‹ Le mistère du Siège d'OrléansChapitre 146 sur 154 · MESSIRE SIMON MOYER · texte numérisé non relu

MESSIRE SIMON MOYER

Bien je conseille c'on s'avance

De partir tout à ce matin «9,696 En estât et en ordonnance Vers Yenville, le droit chemin.

Bien say Tallebot n'est pas loing; Aujourd'uy les devrez trouver,

Puis ensemble verrons à plain ig^oo Gomment François pourrons avoir.

F' Z.87 r". MESSIRE THOMAS RAMETON.

Gappitaine, je vous asseure Qu'i nous convient ainsi le faire, Et partons d'ici sans demeure

Pour en Yenville nous retraire, '9'70" Laquelle est ville de frontière Et près de Chartres et Paris, Pour faire aux François cemetiere Comme à Rouveray Saint Denis.

FOQUAMRERGE.

Y fault mander à Tallebot i9>7'" Que y viengne au devant de nous.

Lu y et le sire Facestot, Et qu'il assemblent leurs gens tous, Pour vois ce François seront si foux De venir à nous à Yenville. '9'7»5 S'il y vennent, seront estoux D'y adresser leur bastille.

Messager, va diligemment Vois se noz gens tu trouverras; F° liS'j y". Qui viegnent à nous vistement ig'?^"

Dy leur bien, et ne faille pas.

Vers Yenville tu en devras Certaines nouvelles ouyr,

Et de par nous tu leur diras Qu i se hastent d'eux en venir.

MESSAGER

Messeigneurs, à vostre plaisir.

Je m'en vois dont parmy la Bausse, Pour escouter et pour ouyr, Ainçois que nuluy ne débauche.

Se je trouve vilain qui fauche '9.730 Et y ne me die le chemin, Conviendra que mon bras lui hausse Poui" luy assener sur le groin.

Lors part et y a pose. — Puis dit :

Or ay ge tant fait par mes pas Que je suis bien à point venu, Quand je voy droit le contrebas Du peuple très grant et menu.

F° /188 r°. Si est, comme j'é apperceu,

De Tallebot droit son enseigne, Qui porte un espagneau velu Et ung petit gars qui le peigne.

Si m'en voys droit à eux parler Et leur dénoncer mon message, Gomme y se veille haster De venir et tout son bai nage.

Pose. — Lors vient et dit

MESSAGIER

Dieu sault de danger et dommaige Les seigneurs et la compaignie,

75/j LE MISTERE DU SIEGE D ORLEANS.

Et sur tous avoir adventage Par puissance et chevallerie.

Messeigneurs, je vien devers vous i9-7jo

Pour vous dire que vous hastez

De venir, et voz gens trestous,

Pour voz amis reconforter,

Qui se sont sus les champs boutez

Pour aller droit dedans Yenville. 19,705

F" !iS8 v'. TALLEBOT.

Messaiger, veille m'en compter :

Ont il desemparé leur ville?

MESSAGIER

Aussi vray comme l'evangille

Y tennent les champs vaillamment,

Et croy qu'i sont plus de .vi. mille i9>76o

Abillez bien notablement;

Et marchent très puissantement,

Et les ay lessez près d'ici.

TALLEBOT.

Esbay suis trop grandement

Se il ont laissé Baugenci. ' 9^765

Allons à eux, je vous empry; Y fault qu'il y ait eu utin.

Depuis deux jours suis adverti Que le siège y estoit à plain,

Et qu i combatoient main à main 1 9-770

Devant Baugenci proprement, Et dont nous estions à chemain F" ZiSgr". Pour siege lever vrayment.

FAGESTOT.

Allons à eux diligemment,

Puis nous declairont leur afaire, i9'775

Et sarons d'eux entièrement

Toute la vérité entière.

Quant à moy, tout bien j'espere

Puisque noz gens n'ont point de mal,

Et tenent bataille planiere î9'78o

Estant à pié et à cheval,

D'ESCALLES.

Je les voy venir là aval

Et sont une belle puissance,

Armez en especial,

Garniz de harnois et de lance. »9i785 Et prans en moy rejouyssance De vois une si belle armée, Pour combatre trestoute France, Quant et scroit ci assemblée.

DUC DE SOMBRESET.

Je les voy ci de rendonnée, F" '189 v". Et s'apressent très fort de nous; De pieça ne vy assemblée Mieulx en point, je le dy à tous.

Lieutenant, y fauldra que vous Les recepvoir honnestement.

Sans leur montrer aucun coroux, Mès liesse et esbatement.

Lors yci y a pose de trompetes d'un cousté et d'autre. — Puis dit

TALLEBOT.

Messeigneurs, Dieu vous dont honneur

Et joye pardurablement !

Si vous dont Dieu telle vigueur

Que puissiez avoir vengement

De voz aneniis, tellement

Que à tous temps en soit mémoire.

ESVREUX.

Nous espérons vrayement

De bref avoir sus eux victoire.

TALLEBOT.

Or çà, messeigneurs, qui vous maine Ne où tirez vous à présent?

Je voy bien, c'est chose certaine, Que de Baugenci n'est plus riens.

Et que nul de vous n'est dedans Ne de Meung, ainsi que je tien; Si venyons à vous acourant Vous secourir sur toute rien.

ESVREUX.

Lieutenant, je vous en croy bien

Et tous les jours vous atandions;

Mès n'avons seu trouver moyen,

Que trop pressez esté avons.

Ceux de Meung perdirent leur pont,

Le .xv*=. jour de jeuing,

Et lequel y n'arresta ont

Pas deux heures, ce dit chascun.

Puis l'endemain, ou point du jour, Nous vindrent bailler ung assauit Si orrible que nul séjour

Juques au soir, cruel et chault. 19,825 F" /190 v'. Et n'y eut si grant ne si hault Qui nous peust nullement avoir, Par ung moyen soubtil et cault Que nous y fismes, pour tout voir.

Et si vous y eussiez esté, 19,880 François estoient tous perduz Sans nulle difficulté, Que y se trouvèrent deceuz; Car bien .vi'^. furent esleuz

D'eulx allez musser en cavernes, 19,835 Puis sus François vindrent si druz Assailliz d'espieux et jusarmes.

Toutesfois à leur grant puissance Nous ne peusmes résister,

Combien que très bonne deftance i9,8io Encontr'eulx fismes, ne doubtez.

De leurs gens occire et tuer ' Furent à grant confusion, Qu'i les convenoit emporter

Sus clayes sans remission. i9,8'45 A la fin nous fusmes contraint Nous reiraire au port et chasteau.

Et après que tout fut estaint.

Nous parlâmes par ung créneau

A eux, et qui leur sembla beau, i9,85o Que traité de paix accordasmes.

Par ung appoinctement nouveau

' Pour occis et tués. Cet emploi de l'infinitif au lieu du participe, qui revient fréquemment , nuit beaucoup à la clarté du sens.

Ville et chasteau leur lessasmes.

Puis après nous advisasmes

Que de nous tenir dedans Meung

IN'estoit pas seur; puis consommasmes

En saillir dehors ung chascun,

Pour sauver le peuple commun,

Que tous partirent à la fille

Delessans Baugenci et Meung

Et pour nous retraire en Yenville.

Si est encore pour le mieux

Que nous tous y aillons retraii'e.

Elle est en pays southeneux

Pour nous garder de nul mal faire,

Que elle est ville de frontière

En pays plat, de toutes gens :

Ung siège y auroit fort à faire

De nous assiger en tous sens.

Ce nous est ung desplaisir grant Que autrement n'avez tenu Ung jour ou deux tant seullement; Vostre honneur eussiez obtenu Et aveu n'eussiez riens perdu, Mès eussiez eu honneur et gloire, Et l'ost des François confondu Eust esté et à nous victoire.

Mès quoy ! y n'en fault plus parler ; Aller à Yenville nous fault, Aylle comme en pourra aller!

Mès de deul tout le cueur me fault Quant je voy que l'onneur deffault A une si très noble armée.

J'en suis si très emeu et chault, En désirant ma vie finée.

D'ESCALLES.

Lieutenant, de ce ne vous chault :

De Meung et Baugenci n'est riens; Quant nous voudrons de piain assault Nous les aurons incontinant.

Puisque perduz n'avons nos gens Et qu'i sont sains, la merci Dieu, Ainçois qu'i soit gueres de temps Se vengeront en place et lieu.

FACESTOT.

On ne se doit point esbaïr De Baugenci, qu'i l'ont lessé, Et n'y ont en riens defFailli, Mès ainçois ont bien prochassé, Et à leur proffit ont pensé; Et au deshonneur des François On peut dire qu'i n'ont ousé Assaillir contre les Anglois.

BETEFORT.

En ce fait n'y a que tout bien De leur conseil et leur advis ; Si ont fait comme gens de bien De lesser là leurs anemis Par promesse et par compromis.

Ce n'est pas por force de guerre; Mès François si se sont soumis Ad ce qu'il ont voulu requerre.

PREVOST DE PARIS

Tout veu et bien considéré 19-910 Qui sont bien de .vn. à .vni. mille, En eux ont mal délibéré Et ont bien le corage ville, F°/i92 v". Veu aussi qu'i tenoyent la ville,

Puis à noz gens traicté donner : i9-9i'j A puissans gens y n'est facille En voloir ainsi ordonner,

MESSIRE THOMAS REMETON.

Tallebot, de ce ne vous chaille; Je dy que noz gens ont bien fait.

Y les fault trouver en bataille; i9'9^o

A ung jour leur ost sera deffait

Et nostre bon voloir parfait,

Sans que du nostre enportent riens.

Là recongnoistrons leur meffait.

Comme à la journée des Harans. ig^o^s

TALLEBOT.

De dire ne vous veil de riens Contre voz bonnes volantez, Et à tous voz dis je consans En tous voz faiz et liljertez.

Et dont, puisque vous consentez 19-930 Que à Yenville nous aillons, F" /193 ^^ Contre vous ne veil repeter Que voz volantez ne facions; Mès prie à tous, comment qui soit, Chacun se tiengne sus sa garde : i9'93ô Des aventures nul ne sait.

Pour tant que en se donne garde :

Y ne fault qu'un coup pour tout perdre

Ou pour estre victorieux.

Allons, et que Dieu bien nous garde 19,9^10 En ordre tous, jeunes et vieux.

Lois icy y a pose de trompetes tant des Angiois que des François longuemenl. — Et partiront les Angiois par l'ordonnance de Tallebot. Puis dit

LA PUCELLE

En non Dieu, seigneurs, il est temps De prochacer nos anemiz.

On m'a dit qu'i sont sus les champs En grans pompes et en grans pris, 1919^5 F° /193 v^ Et en oultre que de Paris

Tallebot et plusieurs seigneurs

Sont ensemble sus le pays,

En triomphe et en grans honneurs.

Si conseille que nous aillons 19,950

Courir sur eulx à quelque pris,

Et ainsi faire le devons,

Les suyvre tous, grans et petis.

En plain champ sont, ce m'est advis.

Ainsi comme on m'a rapporté; 19,9^5

Avoir les fault à quelque pris

En ce beau plaisant jour d'esté.

ALANSON.

Bien suis de ce consentement Que nous y aillons en présence.

De Meung ont fait deppartement, 19,960 Je le say de vray, sans doubtance, Que aujourd'uy en ma présence

M'a dit ung homme de village Qui les a veuz en ordonnance Saillir de Meung et leur bagage.

VENDOSME

Plus n'en fault tenir de langage, Partiz sont de Meung voirement, Et s'en vont à leur avantage Si ne sait on où proprement.

Mès disent qu'i sont largement.

Voire et en belle ordonnance, Et s'en vont, mès quoy ne comment, .le ne say en ma conscience.

RICHEMONT

J'en ay aucune congnoissance D'un de mes gens qui est venu, Qui leur départ et contenance De leur fait a aujourd'uy veu, Et que ensemble il ont conclu Eulx aller retraire en Yenville; Et ont lessé Meung deproveu, Fors seullement ceux de la ville.

BASTART D'ORLEANS

Je l'é bien ainsi ouy dire; Et vont au devant Tallebot, Du conte d'Escalles et désire De leur lieutenant Facestot.

Et croy que tous en ung tripoL Se doivent trouver tous ensemble ; Qui leur feroit payer l'escot Ce seroit bien fait, ce me semble.

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