‹ Le mistère du Siège d'OrléansChapitre 24 sur 154 · XXXVI PREFACE · texte numérisé non relu

XXXVI PREFACE

Verdille contre deux hommes d'armes anglais ' ; le caractère de ces deux partisans gascons et batailleurs y est assez vivement dessiné. Mais nous devons ajouter que l'auteur s'est montre' sobre de pareilles scènes. Il semble qu'il n'e'tait pas porte' par la nature de son esprit à la grosse gaieté' qui remplissait les farces, les soiies et même certains mystères de ce temps-là.

Dans le reste de l'ouvrage, lorsque le poëte se borne à faire parler les principaux personnages, soit pour préparer les faits qui vont suivre, soit pour chercher à en prévoir le résultat, il s'en tire, en général, avec sagesse et convenance, et ne leur prête que des sentiments conformes au rôle qu'ils ont joué dans l'histoire. Jeanne d'Arc, par exemple, ne se montre pas seulement dévouée et animée de l'amour de la patrie, elle témoigne encore en toute rencontre une douce pitié pour les ennemis vaincus. Par malheur, ces sentiments sont traduits sans élévation , et trop souvent l'auteur place dans la bouche de l'héroïne, comme dans celle des principaux seigneurs, des expressions d'une singulière platitude. En résumé, si, dans ce poëme, les idées sont bonnes, la forn^e ne 1 est pas, et pourra rebuter d'abord plus d'un lecteur. Les conseils que les chefs anglais ou français tiennent entre eux, et où ils répètent l'un après l'autre les mêmes opinions en termes presque identiques, sont d'une insupportable longueur, et c'est justement par une scène de ce genre que s'ouvre le drame. Il tant, si l'on est trop sensible à ces inconvénients, se reporter aux passages où la grandeur des événements amène des scènes plus vives et plus intéressantes. On verra que l'auteur, ayant pris l'histoire, la vérité pour guides, ne s'égare jamais, s'il ne s'élève jamais bien haut.

Pour son style, nous n'entreprendrons pas de le défendre. Un

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illustre écrivain, M, Villemain, disait avec raison, en parlant des poésies du duc d'Orléans, composées à la même époque, que le style y offre une élégance prématurée. C'est le contraire dans le Mystère du siège d'Orléans.

S'il eût écrit en prose, sans doute notre auteur eût été moins à la gêne et n'eût pas laissé voir aussi clairement l'insutiisance de ses ressources. Mais il a voulu être poëte, malgré Minerve, il faut le dire, et de là les embarras, les misères, les pauvretés qu'on peut lui reprocher, non-seulement au point de vue du style, mais même à l'endroit de la grammaire, que les exigences de la rime l'entraînent trop souvent à oublier. Nous disons oublier, à supposer qu'il l'ait jamais bien connue; et parfois il donne lieu d'en douter, lorsqu'il écrit, par exemple:

Mais je scay bien qu'elle y est Et luy trouverrez, vous affie'.

Il faut lire : «Et ly trouverrez. w C'est une erreur qui revient souvent et qui çà et là ne laisse pas d'arrêter un instant. Ainsi, page 6 7 9 , vers 1 7 , 6 6 1 , on lit :

Que luy a grant affection.

et le sens exige : Quelle y a. De même, page 77^, vers 20,280: Que mors , que pris y luy sont tous.

est pour :

Que mors, que pris il y sont tous.

Mais peut-être n'est-ce pas à 1 auteur, peut-être est-ce à un copiste ignorant qu'il faut attribuer ces fautes et d'autres du même

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