EN LA MANIERE CY APRES DECLAIREE
Et premièrement Sallebry commance en Engleterre, et dit ce qui ensuit :
Très haulx et très puissans seigneurs,
Vous remercy des grans honneurs
Dont vous a pieu ainsi me faire,
Quant vous autres, princes greigneurs, -
Qui estes les conservateurs 5
De tout nostre territoire.
Me vouloir faire commissaire,
Estre lieutenant exemplaire, C'est de Henry, noble roy de renom.
Pour le jourd'uy n'est de si noble affaire, lo De France est roy, il en est tout notoire , Et d'Engleterre , qui est son propre nom. Or, suis je dont, par la vostre sentence, Son lieutenant, par la vostre ordonnance, F" 1 v°. Esleu par vous pour conduire ^a guerre; i5 Dont pluseurs sont de vostre appartenance Plus suffisant et de magnificence ,
Pour mieulx besoignes^ et à savoir conquerre; Mais, puis que ainsi l'avez volu requerre, Obeyr veul à vous tous sans enquerre, !o Et y vaquer de tout mon pensement.
Sur les François nous devons tous acquerre, Que de bon droit nous appartient leur terre, Et tout leur royaulme aussi entièrement. Or, savez vous, seigneurs, la Dieu mercy, ■■"> Gomment en France nous y avons dessy Le principal en nostre gouvernance :
Paris avons et Normendie aussi, Chartres, qui est en si noble party, * Tout en fin cueur de grant labour de France; 3o N'y reste plus nulle resistence, Sy non bien peu, dont j'aye congnoissance , C'est à Orléans, qui à nous n'est soubz mis; Mais de legier nous l'aurons, sans doubtance, Car leur roy Charles n'a gueres de puissance ..âs Pour leur ayder, qu'i ne soient desunis; * Et ne pourrons estre si peu devant
Qu'i n'obéissent à nous incontinent.
Et veu aussi que avons leur seigneur.
Quant pour Orléans, je n'en diffère riens, 'lo C'est peu de chose, et tout le remenant, F" 2 i'. Quant leur vouldrons monstrer nostre rigeur.
Dont, messeigneurs , je vous pry d'umbie cueur
Que vous voulliez avoir vous tous vigeur.
Et bon coraige volloir aller en France. • 'is
Pour nostre roy vous pry, en sa faveur,
' 11 faut lire sans doute beso{gner,^\i lieu , qu'ainsi. Poui' les observations de ce géni e ,
de besoignes, et prononcer h' soigner, pour qui ne sauraient se répéter chaque fois que
la mesure. Au vers suivant, il faut suppri- l'occasion s'en présente, nous prions le lec-
mer aussi i'e de puis que, et prononcer jbmî's teur de recourir à notre introduction.
Que il vous plaist de prandre ce labeur, Pour luy conquerre sa noble appartenance : Nous ne poirons jamès mieulx que présent. Vous voyez, tous, les petis et les grans, Pour nostre roy ont si noble coraige, Lesquelz si sont de cueur tous désirant De le servir, et de corps et de biens, Et d'employer leur avoir et mesnaige.
Nous luy devons sauver son bon barnaige, Et recouvrer un g si noble heritaige Gomme de France, la vraye fleur de liz, La quelle est nostre et de propre lignaige, Sans que autruy y puisse faire oultraige, Vous le savez assez, graris et petiz.
Si vous supply doncques en gênerai, Respondez y tous, de bon cueur loyal, Si nous devons descendre en Normendie, Pour faire fin en especial A nostre roy jeune et cordial.
Et recouvrer sa noble seigneurie; Car de legier vous Tarez, quoy qu'on die. Vous estes crains en toute leur partie. Et ung chascun à vous obeyra.
Si en veuillez dire, je vous en prie, Que vous semble de France la jolie; Par les haults faiz elle se recouvrera.
LE SEIGNEUR GUILLAUME DE LA POLLE, conte de Sufforl.
Messeignenrs , nous avons ouye, Cy présent, l'alegacion Requérant en ceste partie Par nous consultacion.
S'i vous plaist, mon intencion
Je diray icy, devant tous,
Et ma deliberacion ,
Selon mon advis et propos.
Voicy messire Sallebry
Esleu lieutenant gênerai,
Parent du noble roy Henry,
Nostre souverain et féal,
Lequel en especial
Nous a allégué, en présence,
Que, de bon cueur franc et leal,
11 seroit bon à aller en France.
Quant à moi, mon opinion
Sy est y aller voirement,
Sans en faire dilacion,
Et n'arrester cy longuement.
Nous savons véritablement
Que France avons et Normendie,
Et en noz mains entièrement
Le milleur et greigneur partie.
Vous avez allégué Orléans,
Qui est noble et bonne cité;
Mais ne doubtez aucunement
Que ne l'ayons, de vérité.
Du tout à nostre volenté.
Aussi le remenant de France;
Car leur roy n'a auctorité,
Pour le présent, ne nulle puissance.
MESSIRE JEHAN DE LA POLLE , frere dudit conte.
Messeigneurs, à mon audience.
Dire veul selon mon advis.
Et ce que en mon cueur je pense, Puis que ad ce faire suis soubmis,
Devant vous tous, princes de pris, Qui estes rempliz de vaillance, no F° 3 v°. Savans de guerre et hardis,
Et sur tous autres preminances.
J'ay oy les intencions Du noble prince Saîlebry,
Les dictz et les oppinions nS
De mon frère Suffort aussi;
Sy est que aillons ou party
De France, où nous aurons port.
Elle est nostre, la Dieu mercy,
Ainsy que chascun fait rapport; 120 Si dy que, sans attendre plus, Conseille qu'on ^ se avance; Car le différer, c'est abuz Et mauvaise négligence.
Je croy que nulle resistence, laS Pour le présent, n'y trouverrez, Et, par ce, en grant diligence, Vous devez ce fait achever.
■ LE SIRE D'ESCALLES.
Il dit bien, par ma vérité,
Que le délayer n'y vault rien. . i3o
Puis que avons en volenté, Un chascun doit garder le sien; F" h r". Or, en prenons tous le moyen.
Bien vois, et de l'eure présent.
Que, en France, je le soubstien, «35 N'y trouverez contredisant.
Vous avez le miel et la cyre
' Lisez que on, comme ailleurs ne en au lieu de nen.
De France tout entièrement, Neulz ne vous oseroit contredire Que vous n'aillez droit et avant; Et, en tant que avez le vent En voz mains, la mercy à Dieu, Ne soyez point négligent; Chasser devez en place et lieu.
En vous est la fleur de vaillance, De proesse et de hardiesse; \'ous avez Engleterre et France En voz mains, qui est grant noblesse; Par quoy devez vostre haultesse Eslever parsus tout le monde, En demonstrant vostre proesse, Qui par tout le monde redonde; Et ne voy pas que sur la terre Soit si grant qui vous ose actendre.
Que se à aucuns menez guerre, N'est nully qui se ose deffendre.
La proesse avez d'Alixandre, Quant tout le monde conquesta; Dont devez en France descendre, Nul ne vous y contredira.