LE COMPAIGNON PREMIER
Mon chier seigneur, nous y allons Pour congnoistre de nostre terre Geux qui demorez ylà sont De nostre pays d'Angleterre.
LE IP
Nous les ferons bouter en terre Et des principaulx rapporterons Qu'i ne vous en fauldra enquerre.
Mais tout le vray vous en dirons.
TALLEBOT.
Messeigneurs, y fault entretant Penser chascun de son logis; Que ainsi, comme je prétend, Gueres ne serons au pays Que les François ne soient soabzmis Par nous de très piteuse mort.
Puisque contre nous ce sont mis En armes et fait leur effort.
Ung chascun meshuy se réponse.
Et puis demain nous penserons De tout point les villains enclorre , Que jamais y n'en partiront.
Faictes tentes et pavillons * Tous loger à vostre plaisance,
Que avant trois jours les aurons, 5i85 N'en ayez aucune doubtance.
Puis icy y a pause — et cependant l'on porte les corps d'une part et d'autre. Et puis dit
MESSIRE LOYS DE CULAN, admirai de France.
ILe Roy, par la sienne bonté, F° r". M'a mandé, depuis douze jours, Gomment c'estoit sa voulenté Que je partisse et mes gens tous, Pour aller donner du secours A ceulx d'Orléans, ses bons amis.
Qui sont en peines et douleurs Par Angiois, qui ont siège mis.
Si vueil partir sans plus attendre, Et y aller tout le plus droit.
Pour les conserver et deffendre A mon povoir, comment qu'i soit.
Sus, mareschal, icy en droit; Partons toust et diligamment.
Et que tout soit prest à son droit Pour aller honnorablement.
SENESCHAL
Sire admirai, certainement Tout est prest il y a deux jours.
Voicy voz gens entièrement, .5205 Tous vos siibgectz et voz séjours, Pour acomplir vostre propoux Où il vous plaisa à aller,
Armez et abillez trestous Là où vous les vouldrez mener.
MESSIRE LOYS DE CULAN
Or sus dont, prens mon estandart Et partons très diliigamment Devers Orléans, que Dieu nous gart, Pour entrer honnorablement.
Le commun dit certainement Que des Anglois sont assailliz De jour, de nuyt, incessamment; Mais j'espoire les secourir.
Lors partiront, et à l'entrée viennent les Anglois au devant; et dit
TALLEBOT.
Messeigneurs, voilà venir gens, Si cuide que ce sont François;
Y sont de trois ou quatre cens, Et sont en point, comme je vois.
Gardez les passaiges destrois,
Et que à force on les reboute; Que, ainsi comme je congnois,
Y sont en une belle rocte.
LOYS DE CULAN , l'admirai.
Messeigneurs, je voy là Orléans, Qui est moult fort plaisant à voir, Et là, à cousté, droictement
Y est logé l'oust des Anglois.
t° i3o r°. Si voy que y nous viennent voir. J'en voy là pluseurs aprocher
LE MISTERE DU SIEGE D'ORLEANS. 205 Armez, abillez comme roys,
()ui vers nous viennent à toucher. m
LE SENESCHAL
Monseigneur, je voy gens venir, 5-285 Et sont Anglois à mon advis ; .
Penser fault de les recueillir Sans estre de riens esbays.
Frappez dedans grans et petis
Tant que nous soyons en la ville; 5;!/(o Que les François, comme je dis, Nous vendront secourir à fde.
Luis le baffray de la ville sonnera et ceulx de la ville .saudioul. Et les Angloys viennent frapper sur i'admiral et ses gens, et y a bataille, tellement que les François et l'admirai se relrayront en la ville à force d'armes. Puis dit
LE SIRE DE DUNOIS,Laslart d'Orléans.
Or sà, monseigneur l'admirai, Vous soyez le très bien venu.
F" i3o v". Les Anglois vous ont fait du mal, 0265 Et dont ils ont sur vous couru; Mais vous vous estes deffendu Allencontre d'eulx vaillamment.
Si en devons mercier Dieu
De vostre bon acquerement. jaBo
SAINTE SUAIRE
Monseigneur, vous devez savoir Les Anglois nous font beaucoup peine; Tant du matin comme du soir, Nous boutent souvent hors d'alaine.
Voulant aquerir le domaine D'Orléans, et la noble cité Qui est une clef souveraine De France et de l'auctorité.
Monseigneur, bien venu soyez, De vostre ayde vous mercions, Et, se de riens à faire ayez De la ville, le vous baillerons.
Voyez comme les choses sont :
Il y a plus de quatre mois Que nul repoux certes n'avons Pour ces faulx desloyaux Anglois.
L'ADMIRAL CDLAN.
Mes bons bourgeois, je vous mercye De l'onneur et du grant plaisir Et de la très grant courtoisie; Je désire le desservir.
Et saichez que j'é grant désir De vous ayder de ma puissance, Et tous mes gens, sans delîaillir," De corps, d'armes et de chevance.
Et vous, monseigneur de Duiiois, Penser nous fault de ceste affaire Contre ces desloyaulx Anglois Qui vous font cy grant vitupère.
Advisez en ceste matière Pour ces Anglois bouter dehors, Faire morir de mort amere Tous leurs aliez et consors.
LE iMlSTERE DU SIEGE D'ORLEANS.
LE SIRE DE nUNOIS , baslarcl {rOrl,Mnj.
Y me semble que nous devons Raser, abatre les Tourelles Situées tout au bout du pont, Qui nous sont de présent rebelles Et contre la ville cruelles.
C'est d'ont vient leur artillerie, Bombardes, canons par icelles, Qui nous font très grant villannye.
Messeigneurs , ainsi que me semble.
Y sont legierement à abatre, Et je vous en diray l'exemple Icy présent, sans riens rabatre.
Vous avez céans trois ou quatre Bonnes pièces d'artillerie.
Assortir les fault sans debatre Au bouloart, je vous en prie.
Vous avez aussi la Bergiere; Que sus le bouloart du pont Elle soit là mise pour traire.
Les Tourelles sont front à front; D'un coup ou de deux vous respont Que les Tourelles mectrez jus,
Et tous les Anglois qui y sont Cherront les jambes contre sus.
L'ADMIRAL CULAN.
Poton, c'est bien dit vrayemenl, Je vous prie qu'ainsi soit fait Bien toust et très diligamment,
Que, ceste heure, si soit parfait. ssio Seigneurs d'Orléans, comment que soit.
La charge prandrez de ce faire, Et pour la charger bien adroit Pour contre les Tourelles traire.
SAINTE SUAIRE
C'est au droit de la Belle Croix 5.3-5 Où est le bouloart assis; Qu'elle^ y soit mise, et je crois Ung coup en vauldra mieulx que six.
Messeigneurs, par voz bons advis Voulons faire à vostre ordonnance, Et acomplir voz bons devis, Et faire toute dihgence.
La Bergère sera menée, Ainsi que l'avez propposé.
Se Dieu plaist, et bien gouvernée Par ung ouvrier bien asseuré.
CHABANNES
A vous c'est très bien advisé Et fort nous grève les Torrelles; Leur artillerie ont tiré
Qui nous ont esté fort cruelles. 533o
Adont icy y a pause et doit on tirer la grosse bombarde la Bergeir, et du trait doit cheoir tout le feste des Touretîes, et un grant quartier de la tour, et doit cheoir six Anglois, les piez contre le mont à terre, mors du coup tiré de la Bergère du
' Lisez que elle.
ô.Sao
LE MISTERE DU SIEGE D'OULEANS. 209
bouloart de la Belle Croix. Et feront les François ung grant bruit a troiiipeles et clairons. Puis dit
MESSIRE JEHAN FACETOT.
Ad ce comme je puis entendre Et qu'on m'a rescript plusieurs foiz , Aller me fault, sans plus attendre, Ayder à i'oust des Angloys,
Lesquelz, ainsi comme je croix, 5335
Devant Orléans ont fort à faire,
Qu'il y ont esté quatre mois
Sans leur intencion parfaire.
Jà, mes gens, sans attendre plus,
Partir je vueil, comment qu'i soit, 534o Pour vouloir François ruer jus Qui ont contre nous trop forfait.
Orléans qui est de petit fait, F° i33 r°. M'esbays comme il y font tant;
Mais se je les mes en effait, 53^5 N'aresteront ne tant ne quant.
Faictes charger artillerie, Pouldres et tout abillement.
Je vueil faire une reverdie
Encontre Orléans cruellement, 53.5o Que jà i seray si longuement, Avant que de là m'en depparte.
Que les François certainement Y auront une lourde perte.
LE SENt':SGHAL.
Monseigneur, quant il vous plaisa - 5355 Voicy voz gens près à partir, Et tous en point prestz de pieça
Pour bien loyaument vous servir, Lesquelz si ont tous grant désir
De persécuter les François, 536o Et de vouloir sur eulx courir Par force d'armes et de drois.
FACETOT.
Donques, prenez nostre bannière Et allons droit devant Orléans, F" i33v". Pour nous tenir là en frontière, 5365 Comme à nous désobéissant.
Il ont esté trop deffaillant, D'avoir contre nous tant tenu:
Mès se ycy suis, incontinant
Leur meffait sera recongnu. 537(.
A dont partironl , ot y a pause. — Puis dit
FACETOT.
Je voy là Orléans, là devant.
Qui est une gente cité, Laquelle, ainsi comme j'entend.
Se met en grant adversité.
Que tous princes d'auctorité 5375 De tout le pays d'Angleterre Sont devant en triumpheté.
Pour ruer Orléans tout par terre.
Je voy de là l'oust des Anglois
Logez de logiz sousteneux, 538(.
Assez pour vaincre les François
Et en estre victorieux.
Je m'ebays forment d'iceulx
Gomment il ont ung tel coraige:
C'est que de morir aynient iiiieulx F° i3/i r". Que sauver eulx et leur ]ii;naige.
Messeigneurs, je suis adverti Que promptement nous vient secours D'un très vaillant prince genti , Qui scet de guerre tous les tours.
Avecques luy sont ses séjours, Nombrez seize ou dix huit cent; Si seront les François secous A ce coup cy, comme j'entent.
C'est messire Jehan Facetot, Gouverneur du roy d'Angleterre, Lequel si a pris son complot De nous ayder en ceste guerre.
Y nous convient aller grant erre Au devant, pour le recevoir Et très humblement le requerre Pour à nostre oust faire devoir.
LE CONTE DE SUFFORT
Me semble voi le cy venir.
Que je voy là ung estandart De roige et d'asur my parti, 56c5 Et ou millieu a ung liepart.
C'est luy mesmes là, que Dieu gart, F" iSh V". Si le fault aller saluer.
Que c'est le prince plus expert
Qu'on pourroit au monde trouver. 5'. 10
Adont arriveront. Puis dit
5/ioo
TALLEBOT.
Très excellent prince de nom, Le très bien venu vous soyez.
Grant besoing de vous nous avon Et de voz gens, bien le croyez.
Nous sommes cy, comme voyez, Quatre mois y a tout entiers, Dont nous avons fort dévoyez François, et fait des destourbiers.
Mais puisque vous estes venu.
Nous convient assaillir leur ville.
Et tous noz gens, grant et menu.
Ghascun se trouverra abille.
François plains de mauvais stille Les fault avoir, comment qu'i soit, Ou y mourra plus de vingt mille Avant que n'en n'ayons le droit.
FACETOT.
iVlesseigneurs, y me semble advis Que la ville est aisée à prandre, F" i35 r°. *Et qu'i devroient estre soubzmis Legierement et sans atendre.
Ainsi comme je puis entendre, Ne fut si très notable armée , Depuis le grant roy Alixandre , Que vous avez, ne composée.
Et croyez, je ne doubte riens Que, se l'assault nous leur donnons, Ne les ayez incontinant, Ou que les clefz vous apporteront.
Si vous pry que nous y pensions
LE MISTERE DU SIEGE jy ORLEANS.
A les assaillir sans demeure, Que ainsi riens nous ne ferons, Et ne perdons que temps et heure.
LE CONTE DE SUFFORT
Mon chier seigneur, vous dictez bien .
Que nous avons assez puissance Pour les avoir sur toute riens, Mès que nous facions diligence.
Faictes tout mectre en ordonnance, Eschelles, cordes, et crochez.
Et gens de tret grant habondance , Pour mieulx les François despecher.
LE SIRE D'ESGALLES.
Y n'en fault plus dissimuler, Assaillir les fault en présence Pour leur grant orgueil ravaller, Abatre leur oultre cuidance.
Nous sommes icy l'excellance , De toute Engleterre la fleur:
Y estre tant c'est desplaisance , Et à nous tous grant deshonneui'.
MESSIRE JEHAN DE LA POLLE
Sire, pour vostre bien venue.
Que ung assault leur soit donné.
Y sont longuement trop en mue, Ung esbat leur soit ordonné.
Nostre oust c'est très bien gouverné Jusques cy sans peu de domage.
Et si avons fort domagé,
Que François n'ont pas l'avantage.
LANCELOT DE LISLE
Messeigneurs , quant est de l'armée, Toute preste est pour assaillir, Bien en point et bien ordonnée Pour voz voulentez acomplir; Lesquelz si n'ont autre désir Orléans leur soit habandonné, Que y veullent vivre ou morir Faisant ce que aurez ordonné.
FACETOT.
Quant Orléans leur habandonneroye Pour le mectre à feu et à sang, Et du tout je le destruiroye , Hommes, femmes et les enffans, Qu'i n'y auroit petit ne grant De leur ville que j'espargnasse , Que nul ne fust plus si engrant De vouloir faire telle fallasse.
LE CONTE DE SUPPORT
Vous ne devez riens espargner,
Que il ont contre vous failly
D'avoir volu résister
Et de nous avoir assailly,
D'oppinion je suis celuy
Que on doit mectre tout à mort,
Sans avoir mercy de nulluy
Ne espargner foible ne fort.
TALLEBOT.
J'en suis de vostre oppinioii;
De les espargner c'est foUye, Qu'i sont plains de rébellion, De faulse mauvaistié remplye, Quant, par leur desloyalle envie, Sy ont brullé tous leurs faubours, Eglises, par grant villannye, A tort, sans cause et sans propoux.
MESSIRE JEHAN DE LA POLLE
Hz ont mauvaise volanté Et en eulx n'a nulle fiance, Si convient de neccessité Les pugnir de leur grant odejice.
Adfin que à tousjours souvenance Soit de leur faulse iniquité.
Et à tousjours mès ramenbrance :
C'est les mectre en captivité.
LE SIRE D'ESCALLES.
Nous avons très grosse puissance Là, du cousté du Portereau, Où nous avons bonne espérance.
Quant au regard de delà l'eau, 55io Voicy ung temps jolis et beau, Faictes estandars desployer, Et gaignez ce noble joyeau :
Il est vostre, vous le voyez.
TALLEBOT.
Sà, messire Jehan Facetot, ' 55 1 5
Que dictes vous ne que vous semble ?
Y fault ycy de bon estoq
Les assaillir trestous ensemble.
55oo
Nous povons aller, ce me semble, Jusques au rees de leur muraille, Et y faire ung assault si ample Comme verrez que faire faille.
FACESTOT.
Vous, messire Jehan Tallebot, Esleu estes à ceste charge; Vous y savez vostre trippot Et y estes prudent et saige.
Ordonnez, en vostre corage, Ainsi comme vous l'entendez ; Nous autres et tout le bernage Vous voulons sauver et garder.
TALLEBOT.
Puis qu'i vous plaist, ordonneray Que vous et voz gens, s'i vous plaist, Vous yrez, et puis vous suivray Et de vous je me tiendray près.
A la porte Renart yrayz Avecques le conte de Sutïort, Et de bon cueur les assaudrayz.
Sans espargner foible ne fort. Puis devers la porte Banier Jusque à la porte Parisie, Monseigneur d'Escalles, serez Avecques vostre compaignie.
Mareschal, à chère hardie Assaillez les, à une foulle.
Pour vous secourir je supplie Messire Jehan de la Polie.
Fouquamberge, aussi Glasidas,
De l'autre cousté assaudront, Qui sont stillez de leur cas; Et croyez que devoir feront.
Pour ce faictes que nous ayons Victoire contre ces François, Et qui tant traveillez nous ont Et tant fait porter le harnois.
FAGETOT.
De très bon cueur acompliray, Tallebot, tout vostre ordonnance, Et mon estandart poseray Sur leurs foussez à ma plaisance, Et est bien mon espérance, Orléans sera aujourd'uy destruit, Et mis en nostre obéissance Devant chascun, sans contredit.
LE CONTE DE SUPPORT
Je n'é pas autre intencion
Que aujourd'uy n'ayons victoire,
Et de mectre à destruction
Les Orlenois, c'est chose voire.
Tout temps nous ont esté contraire
Et ont volu résister;
Mais y leur sera vendue chiere
Quant viendra à l'escot compter.
LE SIRE D'ESCALES
Messeigneurs, que chascun entende Qu'i n'y faille plus retourner; Se vous faillez de ceste bende, A peine pourrez recouvrer.
Pensez de tout perdre ou avoir. 5575
En si très notable puissance,
Au monde en pourroit on trouver
Armée de si liaulte excellance?
MESSIRE JEHAN DE LA POLLE
Quant à moy, je ne fais nuile doubte Que ne soyons victorieux, 558o Et que n'ayons en somme toute Tous les François, jeunes et vieulx, Ne jamès parlé ne sera d'eulx, F° i38 v". Se chascun vieult faire devoir.
Soyons donc hardiz, vertueux, 5585 Orléans sera en vostre manoir.
LANCELOT DE LISLE
Sà, messeigneurs, quant vous vouldrez Voicy voz gens en ordonnance.
Quant il vous plaisa, assaudrez
Orléans, et à vostre plaisance. 559c Voy les cy en vostre présence.
Et les voyez tous en grant point De haches, d'espées et de lance, Arcqs, arbalestres et engins*
TALLEBOT.
Or sus, trompetes et clairons, 5595 Sonnez pour assembler l'armée, Adfm que ensemble nous partions Et y allons d'une assemblée.
Faisans grant hue, de rendonnée\
' Gr'ant hue, grande huée , grand bruit; d'où hucher, synonyme de litier. — De rcndonnéc , vivement, rapidement.
Pour vos enemis espoventer, 56oo Qu'i convient en ceste journée Que les François vous surmontez.
Lors les Irompetes sonneront des Anglois, et s'assembleront pour venir assaillir Orléans. Puis dit
F° 189 r". LE BASTARD D'ORLEANS.
Seigneurs, en toute diligence Armez vous tous incontinent.
On m'a rapporté en présence 560.5 Anglois font grant amast de gens Et en point pour tenir les rans, Si croy que y nous assauidront.
Pour ce soyez tous dilligens,
Hommes, femmes et citoyens. 56io
LA HIRE
Monseigneur, ainsi que j'en tend, Aujourd'uy ont intencion Assaillir la ville d'Orléans, Et la mectre à destruction;
Et leur deliberacion 061 5
Est de mectre à feu et à sang,
Sans en avoir remission,
Ainsi que chascuti d'euîx prétend.
SAINTE SUAIRE
Seigneurs, que chascun preigne garde A soy, et monter sus les murs, 56ao Et ung chascun voyse en sa garde.
Pour soy garder des premiers heurs.
Oultre plus, entre vous, seigneurs F" 189 v". Et gens d'armes, conseiileroye
De saillir hors en grant fureurs Pour résister à leur voye.
CHABANNES
Pour voir, entre nous gens de guerre Nous convient saillir au devant, Pour les garder de prendre terre, Et qu'i ne viengnent plus avant.
Que s'i vous estoient surprenant, Nous pourrions bien estre en dangier, Et de ne venir pas à tant Pour nous donner grant destourbier.
POTON
Messeigneurs, pour tout abréger, Y nous convient tous saillir hors.
Se voyent que vous ne vous bougez, Contre vous se tiendront plus forts.
Cependant, ferez vous elTors De bien garder vostre muraille: Se nous ne sommes assez fors, Retrayons nous de la bataille.
THEAULDE DE VALLEPAIGNE.
Je ne scay comment on l'entend,
Ne m'en saroye conseiller;
C'est ung conseil doubteux et pesant
Et dangereux, à mon cuider.
Se d'avanture vous saillez
Et contre eulx ne soyez puissant,
Vous ne vous pourrez reculler
De la presse bien aisément.
LE SIRE DE VILLARS
Messeigneurs, de vouloir saillir C'est bien fait de résister; Mais y ne fauldroit pas faillir, Que vous ne peussiez retournei".
S'il advenoit que vous perdez Et que ne fussiez les plus fors, Vous y estes tous demorez, Et finablement trestous mors.
MESSIRE MATHIAS
Messeigneurs, se nous vous perdions, Il aroient de legier la ville;
Y vault mieulx que nous demeurions Sans saillir ainsi à la fille.
Y sont plus de quarante mille,
Et tous les jours leur vient secours; Gardons bien nostre domicilie Et nostre muraille et noz tours.
LE SIRE DE GUITRY
Il me semble que de saillir, Messeigneurs, que ce seroit simplesse; Que, s'i vous convenoit faillir, Vous leur donriez grant hardiesse , Et vous pourroient mectre en presse.
Quant vous vouldriez «'en saillir pas; Et de perdre telle noblesse, Le royaulme en seroit bien mis bas.
LE SIRE DE SAINTRAILLES
Il ne fault tant craindre et doubter
N'en faire difficulté;
Que, se y voyent que les doublez,
Plus vous feront de cruaulté,
Et plus leur maise volenté
Ce croistra de plus vous mal faire,
Disans que hors de vostre hosté
Vous n'oseriez saillir ne traire.
LE SIRE D& BUEIL
En guerre nulluy ne doit craindre Ne nul n'oseroit nul beau fait faire; Aussi nulluy ne se doit faindre.
Mais tousjours acquérir victoire.
Se vous saillez, sera mémoire Que vous serez preux et hardis. Et craindront plus de vous malfaire Cent fois que vous soyez faintis.
LE BASTARD D'ORLEANS
Mes bons seigneurs, grans et petiz, Mectez vous tous en ordonnance.
Soyez tous vaillans et hardis Et tous rempliz de grant vaillance.
Monstrez icy vostre puissance Et allons tous audevant d'eulx ; Se nous voyons resistence, Nous retournerons tous en noz lieux.
Entre vous, bourgeois de la ville, Faictes bon guet sur la muraille; Que chascun de vous soit habille Et que chascun monstre qui vaille.
Gardez que le cueur ne vous faille Allencontre voz anemis,
Et frappez d'estoc et de taille, Vous ne serez jamès soubzmis.
Adont icy les trompetes sonneront tant des Anglois que des François; et viendront corageusement les Anglois contre les François, qui F° 1^11 v'. seront sailliz de la ville; et y aura grant bruit et fait d'armes les ungs contre les autres; et sonnera le Laffray de la ville sans cesser durant la bataille, tellement que les François reculleront jusques dedans leur ville , et le sieur Facetot viendra planter son estandart sur la dove des toussez; et eschelleront les murailles, et de traict grant force, d'une part et d'autre, tellement que, en la fin, les Anglois retrayront en leurs tantes et bastilles. Puis dit
LE BASTARD D'ORLEANS
Çà, messeigneurs, retrayez vous Et pensez de vous refraschir, Si prenez ung peu de repoux
Pour voz grans travaulx alegir. 5710
Je voy les Anglois départir,
Eulx retraire dedans leurs tentes ,
Ne scay s'i veullent revenir;
Guet nous fault en chemins et sentes.
Pose. — Puis dit
LE BASTARD D'ORLEANS
Nous avons esté debatuz 5715 F" liar". Par ces Anglois cruellement;
Mès nous nous sommes deffenduz,
Dieu mercy, bien et grandement.
Que nous avons resistamment •
Obtenu contre leur emprise, 5720
Que y pensoient bien fermement
A venir à leur entreprise.
LA HIRE
J'é cuidé aujourd'uy voir Teure Que la ville estoit en dangier; Ne failloit que ung coup de maleure Pour nous griefment dommager.
Jamès ne les vy arrenger Ne mieulx en plus grant ordonnance, Et, pour tout dire et abréger, Hz se sont trouvez grant puissance.
SAINTE SUAIRE
Messeigneurs , il me semble advis On doit aller devers le Roy, Gens entenduz et bien apris, Pour luy remonstrer le desroy Que nous sommes cy à le boy \ Sans oser les portes saillir; Luy requérant que sans deloy Y luy plaise nous secourir.
CHABANNES
Il est bien expédient A y aller, comme il me semble, Remonstrer l'inconvénient Que povons avoir tous ensemble.
En l'ost des Anglois s'i assemble Des gens d'armes de toutes parts, Puis prennent en nous mauvais exemple, Je voy que nous ne croissons pas.
THEAULDE DE VALLEPAIGNE.
Nous appetissons tous les jours.
Sic. Probabiement à l'aboi, aux abois.
F'' lia v°.
Les ungs sont mors, autres blessez, Nous n'avons de nulluy secours Ne qui nous puissent ayder.
Si est bien, selon mon cuider, Au Roy aller diligamment Et tout le cas luy remonstrer, La peine, le grief, le torment.
LE SIRE DE VILLARS
Messeigneurs , c'est bien advisé.
Y envoyer de gens de bien.
Ainsi que avez propposé, Faire le fault sur toute rien, Luy remonstrer quoy et combien Et luy faire tout assavoir.
Le travail, la peine et l'ahan Qu'i fault tous les jours recevoir.
SAINTRAILLES
Ce cas cy n'est pas peu de chose
De perdre une ytelle cité.
Vous voyez comme elle est enclose
D'Englois, en grant adversité,
Tout le pays en vérité,
Beaugenci, Meung, Saint Loup, Jargueau,
La Sauloigne d'aultre cousté;
Il ont en leurs mains terre et eau.
LE SIRE DE GUITRY
Nous ne pourrions résister Longuement à leur grant puissance, Qu'i leur vient gens de tous coustez.
Incessamment, de toute France.
Avoir en pevent à leur plaisance, Paris, Flandres et Picardie; Nostre cas est en grant doubtance Et en dangier, je vous affie.
POTON
Quant au regart de leur puissance Ne fault acomparoii: la nostre :
En cela n'a nulle apparence , Chascun scet que la leur passe oultre; Et pour tout acomplir et soudre, Il est bien de neccessité Que nostre bon roy et le vostre Luy soit tout ce cas recité.
MESSIRE MATHIAS
Messeigneurs, vous avez bien dit, Y envoyer c'est bien raison.
Ordonnez à vostre appétit Pour y aller qui sera bon.
Vous estes tous princes de nom, Et n'est nul qui bien ne le face.
Suffisant, de noble maison Autant qu'on peut trouver en place.
LE BASTARD D'ORLEANS
Très nobles et vaillans seigneurs, Puis que vous plaist, nous envoyrons Au Roy dénoncer nos labeurs Et les affaires que avons.
Dont, pour y aller, nous prendrons Le vaillant sire de Villars , Poton, son frère, en baillerons Toute la charge hault et bas.
Après me semble qu'i seroit bon D'envoyer en l'oiist des Anglois Un hcrault, gentil compaignon, Pour parler à eulx et les voir, Et que puissons tant faire ainçois Avoir d'eux trêves pour parler, Gomme de deux jours ou de trois, Seullement à parlementer. •
LE SIRE DE VILLARS
La chose seroit bien licite De trêves avoir vrayement, Et pour faire aussi la poursuite Des mors et leur enterrement, Et pour savoir aucunement De leur très mauvaise entreprise, Adfin qu'on y peust bonnement
Y penser et qu'on y advise.
Oultre plus, s'i vous plaist, la charge A aultre que moy baillerez D'aller au Roy très noble et saige ; Autrement en disposerez.
Que entre vous, comme savez,
Y sont que moy plus suffisant :
Si vous plaist, vous en depporterez Et en commectez plus duisant.
POTON
De moy aussi pareillement; Que vous estes tous plus expers Que je ne suy certainement; Donques vous en depporter est.
Au seurplus, je croy que bon est
De parlementer aux Anglois.; On pourra savoir loing ou près De leur secret, comme je crois.
SAINTRAILLES
Entre vous vous m'avez esleu , C'est pour aller devers le Roy.
Je vous pry qij''un autre en ce lieu Vous prenez plus expert que moy; Puis après, ainsi que je voy, Trêves vous devez demander, Pour savoir d'eulx, comme je croy, Ainsi comme bien l'entendez.
LA HIRE
Messeigneurs, vous estes esleuz, Poton, Saintrailles et Villars; Assez savez les contenuz Du gouvernement et estas.
Au Roy luy compterez le cas Que ne vous en fault jà rien dire; Vous luy raconterez hault et bas, Ainsi que le cas le désire.
En oultre, trêves nous devons Demander, et est bien raison.
Qu'i demandent nous ne savons Ne qui est leur occasion , Ouyr parler nous les devon, Et nul mal ne nous en peut estre.
Riens n'en ferons se ne voulon, Ny n'en seront jà plus grant maistre.
SUAIRE
Messeigneurs, faictes diligence
De partir très diligamment, Sans plus cy faire demourance, Nous vous en prions humblement; Que se le Roy aucunement Nous peut envoyer du secours, Vous luy prirez que briefvement Que ce soit et bien en brief jours.
Et cependant, vous envoyerez Devers les Anglois ung herault Pour les mors qui gisent là hault, Adfm qui soient mis en sault; Et avecques ce leur offrez A ung ou deux de leur consault Vous voulez bien parlementer.
CHABANNES
La chose est bien raisonnable
Demander trêves voirement.
Tel temps que leur sera agréable,
Deux ou trois jours tant seullement,
Ou, s'i veullent, plus largement;
Vous vous en rapporterez à eulx,
Aussi de faire parlement,
De chascune part ung ou deux.
THEAULDE DE VILLEPAIGNE.
Envoyez y présentement
Ung herault qui soit bien propice
Pour parler à eulx proprement.
Et tout selon vostre notice,
Expert à faire l'office,
Qu'i ne le puissent point reprendre
De chose et à nous préjudice, Mès luy baillerez à entendre.
LE SIRE DE BUEIL
Vous savez il y a longtemps Que y sont devant ceste ville, A estre tousjours combatant Et sans repoux est leur stille; Ne nul qui soit, tant soit abille, Ne s'est ingéré de parler, Qui n'est pas chose bien utille, Que on peut bien parlementer.