DUNOIS
Guy, seurement, je le congnois Que vous le devez ainsi faire.
LE SIRE DE VILLARS
Diligamment le fault parfaire, 'i855 Avant que mal vous en adviengue.
LE RECEVEUR
Le faire est ung petit ravoire;
Mais non pourtant à nous ne tiengne.
Adont icy ceulx de la ville yront abatre tous les faubours et églises, Saint Aignau , Saint Euvertre; Cordeliers, Jacobins, et mecti'e tout le feu dedans. Puis, cela fait, dit
TALLEBOT.
Messeigneurs, y nous fault penser F° 12 1 r°. En nostre guerre mectre fin, /1860 Que nous y devons, sans cesser, Y bien besoigner à toute fin.
Nous avons cy des gens tout plain, Nombré plus de .xl. mille;
Nous arions dont le eueur bien vain, asoS Se nous ne conquestions la ville.
Nous convient, de l'autre cousté, Aller former ung siège clos, Les tenir en captivité.
Et comme prisonniers à nous; ''870
Que, ainsi que j'é en propoux.
N'aura nul qui ose saillir
De leur ville ne de leurs tours,
S'il rie veult la mort encourir.
"Dedans l'église Saint Lorens, Et aussi à la Magdalene, Nous nous fortiffirons dedans, Qui est pour nous ung beau demaine.
En ce fait nous fault mectre peine, Pour avoir Orléans sans deffault, Et morront tons de mort villaine, S'i convient les avoir d'assault.
LE CONTE DE SUPPORT
Nous sommes icy longuement, Sans y faire gueres de chose, Et sommes assez, largement, Pour les François leans enclorre.
Faire le fault, je le suppose, Qu'i convient qu'i soient assailliz De tous coustez; puis, dire l'ose, Lors se trouverront esbayz.
MESSIRE JEHAN DE LA POLLE
Pour à nostre fait parvenir.
Nous fault trouver, sur toute rien, Façon , voye pour les pugnir.
Par habilleté et moyen.
Si dy que vous ferez très bien Les enclorre de toutes pars, Puis les prandrez, comme je tien, En leur terrier, comme regnars.
D'ESCALLES.
Ainsi faire nous le devons, Et èn avons beaucoup tardé.
Naus nous tenons cy à ce pont,
Où nous n'avons gueres amendé.
Gomme j'ay ici regardé, Il y a aujourd'uy trois mois Que nous avons cy abordé Grant nombre de puissans Anglois.
LANCELOT DE LISLE
Le xn^ jour d'octobre Arrivasmes premièrement, Oij y fut fait ung grant obprobre D'armes très furieusement; Or, sommes nous présentement Au m^ de janvier :
Ce sont trois mois entièrement.
Sans estre de ce port bougez.
FOUQUAMBERGE.
Il est vray. Donques, je conseille Que promptement on les assaille, Et que très fort on les resveille, De tous coustez qu'on le leur baille.
Icy lerrez une bataille Qui pour les Torrelles garder; D'aultre costé, comment qu'il aille.
Conviendra que les assaillez.
LE BAILLI D'ESVREUX.
Sire Tallebot, c'est bien dit; Traverser nous fault la rivière , Et y mener, sans contredit, Gens pour tenir bon de frontière.
Puis, desployez vostre bannière, Pour les assaillir sans deffault.
Je ne croy jamès, du contraire, Que vous ne les ayez d'assauit.
LE SIRE DE GRES
Messeigneurs , y fauit adviser Lesquelz vous merrez par delà; Il est temps en disposer, Tant ceulx qui demorront deçà; Que ung cliascun de nous fera Tout ce que avez propposé, Et deust estre fait dès pieça.
Si croy, c'est beaucoup demoré.
LE SIRE DE MOLINS
11 est encores assez à heure.
Tous les jours nostre ost se renforce; Ne fault que une bonne adventure A qui Dieu envoyera la force.
Y convient que chascun s'efforce A faire ung assault fort cruel, Dont les François auront la force, Mais qu'on leur face bien nouvel.
LE SIRE DE PONT
En ce fait, je conseilleroye Que on y proveust chaudement, De toutes parts les assailleroye, Pour faire fin aucunement.
Vous avez bon commancement, Quant leur rivière vous avez ; Deçà ne sauldra nullement Ung ozillon, vous le savez.
GLASIDAS.
Messeigneurs, vous savez assez, Longuement avez esté cy, Dont les François avons grevez , Et mis en tourment et soussy. Si nous ont fort lassez aussi, Mais, non pourtant, quelque rigueur De guerre ou traveil, par ainsi François n'ont pas eu le meilleur.
TALLEBOT.
.l'ay ouy les oppinions
De vous cliascun, de part en part.
Si en fais les conclusions
Icy présent, que Dieu nous gart!
Glasidas, quant de ceste part,
Les Torrelles vous garderez,
Et à voz gens aurez regart.
Pour les conduire et aourner.
Vous, le sire de Fouquamberge,
Bailly d'Esvreux, sire de Gres,
Avecques luy, en ce passaige,
Si vous pry vous y demorez.
Sire de Pont, aussi serez
Avec le sire de Molins,
Et la Sauloigne vous garderez,
Tout ce pays, à toute fins.
De l'autre cousté nous yrons,
Le vaillant conte de Suliort
Et son frère nous y raerons.
Qu'il est ung prince de grant port;
Le sire d'Escalles, le fort,
Ovec toute sa compaignie.
Nostre mareschal Lajicelot,
Qui conduira la seigneurie.
Me sembie que sommes assez,
Avecques nostre artillerie
Et tous mes gens, qui, sans cesser,
Ne desarmeront, je vous affie.
De deçà, ne vous faignez mie.
Quant viendra que l'assault baillerons;
Et croy que ne demorra mie
Gueres que la ville n'ayons.
GLASIDAS.
Monseigneur, par vostre ordonnance, Nous ferons ce qu'il vous plaisa.
Menez voz gens sans dift'erance, Et nous demorrons par deçà.
Si besoing est que aillons là, Vous. ne nous pourrez que mander.
De vous et de nous en aura Secours, ainsi que l'entendrez.
TALLEBOT.
Or sus, trompetes, sy sonnez, Et toute nostre compaignie Se vueille icy assembler A partir, en la seigneurie.
A Dieu, messeigneurs ; je vous prie, Faictes si bien de vostre part, Affin que chascun de vous die Que victoire aura le liepart.
FOUQUAMBERGE.
Lieutenant, ne vous en doublez,
De ceste part nous y ferons Si bien que François maudiront Qu'il ont voulu résister.
TALLEBOT.
Je vous vueil bien dire et noter 5oi5 Que avant huit jours les arons.
F" 12^1 \°. GLASIDAS.
Lieutenant, ne vous en doubtez, De ceste part nous y ferons.
TALLEBOT.
Adieu, nous allons aprester Pour aller, et nos compaignons; Quant sur les François chargerons, Gardez vous bien de tous coustez.
LE BAILLY D'ESVREUX.
Lieutenant, ne vous en doubtez.
De nostre part nous y ferons
Si bien que François maudiront 5o25 Qu'il ont voulu résister.
Lors Tallebot part, et toutes ses gens, à trompeles et clairons; et passent la rivière au droit de Saint Lorens; puis le baffray sonne d'Orléans; et tous les François seront ensemble, tous armez, et viennent au devant. Puis dit
MONSEIGNEUR DE DUNOIS , bastard d'Orléans.
Aux armes tous, comment qui soit.
Voylà les Anglois cy venir, F° ia5 f". Devers Saint Lorens, tout le droit.
Si nous convient sur eulx courir, 5o3o
Que y ne puissent parvenir A leur très mauvaise entreprise.
Messeigneurs, pensez de saillir En fait d'armes et vaillantise.
SAINTE SUAIRE
Aller nous convient audevaiit,
Qu'en riens ne nous puissent surprandre
Chascun y vueille estre vadlant.
Et penser de soy bien deffendre.
Je congnois que y veullent tendre
A nostre cité assiger;
Si nous convient bien y entendre,
Et songneusement y songer.
LA HIRE
Partir fault, sans actendre plus, Et, tant qu'i sont en desarroy, Saillir y nous convient dessus.
En coraige et en grant arroy.
Je suis tout prest, quant est de moy, Et sont mes gens en ordonnance; Qu'il est heure, comme je voy.
Sans en faire plus differance.
THEAULDE DE VALLEPAIGNE.
Je les voy forment apresser,
Et descendant vers Saint Lorens.
Y nous peuvent trop fort enpresser,
Et nous enfermer cy dedans;
Si vault mieulx aller au devant
Pour résister allencontre.
LE MISTERE DU SIEGE D'ORLEAIVS.
De souffrir venir trop avant,
C'est pour nous donner mal encombre.
POTON
Faictes les trompetes sonner, Qui donront à noz gens coraige , Pour nos anemis dommaiger, Qui sont au long de ce rivage; Adfm que ne facent dommaige En apressant près de la vdle, Pour leur delFendre le passaige, Et leur mauvaistié est subtille.
LE SIRE DE SAINTRAILLES
Quant vous vouldrez, nous sommes presl A partir tout présentement, Si n'en vueillez plus faire arrest. Voicy voz gens entièrement.
LE SIRE DE DUNOIS, bastard d'Orloam.
Conduisez vous honnestement Sans saillir sur eulx à la foulle, Que vous pourriez aucunement Peut estre y perdre coq et poulie.
Or sus, seigneurs, en ordonnance.
Lahire fera l'avangarde, Vous, seigneur mareschal de France, Aussi vous vous en prandrez garde; Nous autres, pour l'arriére garde Fort de près nous vous suyverons.
Que chascun en son fait regarde Adfm que nous résistions.
LE MISTERE DU SIEGE D'ORLEANS. 1*9 Lors partiront. Puis dit
TALLEBOT.
Messeigneurs , chascun bien entende, Je voy noz anemis qui saillent
En une très notable bande, 5o85
Et voy bien que y nous assaillent.
Mectez vous y tous en batailles
Pour résister leur assault,
Sans espargner boyaulx, ventrailles,
Tuez tout, soit petit ou hault. 0090
F' ia6 v°. LE CONTE DE SUFFORT.
Je les voy appresser moult fort Et ne sommes pas bien en point; Que chascun soit de bon accort Résister à toutes fins.
N'ayez point en vous les cueurs vains, 5095
Soyez hardiz, victorieux;
Se vous gaignez, soyez certains
Jamès ne sera parlé d'eulx.
LE SIRE D'ESCALLES.
Enffans, ne vous doubtez de rien
Que nous sommes puissans pour eulx, 5joo
Et sont nostres, je le voy bien,
Si serez tous victorieux.
De bien ferir soyez soigneux,
Vous les mectrez en desarroy,
Et, se vous estes vertueux, Ttor, Orléans vous avez, je le croy.
LANCELOT DE LISLE
Seigneurs, ne faictes nulle double
200 LE MISTERE DU SIEGE D'ORLEA.NS.
(}ue ne soient tons mors ou pris.
Sailiez sur eulx en une flote,
Incontinent seront surpris. Sno Ne soyez de riens esbaïz, i" 137 r'. Vous avez sur eulx l'avantaige,
Leur ville, faubours, seront pris Et leur boucherez le passaige.
MESSIRE JEHAN DE LA POLLE
Messeigneurs, voi les cy venir, 5ii5 Boutez vous dedans, il est heure Que nul ne pense de fouyr, Mais que chascun bien y labeure.
Assaillir les fault sans demeure
Et aussi sans les espargner. 0120 Suyvez moy, et qu'on me seceurre, Je vois le premier commancer.
Lors les trompetes sonneront, et les batailles s'entremesleront vers Saint Lorens. où plusieurs d'un'cousté et d'autre seront mors et blessez prisonniers, et plusieurs seront apportez sur les pavez ^, ayant du Iret es jambes et bras, et mors. Et seront contraincts de recuHer les François dedans leur ville. Après cela dit
TALLEBOT.
Or avons nous, la Dieu mercy, Sur eulx esté victorieux, F' 137 \". Quand chassés les avons ainsi 5i2â Dedans leur ville pour le mieulx.
Ne vous doubtez jamès qu'yceulx Vous fassent désormais effort, Ne qu'i soyent plus vertueux
Que y recongnoissent leur tort. 5i3o
' Pour pavoin.
LE CONTE DE SUFFORT
Or avons nous eu la victoire Contre les François vaillamment.
Ainsi comme c'est chose voire, 11 ont eu le tort grandement.
Que batuz très cruellement Ont esté en ceste rencontre, Dont je croy bien certainement Plus n'y vendront faire leur monstre.
MESSIRE JEHAN DE LA POLLE
Y nous fault penser au seurplus De noz tentes et pavillons,
Et de faire de plus en plus Noz taudiz et provisions; Que de leur terre nous avons Jusques aux portes de leur ville, Pour en faire ce que vouldrons Gomme de nostre domicilie.
LE SIRE D'ESGALLES.
Or povons nous pour le présent Bien assiger tout à l'en tour, La ville et les habitans Enfermer comme en une tour.
Y sont pris comme le butour Qui est dedans la sauterelle.
Il n'en sauldront ne nuyt ne jour.
Non feroit une torterelle.
LANCELOT DE LISLE
Y nous fault noz gens qui sont mors
Les avoir, et est le meilleur,
Et les oster de là dehors
Pour les mectre en terre à honneur.
Gompaignons , prenez le labeur
D'aller choisir noz bons amis ,
Et des François lessez les leur,
Ghascun en fera à son devis.