‹ Le mistère du Siège d'OrléansChapitre 70 sur 154 · GASQUET · texte numérisé non relu

GASQUET

Vous dictes bien, je m'y consans :

Deux contre deux suyvent l'armée.

Et de m'y trouver sus les rans.

En my la plaine, sus la prée.

Et pour resjouyr l'assemblée Des princes et seigneurs barons, Offrons deux de nostre assemblée Contre deux de leurs garnisons.

VERDILLE.

Mes faire assavoir le fault dont

A nostre maistre cappitaine,

Que donner esbat nous volons

A la seigneurie souveraine;

Qu'i nous veille à la bonne estraine,

Veille du premier jour de l'an,

Donner congié, en my la plaine,

Luytter à deux hommes de bien;

Et envoyer vers les Anglois Ung plaisant gage de bataille.

Lequel soit fort plaisant à vois, De bon or fin, comment qu'il aille.

Que s'il y a nul d'eux qui vaille.

Si le montre à ce coup icy, Et que de son houst viengne et saille, Pour avoir honneur ou ennuy.

VERDILLE.

Je suis contant que tout ainsi Que vous dictes nous le facions, Et que nous en allons dessy Demander congié; nous Tarons.

Nous sommes tous deux gascons, Du territoire nostre maistre, Et très joyeux nous le ferons De luy faire ce fait congnoistre.

CAQUET

Nous le trouverons au logis A ceste heure, je le scay bien; Luy racontrons nostre entrepris.

Un fait d'armes sur toute rien Luy plaise que, par son moyen,

Qui soit parfait et acomply.

Nous donne congic, et je tien Que il en sera rejouy.

VERDILLE.

Allons, vous ne sariés mieux dire.

Quant à de moy, je suis tout prest,

180 \°. Et qu'i ne nous veille escondire,

Gongié nous donne par exprest.

Voilà le logis où il est.

C'est La Hire, noble seigneur.

Qui est toujours le premier prest Acquérir loenge et honneur.

Lors vont devant La Hii'e, et y a pause de trompetes. — Puis d

GAQUET.

Dieu vous dont bon jour, monseigneur.

Nous venons ci par devers vous, Comme vous servant par sus tous A vous obayr de bon ceur.

LA HIRE

Tousjours y a de la foleur.

Et tous temps vous faictes les foulz !

181 r°. VERDILLE.

Dieu vous dont bon jour, monseigneur.

Nous venons ci par devers vous.

LA HIRE

Maintenez vous tous en doulceur.

Et soyez tousjours humble et doux:

Que, se vous me donnez couroux, Croyez, vous monstray ma rigueur.

GAQUET.

Dieu vous dont bon jour, monseigneur.

Nous venons ci par devers vous, Gomme vous servant par sus tous A vous obbayr de bon ceur..

LA HIRE

Or çà, qui est vostre clameur?

Que venez vous ci alléguer?

Ne me faictes point deshonneur, Pensez de vous bien gouverner.

J'é bien ouy de vous parler, Que vous estes maulvais garsons, Et ne vous en povez garder; Mais je vous en chastiray dont.

Je vous congnois bien de tout temps Que n'avez esté gueres bons, Et si m'en desplaist, et pourtant Donques estes gascons.

Or sus, dictes moy voz raisons :

Qu'i a y, que voulez vous dire?

Et ne le me faictes pas Ions, Que j'é aultre chose à conduire.

GAQUET.

Monseigneur, qu'i ne vous déplaise; Que ce que dire vous volons, NuHuy n'en doit avoir malaise, Et pour vostre honneur le ferons.

A la louenge des barons Et de toute la seigneurie : C'est que de vous congié ayons Pour faire un g fait de vaillantie.

8-2 v". Voicy mon compaignon et moy, Qui sommes en vostre service, S'i vous plaist, nous donrez autroy A faire ung chef d'armes propice.

Si est ou champ Turpin soit lice, Pour voloir deux Anglois combatre, Deux contre deux, par artiffice, A oultrance, sans rien rabatre.

VERDILLE.

Sire cappitaine, y dit voir;

C'est tout ce que nous demandons.

Congié de vous puissons avoir,

Et puis assavoir leur ferons

Qu'i se trouvent deux compaignons

D'Angleterre, de leur party,

Que contre nous deux combatrons'

A oultrance et tout ainsi.

Et les envoyerons deffîer.

Présentant gaige de bataille,

Qu'i n'y veillent contrarier.

Nous leur offrons corps et ventraille

A frapper d'estoc et de taille,

De jusarme, espée ou lance;

Y ne me chault, vaille que vaille,

82 v". Mès que les voye en ma présence.

Oyinhatrom. Lisez combattront.

LA HIRE

Y fault bien avoir attrempence Et aussi ne se tant hastez ' :

Je voy que n'avez congnoissance Que c'est de perdre ou conquester.

L'eur de guerre est bien à doubter :

Geluy qui cuide estre le maistre, On le voit souvent débouter, Et demeure s'onneur en l'aistre^.

Puis dictes que volez combatre Deux autres compaignons vous deux.

Dont ceulx qui s'i voudront embatre, Vous n'en congnoissez nul d'entreux. Tkbb Et s i vous baillayez ^ deux preux En fait d'armes et vaillantises , Vous demeurez là tous honteux Et n'en pourez faire à vos guises.

Se vous vous santez fors, puissant, 7^60 Guidez vous faire à vos devises ?

N'est il nui que vous en tous sens.

En fait d'armes et vaillantises ?

Lessez ces folles entreprises

Et vous gouvernez saigement; 7/165 Se l'avez en voz testes mises , I ' iS3 r'. Oustez le de l'entendement.

GAQUET.

Monseigneur, sachez fermement

' Hastez {sic), lisez haster.

^ Et demeure son honneur en l'uîlre, ou coniine qui dirait : dehors , à la porte '/ ^ Sic, pour et s'ils vous bailloient.

Que du bon du ceur le ferons, Et ne le croyez autrement, Que, s'i vous plaist, y entendrons; Ne autre désir nous n'avons Fors aquerir louenge et gloire Encontre Anglois faulx et félons, Espoir d'avoir d'eux victoire.

VERDILLE.

Monseigneur, y dit tout le voir, Et Tacomplirons, s'i vous plaist; Que nous avons bon espoir Qu'il en sera parlé à jamès De noz très hault et puissant fais, A vostre louenge et honneur, Et que, qui soit ou loing ou près, Luy montrerons nostre valleur.

LA HIRE

De ce faire n'estes pas seur; Mais en peut venir grant esclande, Se vous perdez, grant deshonneur A moy et à toute ma bende ; Qui est une chose trop grande Et plus beaucoup que ne cuidez.

Veil que chascun de vous l'entende :

J'ay deshonneur se vous perdez.

CAQUET

Sire, ne vous veillez doubter; Que nous deux avons bon coraige , Ne deshonneur point vous n'aurez, De déplaisir, ne nul dommaige.

Nous sommes en vostre servage, Vous voloir servir en tout bien ; Mais volons faire quelque ouvraige A ceste veille jour de l'an.

VERDILLE.

Monseigneur, n'ayez nulle double Que de bon ceur nous le fairons; Sans faire noise ne riote S'i vous plaist, nous l'acomplirons; Et vostre herault envoyrons Savoir leur plaisir et vouloir.

Deux contre deux, nous leur offrons La jouste, pour le dire voir.

GAQUET.

Et se ne s'i veullent trouver.

Bien nous en rapportons à eux,

Ou, si ci veullent comparoir.

Nous semble que sommes pour eux.

Et de nous n'ayez nulle peux

Que nous vous facions deshonneur;

S'i plaist à Dieu, victorieux

Nous serons, mon très chier seigneur.

LA HIRE

Je ne scay qui vous meult le ceur Vouloir guerroyer à oultrance.

Homme ne s'en doit tenir seur En cuider faire à sa plaisance, Mais revient de ce que fol pence; Que y n'est si grant chevalier

A qui souvent tourne la chance Et luy vient ung grant destourbier.

F° )8/i v°. Et en joustes sont grans dangiers

Que bien souvent le plus puissant 7525

On ne voit^ perdre volentiers,

Et le maindre vient en avant.

Il n'est si hardi ne vaillant Qui ne doit la jouste craindre;

Bien souvent le plus excellant 75.80 On le voit abatre du maindre.

Et vous, qui vous tenez si fors, Ne savez quieulx gens y viendront.

Agilles et puissans de corps,

Incontinant vous abattront, 7535 Et ne pourrez leurs orions Soustenir, ne leurs coups de lance; Que Anglois sont fiers et félons, Et si a en eux grant vaillance.

Depportez vous de voz emprises 75^0 Et vous gardez songneusement, Que sur vous en riens y ne puissent Mal faire ou dire aucunement.

Vous les voyez incessamment,

Tous les jours, venir à la fille 75i5 A nous continuelment.

Pour cuider avoir ceste vdle.

Bel y avez vous esprouver Et y faire champs de bataille, ' Voit, au subjonctif.

Encontre eux ce vouloir trouver, Rasibus de nostre muraiile.

Saiiïez, que chascun de vous veille Acquérir louenge et honneur, Et frappez d'estoc et de taille; On verra qui sera le milleur.

GAQUET.

Ce n'est pas cela, monseigneur.

Et nous pardonnez, s'il vous plaist; En vous priant du bon du cueur Nous volons voir ce qu'en nous est.

En tel cas ne fusmes jamès Ne ne vismes telle journée; Mais nous le faisons par exprès, Pour le dernier jour de l'année.

VERDILLE.

11 est vray, ce sont les estraines Que nous leur volons présenter.

Si leur sont bonnes et certaines, On n'en saroit discuter, Mès bien sommes entallantez De l'acomplir, s'i vous agrée.

LA HIRE

Bien voy que estes enhortez, Dieu vous dont bonne destinée !

Allez, et prenez mon Hérault; Je m'en rapporte bien à vous.

Bien voy que de rien ne vous chault, Et que voilez faire les foulz.

Puisque vous l'avez en propoux, Dieu vous en veille bien oyr; Mès je fais double et ay grant poux, Quelc'un s'en pourra repentir.

GAQUET.

Vous nous donnez joye et plaisir.

Monseigneur, à Dieu vous comment.

Nous en allons présentement, Pour nostre besoigne acomplir.

LA HIRE

Je doubte qu'à vostre désir Vous n'en faciez aucunement.

VERDILLE.

Vous nous donnez joye et plaisir.

Monseigneur, à Dieu vous comment.

LA HIRE

Or donques, pour vous advertir, Quant viendra au commancement, Ne vous effrayez nullement; Lessez voz anemis venir.

GAQUET.

Vous nous donnez joye et plaisir, Monseigneur, à Dieu vous comment.

VERDILLE.

Nous en allons présentement, Pour nostre besoigne acomplir.

29^ LE MISTERE DU SIEGE D'ORLEA^S.

Lors y a pause de trompetes. — Puis dit

F"i86v^ GAQUEÏ.

Sà, advisons qu'il est de faire.

Y nous fault avoir le herault, Luy dire par bonne manière Tout ce que à faire nous fault;

Et que, tantost et sans deffault, 7600 Droit en l'ost des Anglois s'en aille Parler es princes des plus hault Présentement, comment qu'il aille.

VERDILLE.

Voylà venir le messagier,

Allons à luy sans tarder plus. 7600 Nostre cas convient abregei' Et incontinent mectre sus.

GAQUET.

Puisque ainsi qu'il est conclus , Y le fault faire en diligence, F" 187 r°. Et n'arrestons ne sus ne jus: 7610 Voilà le herault en présence.

Pose. — Et dit ;

Gentil herault, Dieu vous dont joye

Et acoiiiplir vostre désir !

Y fault que vous preignez la voye

En l'ost des Anglois sans mentir. 761.5

Nous sommes icy de loisir

Deux corapaignons de nostre maistre,

Qui est bien contant, sans mentir,

Que ce fait vous veillez congnoistre :

Si est que en l'oust des Anglois Vous aillez par bonne ordonnance, Et que soyez saige et courtois, Savant et remply de prudence ; Car ce cas gist en grant doubtance.

Et fault leur parler humblement, En leur faisant grant révérence, Dénoncent amyablement.

Premièrement au cappitaine Tallebot ou autre seigneur Luy diras, en la bonne estraine.

Que le saluons par honneur.

Deux que sommes à monseigneur Le cappitaine dit La Hire.

Pour passer ennuy et labeure Ainsi (jue le jour le désire.

C'est que par vous luy envoyons Ung plaisant gaige de bataille :

Que, se il ont deux compaignons De nostre estât, de nostre taille.

Pour demonstrer à c|ui mieulx vaille, Soit de hache, d'espée ou lance, Deux contre deux, vaille qui vaille, Nous les combastons à oultrance,

Aujourd'uy, en ceste journée, Qui est la veille jour de Fan, Se veullent trouvei' sus la prée, En tout honneur et en tout bien.

Entendez vous, n'oubliez rien, Et de par vous nous soit mandé

Tout leur voloir et leur maintien, Et ce qu'il auront ordonné.

LE HERAULT

Messeigneurs, voulentiers iray

En i'ost des Anglois prontement,

Et le voyage acompliray

De très bon ceur entièrement;

Et de tout leur fray parlement

De ce que m'avez recité,

Et en rapporteray plainement

A vous leur plaine voulenté.

CAQUET

Voylà le gaige de bataille,

Qui est jolis, plaisant et beau;

Vous leur porterez, comment qu'il aille;

Fait faire l'avons tout nouveau.

Vous voyez, c'est ung rossigneau

Qui tout mélodieusement chante :

Présenter leur ce bel joyau ;

La chose si est belle et gente.

MESSAIGER.

Messeigneurs, ayez ferme entente Que je feray vostre messaige; Et m'y en voys la droicte sente Par devers eux, et de coraige.

Si leur presenteray le gaige Et comment vous les deffiez , Deux contre deux, à oultraige, Vous voulez encontre eux luytez.

VERDILLE.

Vous dictes bien; si n'arrestez Ne tant ne quant, je vous emprie.

Veillez nous bien tout rapporter, Et aujourd'uy, à chère lye.

MESSAIGER.

Messeigneurs, que Dieu vous begnyel 7680 F' 189 r . Je m'y en vois tout de ce pas;

Croyez que je n'arrestray mye, Quan[d] auray parfait vostre cas.

Lol's s'en part, et y a pause. — Puis dit

LE HERAULT

Messeigneurs, Dieu vous sault et gart, Et à toute la baronnie!

Devers vous je viens ceste part Pour une ambassade jolye.

11 est vray que de la partie Des François sont deux compaignons, Suyvant l'armée et seigneurie De La Hire, et sont gascons.

Auquieulx leur est pris voJanté De deffier deux de voz gens, Et selon leur faculté Ainsi comm'eux, qui sont servent; 7695 Et si m'ont dit eux deux présent, Soit de hache, d'espée ou lance, F° 189 v'. Deux contre deux, voloir justant, Disant que ce soit à oultrance.

Et en signe, mes bons seigneurs, Voylà leur gaige de bataille Qu'i vous présentent en honneurs, Aussi que la chose le vaille.

Y sont deux de petite taille.

Qui esprouver se veullent bien, Et en partie le font, sans faille.

Tout pour la veille jour de l'an.

TALLEBOT.

Messagier, je ne doubte rien :

Ce sont deux foulx adventureux, Et, ainsi comme je soustien,

Y veullent faire parler d'eux.

Ne savent s'il auront du mieulx.

Se la chose vient à efïect;

Que j'é des compaignons plusieurs Qui leur rabesseront leur caquet.

Sà, messeigneurs, que dictes vous?

Vous avez oy ce messaige Qui a declairé son propoux Pardevant vous, en brief langaige:

Lequel a présenté ung gaige.

En deffiant deux de noz gens Voire batailler à oultraige.

Qui n'est pas expédient.

CONTE SOMBRECET.

Y fault savoir quelz gens ce sont Qui entreprennent la follie, Savoir ce sont ducz ou barons De leur estât et seigneurie.

Selon les gens, Dieu les begnye !

Pensez que ung prince d'estat Ne fera pas telle villanie D'aller luister contre un soudart!

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