BASTARD
Vous ont il dont ainsi surpris
Et fait telle desconfiture?
Nous nous en vengerons, se je puis,
Se longuement la guerre dure.
Fort me desplaist ceste adventure Dont ilz ont pris le Bour de Bar, Qu'i luy feront souffrir grant laidure Sans avoir pitié ne regart.
Donques nous convient il penser Nous mesmes aller dedans Blois Au conte Gleremont noncer Le fait et venue des Anglois, Afin que on puisse provoir A leur desloyalle entreprise; De leurs vivres, de leurs harnois, Ce nous seroit une belle prise.
Vous, messire Jehan Estuart, Estes connestable d'Escosse :
Vous et moy yrons ceste part Et pour demonstrer nostre force.
Se aucun vient et qu'i s'efforce Pour nous faire mal ou grevance, Je croy que y prandra grand torce, Ou il aura grande puissance.
Aussi le sire de la Tour Et le viconte de Thouars, Nous vous supplions par amour Que ad ce vous ne faillez pas.
Venez aveq nous de ce pas Et partons sans atendre plus; Si yrons au pays d'embas Pour nous vengier des faulz abus.
Vous autres, messeigneurs barons, Trouvez vous tous à la journée ; Vous savez bien où nous serons Et là où sera nostre armée.
Mais que la chose soit cel-ée Et le jour du département; Conduisez bien vostre assemblée
Et y faictes tous vaillamment. «355 LA HIRE.
Nous y ferons certainement
Si bien que il devra suffire.
Allez et partez vistement,
Que aucuns ne vous puissent nuyre,
Et pensez de vous bien conduire. .836o
Nous sarons bien le temps et l'eure,
Et ne nous en fault jà riens dire :
Que de son fait chascun labeure.
Pose. — Lors le bastard d'Orléans, Estuarl, le sire de la Tour et leurs gens partiront tous pour aller à Rlois. Puis dit le bastard d'Orléans arrivé :
LE BASTARD D'ORLEANS
Noble conte de Glereraont, F' '2 12 r\ En qui est honneur et vaillance, 8365 Proesse et vertu à grant mont, Et où gist toute l'excellence, Pardevers vous, cy en présence, Sommes venuz dire nouvelles,
Que Anglois amènent puissance 8^70
De vivres et autres séquelles;
Si voulons aller au devant
En Beausse, pour les destrousser.
Et faire une armée belle et grant
Pour ensemble nous amasser, 8876
Et pour estre recompancez
Des Anglois l'emprise perdue.
Nous ne pourrions niieulx propencer.
■ Puisque nous savons leur venue.
CONTE DE CLEREMONT.
Je suis bien contant y aller 838o Et tous mes gens entièrement:
De riens ne me pourriez parler Qui mieulx me pleust certainement.
J'ay des gens d'armes largement,
INombrez de trois à quatre mille, 8.385 Qui si porteront vaillamment; De guerre savent le stille.
Demain je suis prest à partir F' 212 v°. Et mectre tout en ordonnance,
Puis y aller tout à loisir, 8890 ^ Sans faire bruit n'aultre semblance.
ESTUART.
Ce pendant on fera diligence De soy abiller et empoint, Et de son cas la provoyance
De ce qu i fault de point en point. 889.5
Puis icy y a pause. — Et dit messire Jehan Facetot, à Paris :
FASCETOT.
Or çà, monseigneur le Prévost, Sommes nous tous prest à partir?
Que vous semble , que dictes vous ?
Faictes tout à vostre loisir,