‹ Le mistère du Siège d'OrléansChapitre 52 sur 154 · LE CANONNIER · texte numérisé non relu

LE CANONNIER

Il a tout fin droit sa visée

A frapper dedans la fenestre 3620 Des Tourelles, qui est levée Ainsi comme au millieu de l'estre.

LE SIRE DE GOURAS

En soupeçon ne devez estre.

Je congnois toute vérité.

Que des Anglois est mort leur maistre. 3695 Qui leur est grant adversité.

Et, comme par divinité.

Que du coup nulluy n'est vanté; • C'est Dieu qui le nous a ousté.

Ainsi je le croy et me vente. 363..

LE RECEVEUR

Sallebry si avoit promis ' La pme, le boulet de pierre.

A nostre naturel seigneur, Qu'eu sa terre n'en son pays

Y ne feroit mal ne douleur, Dont lequel s'est trouvé menteur, Et aussi Dieu l'en a pugny; Puis desroba par grant rigueur La Bonne Dame de Glery.

LE SIRE DE VILLARS

Croyez, c'est divin jugement, Dont Sallebry a telle fin; Dieu vueille qu'en l'achèvement

Y luy plaise mectre sa main.

Nous devons bien du cueur enclin Le servir en devocion,

Quant il a osté du chemin Sallebry par permission.

LE SIRE DE SAINTRAILLES

Or, devons nous prandre coraige, Pour résister vaillamment A rebouter hors du rivage Noz anemis villainement, Lesquelz n'ont cause nullement De venir en ceste heritaige.

Pour la ravyr ne tant ne quant, Mais, croy, ce sera à leur dommaige.

Messeigneurs , il nous convient faire Une bombarde merveilleuse.

Pour contre les Tourelles batre, Qui soit grosse et adventureuse,

Portant la pierre vertueuse

Comme de huit vings livres pesant, mjo Afin qu'elle soit sousteneuse Pour les Angloys esbayssant.

Ppa r°. LE RECEVEUB.

De la faire sommes contant, La bombarde spacieuse.

Sans delay et incontinent, 3665

Qui gectera pierre oultrageuse.

Si m'en voys, tout de ceste aleuse',

La commander ung ouvrier,

Qu'i la nous face plantureuse,

Au mieulx qu'on la pourra ouvrei'. 3670 Puis icy y a pause; — et doivent arriver les bourgeois de ia ville à Chinon. Puis

dit

LE PREMIER

Or sommes nous cy arrivez Dedans la ville de Ghynon, Si nous fault aller présenter Devant le Roy, c'est bien raison.

Nostre ambassade luy diron, 3670 Et ce qui vers luy nous amayne.

Je vous pry que nous y aillons; Voi le là 2 en son grant demaine.

IP BOURGEOIS

Allons y, sans actendre plus; F'gav". Faire nous convient diligence, 368o Pour retourner, quant au seurplus.

' Aleuse, aleure, allure, comme ci-dessus jo/awa t^qw plaira. ^ Voi le là , le voilà.

Sans faire longue demourance.

Voylà le noble roy de France, Nous convient à luy anoncer La doleur et la grant souffrance Qui est à Orléans sans cesser.

Puis s'agenoillent devant le Roy et dit

LE PREMIER BOURGEOIS

Très hault et très redoubté sire, Nostre noble roy souverain, Vers vous voulons noncer et dire, Se vous plaist oyr de certain Des nouvelles, du tout à plaisir.

Que voz bons, saiges et amys D'Orléans qu'i vous mandent à fin Qu'en vostre grâce soient mis.

Très chier seigneur, il est bien vray Que les Anglois ont assiégé Orléans et fait ung grant effroy, Et ont le pays dommage, Les habitans fort oultraigé Par plusieurs assaulx et saillies, 9.3 r". Lesquelz si ont contraryé

Encontre leurs faulx anemis.

Dont, par nous vous prient humblement

Qu'i vous plaise les secourir.

Que y veullent totallement

Pour vous, sire, vivre et morir,

Ainçois qu'i vueillent consentir

Jamès à aux Angloys leur rendre ^ ;

' Leur rendre, se rendre.

Mais à vous veulent obeyr Et à tous voz plaisirs entendre.

Et, avecques ce, vous requièrent Leur donner povoir et licence A démolir maisons prestoires , Qui pourroient faire nuysance A la ville et viollence, Tous ediffices et églises; Sire, que c'est leur espérance Eulx deffendre par toutes guises; Et, s'i vous plaist leur envoyer, De vostre grâce, du secours Qui les peust ung peu solayer, Qu'i y aront heure de repoux.

H ont assigé les faubours, Pris Tourelles et Portereau; 11 en sont maistres et des tours, Et tout jusques au rees de feau.

LE ROY CHARLES, VIP de ce nom.

Nos chers et bons amys d'Orléans, Joyeux suis de vostre venue, Saichez ne vous fauldray en riens De chose qui soit soubz la nue.

Vostre voulenté j'é congnue, Que vous estes bons et loyaulx, Et en tout temps l'ay apperceue.

Vous estes mes amys feaulx, Du siège qu'avez me desplaist, Dont noz anciens anemis, Qui vous font des tors et des griefs , Lesquelz si ont le siège mis.

Je vous prie tant que je puis.

Et sur la foy que me devez, Que, vous d'Orléans, soyez unyz.

Et en unyon vous tenez.

De tout ce que faire pourray, Pour vous ayder et secourir.

De très bon cueur je le feray.

Croyez le de vray, sans faillir; Et vous vueillez pour sceurs tenir Que, de mon povoir et puissance, Je ne vous lairay encourir, •Mais y feray tout diligence.

En oultre, ce que demandez.

De destruire bours et églises, Faictes en comme l'entendrez, Je vueil que à vous soient soubmises.

En faire du tout par voz guises.

Pour préserver vostre cité.

N'en ayez en vous nul faintises.

Vous donne toute liberté.

Tenez vous le plus que pourrez, Que bien est mon intencion Du secours de vous envoyer, Et ma deliberacion ; Que, de bref, visitacion De gens de bien vous envoyeray.

Et toute consolacion A vous d'Orléans je vous feray.

LE ll\

Ghier sire, nous vous mercyons Du grant bien et du bon voloir, Et à Orléans le rapporterons, Donques ainsi nous consoloir.

Si ferons tous nostre devoir,

Et bien l'avons tous entrepris,

De nostre puissance et povoir,

A rachater noz anemis.

Sire, nous vous recommandons

Vostre ville et les habitans,

Qui, tous les jours, pour le présent,

En peine et en travail sont.

LE ROY

Ainsi que nous espérons,

Y seront de nous bien contans.

I" BOURGEOIS

Sire, nous vous recommandons Vostre ville et les habitans.

LE ROY

Mes vrays amys, je vous respons Que, à tous jours, moy et les myens, Ne vous fauldray pour nulle riens, Que trouvez vous ay loyaulx et bons.

LE IP BOURGEOIS

Sire, nous vous recommandons Yostre ville et les habitans, Qui, tous les jours, pour le présent, En peine et en travail sont.

LE ROY

Je scay bien à besoigner il ont, Dont il me desplaist grandement; Mais de brief y remedirons,

Et n'en doublez aucunement.

Tenez vous vertueusement, Et ayez en moy espérance ; Je ne vous fauldray nullement De tout mon povoir et puissance.

r BOURGEOIS.

A vostre congié et licence, Ghier sire, nous nous en allons.

LE IP

Ne nous ayez en oubliance, A vostre congié et licence.

LE ROY

Dictes leur qu'il ayent fiance, Que, de brief, secours il aront.

LE PREMIER

A vostre congié et licence.

LE IP

Ghier sire, nous nous [en] allons.

Puis dit

LE ROY

Venez çà, sire de Dunois, Je vous pry, venez en avant.

Venuz sont noz loyaulx François, Ge sont noz bons amys d'Orléans, En nous priant et requérant Que leur veullions donner secours Encontre anemis anciens,

Qui sont à leur porte et faubours.

Si vous requiers tant que je puis, A ce faire vueillez pourveoir, Et y mener de nos amyz, De noz bons et loyaulx François; Que, pour certain, assez congnois Se la ville d'Orléans perdoye, A grant peine la recouveroys, Et fort desplajsant en seroie.

Y m'ayment, je croy, loyaulment, Et jusques au morir se tendront; Jamès ne feirent autrement,

Que tout temps sont loyaulx et bons.

Si vous pry que advisez dont Et apenser ^ qu'il est deffaire , Que, en ce fait, nous y voulons

Y pourveoir en toute manière.

LE SIRE DE DUNOIS, bastard d'Orléans.

Je croy qu'il ont beaucoup à faire.

On m'a dit, y a près d'un mois, Que le siège y est tout notoire, Et à grant puissance d'Engloys.

Si est bien besoing y prouvoir, Que à Orléans sont gens de bien, Et pour vous y morront ainçois Que vous faillir sur toute riens.

Envoyer fault un messagier Hastivement à voz amis, Incontinent, sans séjourner, Viengnent à vous grans et petiz,

apemez.

En armes et les plus hardis, Pour aller Orléans secourir.

LE ROY

Je vous en pry tant que je puis, Que vous le vueillez acomplir.

LE SIRE DE DUNOIS, bastard cVOrleans,

Messagier, amy, lieve sus, Aller te convient, sans actendre, Hastivement, sans tarder plus.

Vueille moy oyr et entendre :

Y te convient ton chemin prandre,

Pour aller devers les seigneurs, Leur dire qu'i se vueillent rendre Devant le Roy, grans et mineurs.

Premier, te convient aller querre 3855

Le sire de Saincte Severe,

Que il est bien homme de guerre,

Et en luy très fort j'espere ;

Le sire de Ghaumont sur Loire,

Aussi au sire de Chambane. 386o

Lng autre dont on fait mémoire,

C'est Theaulde de Vallepaigne.

Après, le sire de Brueil,

Qui est homme de grant façon;

Pour gens de guerre a bel recueil, 3865

Et a aussi très grant renom.

Puis tu t'en iras, de rendon,

Au très hault puissant cappitaine,

C'est La Hire, bien le devons

Aymer, c'est bien chose certaine. 3870 Tu leur diras honnestement

Que le Roy leur mande exprès Qu'à luy viengnent liastivement, En armes, habillez et prests.

Incontinent et sans arrest 3875 Viengnent, sans faire demourée, Et tous leurs gens, que ainsi plaist Au Roy, pour conduire une armée.

h" 97 LE MESSAGIER.

Mon très chier sire, ne doubtez,

Acompliray vostre messaige, 388o Et les seigneurs feray haster De venir, et de bon coraige * Je m'en voys faire le voyage.

Du tout au mieulx que je pourray,

LE ROY

Fais le comme prudent et saige, 3885 Et ainsi pas ne te obliray.

Puis le messagier s'en yra, et doivent arriver ceulx d'Orléans, et, en présence du receveur et d'autres seigneurs, diront :

LE PREMIER ROURGEOIS.

Messeigneurs , comme vous savez, Et que, par la vostre ordonnance, Vous a pieu de nous envoyer

Devers le noble roy de France, 3890 Auquel avons, en sa présence, Dénoncé tout vostre messaige.

De point en point, sans differance, F° 97 y". Et devant son noble bernaige.

Premièrement, luy avons dit 3895 Du siège mis par les Anglois,

Et comment, de jour et de nuyt, Nous chassent par diverses voyes, Que nous n'avons repoux ainçois

Une seulle heure ne demye, 3900 •Qu'i sont à guecter et à voir, Pour nous vouloir toUir la vie.

Aussi plus, luy avons parlé Des beaulx faubours et ediffîces,

De ce qui a esté brullé, 3905 Qui pour la ville estoient propices; Et de ceulx qui sont prejudicians Vous en baille povoir, puissance, Tant par vous que par voz complices, • En faire par vostre ordonnance. 3910 Pareillement, dit luy avons Qu'i luy plust nous donner secours Pour nostre ville et environs.

Et pour defîendre les faubours.

Dont lequel, par son bon propoux, 39 j 5

Nous a donné bonne responce, Et est fort desplaisant pour nous.

Ainsi que par nous vous dénonce.

Nous a dit que nous vous dyons

Que vous tiengnez tant que pourrez; 3920 De par luy secours nous aurons.

Et vous en tenez asseurez; F" 98 r°. Que du tout se veult disposer A nous ayder de sa puissance,

Gomme à ses amis préférez, 3935 Esquelz a parfaicte fiance.

LE RECEVEUR

Messeigneurs,' voyez, en présence,

Du Roy nostre souverain sire Sa responce et son ordonnance, Comme il ont volu icy dire.

Si devons bien, sans contredire, Mectre en ce fait resistence Contre ceulx qui veuHent destruire Nostre terre et appartenance.

Anglois sont présent esbahiz De Sallebry qu'il ont perdu, Bien desplaisans et bien marriz, Dont pour eulx leur est mal venu.

Si croy bien que Dieu l'a voulu, Que il avoit trop grant coraige; S'il eust encores gueres vescu, Nous eust fait ung vilain dommaige.

LE SIRE DE VILLARS

Sallebry estoit oultrageux.

Et remply de tout mauvaiz vice; Il estoit faulx et orguilleux, Et garny de tout maléfice.

Par sa faulceté et malice De Clery desroba l'église; Mais Dieu en a fait la justice, Que sa vie a esté surprise.

MESSIRE MATHIAS

Pareillement faulsa sa foy

Au duc d'Orléans, le bon seigneur,

Quant luy promist que nul desroy

Ne luy feroit ne nul rigeur;

Mais que, en tout bien et honneur.

Lui garderoit son pays et terre

De crisme, de toute fureur Et toute lésion de guerre.

LE SIRE DE GUITRY

Par ce il s'est trouvé parjure, Et aussi Dieu l'en a pugny.

Pitié n'avoit de créature, Et de tout mal estoit reraply; Si en est leur oust afoibly. Que c'estoit toute leur deffence, Ne en autre qu'an Sallebry N'avoient nulle espérance.

LE RECEVEUR

Messeigneurs , voicy, en présence, La bombarde nouvelle faicte, Qui est de très belle apparence.

Bien composée et bien extraicte De bon metail, saine et parfaicte, Pesant deux mille ou environ; L'ouvrier l'a fait plaisante et necte.

Et la Bergiere a ainsi nom.

LE SIRE DE SAINTRAILLES

La Bergiere est ung beau nom Et est honneste et délectable; Bergiere dont la nommera on.

Que le nom est bien convenable Pour une cité si notable; D'Orléans, de saillir telle bergiere, " La chose si est raisonnable.

Et en sera tousjours mémoire.

POTON

Messeigneurs, pour tout abregier, Et sans plus faire de langaige,

Y la fault aller assiéger SgSS Auprès du port sur le rivaige , Et qu'elle puisse, à l'avantaige, F° 99 V. Tirer droit contre les Tourelles, Que leur puisse faire dommaige

Que nous endurons pour icelles. 3990

LE SIRE DE CORAS

Entre vous, bourgeois de la ville, Allez vous mesmes l'asieger.

Et prenez ung ouvrier abille Qui la puisse bien manyer.

Bien conduire et la gouverner, 3995 Que dedans les Tourelles frappe, Que nul d'eux ne s'ose trouver Dedans, que ne tue ou atrape.

Lois y a pause. — Et mènent la bombarde, et le uiessagier anivc devant Taliebot, et dit

LE MESSAGIER

Mercy à Dieu, je suis venu

Et arrivé en Normendie; Aooo Les François m'ont pris et tenu , Mais, non pourtant, les remercie Qui m'ont voulu sauver la vie, Ainsi qu'en leur dangier j'estoie ;

Que bien advis ne m'estoit mye ùoo5 Voir l'eure que j'en reschapperoye.

V 100 1°. Je voy messire Tallebot,

Et autres plusieurs grans seigneurs; Si luy vois faire mon rapport A luy à qui sont tous honneurs, Et de mes peines et labeurs Luy compteray de mon voyage, Aussi des peines et douleurs De ceulx qui sont sus le rivage.

I S'adressant à Taibot :]

Très chier et redoubté seigneur, Je viens cy en vostre présence. De par les haults princes d'onneur, De l'oust des Anglois l'excellance.

Glasidas, prince de vaillance.

Monseigneur, devers vous m'envoye, Lequel est en grant desplaisance.

Et bouté hors de toute joye.

Voicy lectres pour vous bailler.

En vous suppliant humblement Que y vous plaise que veillez Venir vers eulx présentement.

Il ont eu grant destourbement.

Comme par lectres pourrez voir.

TALLEBOT.

Messagier, dea , die moy , comment !

Ne sont pas maistres les Anglois ?

MESSAGIER

JNenny, sire, les Orlenois Ont tenu grant resistence.

Lors lit les lecti'es, en faisant grant admiration; puis dit

F° 100 v'\ TALLEBOT.

Par tous les sains, comme je crois, C'est trayson et decepvance.

Ha! hay ! voici grant desplaisance, ^0.35 Est mort le conte Sallebry?

LE MESSAGIER

Ouy, monseigneur.

Quant je y pense, J'en suis desplaisant et marry.

Je jure Dieu qui est lassus Se je n'y vois en ma personne, Et sa mort vengeray sus et jus, Contre François, qui que en groigne.

Retourne à eulx, sans plus d'aloigne.

Que devant Orléans m'en yray.

Et pour mieulx faire leur besoigne.

Petit et grant n'espargneray.

LE MESSAGIER

Monseigneur, à Dieu vous commant!

Je m'en revoys la droicte voye A messeigneurs, devant Orléans, Le grant trot, que Dieu me convoyé! 4o5o

F' joi 1^' ♦ TALLEBOT.

Dy leur que je me mes en voye , Pour les aller brief secourir, Et qu i m'est bien tart que je y soye, Pour les François faire mourir.

hoixo

Lors part le messagier, puis dit

TALLEBOT.

Çà, messeigneurs, sans demourance , Armez vous tout incontinant, Et vous mectez en ordonnance.

Pour ailer au siège d'Orléans.

Faictes et soyez diligens De charger bombardes, canons.

Serpentines à grant puissance, Arbaiestes, bez de faucons, Pouldres, pierres, maillez de pion, Jaques et auberjons à maille, Lances, voulges à grant foison, Broches de fer, crochet, tenaille.

Je vueil que tout, comment qu'il adie, Y soit mené devant Orléans, Que je vueil raser leur muradle, Ville mectre à feu et à sang.

LE MARESCHAL TALLEBOï.

Monseigneur, ne vous en doubtez, Quant y vous plaira, partirons.

F° 101 \°. Je vois faire tout aprester, Et faire les provisions.

- Vivres aussi nous mènerons Avecques vostre artillerie.

Que les François ne dureront Devant vous heure ne demye.

TALLEBOT.

Mareschal, mès je vous emprie, Faictes en ce cas diligence.

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/io65

Que partir vueil, n'en doublez mie, Sans plus en faire demourance.

LE MARESCHAL TALLEBOT.

Monseigneur, je vois en présence, Et ne vous doubtez autrement, Que vous en verrez apparence Avant deux jours certainement.

Puis y a pause. — Et le messagier du Roy dit :

LE MESSAGIER

Or, sui ge tant allé, venu, Arrivé suis ou droit reperre, Quant nobie maresclial j'ay veu, C'est le sire Sainte Sevaire.

Je m'en voys vers luy me retraire ¥" 109 1^ Pour luy annoncer mon messaige,

Ainsi comme c'est chose voire, De par le Roy très noble et saige.

Puis est monseigneur de Bueil, Jaques de Ghambannes aussi; Je les voy là, de noble aqueil Et de noblesse bien garny.

Leur vois dénoncer tout ainsi Comme enchargé m'a esté, Affin que tantoust acomply Soit mon messaige et appoincté.

[S'adressant au maréchal :]

Vers vous, mareschal de valeur, Je vous viens cy faire messaige.

De par le Roy, prince d'onneur.

Vous mande, comme noble et saige,

Que vous et tout vostre bernage Vous amenez pardevers luy, Pour faire aucun beau vasselaige, Comme vaillant, preux et hardi.

Monseigneur de Bueil aussi, Chargé je suis de le vous dire, Comment le roy Charles vous pry Que vous viengnez vers luy, de tire.

Et vous aussi, très noble sire.

Monseigneur Jaques de Chambannes, Venez à lui sans contredire.

Comme preux et vaillant en armes, Incontinent et sans actendre; M'a chargé que je le vous dye.

Que vous et voz gens vueillez prandre, Et mener vostre compaignie, Que ainsi faire le vous prie, Et que tous soyez diligent.

SAINTE SUAIRE

Acomply sera, n'en doubte mie, Tout son plaisir incontinent.

Messeigneurs, vous avez ouy Du Roy cy présent son messaige, Comment nous est mandé par luy, Que nous et tout nostre bernaige Vers luy nous facions le voyaige; Pour son vouloir aucunement.

Si dy que nous tous de coraige Devons l'acomplir bonnement.

LE SIRE DE CHAMRANNES

Vous dictes bien certainement;

De luy obeyr c'est raison, Et faire son commandement, • Luy complaire en toute saison, Que je me tiens de sa maison Pour luy obeyr et complaire, Et le servir sans mesprison Du tout à son bon plaisir faire.

LE SIRE DE BEUEIL

Au très noble Roy débonnaire Servir le veuiî sans différence.

De quelque cas qu'il ait affaire, M'y emploieray de ma puissance.

De mes gens et appartenance, Du tout en tout, sans faillir riens, De mon corps et de ma chevance, Al le servir sur toute riens.

SAINTE SUAIRE

Messagier, soye diligent De retourner au Roy, luy dire Que nous sommes tous désirant Servir nostre souverain sire , Ne nul de nous riens ne désire Que de luy voloir obeyr.

LE MESSAGIER

Je feray qui devra suffire, Luy rapporter vostre plaisir.

Vers Theaulde de Vallepraigne, Me convient devers luy aller; C'est un g chevalier de montaigne,

Bien excellent, à bref parler.

Je luy vois mon fait révéler, Aussi au sire de Cliaulmont, Je les voys tous deux saluer.

Puis que ainsi assemblez sont.

I S'udressant à ïheauide de VaHcpaigue et au sire de Cliaumonf :]

Très chiers et honnorez seigneurs.

Le Roy pardevers vous m'envoye, F° lo.s v". Ainsi que ses amys greigneurs, Et où y prant plaisir et joye.

Ainsi comme c'est chose vroye, A vous deux mande assemblement Que vous plaise vous mectre en voye ^ D'aller vers luy présentement;

En armes, vous et tous voz gens, Vous prie que vous y viengnez, Que, ainsi comme je l'entend.

Que c'est pour aucuns guerroyer, Et, comme à ses amys privez.

Le vous mande expressément.

THEAULDE DE VALLEPAIGNE.

Enten tu, dy luy, messagier, Nous ferons son commandement.

Et vous, monseigneur de Chaumont, Comme à moy le vous mande aussi; Vous voyez comme y nous semont, De nous sera loyaulment servy.

Quant vous serez prest, je vous pry Que nous y aillons tous ensemble, Il en sera plus resjouy, Et mieulx en serons, si me semble.

LE SIRE DE CHAULMONT

Quant à de moy, je vueil servir

Le Roy, mon chier seigneur et sire,

A son bon voloir et plaisir,

En tous ses faiz sans contredire ,

Qu'i n'est riens que plus je désire

Que de le servir loyaulment;

Et moy et mes gens, tout de tire,

Yrons vers luy présentement.

THEAULDE DE VALLEPAIGNE.

Aprestons nous legierement, Sans en plus faire de demeure.

Puis y alons honnestement.

Sans atendre ne pas ne heure; Que, ainsi comme je procure, Il a de nous neccessité.

LE SIRE DE CHAUMONT

Venu luy est quelque advanture, Par quoy il nous a invité.

LE MESSAGIER

Or, ay je jà fort exploicté Mon voyage certainement.

Et, par tout là où j'ay esté.

Sont tous prestz à mon mandement.

Ne me reste fors seullement Parler au sire de Vignoilles, Dit La Hire, puis proprement Auray parfait en deux paroHes.

Je le voy là, en son demaine.

Si le me convient saluer,

Que c'est un vaillant cappitaine

Qu'on pourroit au monde trouver.

I S'adressant à La Hire :]

Monseigneur, je vous viens noncer.

De par le roy Charles puissant, /1230

Qu'i vous mande que vous viengnez

Vers luy, en armes, et voz gens.

LA HIRE

Messagier, bien soyez venant, Joyeux suis de vostre venue,

Quant le Roy de moy luy souvient, ^220

Joye si m'en est survenue;

Que y n'est riens dessoubz la nue,

Chose que je désire mieulx.

Que le Roy de noble value

Le puisse servir en tous lieux. iaSo Tu luy diras que je luy mande Que je m'en yray devers luy, Et de gens de fait une bende Luy merray, dont il sera servy.

Que s'il a de quelque ung ennuy, /1235 Ou qu'i soit en merancolie, F io5 1°. Incontinant sera pugny

De moy et de ma compaignie.

LE MESSAGIER

Sire, de vostre seigneurie

Je prans congié, puis qu'il vous plaist, ia^o Et au Roy, à grant chiere lye, Luy diray que vous estes prest.

LA HIRE

Tu luy diras par exprès Que je feray ce qui demande, Et tout son plaisir»loing et près; Acompliray ce qui me mande.

LE MESSAGIER

Or, ay je parfait mon message.

Au noble Roy vois dénoncer

Gomment chascun, de bon coraige,

Veult tout son plaisir avancer. " à^bo

Lors y a pose. — Et vient devers le Roy et dit :

Chier sire, je viens, sans cesser, De vostre messaige parfaire, V" io5 v°. Lesquelz se sont tous efforcez

De tout vostre bon plaisir faire.

Si les verrez tantost venir, 'i-aSô Que plusieurs sont jà en la voye, Et si ont trestouz grant désir De vous servir à très grant joye.

LE ROY

Ta venue fort je desiroie,

Pour savoir de toy des nouvelles. ''960

MESSAGIER

Chier sire, c'est bien chose vraye Que y vous sont bonnes et belles.

Pose. — Puis dit Taliebot, tout armé à blanc, à ses gens :

TALLEBOT.

Mareschal, laictes, je vous prie, Que nous partions, il en est temps, Et menez nostre artillerie Avecques nous tout quant et quant; Qu'i n'est riens que désire tant Que la ville d'Orléans je voye , Pour estre encontr'eux combatant, Et que à mon vouloir je y soye.

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