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LE RECEVEUR DE LA VILLE

Est il dont vray ce que tu dis, 1710 Qui viennent devant ceste ville?

LE CHASSEUR

Ouyl, monseigneur, certain en suis.

' LE RECEVEUR

, Sont il beaucoup ?

LE CHASSEUR

Bien trente mille, F" hh r°. Et est vray comme l'euvangille,

Lesquelz vendront devant Orléans.

LE RECEVEUR

Amy, tu es gent et habille, Tien, voy là vingt escuz contant.

LE CHASSEUR

« Messeigneurs , je vous remercye, Vous m'avez donné beau présent.

Dieu par sa grâce je supplie Qui soit en tous voz faiz garant.

Et s'en va le messagier; puis dit

LE RECEVEUR

Messeigneurs, vous voyez présent Les nouvelles de ce messaige ,

Que les Anglois, comme j'entend,

Nous veullent venir faire oultraige.

Il fault assembler le conseil,

En nostre chambre de la ville,

Pour penser de nostre appareil,

Et garder nostre domicilie,

Nostre pays, qui est fertille,

Qui désirent fort à avoir;

Si fault trouver voye et stille

A deffendre nostre manoir.

Premièrement nous fault avoir

Le cappitaine de Villars,

Le sire de Guitry, pour voir.

Aussi messire Mathias,

Avec le sire de Coras,

Poton de Saintrailles aussi,

Et son frère gasconnois,

Qu'i s'en viengnent trestous icy.

Messagier, va, je te prye,

Qu'i viengnent à nous en la chambre.

Présentement, je les supplie.

Que nous y allons les attendre.

Et que leur plaist à eulx rendre,

Pour nouvelles qui sont venuz.

LE MESSAGIER, clerc de la ville.

Je voys le message entreprandre

A messeigneurs, sans tarder plus.

Je voy là, assis là dessus.

Le cappitaine de Villars ,

Et emprès luy y est sans plus

Le vaillant sire de Coras.

Dénoncer je leur vois le cas,

Gomme il m'a esté commandé, F' Zi5 T°. Puis à messire Mathyas, Car il a esté demandé.

Pose. — Et dit:

Messeigneurs, je viens devers vous,

De par messeigneurs les bourgeois, 1760

Qui vous prient que viengnez vous tous.

En la chambre, présent, les voir;

Que, ainsi comme je congnois.

Il leur est venu des nouvelles.

Je croy, du party des Anglois; 1765 Ne scay si sont bonnes ou belles.

LE SIRE DE VILLARS, cappitaine de Montargis.

Amy, retourne, et si leur dy Que nous allons par devers eulx , Le sire de Goras aussi, Et d'y aller sommes joyeulx.

LE SIRE DE CORAS, gascon.

Y aller suis contant, et vieulx Leur faire service et plaisir, Oii je pourray, en tous les lieux Où il me vouldront requérir.

F" 45 y°. LE MESSAGIER, cJerc de la viiie.

Messeigneurs, je vous remercye, 177^' Pour achever vois mon messaige ^ Je voy là très grant seigneurie Assemblée, et très grant bernaige,

' Vois (je vais) pour achever mon messaige.

Voy là Poton, très nobie et saige. Avec le sire de Saintraiiles, Qui est garny d'un gent coraige.

Hardy et prudent en bataille.

Y est messire Mathias, Avec le sire de Guitry.

Anoncer je leur vois mon cas, Et à tous ceulx qui sont icy.

Messeigneurs, venu suis droit cy, De par les bourgeois, humblement.

Que viengnez à eulx, par ainsi Que ce soit tout présentement.

POTON

Nous le ferons joyeusement.

Et retourne à eulx, de ce pas.

Leur dire que assemblement Nous y allons; ne l'oublye pas.

LE MESSAGIER , clerc de la ville.

Hz sont assemblez ung grant tas.

En la chambre, qui vous attendent.

LE SIRE DE SAINTRAILLES

Sans aller plus ne hault ne bas,

Nous yrons, puis qu i nous demandent.

LE MESSAGIER dit :

Messeigneurs, j'ay tout accomply A tous les princes et barons.

Si les verrez tantost icy; Car ilz m'ont dit qu'ilz y vendront.

Et très joieulx, certes, sont De venii' à vos mandement.

Hemerciez ilz en seront i8o5 De nous, bien et honnestement.

Icy y a pause. — Et viennent tous les seigneurs devant les bourgeois de la ville; puis se lieve le receveur, et dit

LE RECEVEUR

Nos très chiers et aymez seigneurs, Vous soyez tous les bien venuz; En vous avons ports et faveurs.

Et sommes à vous bien tenuz; 1810 Si serez de nous soustenuz.

De nostre petite puissance, S'i vous plaist, et entre tenuz.

En prenant tout en pacience.

Messeigneurs , vous diray le cas 181. "3 Pourquoy nous vous avons mandez, Que nous vouions, en tous estas, A vous estre uniz et bandez.

Sans rien faire ne commander

Chose qui soit qui porte bi'anle; 1820

Croyez le et bien l'entendez,

Et mieulx en serons, se nous semble.

Or sommes nous bien advertiz .

De vray on nous a rapporté.

Que les Anglois veulent venir 1895 Devant Orléans, de vérité:

Et l'ont conclud et appoincté Dedans Chartres, pour tout certain,

' Y pour ils.

Et sont une grant quantité,

Qui n'atendent huy ne demain.

Or est, messeigneurs et amys,

Nostre deliberacion

Que, encontre nos anemis.

Tant que nous viverons , tenir bon ,

Sans nuile composicion,

Ne avoir à eulx accordance,

Mais morir sans remission,

Ainçois que avoir leur aliance.

Il ont nostre maistre et seigneur

Prisonnier dedans Angleterre;

Hz ont faulx et desloyal cueur

D'avoir le corps, vouloir sa terre.

Nous aymerions mieulx morir en serre.

Que jamès nous nous consentisions;

S'ilz ne l'ont par force de guerre.

Autrement pas ne nous auront.

Nous voulons avoir vostre advis.

Pour encontre eulx remedyer,

Aussi pour garder le pays,

Qu'i veullent venir exciller'.

Pour subvenir à l'encombrier

Qu'i pourroient faire cy devant,

Aussi pour les contraryer,

A les rebouter en tous sens,

Dictes en voz oppinions

Et tout qui est bon estre affaire,

Voz advis et intencions

De ce qu'il nous est neccessaire.

Vous estes en ceste matière

Plus expers et plus congnoissans, Et mieulx en savez la manière Qu'entre nous autres habitans,

LE SIRE DE VILLARS , cappitaine de Montargis.

Messieurs les bourgeois et marchans, Qui nous avez cy recité Comment vous estes désirant Garder vostre noble cité, Qui est de grant auctorité, Une chambre des fleur de liz, C'est vraye amour et équité, Comme bons et loyaulx amys; Pour donques la cité defïendre Et tenir en grant seureté.

Il la fault garder et entendre En toute grande célérité.

Or, ne savez de quel costé Pourront venir voz anemis; Par quoy, en bonne vérité.

On n'en peut dire son advis.

Vous avez voz faulxbourgs puissans, Qui sont de très grant ediffice ; Se vous seroient très fort nuysans , Qui n'y mectra bonne police , Et si vous sera tout propice D'estre abatuz et mis jus , Qui ne vous tourne à préjudice, Et en dangier d'estre confus.

MESSIRE MATHIAS, aragonnois.

Entre vous, messeigneurs bourgeois, Je voy que vous avez bon vouloir,

LE MISTERE DU SIEGE D'ORLEANS. 73 Gomme bons et loyaulx François

(Ghascunle peut assez savoir 1890 ¥° ii8 r". Et bien en faictes le devoir), De vouloir garder vostre ville; Vous en estes mieulx à valloir, On doit garder son domicilie.

Et, pour vous dire mon advis, 1895

Saulve l'onneur des escoutans,

Quant ad ce faire suis commis,

Je diray comme je l'entend

Et que chascun en soit content :

C'est qu'il fault les faulx bourgs abalre, >9oo Que chascun en soit consentant ^ Sans faire bruit ne sans debatre.

LE SIRE DE GUITRY

Il est bien de nécessité

Que les faulx bourgs soient abatuz.

Car, par iceulx, adversité 1905

En seroient tantost advenuz.

Quant voz anemis seroient venuz

Logier dedans vos faux bours,

Vous seriez bien povres et nuz,

Sans y trouver voyes ne tours. 19"^ Les portes n'oseriés saillir.

Non pas monter sur la muraille , Que vous ne fussiez assailliz Et batuz d'estoc et de taille.

Si conviendra, comment qu'il aille. 1915 F" 48 v°. Bruller voz faulx bourgs et abatre .

' Vers rayé. On lit au-dessus, d'une autre main : Demoiiz en ung instant.

lli LE MISTERE DU SIEGE D'ORLEANS.

Ou vous ne feriez chose qui vaille; 11 ne s'en fault de riens debatre.

LE SIRE DE CORAS

Mes bons seigneurs, je vous diray

Qui me semble que devons faire : ipao

Ghascun est bien délibéré

De tenir bon, c'est la manière,

Et le devons ainsi parfaire

Et résister allencontre,

Pour parvenir à la victoire. 1920

Se chascun scet biens, si le monstre.

Premièrement, nous pretenderons

A abatre le Portereau^

Pour sauver et garder le pont,

Qui est ung très noble joyau. 19:^0

Le bouloart qui est sur l'eau.

Que vous appeliez les Tourelles

Qui est bel et fait de nouveau.

Garder nous le fault à merveilles.

Vous avez auprès une église 19.35

Fondée des Augustins^;

Vous ne pourriez par nulle guise

Jamès parvenir à voz fins,

S'elle n'est mise par voz mains

En ruyne, au rees de la terre; j9'io Le commendra à toutes fins Qui vouldra soustenir la guerre.

' Faubourg d'Orléans , sur la rive gauche de la Loire , en face de la ville.

^ Le fort des Tourelles , qui se composait de deux grosses tours et de deux tours se-

condaires, s'ëlevait au j)0ul du pont, et audessus de la dix-huitième arche.

^ Couvent d'Augustins. situé an Portereau.

F" /19 i\ LE SIRE DE SAINTRÀILLES, gascon.

Vous demandez nostre conseil

Entre vous, messieurs d'Orléans,

Lequel vous tourne à grant traveil

Et à grant inconvénient,

De quoy nous sommes desplaisans

Du mal et de la grant offence

Que, pour ce cas, faire convient;

Mais en Dieu avez confiance.

Vous estes bons loyauîx François,

On en voit l'expérience;

Pour riens ne vouldriés estre Anglois

Ne avoir à eulx acointance.

Dont y fault^, pour resistence,

Et faire ce qu'il appartient.

Et mectre tout en oubliance

Le mal et l'inconvénient;

Je dy qu'i faut brûler, abatre

Le Portereau entièrement,

Qui vouldra les Anglois embatre

Et résister vaillamment;

Que les Tourelles bonnement

Ne pourriez tenir ne defîendre,

Sans mectre tout présentement

L'église et Portereau en cendre.

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