‹ Le mistère du Siège d'OrléansChapitre 73 sur 154 · LE BOUR DE BAR · texte numérisé non relu

LE BOUR DE BAR

Mes amis, n'ayez point de poux; Nous les aurons, comme je crois.

REGNAULT DE TERMES

Arrestons nous auprès ce bois, 8160 Et ne leur tournons point le doux.

MESSIRE JEHAN DE LA POLLE

A mort! faulx desloyaux François, De ceste heure il est faict de vous !

Lors les Anglois chargeront en grant fait d'armes, et y aura grant tuerie. Et à la fin le Bour de Bar sera pris prisonnier, et Chabannes et Regnault de Termes s'en fuyront et eschapperont. Puis dit

LE CONTE D'ESCALLES.

Or est il donc. Dieu mercy.

Que des François avons victoire, 81 65

Comme il nous a pieu tout ainsi.

Fors ceulx qu'on a voulu retraire Des prisonniers, en la manière Que avons volu retenir,

D'autres qui par escliappatoire 8170 L'ont volu gaigner à fouyr.

MESSIRE JEHAN DE LA POLLE

J'é retenu ce prisonnier Pour présenter à Tallebot; Il estoit orgueilleux et fier,

Maintenant y ne sonne mot. 8175 Il n'est plus dedans son trippot

A Orléans, dont il est yssu.

Il a esté ung saige sot, Donques il s'est à nous rendu.

ESCALLES.

On dit que c'est le Bour de Bar 8180 F" 207 r" Qui se disoit si très vaillant.

Vous ne deussiez avoir regar Fust à petit, ou fust à grant; Tuez tout et n'espargnez riens,

Que riens ne nous proffitent vis. 8i85

MESSIRE JEHAN DE LA POLLE

Pour cestuy j'en feray présent.

Puis en feront à leur devis.

Lors amèneront leurs prisonniers, et pose à trompetes. — Et dit

TALLEDOT.

Seigneurs, ainsi comme j'entent, Noz gens ont gaigné la journée;

Il nous fault aller au devant 8190 Pour remercier leur armée.

LE CONTE DE SUPPORT

Je les voy là en celle prée

Qui viennent à nous roidement;

Leur bande est très bien acoustrée

Et abillée lionnestement. Si^^

F" 9.07 V". MESSIRE JEHAN DE LA POLLE

Sire Tallebot, nous avons

Trouvé les François sur les champs,

Dont desroquez nous les avons Qui sont estenduz là devant.

Voicy dont je vous fais présent Du Bour de Bar, mon prisonniei'.

Et entre voz mains le vous rent; Faict«s en comme vous vouldrez.

LE CONTE D^ESCALLES.

Des François n'est riens demouré, Si non ung peu qui sont fouyz, ■ «20?

Que tout n'aist esté devouré, Sur les champs navrez et murtriz.

TALLEBOT.

Mes amis, bien puissiez venir; Vous avez très bien fait devoir.

Ceulx là ne vendront plus courrir Encontre nous, pour dire voir.

Et du Bour de Bar, je conseille Qu'i soit mené à Marchenoir, Et la tour je luy appareille Pour sa demourance et manoir.

F" 308 r". Il nous a volu decepvoir,

Je le scay bien, par autres foiz.

Et si vous fais bien assavoir Qu'i n'en partira de dix mois.

Lors menront le Bour de Bar à Marchesiioir prisonnier; el y a pose. MESSIRE GUILLAUME D'ALLEBRET, s' <rOrval.

Or est il de présent saison 8220 De partir hors de la maison Pour François vouloir secourir,

Comme il est de droit et raison, Servir le Roy sans mesprison Et luy voloir bien obeyr.

Donques je n'ay pas eu loisir Y aller plus toust, sans mentir; Mais, de présent, je suis tout prest A y aller sans deffaillir, Et à mon povoir le servir En fait d'armes et loing et près.

Vous, Gillebert de la Saiecte, Qui estes mareschal de France, Allons à Orléans, s'i vous haicte, Que il est temps, comme je pense.

Les Anglois y sont à oultrance Qui leur font de divers assault; Partons, se c'est vostre plaisance, Et y allons sans nul deffault.

GILLEBERT DE LA SAIECTE , mareschal de France.

Quant à moy, dessy je propose A partir tout incontinant, Ne je ne requiers autre chose Que voir les Anglois combatant.

Je me sens, Dieu mercy, puissant De corps, d'armes et de chevance, Pour m'y employer en tous sens; C'est tout mon déduit et plaisance.

ALLEBRET.

Or allons donc en ordonnance.

Que je prie à Dieu qui nous gart, Sans plus faire de demourance Ne actendre qu'i soit plus tart.

GILLEBERT DE LA SAIECTE

Je suis tout presl quant de ma part; Que chascun prengne sa baniere, Son penonceau ou estandart,

Et allons en belle manière. 8255

F° 209 t". ALLEBRET.

Je voy là Orléans proprement; Arriver nous fault sur le soir, Que les Anglois aucunement Ne nous puissent appercevoir.

GILLEBERT DE LA SAIECTE

Nous les pourrions bien esmouvoir 8260 Peut estre à faire quelque oultraige, Dont ceulx d'Orléans pourront avoir Pour ceste cbose aucun dommaige.

Lors icy y a pause. — Et entreront dedans Orléans; puis dit

ALLEBRET.

Dieu gard le baslard d'Orléans

Et tous les princes et barons 826.5 Qui tous assemblez icy sont, Et les secourir en tous sens!

Sire AHebret, noble et puissant.

De pieça nous vous actendons.

F° 209 v°. GILLERERT DE LA SAIECTE.

Dieu gard le bastard d'Orléans 8270 Et tous les princes et barons !

/il

LA HIRE

Messeigneurs, bien soyez venant, Et tous voz gens qui icy sont; Bien besoing de vous nous avons, Que vous estes nobles vaillant.

ALLEBRET.

Dieu gard le bastard d'Orléans Et tous les princes et barons Qui tous assemblez icy sont, Et les secourir en tous sens !

Sachez j'é esté desplaisant Que plus toust je n'é peu provoir A venir et moy et mes gens; Volenté m'estoit de vous voir,

GILLEBERT DE LA SAIECTE

J'é demeuré bien longuement; Mès plus toust venir ne povoye, Et m'en desplaisoit grandement Que mieulx faire je ne savoye.

Mès, puis que je suis cy en voye Et que vers vous je suis venu, Il m'est bien tart que je m'employe Encontre homme qui ait vertu.

Messeigneurs, bien soyez venuz; De vous nous avons fort affaire.

Que aucuns cas sont survenuz Oii vous nous serez neccessaire.

Pensez en vos logeis retraire Et vous reposer; il est temps.

ALLEBRET.

Nous sommes prest de vous complaire Et de vous servir en tout temps.

Pose. — Puis vient Chabannes qui dit :

CHABANNES

Grand doleur et grant desplaisance 83oo F°2iov°. Nous est venu en ce voyage :

Les Anglois à tout grant puissance

Nous ont pris auprès d'un villaige,

Et nous ont fait un grand oultraige

De noz gens tuer, mectre à mort; 83o5

Le Bour de Bar, dont c'est dommaige,

L'ont pris, et est navré très fort,

REGNAULT DE TERMES

Ne scay qui les a advertiz; Groy que avons esté venduz.

Que sur nous sont venuz courrir. 83io

Dont fort nous sommes deftenduz;

Mais ilz sont sur nous survenuz

Qu'ilz estoient bien vingt contre ung;

Puis, quant nous avons cela veu,

De nous s'est retraict ung chascun. 83i5

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