‹ Le mistère du Siège d'OrléansChapitre 149 sur 154 · LE RECEPVEUR DE LA VILLE · texte numérisé non relu

LE RECEPVEUR DE LA VILLE

Voicy nouvelles excellantes De la glorieuse victoire , Et comme par lectres patantes Nous est mandé pour tout notoire.

A Dieu en soit louenge et gloire, Et à la Pucelle de non, Qui par son sens, c'est chose voire, Elle en a acquis le renon.

Bien .vi. mille Anglois en flocte Si sont demeurez sus les champs, Et n'est réchappé de leur rocte Que ung bien peu, comme j'entant. .

Tallebot est leur lieutenant; Il est pris, et l'amené on, D'Escalles, le noble vaillant, Oveques Thomas Remeton.

I" BOURGEOIS

Voire, et le sire d'Ongresfort, F' 5o5 r°. L'amènent prisonnier aussi. Qui est si vaillant et si fort; Nul n'osoit appresser de lui.

Et d'aultres nobles sans merci 20,370 Sont demeurez à la journée, Que cent ans a ne fut aussi Pour Anglois malle destinée.

IP BOURGEOIS

On peut bien dire désormais

Que Anglois n'ont plus de puissance;

Tel rencontre n'eussent jamais

Qui leur tournast à telle offance.

Perdu ont leur espérance

Et la fleur de toute proesse;

Car icy estoit l'excellance

De toute leur force et noblesse.

LE RECEPVEUR.

Y nous convient tous préparer Aller au devant de noz gens, Les regracier, honnorer Et recepvoir joyeusement.

Nous voyons le definement Des iVnglois et de leur puissance, Dont la Pucelle vrayement Est cause de la délivrance.

I" BOURGEOIS

Englois, vous devra souvenir De Patay et de la journée Qui vous tourne à grant déplaisir.

.VI. mille y ont la vie finée, Ainsi comme il est renommée, Et des plus vaillans d'Engleterre.

Dieu si a la terre gardée; Ceux là ne feront plus de guerre.

Il" BOURGEOIS.

De vous, Anglois, suis esbays, Se jamès vous osez venir Devers Orléans n'en ce pays,

Qu'i vous en pourra souvenir.

A vostre très grant desplaisir Et à dommaige inreparable, Vous y estes venuz finir

Par Jehanne, Pucelle honnorable. 9o,ùo5

Lors icy y a pose de trompetes et clairons. — Et vendront les seigneurs et la Pucelle dedans Orléans. Et ceulx de la ville viendront au devant, et chascun crira Noé!

LE RECEPVEUR.

Vous, dame, bien soyez venue Et voz très honnorez seigneurs !

De la victoire que avez eue Bien sommes joyeux en noz ceurs, Et des plaisirs et des honneurs 3o,4io Que nous faictes en ceste terre.

F'ôoev". Gardes et conservateurs,

Vous mercyons de vostre guerre, Et vous disons en gênerai

Que de nos biens n'espargnez mye. 90,4 1 5

Du bon du cueur franc et loyal

Les vous offrons à chère lye,

A toute vostre seigneurie ,

Qui par puissance avez sommis.

Toute la hault chevallerie 20,^20 Des Anglois vous avez occis.

Dont humblement vous mercyons, Ainsi que nous sommes tenuz, Et desservir le vous volons;

Et tous soyez les biens venuz. 20,62.5

Mes amys, Dieu vous a proveuz,

Vous a regardez en pitié; Si ne soyez point deproveuz Que par vous ne soit mercié.

F° 507 r°. Lors entreront tous dedans la ville à grant joye, et y a une petite pose de trompetes. — Puis dit

LA PUCELLE

Vous tous, très hault et très puissant seigneurs, 20,430 A qui louenge est due et tous honneurs, Parler je veil cy en vostre presance.

Gomme mes gardes et mynistrateurs De mal avoir et mes conservateurs, Dont vous mercie de toute ma puissance. 20,^135 Or m'est il dont venu à cognoissance Que le dauphin, qui sera roy de France, Et que roy est aussi pour le présent, Mès que de l'uille et divine puissance Et estre oinct, comme c'est la plaisance 20,660 De Jhesu Grist, qui est le tout puissant. Or tous pencions que vensist à Orléans, Gomme mandé avoit par ses servant; Mès de vray say que il est à Seuli \ F°5o7 v°. Et que là, vous et moy, il nous atant, 20,665

Gomme mandé y le m'a de presant, Et que nous tous nous aillons devers lui. Obayr tous nous devons à celui; G'est nostre roy, c'est le bien ohay, G'est nostre prince et nostre souverain. 20,660 Mal fait seroit de luy avoir failli,

' Lisez Sully.

Et ne devons pas le mectre en obly, Que c'est le roy qui est de droit divin. Or sommes nous ci toute la noblesse De toute France, de renom et proesse, Qui soit sus terre, je le croy fermement; Si devons bien aller en grans liesse Devers le roy courtois et plain d'umblesse Quant lui a pieu nous faire mandement, Pour aller aveq lui faire son sacrement. Convoyer le devons tous honnorablement Et servir le devons de corps et de puissance; Aultre que luy n'est soubz le firmament N'à qui a Dieu donné gouvernement Ne se noble joyeu que la terre de France. Duc d'Alanson, vous conte de Vendosme, Soyez tous prest sans en deffaillir d'omme Bastard d'Orléans, conte de Clairement, Quant ce seroit pour aller jusqu'à Rome, Le refuser ne le devez en somme, Mès y aller à tabours et clairons.

Le sire de Loyal et voz gens tant qu'i sont. Et vostre frère aussi, qui est si vaillant bons,

C'est de Laval, et le sire de Rais, Le sire de Culan, le sire de Chaumont, Poton, La Hire et tous ses gassecons.

Sans nulle différence gardez que soyez prest, Et Jamet du Tillay et aussi le Bourgas, Le sire de la Brie et sire de Tourars, Qui tous avez esté à la desconfiture

De ces maudiz et déloyaux Anglois, Qui entour ceste ville ont esté bien .x. mois Pour y cuider y faire leur demeure.

Et de fait il y ont fait grant laidure.

Ung grant dommaige, une grant forfaiture, 90,485

Que de trente ans il n'est inreparaMe;

Mès sus eux est tourné mallaventure

Qu'an ceste terre est leur sépulture,

Et à tous tant leur sera dommagable,

Que désormais ne feront que definer 20,490 F°5o8v°. Ne plus puissance n'aront de gouverner

En cestuy royaulme, ainçois gueres de temps.

Que saiges feront de bien bref retourner

En leur pays, sans plus ci séjourner,

Ou finiront trestous piteusement. ao,/i95

Or çà, seigneur, partons legierement,

Prenons congié très honiiorablement

Des citoyens de la bonne cité.

Qui tant nous ont gouvernez noblement

Que à tousjours très magnifiquement aa,5oo

Leur grant renon en sera augmenté.

Dont, mes amys, je prans congié de vous.

Vous mercyent ce qu'avez fait pour nous,

Priant à Dieu qu i le vous veille rendre.

Gomme François loyaux pardessus tous, 2o,5o5

Bons et vaillans, ayez ferme propoux

Et bon corage de vous voulez deffendre.

Veillez chascun dévotement entendre,

Mercient Dieu et que veille en gré prandre Voz dévotes prières et bonnes oraisons, 9o,5io

Que c'est celui qui a volu contandre F" 509 r". A vous garder de mal et de l'esclandre

Où vous estiés et voz biens et maisons.

Si vous encharge faire processions

Et louer Dieu et la vierge Marie, 2o,5i5

Dont par Anglois n'a point esté ravie

Vostre cité ne voz possessions.

LE RECEPVEUR.

Ha! noble dame, nous vous remercions Quant vous a pieu de nous sauver la vie.

LA PUCELLE

Si vous encharge faire processions 20,590 Et louer Dieu et la vierge Marie.

I" BOURGEOIS

Très haulte dame, tous noz intencions 509 v". Est louer Dieu de pensée infinie,

Et vous aussi, dame de Dieu amye,

Que par vous sommes en consolacions. 20,020

LA PUCELLE

Si vous encharge faire processions

Et louer Dieu et la vierge Marie,

Dont par Anglois n'a point esté ravie

Vostre cité ne voz possessions. 20,529

ExPLiciT. — Amen.

Jhesus. Maria.

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