‹ Le mistère du Siège d'OrléansChapitre 51 sur 154 · LE I · texte numérisé non relu

LE I

Se tu nous bailles des abuz, Je croy que tu auras le pire.

LE IP

Allons le dont mener, de tire, F" 87 v°. Devers messeigneurs les bourgeois;

Que, s'il est vray, c'est bien pour rire 3ù85 Et prouffit pour tous les François.

Puis amènent devant le receveur de la ville le messagier, et y a pause. — Puis dit ' Menons lui), lisez menons l'y.

LE MISTERE DU SIEGE D'ORLE/VNS.

LE IIP.

Messeigneurs, voicy ung Anglois Que nous avons pris là dehors, Lequel, ainsi comme je crois, Pour les François fait bon rapport, Pour sauver sa vie ou son corps.

Pour quoy il le fait je ne scay, ^ Mais dit de vray et se tient fort Que Sallebry est trespassé.

LE RECEVEUR

Mon amy, tu es dont Angloys,

Venu en la grant compaignie ?

Dy moy le voir, là où tu vois,

Ne quel lieu ne en quelle partie;

Aussy que tu ne mentes mie,

Mais dire toute vérité.

Je te promès sauver la vie.

Te renvoyer en seureté.

Et dy, quant party tu de l'oust?

Dy le moy icy, je te prie,

Et là où tu t'en voys si toust,

Ne par devant quel seigneurie,

Et à qui tu es, ne mens mie.

Pareillement de Sallebry

N'en parles point en mocquerie,

Ne n'en dy riens que bien de luy.

MESSAGIER

Messeigneurs, je vous certiffîe Que Glasidas si est mon maistre, Lequel m'envoye en Normendie .

A Tallebot faire congnoistre Gomment que, par une fenestre, Sallebry a esté frappé D'un canon, qui par la joue destre L'a piteusement atrappé.

Ce que tu dis je ne puis croire, Que, dimenche derrenierement, De noz Tourelles eust victoire , Et tous ses genz entièrement.

Trois jours y a tant seullement.

Onques puis ne fut fait bataille, Entendre ne puis bonnement, Que tu ne dis chose qui vaille.

MESSAGIER

Monseigneur, il est tout certain Que, dimenche au soir proprement, Voult voir la ville plus à plain, Avecques mon maistre vrayement; Et ainsi qu'en la regardant.

D'une tour saillit ung canon.

Qui le vint frapper droictement Parmy la joue et le menton.

Celle nuyt, fut mené à Meung, Le cuidant bonnement guérir; Mais, pour vérité, ung chascun Dit qu'on l'a veu ensevelir.

Dont noz seigneurs, sans en mentir, En font tant de dueil que c'est rage, Qu i ne savent que devenir.

Tant est de deul en leur coraige;

LE MISTERE DU STEGE D'ORLEANS. 139

Et n'a plus duré que trois jours, Ce mercredi matin est mort.

LE RECEVEUR

Les Anglois en font grant couroux, 3545 S'il est vray, et grant desconfort.

MESSAGIER

Je vueil morir sans nul depport, S'i n'est vray, en ma conscience.

F°89i^ Nonobstant, soit droit ou tort.

Tu auras plaine délivrance. 355o

LE MESSAGIER

Monseigneur, de vostre présence

Je prens congié, puis qui vous plaist.

LE RECEVEUR

Tu n'auras mal ne viollence, Va t'en, sans plus faire d'arrest.

Puis s'en va tout joyeulx, et y a pause. — Puis dit

LE RECEVEUR

Messeigneurs, vous voyez que c'est 3555 Des nouvelles de ce messaige; Bien devons du cueur, par exprès, Louer Dieu et de bon coraige.

LE SIRE DE VILLARS

Pour voir, je ne fais nulle doubte

Qu'i ne soit mort certainement, 356o

Que il eut esté en escoute,

Sans faire effroy aucunement; Mais esbay suis grandement Du jour qu'i dit que fut frappé D'un coup de canon vrayement; Se ' soir n'en fut point eschappé.

LE SIRE DE SAINTRÂILLES

Je m'esbays d'ont cecy vient.

Nous fauît aller sur la muraille; De noz canons ne s'en fault riens, Et ne croy pas que ung s'en faille.

Sont tous chargez, pretz en bataille, Dès le dimanche après disner; Dont fault que le garson se raille, Qu'i le face pour se moquer.

MESSIRE MATHIAS

Je vous diray, allons y voir.

Et y menons les canonniers.

Qui ont la charge à y prouvoir.

Et qui y sont officiers.

La vérité vous congnoistriés Par ce point; le voir ou mensonge Ghascun en dira voulentiers.

Et pour s'en donner la louenge.

LE RECEVEUR

Sus dont, messeigneurs, or allons, Que ce fait n'est pas peu de chose; F" 90 r". Ge^ Sallebry perdu il ont,

Y sont troublez, je le suppose.

' 5e pour ce.

* Ce pour se, si.

LE MISTERE DU SIEGE D'ORLEANS. Ul POTON.

Messeigneurs , bien dire vous ose Qu'il ont aucune affliction, Mon cueur le dit et le proppose,

Ou bien mauvaise intencion. 3590

Puis vont sur la muraille, et y a pause; — et regardenl partout les canonuiers, et trouvent le canon de la tour Nostre Dame, auquel il n'y a riens dedans; et puis (lit

LE RECEVEUR

Messeigneurs, voicy ung canon.

Qui est en la tour Nostre Dame ,

Auquel riens trouvé nous n'avon.

Dont le maistre en doit avoir blasme.

S'i convenoit cryer à l'arme, 3595

Ou que nous eussions quelque assault,

Ce nous seroit vilain diffame,

Et aux maistres très grant deffault.

LE GANONNIER.

Y n'y failloit riens vrayement; F° 90 v». Dimenche au soir je l'assorty, 36oo Ne onques puis aucunement Ne fut gecté, certain eji suy De par moy. Et d'ont vient cecy ?

Je scay bien que je l'é chargé,

Ne autre chose je n'en dy; 36o5 Je ne scay qui l'a deschargé.

LE RECEVEUR

Etdà!

Et dea M n'avez vous pas la charge

De ceste tour entièrement?

La garde en avez de l'ouvraige,

Sans nul autre totallement, 36 lo

Ne nul n'y doit aucunement

Riens faire, à peine de la hart;

Et vous ne savez nullement *

Qui l'a tiré de ceste part!

LE SIRE DE GUITRY

Or, nous dictes, maistre, beau sire, 36i.j De ce canon, où est sa visée, Ne où va la perre ^ au vray dire , Puis après qu'elle est eschappée.

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