P' CONSEILLIER
Très chiers et honnorez seigneurs, Le Roy de par nous si vous mande Pour ses affaires et clameurs.
Yeult que chascun de vous entende Pour une besoigne très grande :
F" a59 r°. C'est que parlez à ceste fdle,
Laquelle cy vous recommande, Que elle est prudente et abille.
LE PREMIER PRESIDENT
Au Roy devons tous obeyr A toujours, en toute saison, Et son bon voloir acomplir De tout son cueur, sans mesprison.
Or çà, fdle, de quelle maison 10,195 Ne de quel pays estes vous?
En vous si est sens et raison Pour en dire vostre propoux.
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LA PUCELLE
Quant est de l'ostel de mon pere.
Il est en pays de Barois, lo.aoo Gentilhomme et de noble afaire, Honneste et loyal François.
PREMIER PRESIDENT
Ce que vous dictes, je le croys, Que vous avez dit vérité, Mès qui vous maine? Ne congnois Dont avez lessé vostre hostel, Vostre pere et vostre mere.
Pour venir cy en ce pays; A une fille est bien contraire.
Et avoir lessé ses amis,
LA PUCELLE
Geluy de par qui venue suis A puissance et auctorité :
C'est Dieu qui ainsi l'a permis Et commandé y m'a esté.
PREMIER PRESIDENT
Or dont, de vostre intencion. io,ai.T
Fille, quelle est vostre pensée
Et vostre ymaginacion,
Ne d'ont procède vostre allée,
Que vous estes si arrivée
Et venue de si loin pays, 10,290 Ainsi comme fille esgarée.
Hors de vos parens et amis?
LA PUCELLE
Du voyage que j'ay empris.
Je le fais par commandement;
Que de moy seullc je ne puis Avoir sens ne l'entendement, Si non de Dieu du firmament Qui m'en a donné la puissance; Et est son voloir vrayement Pour quoy je suis venue en France.
PREMIER PRESIDENT
Or çà, Jehanne, et au seurplus, Que pensez vous de voloir faire?
Plusieurs sont qui font des abus, Qui est à eulx difTamatoire.
■On doit tousjours acquérir gloire, Louenge de Dieu et du monde.
Sans voloir aucun traicté faire Par quoy à la fin le confonde.
LA PUCELLE
Je ne suis point icy venue Que pour euvre juste et loyalle :
Bonne sera l'entrée et l'issue, Et partout sera generalle, Pour le royaulme especialle.
Qui par mes faiz et par mes diz, La grant majesté royalle Pieleveray, les fleurs de liz.
Premièrement, je vueil ce faire :
C'est lever le siège d'Orléans, Et les oster hors de misaire Dont y sont fort leans dedans; Et les Englois qui sont devant, Les chasser hors de ceste terre, Par grans faiz d'armes et puissans,
Oultre la mer en Engleterre.
Puis après, mon intencion Est de mener le Roy à Rains Sacrer en grant devocion, Comme vray roy doublé et craint, Et de saint huille son corps oint.
Ainsi que vray Roy crestien, Et en parvenir à mes fins Seuremcnt, et n'en doubtez rien.