‹ Le mistère du Siège d'OrléansChapitre 80 sur 154 · CORAS · texte numérisé non relu

CORAS

Vous avez vous tous très bien dit :

Qu'on y voise diligemment; Nous y pourrons avoir prouffit Et quelque bon appoinctement.

Que se, par son commandement, Anglois s'en vouloient retourner, ling grant bien nous feroit vrayement Et en devrions Dieu guerdonner.

LE BASTARD D'ORLEANS

Or sus, Poton, sans séjourner,

Allez toust et incontinant.

Et deux bourgeois, pour vous mener,

Entenduz et bien suffîsans,

Au duc Phelippe, luy remonstrant

Que nostre duc est prisonnier :

Il ont le corps; voloir ses biens,

Le coraige est à eulx trop fier.

POTON

Messeigneurs, puis que le voulez Je ne vueil en riens contredire.

Je suis bien contant y aller Et deux bourgeois, pour le voir dire:

Luy remonstrant le deul et yre Incessamment font les Anglois ; Et si ont, dont leur deust suffire.

Le bon duc Charles de Vallois.

LE RECEVEUR

Il VOUS fault faire ce messaige Vous deux, messeigneurs les bourgeois, Luy reinonstrant le grant oultraige Incessamment font les Anglois;

Jour et nuyt vestir le harnois 9^20 Nous font comme gens forcenez, Que ad ce y vueille prouvoii" Et de ceste guerre ordonner.

PREMIER BOURGEOIS

Nous yrons donc, puis qu'il vous plaist, Et au duc Phelippe parlerons, <.i'i25 289 v°. Remonstrant le cas tel qu'il est Et ainsi que nous le voyons.

IP BOURGEOIS

De présent nous nous en allons Et pour ce voyage acomplir;

La responce vous rapporterons 9^3o Du duc Phelippe et son plaisir.

Lors Poton et deux bourgeois yront devant le duc de Rourgoigne . et y a [)ause. Puis dit

POTON

Messeigneurs, je voy là assis Monseigneur le duc de Bourgoigne, Très saige, prudent et rassis,

Noble et puissant en patrimoigne. 9^35

LE IP BOURGEOIS

Parlons luy de nostre besoigne; Poton, vous luy saurez bien dire.

PREMIER BOURGEOIS

De ce n'en faictes nul esloigne, F" a/jo i". Poton; y vous appartient, sire.

POTON

Très hault puissant prince de nom, gittio Dieu vous doint acomplissement De vostre voloir et selon Vostre désir entièrement.

Vers vous, sire, présentement

Nous sommes à vous cy venuz 9^i45 Pour aucuns cas certainement Qui sont à Orléans survenuz. Voicy les bourgeois de la ville Envoyez par les habitans.

Pour ung fait desloyal et vile giSo

Des Anglois qui sont là devant.

Six mois a qui sont là estant

Pour voloir la cité destruire,

Où il n'ont droit ne tant ne quant,

Ghascun le peut savoir et dire. 9455

A tort, sans cause et sans raison,

Sont venuz desordonnement,

Volant destruire la maison

Du duc d'Orléans entièrement.

Monseigneur, vous savez comment 9460 Il ont son corps en Engleterre; F° 9/10 v". Puis veullent destruire ses biens, Degaster et avoir sa terre.

S'i vous plaist y remédier

Et nous donner provision 9'*^^ Des Englois et du destourbier

Lesquelz nous font contre raison,

C'est qu i delessent la maison

D'Orléans et où il n'ont nul droit,

Sans faire telle mesprison

Les tenir ainsi à destroit.

Voicy ceulx d'Orléans qui vous prient

Que il vous plaise ainsi le faire.

Et de par nous vous ont requis

Qu'i vous plaise avoir d'eulx mémoire.

Et de voloir faire retraire

Les Englois de devant Orléans,

Et que ne leur soyez contraire,

Mès leur aydez en tous sens.

PREMIER BOURGEOIS

Monseigneur, nous vous supplions Que y vous plaise à nous entendre, Et tenuz à vous nous serons De la peine qu'en vouldrez prendre.

IP BOURGEOIS

Vueillez nous garder et deffendre, Tenir la ville en seureté, Désirant le vous voloir rendre, Monseigneur, en bonne équité.

DUC DE BOURGOIGNE

Mes bons amis, de vérité, .loyeux suis de vostre venue.

Et en bonne fidélité Vostre requeste j'ay receue.

De la bonne amour que j'ay veue Qui est en mes amis d'Orléans,

Recongnoistront que j'é congnue, Que je leur vueil faire des biens.

Et pour honneur de mon parent Lequel tiennent en Engieterre , Je leur feray lesser Orléans; Les en vueil prier et requerre, Et que nullement en la terre D'Orléans n'y aillent ne ne viengnent, S'i veullent mon amour acquerre Et qu'en mon plaisir se maintiennent.

J'ay mon herault que j'envoyeray Avecques vous pour leur noncer, Et es Anglois commanderay Qui vueillent leur guerre cesser, Et tout le pays delesser Contenant la duché d'Orléans, Et de dix lieux [n']en appresser De toute la terre en tous sens.

POTON

Monseigneur, nous vous njercyons De l'onneur et du grant plaisir Que il vous plaist de nous offrir, Sans que desservy nous l'ayons.

DUC DE BOURGOIGNE

Je feray que y s'en yront, Ou je leur feray desplaisir.

I" BOURGEOIS

Monseigneur, nous vous mercyons De l'onneur et du grant plaisir.

LE DUC DE BOURGOIGNE

Et se les Aiiglois ne le font, Je leray tous mes gens venir, Sans ung seul homme retenir, De mes pays ez environs.

Monseigneur, nous vous mercyons De l'onneur et du grant plaisir Que il vous plaist de nous offrir.

Sans que desservy nous l'ayons.

LE DUC DE BOURGOIGNE

Trompeté, entens mes raisons:

Avecques ses gens tu yras; Jusques à Orléans te menront, Auprès des Englois tu seras.

A Tallebot feras messaige :

C'est que , de par toy, je luy mande Luy, princes et tout leur harnaige Ne facent Orléans nulle escande, Mès vueillent partir de la lande Sans plus leui- mener de malerre.

Et que je leur prie et commande Qu'i vueillent cesser ceste guerre.

Et se de ce sont reffusant, Tu publiras à haulte vois Que, sans delay, incontinant, Vide[nt] hors de l'oust des Englois Tous mes subgectz et mes convois Qui sont de mon obéissance,

Sans plus guerroyer les François Ne faire aucune violence.

LE HERAULT

Monseigneur, à vostre plaisance Je l'aconipliray de bon cueur,

Et es Anglois feray deffence 9550 De ne mener plus de rigueur En la terre de monseigneur Le duc d'Orléans, vostre parent.

LE DUC DE BOURGOIGNE

Or va, et te pry deffens leur

Et que je n'en suis pas content. 9555

Lors y a pause. — Et partent pour eulx retourner avec le Hérault. Puis dit

POTON

Messeigneurs, je voy là Orléans Et l'oust des Englois au plus près; Si vous volez venir dedans, Et puis en l'oust yrez après.

F" 2^3 r". LE MESSAGIER.

Premier je m'en voys par exprès 9560 Acomplir tout vostre messaige, Et, sans en plus faire d'arrest.

Je m'y en voys de bon coraige.

Lors arrivei'ont les François à Orléans, el y a une petite pose. — Puis dit

POTON

Messeigneurs, par vostre congié

Et par vostre bonne entreprise, 9565 Gomme nous avez envoyé Pour une besoigne exquise, Ainsi que par vostre devise.

C'est devers le duc de Bourgoigne ^ Que nostre ambassade promise <)57o Pour le cas de nostre besoigne.

Lequel a esté fort joyeux, Et nous a très bien recueilliz , Nous voulant faire tout le mieulx

De nostre voloir acomplir; 9075 Que, s'i peut, fera deppartir Le siège de devant Orléans, Et s i ne veullent consentir.

Si fera il en aller les siens.

F"a63v°. PREMIER BOURGEOIS.

Il est venu ung messagier 9580

De par luy en l'oust des Engiois

Pour les faire de là bouger

Et les séparer des François \

De Flandres, de Bourgoigne, Artois.

Tous ceulx qui sont de ce pays 9585

Deslogier fera, comme je crois,

Sans plus estre noz anemis.

IV BOURGEOIS

De cela le nous a promis, Et y est venu sa trompette

Commander à grans et petiz 9590 Que ceste chose sy soit faicte.

' François est la leçon primitive, que nous maintenons. Ce mot a été rayé postérieurement et remplacé par Anglais.

RECEVEUR

Vous avez pour vray bien besoigné, Et vous tous vous en remercye.

Poton vous a acompaigné Par sa très bonne courtoisie.

De chose qui soit je vous prie Que nous puissions faire pour vous:

Poton , ne nous espargnez mie , De ce qui pourra estre en nous.

LE MESSÂGIER.

Dieu gart les princes d'Angleterre Et la très haulte baronnie!

Devers vous suis venu grant erre; Ung messaige fault que je vous die Par le duc Philippe, qui vous prie Que vous faciez ce qu'i vous mande :

C'est que d'Orléans, sans tarder mie, Vous deppartez et vostre bande, Plus que à Orléans ne facez D'ores en avant, ne tant ne quant, Ne que plus vous les pourchassez; Mès vous séparez de devant.

Et, se de ce n'estes contant, Veult que tous gens y s'en aillent, Geulx qui sont ses appartenant Tout et incontinent s'en voisent.

TALLEBOT.

Gomment dea! le duc de Bourgoigne Devers nous t'a il envoyé Nous mander de ceste besoigne,

Liiy qui est tant nostre allié?

Je ne scay qui l'a desvoyé

De nous mander telles parolles;

Mais il me semble forvoyé,

Ne scay dont vient ces parabolles.

Dy luy hardiment quant à mo)

Jamès ne m'y consentiroie,

Ne tel deshonneur à mon roy

Faire ^Dour riens je ne vouldroye.

Je vueil qu'i saichc bien et croye

Que d'icy je ne partiray

Tant que Orléans gaingné je voye:

Ainçois avant y demorray.

SUPPORT

Au duc de Bourgoigne c'est honte De nous mander telles nouvelles.

Ne de nostre oust ne tient pas conte Tant du Roy ne de ses querelles.

Despendu avons bas et selles, Et ainsi qu'un million d'or; Puis, par ces façons et cautelles, Nous veut tollir un tel trésor.

LE SIRE D'ESCALLES.

S'i veult emmener tous ses gens, Les emmené, ne nous en chault!

Que nous sommes assez puissant Et plus de gens qu'i ne nous fault.

Il est malicieux et cault, Et scait bien pourquoy il le fait; Mais tout cela riens ne nous vault, Pour luy n'en feroie ung fault trait.

FACETOT.

Nous avons batu les buissons, H en veut avoir ies prunelles:

Je n'en donne pas deux botons Pour ses gens ne pour ses querelles. Ces façons sont tousjours ytelles; Je le voy bien venir et dire :

Par iceulx façons et cautelles Veult avoir le miel et la cire.

MESSIRE JEHAN DE LA POLLE

Je ne l'en vouldroie supplier; En face du pis qu'i pourra.

Ces gens nous font plus destourbier; Ne me chault qui les enmenra.

Je vouldroie, et qui m'en croira Homme ne suivra ceste guerre (Et mieulx nostre fait se portera).

Qui ne soit natif d'Engleterre,

LE MESSAGIER

Messeigneurs, puisqu'il ne vous plaist, Je veul en vostre oust publier, De par monseigneur, mon arrest Et à tous le signiffier.

TALLEBOT.

Publie fort et le fais cryer; Je n'en donne pas une maille.

S'en voise qui vouldra aller, Tu n'enmenras cbose qui vaille.

Messagier sonne une trompeté et dit :

De par monseigneur de Bourgoigne,

Je fais cy à tous assavoir

Que chascun s'en voise et s'éloigne,

Et le siège desamparer; 9675

Plus aussi de n'y comparer

Tous ceulx de ses pays et terre,

Ne plus nullement eulx trouver

Désormais pour y mener guerre. •

Lors le messagier retourne au duc de Bourgoigne, et y a pause. — Et dit F" 2 46 r°. MESSAGIER.

Monseigneur, j'ay tout acomply Et fait vostre commandement.

Et es Anglois, je vous afTy, Leur ay dit vostre mandement :

Qu'i voulsissent totailement Lever leur siège et en aller, Dont très mal gracieusement M'ont respondu, comme savez.

M'ont dit qu'i n'en partiront point, Et que Orléans ainçois auront.

Et que de vous ne leur chault point, Et pour vous riens y n'en feront.

Et que assez puissant y sont Sans voz gens, et qu'i n'en ont cure, Et qu'il auront à toutes fins Orléans, où il ont mis leur cure.

DUC DE BOURGOIGNE

Gomment! ont il dont respondu

Contre moy inreveramment?

En ma vie je ne l'eusse creu.

Desobeyr mon mandement!

Mieulx leur vaulsist certainement 9700 Avoir ung cent mille perdu; Desplaisant en suis grandement, F" 266 v°. Et leur rendray en place et lieu.

Pose. — Lors la Pucelle et ses gens arriveront à Chinon; et dit

JEHAN DE MBS.

Dame Jehanne, la mercy Dieu,

Nous sommes à point arrivez 970.5 A Chinon, et ou propre lieu Où le bon Roy devons trouver.

LA PUCELLE

Jehan de Mes, comme vous savez, Au Roy yrez premièrement

Dire que nous volons parler 9710 A luy, s'il luy plaist bonnement.

JEHAN DE MES

Dame, très debonnairement Au Roy je vois faire assavoir De vostre venue, et commant

Y luy plaise vous recevoir. 9715 Lors va devant le Roy, et dit

JEHAN DE MES

Geluy qui a sur tous povoir Vous doint du tout sans contredire F" 2/17 r°. Acomplir bon vostre voloir,

Ainsi que vostre cueur désire.

Des nouvelles je vous viens dire, Que une pucelle amenons, Juste et bonne, très chier sire, Et de certain nous le créons, Que en elle trouvé avons Toute parolle véritable, Dont en elle nous espérons Qu'elle soit très digne et notable; Laquelle veult parler à vous, Sire, se c'est vostre plaisir, Que dire vous veult son propoux Et aussi qui l'a fait venir.

Si vous plaise donques d'ele ouyr, Devers vous viendra en présence.

LE ROY

Amy, tu me fais esbayr Qu'i soit en elle tant science.

Vous luy direz que bien me plaist Et voulentiers parleray à elle; Mès qu'elle attende, s'i luy plaist, Jusques à demain ma nouvelle.

Pour aujourd'uy, la chose est telle Que je suis ung peu empesché; Mès vous direz à la Pucelle Son fait sera demain despeché.

JEHAN DE MES

Sire, voulentiers luy diray Que demain à elle parlerez.

Et vostre rapport lui feray.

Ainsi que dit vous me l'avez.

LE ROY

Qu'elle se vueille reposer Pour aujourd'uy, et je l'emprie;

De mes biens luy vueil envoyer, 9700 Et que ne les espargne raie.

Jehan de Mes vient à la Pucelle, et dit

JEHAN DE MES

Dame Jehanne, je viens vers vous, Et au Roy j'ay fait le messaige.

Dit que prenez vostre repoux

Aujourd'uy, comme bonne et saige, 9755 Que, pour ce jour, en son bernage Il a ung bien peu à besoigner; Si supportez vostre voyage Jusque à demain, sans esloigner.

F" 2^8 r'. LA PUCELLE.

Puis qu'i luy plaist, c'est bien raison; 9760 Mès le délayer riens n'y vault.

Que y fust bien temps et saison De parler à luy sans deffault.

Je voy que le besoing nous fault

Et croist tousjours la maladie; 9765 Par quoy, se au Roy ne luy chault, Sa voulenté soit acomplie.

LE ROY

Or çà, messeigneurs et barons, Je vous pry, entendez icy :

De ce fait conseillez moy dont 9770

Que je doy faire tout ainsi.

Vous savez et avez aussi

Sceu des nouvelles de la fiHe;

A vous m'en rapporte dessi

Se la chose est bonne et utille.

J'entant que v.eult parler à nioy

Et touchant le fait de ma guerre;

Dictes moy se faire le doy,

Vous en vueil prier et requerre.

Venue est de lointaine terre,

De Barois, pays de Loraine;

Je ne scay que cy elle vient querre,

Que de moy j'en suis en grant paine.

PREMIER CONSEILLER

Sire, je vous conseilleroie.

Pour savoir de la vérité, Que vous feissiez venir en voye Ces deux qui ont icy esté.

Qui vous diront en loyaulté Le cas de ceste fille cy, Que c'est, ne qui a contracté De l'avoir amenée ainsi.

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