AMBROISE DE LORÉ
Y ne les fault lesser aller 2o,o3o Ne en ville ne en village, Qu'i sont vostres, se vous voilez,
F" 696 r". Et y avez grant avantage.
Il n'y a ne bois ne bocaige
Qui vous nuyse pour les avoir. 20,035 Si vous faillez, ce sera dommage, Et ne les pourrez recouvrer.
DUC D'ALANSON.
Gà, Jehanne, vous voyez assez Que toutes les oppinions
Sont contans que vous parfacez «o.o^jo A voz bonnes intencions;
Que ce que voudrez nous ferons Sans en plus de parlement faire, Et tous ensemble nous volons Du tout vostre plaisir parfaire.
LA PUCELLE
En non Dieu , c'est bien mon advis
Que nous y devons tous aller;
En plain champs et sus le pays
Nous ne devons point reculler.
Nostre puissance , à vray parler,
Est plus grant qu'elle ne fut onques;
Pour tant riens craindre ne veillez
Et ne vous esbayssez doncques.
Sà vous, lieutenant gênerai,
Les gens que vous avez à pris,
Et vous trestous en gênerai,
Lesquieux vous ont esté commis,
Y n'en fault plus faire de pris
Ne vous ordonner nullement;
Faictes comme avez apris :
Plus ne vous fault d'ordenement.
Mès très bien prier vous voudroye,
La Hire, que vous et voz gens
Vous allissiez la droite voye
Vers nos anemis anciens,
Pour les arr ester sur les champs
Par manière de deffier,
Qu'i ne s'avansissent pas tant
En quelque lieu fortifTier;
Que s'une fois y sont logez
En quelque ville, en quelque bourc.
Nous ne les pourions dévoyer
Et nous seroit ung mais destourt.
Mès enmy les champs, à plain jour, Que vous les puissiez retenir, 20,075 Ce nous sera ung grant secour F' /197 r°. Pour en faire à nostre plaisir.
LA HIRE
Ne vous souciez, j'entant bien; Devant les vois à ce drader', Lesquieux n'osent pas, comme je tien, Ville ne chasteau regarder Que je ne les face tarder Tant que vostre armée soit venue; Et me fais fort de les garder Ainsi que les berbiz en mue.
Or allez , nous allons après Tout bellement en ordonnance, En bataille tous par exprès, Sans que nul de nous trop s'avance.
Et que nului par son oultrance 20,090 Ne perde son pas ne alaine, Que cela donne grant grevance, Grant inconvénient et paine.
Et est par ce que maintefois ¥' /)97v". Plusieurs ont perdu la journée, 20^095 Mains barons, ducs,, contes et roys, De n'avoir alaine gardée; Que, quant ce vient à la meslée, Et que ung bons est hors d'alaine,
' Sic. Serait-ce un verbe fait sur l'anglais dread, terrible, redouté (je vais devant les tenir en resj)ect)1
LE iMISTERE DU SIEGE D'ORLEANS.
Sa vertu si est demourée Et n'en est sa force certaine.
Lors icy y a pause. — Puis s'en va La Hire visiter les Aiiglois, et re[jardeiit Tun l'autre, et y a pose de trompetes d'une part et d'autre. — Puis vient le inessagier de La Hire à la Pucelle, et luy dit
LE MESSAGIER
Madame, voici les Anglois
Qui sont auprès d'ung gros village ;
Sont lassez, ainsi que je crois,
Mès y sont trestant que c'est rage, yo,io5 En plain champs, sans bois ni bocaige, Cuidans dedans le bourc entrer, F" 498 r". Qui est très fort puissant et large Et lequel se nomme Patay.
LA PUCELLE
Je les voy là tous espanduz 30,110 Sus les champs, auprès du village, Mal acostrez et mal vestuz.
Matez de corps et de corage.
Si leur fault garder le passage
Que dedans Patay nullement ao.nS Ne se boutent, que advantage Seroit pour eulx aucunement.
Gonnestable, je vous supplie Leur aller trancher le chemin,
Que de Patay n'apressent mye, 90,120 Mès les tenez qu'i soient en plain Pour combatre à eux main à main, Puisque fortune. nous demonstre.
Et n'ayez le corage vain.
Mès qui sara rien si le monstre.
Duc d'Alanson, et vous, Vendosme, Vous tandrez l'elle de la destre.
Richemont, et vous autres en somme, Vous tandrez le costé senestre, Qui garderont la ville champestre Que les Anglois ne s'i retrayent.
Je voy qu'il y tirent y estre, Dont leans se fortiffiroyent.
Or sus, marchons par ordonnance, Sans soy trop haster nullement, De ceur, de corage et puissance, Sans avoir peur aucunement; Et je m'en vois premièrement Les assaillir de plaine face.
Or et avoir abondamment Vous gaingnerez en ceste place.
TALLEBOT.
Vous, Facestot, et vous, d'Escalles, Et vous trestous mes bons amys.
Pour Dieu, tenez vous icy fermes Quant vous voyez voz anemis.
S'une fois vous guaingnez le pris Et que vous ayez la victoire, François seront si au bas mys Que jaymès n'en sera mémoire.
Bien voy que la faulce putin Y est à toute sa baniere; Que puisse cheoir en ma main!
Elle morra de mort amere, La faulce vaudoise, sorcière, Truande et putin publicque,
Malleuseuse povre bergère Qui à telle folie s'aplique !
FACESTOT.
Mectez vous tous en ordonnance, Que je voy que sur nous s'aprochent, En bataille et en grant puissance, Et que furieusement marchent.
Sy congnois que y nous prochassent Et que y requièrent journée :
Fault que leur voloir et menassent Soit par nous anuyt subjuguée.
DUC DE SOMBRESSET.
Je voy qu'i sont très grosse armée Et se sont mis en trois parties, Si requièrent avoir meslée Et batailler à quelque pris. Noz gens sont matez et pensis.
Que de ce y ne se doubtoyent; Si fault avoir frans ceur hardis, Puisque on voit qu'i nous assaillent.
HONGRESFORT.
Lieutenant, faictes arrester Voz gens en reprenant alaine; Je doubte que seront hastez Que je les voy enmy la plaine.
La folle y est, qui les amaine Et qui tient toute l'avangarde , Qui sera pour nous donner paine C'en nostre cas ne prenons garde.
DUC DE BETESFORT.
Faictes noz trompetes sonner Et que chacun à soy entande, Que y viendront sans séjourner;
Si fault que chascun se deffande. 90,1 85
Y sont une très grosse bande Et de propoux délibérez; F' 5oo r\ A son fait chascun pence et tande
Pour encontre eulx résister.
ESCÂLLES.
Messeigneurs, ayez bon corage 20,190 Sans vous esbayr nullement, Que janiès vous n'eustes pillage Où vous amendissiez de tant.
Et ce que vous demandez tant,
Qui vous fait trestant de rudesse, 20,195 C'est la Pucelle, que je atant Pour faire morir à destresse.
PREVOST DE PARIS
De riens ne se fault esbayr, Pour tant se voyez les François Plus de .vni. mille sans mentir.
Sommes tous bons loyaulx Anglois, Tous les principaulx de hault pris; Ayons tous corage et vigeur.
Que, se plus trois foiz il estois, F" 5oo \\ Si les mectrons nous à doleur.
ROBIN HERON
Tallebot, faictes l'avangarde
Et ung chascun vous suyvra; Escalles sera l'arriére garde Et Facestot o luy sera.
Enti'e nous autres, on fera Par eilles ce qu'il appartient, Si croy que victoire on aura Gomme à la journée des Harant.
DUC DE SOMBRESSET.
Dix estoient contre nous ung.
Et si guangnasmes la journée; Si ne doit s'ebayr aucung Pour vois des François leur armée.
Se n'est rien que vent et fumée De toute leur force et leui- dis; Et, se par nous est consommée, Maistres sommes des fleurs de lis.
THOMAS REMETON.
Mès se nous avons leur Pucelle Que je voy venir là devant.
Jointe comme une creserelle Et armée d'un harnois blanc, Vous les verrez aller fuyant Parmy le pays çà et là.
En elle chascun d'eux s'atant; N'ont espoir que cestuy là.
TALLEBOT.
Messeigneurs, sans plus de langage, Mectez vous trestous en bataille.
Et ayez aussi tous corage A frapper d'estot et de taille.
Faictes ung cry, comment qu'il aille,
Les espouentez aucunement, 20,235
Que prestement fault que je y aille
Tout le premier frapper dedans.
Lors tous les Anglois feront ung merveilleux cry, et si feront les Fran- F"5ot v". çois. Et y a une merveilleuse bataille tant d'un cousté que d'autre. Et toutes trompetes sonneront durant la bataille, main à main; et enfin d'icelle bataille les Anglois seront trestous tuez et en fuicte. Et demeure
debout Tallebot, pris des François, d'Escalles Et dura la bataille
longuement. Puis enfin la Pucelle va parmy les mors qui sont à terre et dit :
LA PUCELLE
Messeigneurs et mes bons amys, Or avons nous eu la victoire
De ces Angloys, noz anemis, 20,2^0 Dont a tousjours sera mémoire.
Sachez que le vray Dieu de gloire L'a volu donner à nous tous; Ne le veillez autrement croire.
Qu'elle n'est pas venue de vous. 20,2/15 F" 5o2 r°. Bien .vi. mille, comme je pence.
Sont demeurez mors sur les champs, Tous gens de grant magnificence.
Nobles chevaliers et puissans.
Et croy s'estoyent les plus vaillans 20,350 Qui saillirent onc d'Angleterre, Dont ce pays ci en tous sans En demora en paix sans guerre.
Amenez tous voz prisonniers
A Orléans, ce que pris avez, 20,255 Sans leur faire nulz destourbiers , Ne nullement ne les grevez.
Entretenir vous les devez
Selon leur estât noblement,
Ainsi que bien faire savez,
Ne molester nullement.
Je croy que tenez Tallebot,
Qui est lieutenant gênerai,
D'Escalles et Facestot,
Qui ne sont pas à mectre aval.
Vous pry leur soyez cordial
Sans les traicter de faire effort,
Aussi en especial
Sire Gaultier de Hongresfort.
Tous prisonniers vous recommande
Que leur soyez douz et traytis ;
Et est vertu très noble et grande
Estre envers cil qui est soumis,
Quant il s'est rendu à mercis,
A la deliberacion ,
Traiter et mectre à juste pris
Par bonne composicion.
ALANSON.
Dame Jehanne, que dictes vous?
Voici belle desconfiture :
Que mors, que pris, y luy sont tous; Eschappé n'en est créature, Si non, et est bien d'avanture.
On m'a dit que en grant travail Que Facestot à grant aleure S'en est fouy juqu'à Corbeil; Et croy ne le verrez du mois Venir contre nous faire guerre, Que la puissance des Angloys Aujourd'uy est rué par terre.
Jamès n'yront en Angleterre 20,390 Bien .vi. mille que voyez mors Estanduz lessé là de ferre, Tous les plus hardiz et plus fors ; Puis messire Jehan Tallebot
Et aussi le seigneur d'Escalles. 20,295 Ne souete que Facestot Qui emmené ses triqueballes Dedans Corbeil, enmy les halles, Qui s'est recullé de l'effort,
Mès n'a pas emmené ses malles. 20,300 Non n'a pas messire Hongresfort Ne messire Jehan Rameton, Lesquieux nous tenons prisonniers, Plusieurs autres de grant renon,
Qui nous rendront de grans deniers; 20,30.5 Et les paines et destourbiers Que par iceulx nous avons euz , De jour et de nuyt en dangiers, Nous seront de présent renduz.
Desormaiz devra souvenir 20,310 Es Anglois de ceste journée , Que à tousjours mès sans mentir Sera de Patay renommée ; Que leur puissance y est finée,
Et croy que pardurablement 20,310
En auront malle destinée
Les Anglois, je croy fermement.
LA PUCELLE
Louer en devez haultement Le glorieux Dieu et sa mere;
Q-ue c'est luy mesmes proprement 20,3^0
Qui vous a donné la victoire De ceste besoigne parfaire Ainsi comme vous la voyez, Ne aultrement ne devez croire :
Conduit nous a et convoyez. Si nous fault aller à Orléans Et les prisonniers y mener, Puis à ces mors commettre gens Qui les veillent tous enterrer, Et qu'i soyent d'ici hostez Qu'i ne soyent mengez des bestes, Ne leurs corps aussi degastez :
Crestiens sont comme vous estes.
, VENDOSME
Dame Jehanne, onn'y a proveu,
Que les bonnes gens du villaige
Y sont desjà à nous venuz,
A qui on a baillé la charge.
Si ne reste plus du veage
Que de retourner à Orléans,
Et enmener nostre bagage,
Noz prisonniers, nous et noz biens.
LA PUCELLE
Or partons donques de présent En louant Dieu de paradis.
Qui nous a fait grâce si -grant D'avoir guaingné noz anemis; Que doresenavant, je vous dis.
Plus sus vous rien ne guaingneront.
Mès désormais de pys en pys Piteusement defmeront.
Lors icy trompetes sonneront. Et s'en yront à Orléans enmennant F° bo>i \". Tallebot el autres prisonniers et en grant solempnité. Puis dit