MONSEIGNEUR DE LA POLLE
Vous l'avez ouy en à part Qui dit que sont deux compaignons Servant La Hire toust et tart; Et en tant qu'i sont gascons, Si croy bien que pas y ne sont, Pensez, de grant auctorité; Ainsi comme deux vaccabons Qui sont plains de leur voulenté.
ESCALLES.
Je le croy, par ma vérité,
Que y ne se monstrent pas saiges.
Pour monstrer leur subtilité
Ne voudront que deux de mes paiges ;
Mès qu'il eussent veu leur visaiges
Et donner eux ung coup ou deux,
Se garderont de tieux suffrages
Et ne seront si corageux,
FACESTOT.
Mès que respondrons nous à eux?
Devons nous ce fait accorder?
Adviser nous fault pour le mieulx
Présentement, sans arrester.
Se volez ce cas contracter
Et faire à leur folle entreprise,
Y le convient exécuter
Et qu'elle le leur soit premise.
Toutesfoiz ce seroit dommaige Ung ou deux de nos gens fust mys A perdicion par oultraige, Et qu'i fust pery et occis.
Si en ay encore cinq ou six Qui seroient d'accort y aller; Mès ne sont que toutes folies.
Je n'en saroye que parler,
MONSEIGNEUR SIMON MOYER, prevost de Paris.
.le VOUS diray, pour abréger, Refuser on ne le doit mye ; Nous en serions à despriser Et nous en donnons villannie.
Pour ung, je vous le certifie; Le vestiray de blans harnois, Et joyeux sera, je vous affie.
De faire un peu peux es François.
RAMETON.
Ung autre, ainsi que je le croys, Ne fauldra pas à y aller, Et tantoust abiller le vois Prestement et luy en parler.
Cependant, faictes habiller Le vostre et qu'i soit bien en point; Le mien est pour les resveiller Et pour les mectre en petit point.
TALLEROT.
Or, allez, sans plus de langaige.
Aprester voz gens, il est temps;
Et je vois recevoir le gaige De ce messagier là présent.
Or çà, baille moy ton presant, Et leur dy, pour chose certaine, • Je le reçoy joyeusement Aujourd'uy, en la bonne estraine.
Dy leur, après digner, baillerons Deux de noz gens emmy la prée, Et que nous nous y consentons Aujourd'uy, en ceste journée; Que bataille leur sera livrée A deux contre deux, seullement, Ainsi comme il ont procurée En l'autre et non autrement.
MESSAGIER
Messeigneurs , à Dieu vous comment.
Je m'en vois faire mon messaige, Tantost et bien diligamment, En rapportant de bon coraige Gomme vous, noble prince et saige, Dictes, après digner, se rendent Ou champ, pour parfaire louenge, Et que pour ce faire y entendent.
TALLEBOT.
Que ne faillent pas les François Eulx y trouver, comment qu'i soit; Car nous mesmes les irons vois, Savoir qui aura meilleur droit.
MESSÂGIER.
Partir je veil d'ici en droit Leur aller porter la nouvelle, Gomment avez conclu et fait Que la chose se parfera telle.
Lors s'en part, et y a pose. — Puis dit F" 193 r". LE MESSAGIER.
Messeigneurs, je suis revenu De l'ost des Anglois proprement.
Il est vostre cas tout conclu, Que la juste ^ aurez vrayement.
De deux de leurs gens seullement Vous bailleront, comme avez dit, Et, après disner, proprement Se trouverront en grant desduit.
Tallebot le m'a accordé, Et se doit trouver en personne, Qui m'a tout mon fait recordé , Et dit que ce soit sus la nonne.
Plusieurs s'i trouverront en somme.
Et présent font armer leurs gens; Entendez à vostre besoigne.
Et ne soyez point negiigens.
F" 193 V. GAQUET.
Joyeux en sommes et contens.
Tu as très bien fait nostre cas.
Or sus, toust et incontinant,
' Juste, joute.
Armons nous et ne faillons pas.
Je prans grant plaisir et soulas Me trouver en telle rencontre; Que je ne les espargneray pas,
Ou y me viendra grant encombre. 7835
VERDILLE.
Je me trouverray à la monstre Ne vous doubtez, mon très beau Irere, Et que je ne aille allenconstre Tout homme qui porte bannière.
Retrayons nous en nostre affaire 78/10 Et pensons de nous mectre en point, Que, quant viendra à la barrière, Nous nous portons plaisant et joingt.
F° Kjh v". Lors s'en vont habiller, et y a grant pause de trompetes, clairons. — Et puis dit
TALLEBOT.
Or çà, où sont ces compaignons?
L'eure s'approche de la jouste; Je croy que les François y sont, H est une heure toute juste.
Y n'y fault taborin ne fleuste , Car ce n'est pas jeu de plaisance Le jeu est de diverse leuste Quant combatre fault à oultrance
FOUCAMBERGE.
Aussi se fault tenir en point Qu'il n'y ait quelque trayson; Es François je me fye point,
En eulx n'y a nulle raison. 7^55
De sa tante et de sa maison Chascun se donne bien de garde .
Qu'i n'y ait nulle meprison; H est bien gardé qui Dieu garde.
MESSIRE GUILLAUME DE LA POLLE
Pour aujourd'uy, on ne fra riens; 7860 Y convient bien les aller vois.
Pensez aussi que ceulx d'Orléans Verront volentiers les Anglois, Chascun soit garny de harnois
Et de tous bons abillement; 7865 De cela on se doit provois, Pour doubte de inconvénient-
Adont îcy tous les princes d'Angleterre sauidront et viendront honnoraWement tous d'une part. Et pareillement La Hire et tous les seigneurs d'Orléans viendront, chascun honnestement abiilé de harnois, et se tiendront tous d'une autre part. ^ [Et après ce toutes trompetes, clairons, tant des François comme des Anglois, trompilleront. [Puis après vient Gaquet tout armé à blanc, deux hommes après luy. [L'un portera deux lances; [l'autre homme portera après luy deux hallebardes et deux espées. [Verdille viendra incontinent après, tout armé, qui aussi aura deux hommes qui luy porteront deux lances, deux hallebardes et espées. Item, après cela, deux Anglois viendront de leur couslé des Anglois, qui seront ainsi armez de blans harnois. Et pareillement deux hommes après eux, embrigandinez et empoint, qui leur porteront à chascun deux lances, deux hallebardes et deux espées. Et là se tiendront ung peu en fiction l'un devant l'autre. Adont les trompetes et clairons sonneront amoderement; et marcheront les ungs contre les autres tout bellement, jusques ad ce qu'i se entrerenconteront de lances. Et romperont chascun sa lance contre leur homme; [après, encores chascun une autre lance, qui pareillement romperont durant le son des trom-
' Les pages du manuscrit sont ici divisées en paragraphes indiqués par les [ . Ces paragraphes sont séparés par des blancs.
petes. [Puis après, prendront chascun hallebarde, et feront grans iaiz d'armes les ungs contre les autres. [Et enfin Gaquet frappe son homme par la teste, tellement qu'il l'abat et le tue tout mort. [Et Verdille e1 F" 196 \°. l'autre font grans faiz d'armes. Puis les trompetes sonneront une retraicte. Et ce fait, et Verdille et son homme, chascun s'en retourne en son lieu, l'un du cousté des Anglois, et Verdille du cousté des François. Et se retrayent toutes les gens d'un cousté et d'autre. Et les Anglois serviteurs emporteront leur mort en leur tante. — Puis dit
( Suite du P 177 v°.) TALLEBOT.
Messeigneurs, je conseiHeroye G'on envoyast dedans Paris
Commander que on nous envoyé 7870 Vivres, et plus qu'i n'ont apris.
Nous sommes cy gens de hault pris, Et croist tousjours nostre puissance; Si seroit bon, à mon advis,
Y envoyer sans differance. 7875
SUPPORT
Tallebot, c'est bien propposé :
F" 199 r"'. Y envoyer il est besoing, Et avez très bien composé.
Fault y adviser près et loing
Et à nostre oust avoir le soing, 7880 Sans deffaillir aucunement, Ny ne fault avoir le cueur vain; Mès y penser soigneusement.
MESSIRE JEHAN DE LA POLLE
Se messire Jehan Facetot
Luy plaisoit en prandre la charge; 7885
' Les feuillets 197 et 198 sont blancs. (Voir la note .3, p. 281.)
30(i LE MISTERE DU SIEGE D'ORLEANS.
Pour y aller scet son trippot,
Et est aussi son heritaige;
Résident luy et son mesnaige,
N'est nulluy qui le peust mieulx faire,
Et est noble, prudent et saige 7890
Pour bien ce voyage parfaire.
LE SIRE D'ESCALLES.
Vous ne pourriez eslire mieulx.
Facetot, sire, s'il vous plaist, Avecques le bailly d'Esvreux,
Vous deux ensemble, vous yrez 7890 A Paris, et par exprez Amerez ^ vivres à puissance F° 199 v°. (Vous savez le besoing qui est), Et artillerie abondance.
FACETOT.
Messeigneurs, qui ne vous desplaise; ' 7900
Autres que moy y envoyerez.
Et vous supplie qu'i vous plaise Autrement en disposer.
De plus suffisant trouverrez
Que moy, se est vostre plaisir; 7905 Et pour ce vous y pourvoirez, Messeigneurs, à vostre loisir.
LE BAILLY D'ESVREUX.
De moy, je vous en vueil prier,
Messeigneurs, que point je n'y voise;
Et vous en vouldroie supplier, 7910
Amerez pour amenrez, amènerez.
Que ceste chose cy trop poise.
Je ne vueil ne débat ne noise; Mès vueil servir l'oust voulentiers; Que qui me couste ou qu'i me poise, A ferir je suis des premiers.
TALLEBOT.
Vous, messire Jehan Facetot, Aussi vous, le bailly d'Esvreux, Vous deux ensemble, ce complot Acomplirez de cueur joyeux.
Ne vous fault que estre soigneux Parler au prevost de Paris.
De vostre cas le fere mieux Qui soit, qu'il est saige et apris :
C'est messire Symon Morchier.
Faictes le avec vous venir Pour la conduicte et despecher; Vous pourra vostre fait fournir.
Et aussi, pour nous secourir, Qui viengne avec l'artillerie, Pour nostre armée entretenir; Qu'il est plain de chevallerie.
'facetot.
Puis c[u'il vous plaist, je suis content, Et à moy il ne tendra mie; Et de Paris, je vous affîe, Aurez secours comme j'entent.
CONTE DE SUFFORT
Vous aussi, soyez consentant, Bailly d'Esvreux, je vous emprie.
BAILLY D'ESVREUX.
Puis qu'ii vous plaist, j'en suis contant, F" 200 v°. Et à moy il ne tendra mie.
LE SIRE D'ESCALLES.
A VOUS du tout bien m'en atant; 79'io De vivres et artillerie Faictes venir, je vous supplie, Et vous en venez quant et quant.
FACETOT.
Puis qu'il vous plaist, j'en suis contant,
Et à moy y ne tendra mie; 79^0
Et de Paris, je vous affîe,
Aurez secours comme j'entent.
Lors partiront, et y a pause. — Puis dit
FACETOT.
Or sommes nous bien arrivez Dedans Paris à seureté,
Où sont nos bons amis privez 7950 Et tous de grant auctorité, De France l'extermynité , Le triumplie et oii gist la gloire Qui est en nostre liberté, F°9oi r". Dont à tousjours sera mémoire. 7955 Si nous convient tout droit allei' Noncer au prevost de Paris, Nommé messire Simon Morchier, Qui est ung prince de grant pris.
De ce que avons entrepris Pour l'oust des Anglois vitailler, De toutes choses exquis Pour y mener et detailier.
BAILLY D'ESVREUX.
Voy le là; y luy fault parler Pour nostre voyage parfaire, Gomment nous sommes envoyez Pardevers luy, pour ceste afaire.
FACETOT.
Sire prevost, de noble afaire, Pardevers vous sommes venuz Dénoncer chose neccessaire Qui sont à nostre oust survenuz.
Vous savez que devant Orléans Nous avons là le siège mis, Où sont nos princes les plus grans.
Il y a des mois desjà six Que nostre siège y est permis, En nombre de soixante mille, Tous gens de fait et exquis Qui ont enclos toute la ville; Ne jamès nous n'en partirons Que leur cité n'ayons acquise, Les pays et les environs, De par nous, et leur ville prise.
Dont, pour venir à nostre emprise, Fault avoir vivres à foison, Harent, poissons de maintes guise, Ainsi comme c'est la saison.
BAILLÏ D'ESVREUX.
Devans douze jours nous serons Au jour de caresme prenant.
Pour quoy nous convient du poisson Avoir et force de harens, Pour ie mener devant Orléans.
En i'oust des princes d'Angleterre. Qui assemblez sont là devant.
Tous les plus vaillans de la terre.
PREVOST DE PARIS
Messeigneurs, de vous j'ay grant joye Et savoir de vous des nouvelles, Et tous les jours en desiroye Qui nous fussent bonnes et belles Les Orlenois vous sont rebelles.
Ainsi que chascun nous raconte, Et sont ainsi comme infidelles.
Que de morir ne tiennent compte.
FACETOT.
Vous en dictes la vérité, Semble ne leur chault de finir.
Tant sont de leur roy encha[n]té Qu i ne se rendront pour morir.
Si ne saura mès oii fouyr Leur roy, se nous avons Orléans; Que y se tient seur, sans mentir, Après aurons le demorant.
PREVOST DE PARIS, .le le croy véritablement;
Mais me semble lâche corage Dont avez esté longuement Sans avoir fait autre dommaige.
Vous les tenez en une caige; Bien les devez de court tenir, Quant vous avez tel avantaige Qu'i n'osent leurs portes ouvrir.
BÂILLY D'ESVREUX.
Nous les avons fort assailliz Par plusieurs foiz cruellement; Et, se y avons deffailliz.
Je ne scay pourquoy ne comment. Si sommes tous présentement Fermes et bien délibérez Y faire tant fmablement Que par nous seront ra voirez.
PREVOST DE PARIS
Mes bons seigneurs, j'ay grand désir De acomplir vostre demande :
Vivres vous aurez à plaisir Et artillerie belle et grande.
Et pour conduire vostre bande Moy mesmes yray en personne; Que je vueil que chascun entende Que vostre querelle est très bonne. .
FACETOT.
Tous les princes et les barons Vous mandent aussi que veignez.
Et amenez vivres foisons, Vous priant les accompaignez.
Sans en voloir riens espargnez: 8060 Que il en ont neccessité.
Si ne vueillez plus berguigner; Que tout soit en bref apresté.
F" 2o3 1°. PREVOST DE PARIS.
Ne vous en doubtez nullement.
Pour trois cens charioz, charretes, Chargez seront diligemment; Et vos besoignes toutes nectes, Avant deux jours, seront parfaictes, Et gens de fait pour convoyer.
Ce pendant, bonne chiere faictes; De vostre cas vois provoyer.
Puis icy y a pause. — Et dit
PREVOST DE PARIS
Sus, messagier, legierement Va publier avau Paris, De par roy Henry, vistement, Chascun soit prest et ententis 80.55 De soy armer, grans et petis, Pour conduire l'artillerie Et vivres, que en a commis Pour mener vers la seigneurie,
Laquelle, comme chascun scet, 8060
Est assise devant Orléans.
Pour ce, que tout homme de lait
Y viengne tout incontinent.
F" 2o3 v". , MESSAGIER.
Chier sire, comme obéissant.
Acompliray vostre voloir. 8o65 Parmy Paris, comme savant, Le feray à tous assavoir.
Lors sonnera une trompeté. — Puis dit
MESSAGIER
Messeigneurs, vueillez tous entendre :
De par roy Henry très puissant,
VueiHe chascun son harnois prandre, S070
Tous gens de guerre très vaillant,
Pour conduire et aller avant
A Orléans, en l'oust des Anglois,
Qui tiengnent le siège devant,
Dont chascun y vueille provois. 8075
Sire, j'ay du tout acomply Et fait vostre commandement, Sans avoir en riens deffailly, • Parmy Paris certainement.
Si verrez tantost prestement 8080 Gens de guerre vers vous venir.
F° 2o4 v". FACETOT.
Tu as bien besoigné grandement, Que de ce faire j'ay désir.
Pose. — Puis les Anglois dedans Paris ordonneront leur artillerie et vivres à pai tir de Paris. Puis dit
BASTARD D'ORLEANS
Messeigneurs et mes bons amis,
Nouvelles me sont survenuz 8o85 Que force de noz anemis
liO
Mectent grant foison vivres sus
A Paris; pour ce je conclus
Que bon seroit aller au devant,
Et qui les pourroit ruer jus,
Nous y arions prouffit très grant.
Or devez vous tous bien savoir
Que le conte de Cleremont
Il est à Blois, si est bien voir.
Et qui a des gens ung grant mont,
Advisez de ceulx qui yront
Luy noncer qu'i se trouve en Beausse,
Puis nous d'Orléans nous partirons
Afin que nostre armée se hausse.
LA HIRE
Pour y aller y seroit bon Messire Jacques de Ghabannes, Avecques luy prier devon Le Bourt de Bart, Renault de Termes.
Ce sont gens de guerre bien fermes, Bien savant et duiz de la guerre; Yront à Blois sans plus de termes Ne sans autruy voloir requerre.
GHABANNES.
Messeigneurs, sans plus de demeure, Je suis tous prest quant est de moy.