MAISTRE JEHAN DES BOILLONS
On dit bien qu'on y vieult aller, Et mectre le siège devant; Mais je n'en vouldroys point parler A personne, ne tant ne quant; Car pour quoy inconvénient Venir à aucuns en pourroit, Dont il ne seroit pas content.
Lessons le moustier là où il est.
SALLEBRY.
Maistre Jehan, mais en conscience, De mon cas et de ma personne , Se je y vois, quelle espérance Y présumez vous, malle ou bonne?
Vous savez qu'on ' s'abandonne Plus hardyment, quant on est seur
Lisez qm on, pour ia mesure.
Ainsi que fortune le donne , Quant il advient qu'on a bon eur.
Maistre Jehan le regarde, et hoche la teste et dit
MAISTRE JEHAN
11 n'est nully si grant seigneur Qui ne puisse bien varyer, F° [lo r\ Ny n'est point si bon devyneur Qui en peust justement jugier; Et, pour vostre cas abréger, Je n'y saiche que chose honneste.
Ne vostre corps point en dangier, Mais que vous gardez vostre teste.
GLASIDES.
Et puis de moy, que vous en semble?
Doy ge point aller en l'armée?
J'ay ouy dire que l'assemblée En grant point [est] ^ bien ordonnée ; Depuis vingt ans ne fut trouvée Bataille où y eult tant de monde.
Et est la plus belle assemblée ; De tous pays gens y abonde.
MAISTRE JEHAN
C'est une science parfonde.
Pour en jugier, pour le voir dire; En eur, mal eur n'y a que une onde, Pour avoir le milleur en pire.
Je n'en vouldroye riens mesdire ]Ne bien ne mal de telle puissance.
' [.e ms. donne et.
Dieu le scet, il nous doit suffire:
C'est celuy qui tient la balance.
GLASSIDES.
Mais de moy, par vostre semblance, Se je y vois, que présumez vous?
MAISTRE JEHAN
Bien et bonne espérance, Et matière de bon propoux; Que vous ne morrez point de coux De canons ne de ferrement.
GLASSIDES.
C'est dont à mon lit, à repoux?
MAISTRE JEHAN
Ne sans seigner aucunement.
GLASSIDES.
J'en ay grant resjoyssement, Beau sire, et vous en remercye.
Suis à vostre commandement.
Et le seray toute ma vie.
MAISTRE JEHAN
Quelque chose que je vous dye, N'y prenez point grant asseuraace; Mieulx vous vauldroit n'y aller mie , Car tout guerre gist en doubtance.
SALLERRY.
Maistre, j'ay bonne espérance,
Et, mais que soyons retournez, 1610 Nous aurons à vous congnoissance.
Desoremais nous gouvernerez.
Et sommes tous habandonnez A suyvre vos enseignemens.
MAISTRE JEHAN
Dieu vous vueille bien ramener; '6iâ Mais je ne sauroie dire quant.
SALLEBRY.
Adieu, maistre Jehan des Boiilons, Nous vous reverrons briefvement.
MAISTRE JEHAN
Adieu, mes enffans.
GLASIDES.
Adieu dont. '620
SALLEBRY.
Adieu, maistre Jehan des Boiilons,
En brief temps nous vous reverrons. ' ♦
F" hi \\ MAISTRE JEHAN.
Gardez vous, enffans, saigement.
GLASSIDES.
Adieu, maistre Jehan des Boiilons.
Nous vous reverrons brefvement. JôaS
Puis s'en vont rians, et y a pause longue. — Et s'en vont desabiller; puis retournent et viennent les princes de toutes parts , bannières , estandars ; et dit
SALLEBRY.
Très haulx et très puissans barons, Contes et ducz qui icy sont, Vous savez tous l'appoinctement, Comme, par vos oppmions, Avez fait les conclusions D'aller à Orléans promptement, Et y mener totallement Nous et nos gens entièrement, Au mains dix huit ou vingt mille, Pour le premier commancement. Gens expers, plains de hardement, De guerre saichant le stille.
Or doncques, par vostre ordonnance, Acomplir je vueil, en présence, Le voyaige de corps et biens, Et y faire de ma puissance, Tout à mon povoir et science.
Et sans que je y espargne riens.
Mais entre vous, princes puissans, Qui estes saiges et prudens, Advisez de ceulx qui viendront; Car, en tel cas, il appartient Qu'il y ait bien gens suffisans, î*our gouverner ung si grant mont^ Et me semble que bon seroit, Se sire Tallebot vouloit Avoir parte de la conduicte; Mieux la besoigne s'emporteroit , Qu'il est en armes fort extrait A faire une telle poursuite.
Je vous le dy et m'en acquitte,
Que la chose si e«t licite,
S'il luy plaisoit à venir,
La chose en seroit mieulx produicte.
D'avoir une personne duicte,
Pour ung tel fait entretenir.
TALLEBOT.
Messeigneurs , qu'i ne vous desplaise,
Et sous vostre correction,
Je me sens ung peu à malaise.
Pour l'eure, de complexion;
Et n'est pas mon intencion
Y aller, pour l'eure présente,
Ne de moy nulle mencion
Ne faictes, ne n'ayez atente.
Voicy le conte Sallebry
Esleu, vous savez, lieutenant;
Il y en a assez de luy
Et est aussi assez savant.
En guerre preux et suffisant.
Pour gouverner ung ytel ost,
Avec plusieurs notables gens.
Qui sont d'y aller en propoux.
SALLEBRY.
Messeigneurs, dont je vous diray, Puis que ce n'est pas son plaisir.
Le voyaige accompliray.
Au mieulx que pourray, sans faillir.
Messeigneurs, qui volez venir, Aprestez vous tous sans attendre.
Au plus matin je vueil partir, Chascun vueilie en son fait entendre.
Puis y a pause longue tant que tout soit venu, et tout arrive, et dit ung chasseur de marée
LE CHASSEUR
Je m'en voys, sans attendre plus,
A ceulx d'Orléans, leur anoncer
Et leur dire qu'il est conclud
Les vouloir aller destrousser, '
Et comment se sont amassez '690
Anglois pour Orléans desconfire, *
Adfm que ilz veullent penser
En ce qu i vouldront faire ou dire.
Lors vient, et y a une petite pose. — Et dit le chasseur de marrée
LE CHASSEUR
A VOUS, messeigneurs les bourgeois, Je vous viens dire des nouvelles. 1695 Venu suis de l'oust des Anglois, F" 63 v°. Qui vous sont rudes et rebelles,
Que les nouvelles sont ytelles : « Conclud si ont assemblement
Vostre ville, tours et tourelles 1700
Mectront du tout à finement,
Et est certain, avant trois jours,
Qu'i seront devant vostre ville.
Sans vous donner aucun secours,
Assauldront vostre bastille. 170.5
Les verrez venir à la fille.
Car ilz ont ainsi entrepris.
Et n'y aura nul si abiHe
Qui ne soit par eulx mort ou pris.