ■ Qu'i n'estoyent pas en seureté, Et se de leur vie ont proveu, Bon mestier leur en a esté Que il leur en fust mal venu.

LA HIRE

Puisque la chose si est faicte Et que le conseil en est pris,

Y convient qu'elle soit parfaite 19,520 Et à execucion mys.

Puisque l'acort leur est promis

Y n'en fault plus parler ne dire; Quant il priront pour leurs amis

La prière ne vous peut nuyre. 19,5.15 Mès fault aller présentement F° iSa T°. Les faire de céans partir,

Et qu'i vident diligemment, Sur peine de mort encourir.

LA PUCELLE

Or sus dont, faictes ci venir 19,530

Les trompetes, et sans atandre,

Et en ordre ce maintenir

Qu'i n'y ait nulluy à reprandre.

Lors pose de trompetes. — Et yront tous en ordonnance devant le chasteau , tous armez. Et ceulx du pont se mettront avec ceulx du chasteau , et puis par ordonnance sortiront tous, deux et deux, la teste nue, combien qu''ilz soient tous armez, leurs salades en leurs mains, et passeront entre les François et la Pucelle, et s'en yront tous hors de Baugenci, en saluant la Pucelle et les seigneurs. Puis, après que tout sera party, la Pucelle dit :

FV189 v°. LA PUCELLE.

Je croy bien que tout est party

Et que ung seul n'est demeuray, 19,535

Si s'en vont en aultre party :

Dieu en soit benys et loué !

Espoir ay que les verray

Ainçois qu'i soit guieres de temps,

Et ung assault je leur donray 19,5^0

Où y s'en iront bien avant.

Mais veu que la nuyt si s'aproche

Et tant de paine eu avons,

Que chascun s'en aille et se couche,

Et pour meshuit nous reposerons, 19,5/15

Que pour l'eure garde n'avons

De nul qui nous viengne assaillir.

Donques reposer nous devons

Juques à demain à loisir ;

Puis en après nous penserons 19,550 Pour achever nostre entreprise, Et sur ce conseil nous arons D'aviser la façon et guise Pour chasser hors ceste menuyse D'Englichement très mal induicte, 19,555 Et que paix, union soit mise F" !i8Z r". En la terre de Dieu eslicte.

ALANSON.

Dame Jehanne, vostre plaisir Sera fait tout incontinant;

Pour ce reposez à loisir, 19,560 Faire le devons de présent, Qu'en la ville ne au devant

LE MISTERE DU SIEGE D'ORLEANS. lUl

N'est nui qui ose lever l'ueil,

Tant soit seigneur petit ou grant,

Mès sont trestous en très grant dueil. 19,565

VENDOSME

Messeigneurs , je conseilieroye Que on fist sonner la trompeté, Afin que chascun se provoye De son logis, de sa retraite.

Et ceux qui pour faire la guiecte î 9^570

Sont commis à leur fait entandent, Et, s'il ont aucune directe, Incontinant si le nous mandent.

F" 483 v°. RIGHEMONT.

Or sus, trompetes, vistement

Trompillez, que savez assez, iQ'^?'»

Pour donner repoux noblement A noz gens qui sont fort lassez.

Que chascun se veille amasser Pour eulx retraire en leur logis,

Et aussi qui veillent pencer 19,580 D'eulx reposer à leur devis.

Lors les trompetes sonneront; chascun des François se retrayeront. Puis dit le baiHy d'Esvreux :

BÂILLY D'ESVREUX.

Messeigneurs, je ne say que dire De ceste maudicte journée; J'en ay le cueur si rempli d'yre ,

Comme personne dévoyée. iy,585 Je voy bien que deshonnorée Est du tout nostre compaignie;

Tant que le monde aura durée Nous n'endurons que villannie.

Quant je songe au vilain, reproche Que nous arons, soit droit ou tort, Et que je voy bien qui s'aproche, Je voudroys desjà estre mort.

De nului nous n'aurons confort En plus que ung povre questeux; Le deshonneur tant me remort Que j'en suis tout mat et honteux.

Helas! et Dieu! et que dira Le cappitaine Tallebot, Et pareillement que fera Le vadlant conte Facestot, Quant nous avons de plain estot Ainsi delessé Baugenci ?

J'en ay au ceur un tel sanglot Qu'il est tout. navré et noirci.

MESSIRE THOMAS RAMETON.

IN'en prenez point tant de souci,

Que nous avons fait pour le mieux.

Perduz estions et sans merci,

Et tous occis, jeunes et vieux,

Que résister encontr'eulx

Nous n'eussions peu par nulle guise.

Puissans estoyent et vertueux,

Et si avoyent la ville prise ;

Qu'eussions nous fait quant au seurplus

Allencontre telle puissance ?

Il estoyent .xx. contre deux,

Et y estoit la fleur de France.

Y n'y avoit nulle apparance

Résister aucunement;

Mès nous est belle délivrance

Réchapper tel encombrement,

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