MES SIRE THOMAS RAMESTON
Messeigneurs, nous sommes surpris Et sommes mors sans nulle doutte :
J'ay veu là hault, ce m'est advis, Des François merveilleuse rocte, Et croy qu'i sont, en somme toute, Du nombre de cinq à six mille.
Regardez, ne voyez vous goûte?
Voi les là venir à la fille.
FÂCETOT regarde :
Messeigneurs, il nous fault saillir Sans atendre la grant bataille.
Aussi ne povons que morir; Qu'on s'eschappe vaille que vaille.
Gardez que le cueur ne vous faille Et criez pour les espouentez.
Puis frappez d'estoc et de taille Sans regarder de nulz coustez.
BAILLY D'ESVREUX.
Seigneurs, y nous fault ainsi faire:
Saillir nous fauldra à une flote Qu'i ne demeure riens derrière.
PREVOST DE PARIS
Seigneurs, il nous fault ainsi faire.
RAMESTON.
Chascun desploye sa bannière, Et garde bien chascun sa rocte.
FACETOT,
Seigneurs, il nous fauit ainsi faire :
Saillir nous fault à une flote.
ESTUART, connestabie d'Escosse.
Messeigneurs , sus, droit et avant! 87/10 F° 22 1 v°. Que nous vault tant le séjourner?
Ung chascun se boute en son ranc Gomme on a volu ordonner.
Or sus, arcliiers, allez donner
Dedans pour le[s] faire saillir; 8745 Vostres sont et abandonnez A en faire vostre plaisir.
Lors les Irompeles sonneront d'une part (^t d'autre, et incontinant les Anglois sauldront tous à une fiole, cryant et bruyant et frappant ainsi comme enragez, et tueront grant nombre de François, et les font descarter. Puis dit
LA HIRE
Ha! messeigneurs, prenez coraige.
Râliez vous, je vous emprie;
Encoires avez vous l'avanlaige 8760
Se vous voulez, quel que nul die.
Avant! fleur de chevalerie.
Vous lerez vous ainsi morir?
Suyvez moi tous, je vous supplie.
Et retournons sur eulx courir. 8755
F" 222 r". Puis La Hiie et plusieurs seigneurs viendront, et se renouvellera la bataille; et n'ont point de secours les François du conte de Cleremont ne de ses gens, mais les regardent sans coup ferir et les voyent morii et tuer devant eulx. Puis sonneront les François une retraicte et s'escartent, et les Anglois après en les tuant, et y a une grosse bataille, et demeure le hamp es Anglois et ont la victoire. Puis dit
LE BASTART D'ORLEANS
Mes bons amys, retrayez vous :
Voicy la imyt qui fort nous haste, Et tirons à Orléans nous tous; Je voy que tout se pert et gaste.
Hé Dieu et la Vierge benoiste, 8760
Voicy diverse destinée!
Fault il dont que [je] gouste et taste
Telle douleur, telle journée?
F° 92 3 v". LA HIRE.
Il fault aller diligemment
A Orléans et sans mener bruit, 8765 Que les Anglois aucunement N'en puissent savoir pour meshuit.
S'i savoient nostre desconfit Et nostre oust en telle manière.
Il en enprandroient grant desduit; S770 Au aller nous donroient allaire.
Lors les Françoys se retrayront à Orléans et La Hire, et viendront à la queue des François bien dolans et en petit nombre. Puis après viendra le conte de Cleremont à toute son armée, qui n'y aura riens frappé, et entreront tous à Orléans sans bruit. Etceulx des Anglois estans au champ trompilleront, et mèneront grant bruit et grant joye. Puis dit
BASTART D'ORLEANS
Messeigneurs et mes bons amis,
F" aa3 v\ Voicy iing moult piteux donimaige;
Qu'il me semble que je transis
D'avoir veu fait ce vasselaige. 8775 Puis^ d'un povre meschant villaige, Qui est Rouv[e]ray Saint Denis, Est mort tout le noble barnaige Qui deiïendoit la fleur de lis.
Ha! le connestable d'Escosse, 8780
Le plus vaillant dessus la terre,
Est demeuré à fine force,
Qui estoit tant prudent en guerre.
On ne pourroit son bruit exquerre,
Tant estoit vaillant et hardi: 8785
Or le convient il mectre en terre.
Helas! Dieu ait l ame de luy!
Messire Guillaume Estuart,
Lequel estoit son propre frère,
Et aussi le seigneur d'Orval 8790
Est demeuré à grant misère;
Qu'i convient iceulx mectre en bière
Ovec le prince de Verdun
Et qui estoit tant débonnaire.
C'est le seigneur de Chasteaubrun, 8795 Messire Guillaume d'Allebret, Dont est grant doleur de sa mort; F° 223 v°. Plus preux ne vaillant nul n'estoit. Aussi messire Jehan Chabot;
Sont tous demeurez en ung bîot 8800
Qui estoit la fleur de noblesse.
J en ay le cueur sarré si fort
Que j'en meurs de dueil et tristesse.
Puis le seigneur de Montpipeau
' Ptiis pour près.
Y est demeuré ceste part, Lequel estoit piaisant et beau, C'est Loys de Rocliechouart, Et tant d'autres de nostre part Que je ne scay que dire doye.
Mon cueur en est de part en part Navré sans jamès avoir joye !
CLEREMONT.
li fauit tout prandre en pacience; Je ne vous saroie dire mieulx. Puis qu'il est fait, nul desplaisance N'en devez, ne estre piteux; Que qui pourroit recouvrer euix Pour cryer ou pour lamenter, On en devroit estre soigneux; Mais riens n'y povez proffiter.
SAINTE SUAIRE
C'est grant doleur et desplaisance, Je n'en pourroye dire autrement :
La fleur et noblesse de France
Y est demeuré proprement, Et n'en reste plus seullenient Que les prandre et enterrer En l'église honnorablement.
Laquelle est dicte Saincte Crois.
Au surplus, il nous fault penser A bien garder le demourant.
Que nous ne soyons destroussez Ou pris par inconvénient.
Faisons que soyons diligent Pour bien garder ceste cité.
Que les Anglois auront plus grant De coraige et de auctorité.
LOYS DE CULAN.
Il fault pencer de recouvrer
Les princes et les grans seigneurs,
Et gens y convient envoyer
Pour les enterrer en honneurs,
Lamentacion et doleurs.
Si sont bien dignes de mémoire,
Que onques nulz princes greigneurs
Ne furent de si noble affaire.
LA HIRE
Si ne se fussent mis à pié, Jamès n'eurent eu ceste torce; Mais le bon prince s'est fié En sa puissance et en sa force :
C'est le connestable d'Escosse, Lequel pensoit avoir secours, Dont plusieurs n'y ont fait efforce, Par quoy il ont fine leurs jours.
SAINTRAILLES
Le royaulme en est fort afoibly Et la puissance des François ; Si voy bien que pour le jour d'uy Le meilleur est pour les Anglois.
J'en suis desplaisant et destrois Du malleur de ceste aventure; Du peu du nombre qu'il estoient Ont fait telle desconfiture.
F'aaSr'. POTON.
Aujourd'uy il est samedy, 8860 XII^ jour de février, Que la journée, comme je dy, Nous a donné tel encombrier; . Jamès ne fut tel destourbier
Es François, ne si maleureux. 8865 Mais quoy! pensons de nous logier Jusques à demain pour le mieulx, Puis après nous aurons conseil • De nostre cas, de nostre affaire.
Nous avons héu grant travail, 8870 Ainsi comme chascun peut croire; Que on pense de soy retraire Jusques demain au point du jour, En supportant nostre misaire
Et nostre très griefve doleur, 8875
Lors icy y a pause. — Et apportent les corps à Orléans, et sont mis à Sainte Croix en terre. Puis dit
FACESTOT.
0 très nobles vaillans seigneurs Rempliz de vertu et proesse, F" 395 v'. Vous devez eslever vos cueurs Et prandre plaisir et liesse,
Quant par vostre grant hardiesse 8880
Vous avez soubmis les François,
Et occis toute leur noblesse,
Tout par voz mains et par voz drois.
Hz estoient plus de dix contre ung;
La chose si est merveilleuse. 8885
Dieu nous a proveu au besoing,
uu
Par son euvre miraculeuse, De voslre force sumptueuse Dont leur armée avez destruicte, Et par proesse vertueuse Vous les avez mis à la fuite.
LE BAILLY D'ESVREUX.
Les François à tout leur oultraige Nous cuid[oi]ent bien faire morir; Hz ont rabessé leur coraige Et honteusement sont fouiz.
Leurs principaulx y sont fmiz Et sont demeurez en la place; Es François pourra souvenir A tous jours mès de ceste chasse.
PREVOST DE PARIS
Sus les champs y font la grimasse Tout à l'anvers et estenduz; On les peut bien suyvre à la trasse De leur sang qu'ilz ont respanduz.
Ne se sont si bien deffenduz Qu'i n'ayent la mort ensuivye; Mieulx leur vaulsist estre renduz A mercy, pour sauver leur vie.
MESSIRE THOMAS RAMETON.
François ne cuidoient pas faillir De nous avoir à leur plaisance; Mais ilz sont cy venuz morir Par leur orgueil, par leur oultrance.
Trop mieulx leur fust en pacience Eulx estre tenuz à Orléans,
Que avoir monstré leur vaillance Anconlre nous icy devant.
FACESTOT.
11 nous fault choisir proprement De noz gens pour les enterrer, Et lessez les leur sur les champs Es loups, s'i les veullent mengier.
Puis pensons aussi de mener 8920 Vers nostre oust tout nostre mesnage, F" 226 v°. Pour noz bons amis solayer
Et leur rafrachir le coraige.
Lors icy y a pause. — Et vont arriver en leur houst. Dont dit
TALLEBOT.
Messeigneurs, j'ay ouy nouvelles De noz gens venant de Paris, Qui nous sont très bonnes et belles, Dont devons estre resjouyz.
Les François fort caulx et soubtiz Estoient allez au devant; Mais noz gens les ont tous occiz Et sont demeurez sur les champs.
ESCALLES.
Tallebot, voy les cy venir :
Il nous fault aller au devant En grant joye les recueillir, Qu'il ont bien desservy ytant; 8935 Plus de six mille tout contant Ont mis à mort par leur proesse.
Et si ont, ainsi que j'en tant.
De France occis tout la noblesse.
F° 227 r". SUFFORT.
Jamès ne fut telle journée, 89/io Ainsi comme on m'a rapporté, \ De telle destrousse gaignée Par ung cas de nécessité; Que les François pour vérité
Estoient de huit à dix mille, 89/15 Que noz gens ont tout surmonté, Aussy vray comme l'Evangille.
Lors arriveront joyeusement à trompetes, claiions; TaHeLol et autres vont au devant. Puis dit
TALLEBOT.
Messeigneurs, bien venuz soyez Et toute vostre compaignie!
Vous avez eu grant destourbier 8960
Et en grant dangier de la vie:
Mais je ne le savoye mie,
Que secours vous eusse envoyé,
Et moy mesme^, je vous affie
Que de bon cueur y lusse allé; 8955 Mais vous avez très bien besoigné, Ainsi qu'est venu la nouvelle, F" 227 v". Et si très grant honneur gaigné;
La gloire en sera perpétuelle.
Bien appert que juste querelle 8960 Nous avons, comme je le dis, Que la chance est tournée ytelle Que vous les avez desconfis.
MESSIP.E JEHAN DE LA VOLLE
Vous avez à ce coup acquis Par voz l'aiz honneur et chevance, (Juant avez les François soubniis Sans jamès avoir recouvrance.
Toute la fleur et excellance De France avez abattue, Que désormais, comme je pence, François ont leur force perdue.
FACESTOT.
il a Lien convenu entendre
A nostre cas certainement.
Hz nous pensoyent bien surprendre
Et mectre tous à finement,
Qu'ilz estoient abondamment
Plus que nous et en plus grant folle;
Mais les avons à sacquement
Boutez et gaigné leur despoille.
LE BAILLY D'ESVREUX.
Jamès ne sera qui ne souviengiie Es François y estre venuz.
Et que aucuns d'eulx ne se plaigne, Que il ont esté bien batuz; Mieulx leur vaulsist estre tenuz En leur logeis courtoisement Qu'eulx estre venuz embatuz, Pour voloir avoir noz harens.
LE PREVOST DE PARIS
De noz harens vouloient gouster
Et savoir s'ilz estoient bons; Mais n'ont eu loisir en tatter Ne de savoir quel goust il ont.
Désormais bien dire pourrons Que de la journée des harans S'i sont employez trop parfons Et boutez aussi trop avant.
THOMAS RAMETON.
Hz ont esté trop bien secoux; Si croy qu'i n'aront mès pensée De venir sur nous comme foulx Et par voye desordonnée.
Leur souviendra de la journée Auprès Rouvray Saint Denis, Des harens et de la marée Qu'on leur amenoit de Paris.
TALLEBOT.
Vous avez eu honneur et pris Sur les François et grant victoire; Par quoy sera tousjours mémoire De voz haulx faiz ou temps jadis.
FACESTOT.
De brief, roy Henry sera mis
En grant triumphe et en grant gloire.
ESCALLES.
Vous avez eu honneur et pris Sur les François et grant victoire.
SUPPORT
Nostre roy sera des fleurs de lis
De cela il est tout notoire,
Ainsi comme chascun peut croire,
Mès que Orléans ayons soubmis. 9oi5
F" a 29 r°. MESSIRE JEHAN DE LA POLLE.
Vous avez eu honneur et pris Sur les François et grant victoire; Par quoy sera tousjours mémoire De voz haulx faiz ou temps jadis.
TALLEBOT.
Reposez vous, mes bons amis, 9020 Et ung peu vous refrachissez ; Que voz corps vous soient remis Et que vous puissiez renforcez.
Puis après, nous fauldra pencer
Avoir Orléans, que trop me tarde. 9025 Désormais je ne vueil cesser; Me desplaist quant je les regarde.
Icy y a pause d'orgues. — Et puis dit
NOSTRE DAME
Chier Filz, doulcement je vous' prie Que la promesse des Françoiz
Soit par vous faicte et acomplie, 9080 F"^ 339 v°. Chier Filz, et y vueillez provois.
Vous voyez comment les Anglois Sont au dessus et en puissance; Ayez pitié, vous Roy des Roys,
Du roy et du royaulme de France. 9o35
SAINT EUVERTRE.
Sire, ayez en ramembrance
Le bon roy Charles et les siens, Qui est de présent en doubtance, Que il ne s'atent plus à riens Sinon à vous, Pere puissant.
En vostre ayde de tout point, Et pareillement ceulx d'Orléans, Qui sont, Sire, en bien petit point.
SAINT AIGNAN
Se sont noz amis bien prochains, Vous le savez, mon très chier Sire; Si vous supply à jointes mains Que ne me vueillez escondire.
INe les souffrez aussi destruire, Que jour et nuyt sont en prière; Dont ne [les] lessez desconfire , Que y sont gens de bon affaire.
DIEU
Michel, lieve sus et retourne A la Pucelle, et si luy dy Que je vueil ainsi et ordonne Qu'elle voise dès aujourd'uy A Baudricourt, et acomply Soit tantoust et diligemment Son voyage; n'aura celuy Qui la contredie nullement.
MICHEL
Chier Seigneur, très benignement Acompliray vostre messaige A la Pucelle, honnestement.
Qui est noble, prudente et saige.
DIEU
Les François ont eu grant dommaige Aujourd'iiy et grant encombrier, Et ont Anglois grant avantage De leur faire grant destourbier.
.\dont l'ange vient à ia Pucelle; et dit SAINT MICHEL.
Dieu VOUS sault, .lehanne, doulce amie!
Devers vous, fiHe, me renvoyé
Que la chose soit acomplie,
Ainsi que Dieu le vous octroyé.
Si est que vous preignez la voye
Pour aller droit au Roy parler,
Et que Baudricourt vous convoyé
Ou qu'i vous fasse convoyer.
Les François ont eu très grant perte
Aujourd'uy en ceste journée,
Laquelle eust esté recouverte
Se plus toust y fussiez allée.
LA PUCELLE
Seigneur, je suis acertainée Que Baudricourt n'en fera riens, Et le tient à folle pensée, Ainsi que une chose de néant.
MICHEL
Allez y tout incontinant. Que plus ne vous refusera.
Et ne vous desdira de riens; Vostre voloir acomplira.
LA PUCELLE
En nom de Dieu qui tout créa.
Je m'y en revoys prestement.
MICHEL
Jehanne, avec vous Dieu sera, Et allez par tout seurenient.
Lors la Pucelle va et dit
LA PUCELLE
Capitaine, Dieu vous doint joye!
Je retourne par devers vous.
Que vous vueillez prendre la voye Pour en venir avec nous Devers le Roy courtois et doulx, Qui est en grant neccessité, En grant dangier et en grant poux Par Anglois plains d'iniquité.
BAUDRICOURT
Fille, que voulez vous que je face?
A vous je vueil obtempérer En tous lieux et en toute place; Je ne vous vueil point refuser.
LA PUCELLE
Vueillez vous dont disposer De m'abiller en abit d'omme, Et des gens aussi préposer
Pour y venir en toute somme.
Si nous fault faire diligence, Que aujourd'huy, de vérité,
Les François ont eu grant ollence 9no De guerre et grant adversité.
BAUDRIGOURT.
De riens ne vous vueil contredire; Mès ainçois vous vueil obeyr, Et se vous ay volu mesdire,
Vous en requiers pardon ouyr, 9'»^^ Dame, je vueil bien acomplir Vos diz et voz commandemens.
Et croy bien de vray, sans mentir.
Que Dieu soit en vous vrayement.
Dame, prenez ces vestemens 9190 Et les essayez, s'il vous plaist; Se faulte y a aucunement Je voi cy ung ouvrier tout prest.
F" a3a r°. Oultre plus, voicy Jehan de Mes
Et sire Bertrand de Plongy : q^oT, Vous conduiront, puis qu'ainsi est Que certes aller je ne puy.
Y sont deux de noble maison, Honnestes en faiz et en diz;
Voz deux frères vous bailleron 9180 Pour. vous conduire le pays, Et me desplaist que je ne puis
Y aller moy mesmes en personne.
Vous savez l'affaire où je suis;
Fault de ce pays que je ordonne. 9135
Lors se abiHera en abit d'omme, et luy aidera on honnestement de tous les abiliemens à homme. Puis dit
JEHAN DE MES
Monseigneur, je ne puis entendre De la mener devers le Roy, Ne je ne le puis pas comprandre, Je le vous dy de bonne foy; Et en suis en très grant esmoy, Qu'i n'est champ, ville ne village Où ne soient Anglois à desroy, Jour et nuyt gardant le passage.
BERTRAND DE PLONGY.
Capitaine, c'est grant folye De voloir cecy entreprendre; Je scay que nous ne passerons mie Et nous peut venir grant esclandre.
Peut estre nous faire tous pendre; Qu'i n'est bourc, chasteau, forteresse, Où ne seront gens pour nous surprendre Et faire morir à destresse.
LA PUCELLE
En (Tans, n'ayez de riens soussy; En nom Dieu nous eschapperons, Je le vous promès tout ainsi, N'empeschement ne trouverrons.
JEHAN DE MES
Je m'en esmerveilleray dont, Et ne puis pas bien cecy croire.
BERTRAND DE PLONGY.
D'icy à trois lieux ne pourriont Aller que nous n'ayons à faire.
LE MISTERE DU SIEGE D'ORLEANS. 357 BAIDRICOURT.
Mes amis, en Dieu j'espere 9'^»° Que vous ne trouverrez que bien.
Vueiilez le voyage parfaire, Je vous empry sur toute rien; Et vous pry que la servez bien.
Et faictes ce qu'elle vous dira, 9165 Que en elle et en son maintien Voy bien que tout se portera.
LA PLCELLE.
Çà, mes deux frères, je vous prie.
Gouvernez vous honnestement,
Que de vous personne ne die 9170 Ne face mauvais jugement.
Portez vous gracieusement Pour avoir vaillance et honneur, Ne jurez Dieu aucunement
Et le servez de bon du cueur. 9175