‹ Le mistère du Siège d'OrléansChapitre 81 sur 154 · IP CONSEILLER · texte numérisé non relu

IP CONSEILLER

Âvecques elle deux gentilz hommes,

Sire, sont qui l'ont amenée;

Par iceulx deux vous saurez commes

De la besoigne est commancée.

Convient qu'elle soit declairée

Pour quoy et le savoir sans pause.

De faire une telle assemblée,

Il fault bien qu'il y ait grant cause.

LE ROY

C'est bien dit. Qu'on fasse venir 9800 F° 269 r . Les deux que l'ont cy convoyée, Et interrogez à loisir Pourquoy y l'ont cy amenée, Ne qui a la fille enortée

De voloir cy parler à moy. 980.5 Y fault bien que soit esprouvée, Que j'en suis ung peu en evSmoy.

PREMIER CONSEIL

Messagier, va droit au logis De la fille qui est venue,

Et à ces deux princes gentilz 9810 Leur diras ta desconvenue :

Sy est que sans plus d'attendue Viengnent au Roy présent parler.

MESSAGIER

Quant vostre voulenté j'ay sceue,

Tout de présent je y vueil aller. 98

Alors y a pause. — Et dit

MESSAGIER

Messeigneurs, Dieu vous croisse honneur, F° 9/19 v". Joye, santé et bonne vie!

Devers vous, princes de valleur,

Ung messaige fault que vous die :

Si est que le Roy si vous prie 9820

Que vous veignez parler à luy,

Vous deux, en sa chambre jolye,

Présentement, je vous supply.

Son bon voloir sera acomply,

Messagier, et de bon coraige; 9825

Je ne vouidroye avoir failly

Au Roy, qui est si noble et saige.

BERTRAND DE PLONGY.

Messagier, sans plus de langaige Sa voulenté acomplirons.

Et à tout son noble bernage 9880 A tousjours luy obeyrons.

Lors viegnent devant le Roy; et dit

JEHAN DE MES

Chier sire, à vostre mandement F° 25o r°. Sommes venuz, puisqu'il vous plaist.

BERTRAND DE PLONGY.

Sire, vostre commandement

Volons obeyr par exprès. 9835

LE ROY

Bien venuz soyez loing et près.

De parler à vous desiroie, Que vous me diez pourquoy c'est Vous entreprenez ceste voye.

On dit que amenée avez 98/10 Une pucelle fort honneste.

Dont l'abit d'elle, vous savez, A fdle il est deshonneste; Et est bien chose magnifeste

Que à fille il n'appartient

Abit d'omme. Pour quelle requeste

Elle fait, nous n'en savons riens,

Ne pourquoy l'avez amenée

De si loingtain de ce pays;

Et aussi qui l'a advisée

De venir, je m'en esbays.

Vous estes deux princes gentilz

Pour parvenir à grant puissance;

Gomment vous estes vous dont mis

A mener ceste fille en France?

JEHAN DE MES

Sire, sachez de vérité Que nous avons pris le voyage Tout contre nostre volenté Et tout contre nostre coraige; Mès est si prudent et si saige.

Nous a convenu l'amener.

Par son beau parler et langaige; Ne nous en sommes peu garder.

Elle est venue à Baudricourt, Capitaine de Vaucouleur, Et plusieurs fois luy fist le sourt, Guidant luy oster son erreur; Mès, à la fin, le bon seigneur Luy a baillé consentement.

Nous en a chargé par honneur La vous amener doulcement.

Sire, et voicy unes lectres Que le dit seigneur vous envoyé.

D'elle ce sont choses secrètes; Fors que vous nulluy ne le voye.

Ne en ma vie je ne pensoie Arriver sans empeschement, Et avons trouvé plaine voye.

Tousjours Anglois, incessamment; Mais onques ne se sont olFers De nous faire nui desplaisir.

Par passaiges, ports et travers Du tout nous en sommes sailliz De tout mal et de tous perilz, Qui est une chose impossible, Pour voloir à vous cy venir, Et qui est chose incompasible.

BERTRAND DE PLONGY.

Certes on ne croiroit jamès

Les dangiers que sommes passez :

Englois, Bourguignons, à grans frais,

Tous les jours passans destroussez;

Nous ont veu passer, rapasser.

Sans nous voloir dire au contraire.

Aussi nous promist elle assez

Que nous passerions sans nul affaire.

Puis dit qu'elle veult parler à vous

De voz affaires par exprès;

Et au seurplus, quant est de nous,

Sire , nous ne savons que c'est.

Commis suis avec Jehan de Mes,

La vous amener et conduire;

En elle toute bonté est.

Autre chose n'en pourroie dire.

LE ROY

Mes amis, je suis très joieulx

Des nouvelles que vous me dictes. 9905 Vous avez des dangiers perileux Beaucoup passé, dont estes quictes; Vous avez fait bonnes conduictes Et estes sains et saulfz venuz,

Dont par voz moyens et poursuites, 99 'o

Vous serez de moy bien receuz.

Retournez vous en à la fille,

A elle me recommandez.

Et des biens qui sont en la ville

Je veulx que vous en demandez; 99» 5

Et à tous je vueil commander Que de tout tant qu'il vous fauldra On vous délivre sans tarder, Du tout ainsi qui vous plaisa.

JEHAN DE MES

Ghier sire, nous vous mercyons 9920 De l'onneur et du grant plaisir:

A la Pucelle luy dirons Vostre bon voloir sans faillir.

F" s52 r\ LE ROY.

Je seray demain de loisir,

Et puis je parleray à elle. 9925

BERTRAND DE PLONGY.

La Pucelle yrons resjouyr De vostre très bonne nouvelle.

Puis le Roy parle à ses seigneurs et dit

LE ROY

Or çà, messeigneurs, que vous semble,

LE MISTERE DU SIEGE D'ORLEANS. 387 Doy ge parler à ceste fille?

Y nous ont icy dit exemple, 9980 Chose comme à croire infacille; De si lointain son domicile Le lesser pour venir à nous!

Si la chose est bonne et utile,

M'en rapporte et metz à vous tous. 9935

PREMIER CONSEIL

Sire, vous ne povez faillir, Me semble, de parler à elle, F" a.52 v°. Que elle veult ici quérir

Pour quelque cause, ne querelle.

Elle est une jeune pucelle; 9960

Et qué mal ferez de l'ouyr ' ?

Vous savez qu'elle ne peut riens d'elle,

Ne vous peut faire desplaisir.

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